Archive pour Amérique latine

Stephen King – 22/11/63

Posted in Littérature with tags , , on 27 mai 2020 by Yvan

…et si JFK n’était pas mort ?

Stephen King - 22/11/63N’étant pas friand de science-fiction ou de récits horrifiques, je n’avais encore jamais lu de romans de Stephen King. Le garçon étant de surcroît adepte de récits assez volumineux, je n’avais pas vraiment envie de prendre le risque de lire une brique indigeste… Puis je tombe sur l’avis d’Yvan, qui inciterait même les imbéciles à changer d’avis… et qui le met dans ses deux livres de chevet… avec « Replay » de Ken Grimwood… Arrrrggggg !!!

« 22/11/63 » ne débute pas en 1963, mais en 2011, où Jack Epping découvre une sorte de faille spatio-temporelle au fond d’un restaurant, qui lui permet de remonter au 9 septembre 1958. Si vous êtes rapide de la calculette, vous aurez compris que le bonhomme devra choisir de rester cinq ans dans le passé s’il veut avoir une chance de pouvoir empêcher l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy par Lee Harvey Oswald, le fameux 22 novembre 1963 à Dallas.

Si cette uchronie revisite inévitablement le voyage dans le temps, elle invite surtout le lecteur à plonger dans l’Amérique des années 50 et 60. L’immersion est telle, que même un type comme moi, qui n’a jamais connu les sixties, a vécu ce road-movie empli de nostalgie. Cette relecture de l’Histoire américaine, parsemée de musique endiablée et menacée par une guerre froide omniprésente, s’avère très vite totalement jouissive. Passant de l’insouciance de quelques pas de danse sur « In the Mood » à la tragédie de Dallas, vécue comme si l’on y était, Stephen King rend ce voyage dans le temps réaliste au possible… Du grand art !

Outre du suspense, qui monte crescendo jusqu’au moment fatidique de cette image inévitablement gravée dans tous les esprits, Stephen King livre également de l’émotion à travers des personnages profondément humains et une idylle particulièrement touchante entre un homme de 2011 et une femme d’antan…

Un chef-d’œuvre que j’ai commencé en me disant « Oh, non… 938 pages ! » et que j’ai refermé en me disant « Oh, non… la dernière page ! ». Il ne me reste plus qu’à découvrir la série télévisée éponyme afin d’espérer pouvoir encore un peu prolonger ce voyage…

22/11/63, Stephen King, Albin Michel, 938 p., 25,90 €

Ils en parlent également : EmOtionS, Ma toute petite cultureEve-Yeshé, Cannibal lecteur, Livresque 78PaulineCarolivre, LillyEugénie, Vingtmillelivressouslesmers, Maêlle, La jument verte, NN math, C’line

Marcello Quintanilha – Talc de verre

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Franco-Belge, One-shots, [Avancé], [DL 2016] with tags , on 14 mars 2018 by Yvan

Une dépression autodestructrice !

Marcello Quintanilha - Talc de verreAprès « Tungstène » – Fauve d’Or du polar au festival d’Angoulême 2016 – Marcello Quintanilha propose un nouveau one-shot qui se déroule au Brésil mais, cette-fois, parmi les classes supérieures de ce pays aux inégalités si criantes.

Ce thriller psychologique invite à suivre les pensées de Rosângela, une femme qui a tout pour être heureuse : un compte en banque bien rempli, une belle voiture, une famille de rêve, une enfance souriante et un cabinet de dentiste (offert par son père) dans un quartier chic de la ville. Tout l’opposé de sa cousine : pauvre, sans emploi, divorcée, un père alcoolique, un quartier sordide… mais une joie de vivre et un sourire à toute épreuve. C’est d’ailleurs ce sourire radieux qui va finir par obnubiler Rosângela, au point de remettre en cause son propre bonheur et sombrer dans une dépression qui s’intensifie chaque fois qu’elle pense à sa cousine.

Malgré une vie de rêve, cette femme qui a tout pour être comblée, tombe progressivement dans une spirale autodestructrice. Le lecteur suit donc la lente descente aux enfers de cette héroïne qui perd progressivement pied. Le portrait dressé par Marcello Quintanilha se situe à la limite de l’étude psychiatrique et la narration en voix-off permet de suivre le cheminement mental de cette femme au plus près. Le procédé narratif peut surprendre au début, mais le fait d’entrer dans le cerveau de Rosângela afin d’y capter ses émotions à haute voix s’avère toutefois d’une efficacité rare. Cette petite voix qui la fait douter de tout prend progressivement le dessus et la fait chavirer dans une folie particulièrement destructrice. Son dessin noir et blanc, d’un trait fin et réaliste, accompagne d’ailleurs avec brio ce ballet de sentiments.

Très bon !

