Archives de Asie centrale

Nadia Hashimi – Si la lune éclaire nos pas

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 5 mai 2017 by Yvan

Le douloureux périple des réfugiés…

Nadia Hashimi - Si la lune éclaire nos pasAprès « La perle et la coquille », que je vais m’empresser de lire, Nadia Hashimi livre un second roman qui retrace le calvaire des migrants en quête d’un avenir meilleur en Europe.

L’auteure américaine d’origine afghane retrace d’abord l’histoire personnelle de Fereiba, depuis sa naissance jusqu’à l’arrivée au pouvoir des Talibans, au moment où elle coulait enfin des jours heureux en compagnie de son mari et de ses enfants. Dans un Kaboul initialement en paix, le lecteur apprécie tout d’abord le dépaysement de ce pays aux milles saveurs, tout en étant confronté au choc culturel qui découle de traditions ancestrales, qui ont visiblement la vie dure. D’une enfance en tant que domestique au sein de sa propre famille à son mariage arrangé, en passant par son combat pour accéder à l’éducation, la vie de Fereiba n’a certes rien d’une partie de plaisir, mais ce n’est rien par rapport à ce qui l’attend une fois les Talibans au pouvoir. Du port obligatoire de la burqa aux arrestations aléatoires, en passant par l’interdiction de travailler, les restrictions deviennent tellement nombreuses et le danger tellement présent, que sa famille n’a plus qu’une seule option : fuir l’Afghanistan !

La seconde partie du roman raconte non seulement cette fuite vers un avenir meilleur, mais propose également un second point de vue en donnant régulièrement la parole au fils aîné de Fereiba au fil des différents chapitres. Des traversées clandestines à la jungle de Calais, ce périple parsemé d’embûches est marqué par la faim et par la peur d’être renvoyé à son point de départ ou d’être séparés de ses proches. Si de nombreuses portes se referment tout au long de cette errance parsemée de dangers, il y a heureusement également quelques mains tendues, qui proposent une aide inespérée, voire sauvent des vies sans rien réclamer en retour. À travers le parcours de cette famille afghane, Nadia Hashimi nous plonge dans le quotidien effroyable de sans-papiers aux conditions de vie déplorables et à l’avenir plus qu’incertain…

« Il ne