Corentin Rouge et Louise Garcia – Rio, Les yeux de la favela (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Glénat, Séries, [DL 2016], [En cours], [Grand public] with tags , , on 21 novembre 2016 by Yvan

Une favela au bord de l’explosion !

Corentin Rouge et Louise Garcia - Rio, Les yeux de la favela (Tome 2)Avec ce deuxième tome Corentin Rouge et Louise Garcia proposent la suite de cette excellente série prévue en quatre tomes, qui se déroule dans les favelas de la ville de Rio de Janeiro.

Si le premier volet de ce thriller social invitait à suivre deux enfants livrés à eux-mêmes depuis que leur mère avait été assassinée par un flic véreux à qui elle servait d’indic, cette suite a l’originalité de se dérouler dix ans plus tard. Suite à leur adoption par un couple de riches Américains, Rubeus et Nina vivent dorénavant dans le grand luxe. Si cette dernière semble s’être bien habituée à sa nouvelle vie, Rubeus a néanmoins plus de mal à se débarrasser de son côté « sauvage », au plus grand dam de ses parents adoptifs.

Malgré les dix années qui se sont écoulées, Rubues semble toujours hanté par son passé et par cette étrange malédiction qui pèse sur sa famille, tandis que les tensions au sein de la favela continuent encore de s’accroître. L’enlèvement de Nina, afin de faire chanter ses parents, pourrait ainsi bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase… surtout qu’il n’en faut pas plus pour que Rubeus renoue avec ses origines, avec ses anciens amis devenus membres de gangs et avec un flic corrompu qui ne l’a visiblement pas oublié…

Ayant grandi à Rio, Louise Garcia continue de dépeindre une capitale brésilienne on ne peut plus réaliste. Dans ces quartiers les plus démunis, où le quotidien est fait de violence, de misère, de corruption, de prostitution et de trafiques en tous genres, les gamins des rues doivent faire preuve d’inventivité et de courage pour survivre. Pointant du doigt les injustices et les inégalités qui divisent la société brésilienne, elle livre un récit empli de violence, qui gagne en noirceur au fil des tomes.

Visuellement, Corentin Rouge livre à nouveau une prestation remarquable. J’avais déjà apprécié son travail sur le très bon « Juarez » et son style réaliste et énergique fait à nouveau mouche, que ce soit au niveau des personnages, des scènes d’action ou du découpage.

Bref, un deuxième volet qui confirme tout le bien du tome précédent et que vous retrouverez donc dans mon Top BD de l’année.

Lisez également l’excellente saga « Cuervos » !

Matz et Léonard Chemineau – Julio Popper

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, One-shots, Rue de Sèvres, [Accessible], [DL 2015] with tags , , on 18 juillet 2016 by Yvan

La conquête de la Patagonie par un aventurier méconnu !

Matz et Léonard Chemineau - Julio PopperCe one-shot signé Matz (Balles Perdues, Du plomb dans la tête, Le Tueur) et Léonard Chemineau (Les Amis de Pancho Villa) s’attaque à la biographie d’un authentique aventurier qui s’est emparé de la pointe sud de l’Argentine après avoir parcouru le monde de long en large.

C’est en 1886, au milieu de nombreux chercheurs d’or venu faire fortune en Patagonie que l’auteur choisit de nous raconter l’histoire de cet homme pas comme les autres qui, malgré son jeune âge, va faire de la Terre de Feu son royaume. Matz revient également, mais peut-être un peu trop brièvement, sur le parcours antérieur de cet ingénieur diplômé à l’École nationale des Ponts et Chaussées, né à Bucarest sous le nom de Iuliu et ayant roulé sa bosse aux quatre coins de la planète avant de s’installer en Patagonie.

Je ne connaissais pas l’histoire de cet homme dont Matz dévoile progressivement la personnalité. Si Julio Popper est charismatique et ambitieux, le lecteur a néanmoins du mal à s’attacher à cet explorateur qui est prêt à tout pour réaliser ses idées et qui finit par battre sa propre monnaie et créer des timbres à son effigie, avant de mourir très jeune dans des circonstances encore inexpliquées.

Graphiquement, Léonard Chemineau livre une nouvelle fois de l’excellent boulot, que ce soit au niveau des personnages ou au niveau des paysages sauvages, mais de toute beauté. Et je suis à nouveau assez fan de la colorisation.

Corentin Rouge et Louise Garcia – Rio, Dieu pour tous

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Glénat, Séries, [DL 2016], [En cours], [Grand public] with tags , , on 25 mai 2016 by Yvan

Survivre dans les favelas de Rio !

Corentin Rouge et Louise Garcia - Rio, Dieu pour tousA l’instar de l’excellente saga « Cuervos », Corentin Rouge et Louise Garcia proposent une série prévue en quatre tomes, qui se déroule dans les favelas de la ville de Rio de Janeiro.

Le premier volet de ce thriller social invite à suivre deux enfants livrés à eux-mêmes depuis que leur mère a été assassinée par un flic véreux à qui elle servait d’indic. Ayant grandi à Rio, Louise Garcia dépeint une capitale brésilienne on ne peut plus réaliste. Dans ces quartiers les plus démunis, où le quotidien est fait de violence, de corruption, de prostitution et de trafiques en tous genres, les gamins des rues doivent faire preuve d’inventivité et de courage pour survivre. Le fait de dépeindre ces injustices et ses inégalités à travers le regard de deux enfants particulièrement attachants rend le récit encore plus intéressant. Sans parler de cette touche de fantastique qui intrigue inévitablement en fin d’album…

Visuellement, Corentin Rouge livre à nouveau une prestation remarquable. J’avais déjà apprécié son travail sur le très bon « Juarez » et son style réaliste et énergique fait à nouveau mouche, que ce soit au niveau des personnages, des scènes d’action ou du découpage.

Un excellent tome que vous pouvez d’ailleurs retrouver dans mon Top BD de l’année !

Gabriel Ba et Fabio Moon – Deux frères

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, One-shots, Urban Comics, Urban Graphic, [DL 2015], [Sans super-héros] with tags , on 2 mars 2016 by Yvan

Guerre fratricide et saga familiale !

Gabriel Ba et Fabio Moon - Deux frèresDepuis leur incontournable « Daytripper », Gabriel Ba et Fabio Moon se sont fait une belle petite place dans le monde du neuvième art. Après l’adaptation d’une nouvelle brésilienne de Machado de Assis avec « L’Aliéniste », les frères jumeaux revisitent un livre de Milton Hatoum intitulé « Dois Irmãos », datant de 2000.

« Deux frères » raconte l’histoire d’une famille libanaise dans le Brésil du XXième siècle. Le récit se concentre sur Yaqub et Omar, deux frères jumeaux aux caractères diamétralement opposés, qui se haïssent depuis la plus tendre enfance. C’est une séparation durant près de cinq années, à l’âge de treize ans, qui est à la base de cette animosité réciproque qu’ils se vouent. Yaqub fut en effet envoyé au Liban, sur ses terres d’origine, tandis qu’Omar put rester au Brésil, dorloté par une mère qui l’a toujours considéré comme son favori.

C’est Naël, le fils de la bonne de la famille, qui raconte l’histoire de cette famille de Manaus, de la rencontre des parents, Halim et Zana, jusqu’à la mort de cette dernière. Au fil des pages et des années, les nombreux personnages évoluent, tout comme cette tension latente entre les deux frères, qui pèse visiblement sur les autres membres de la famille et qui atteint son paroxysme en fin d’album. Cette saga familiale qui met en avant une guerre fratricide tragique ne manque pas de rebondissements et parle d’amour, de rivalités, de trahisons, de secrets, d’ambitions, d’immigration, d’abandon, de non-dits et de haine… bref, une œuvre riche en personnages et en émotions…

Puis, visuellement, le duo brésilien nous gratifie d’un dessin noir et blanc et d’un trait anguleux qui siéent parfaitement au récit et qui sont mis en valeur par le grand format de cet album.

Ils en parlent également : Mo’, Jérôme

Marcello Quintanilha – Tungstène

Posted in BANDES DESSINÉES, BD, Ca et Là, One-shots, [Angoulême 2016], [DL 2015], [Sans super-héros] with tags , , on 27 janvier 2016 by Yvan

Du bon polar brésilien !

Marcello Quintanilha - TungstèneCe one-shot du brésilien Marcello Quintanilha invite à suivre les destins croisés de quatre personnages : Monsieur Ney, un militaire à la retraite qui s’énerve facilement, Caju, un petit dealer baratineur, Richard, un flic qui n’hésite pas à foncer la tête la première lorsqu’un danger se présente, et Keira, la petite amie mécontente de ce dernier, qui la maltraite et la trompe.

L’action se déroule sur la plage de Salvador de Bahia, où tout semble initialement assez calme, jusqu’au BOUM provoqué par deux pêcheurs à la dynamite. Là, tout s’emballe très vite : le militaire s’énerve, le dealer panique, le flic fonce et sa copine broie du noir…

Comme la plupart des brésiliens, Marcello Quintanilha a le sens du rythme. Partant d’un fait divers banal, il livre un récit choral parfaitement huilé, où les trajectoires s’entremêlent avec minutie. Ce puzzle narratif est de surcroît entrecoupé de flash-backs qui permettent de donner de la profondeur aux personnages tout au long de cette intervention policière musclée. Sautant d’un personnage à l’autre avec grande dextérité, l’auteur façonne les différents caractères et dévoile progressivement les relations qui les unissent.

Graphiquement, tout n’est pas parfait, mais l’ensemble est très lisible et particulièrement dynamique, grâce à un découpage vif et à des scènes d’action percutantes.

Une excellente surprise !

Ils en parlent également : Mo’, OliV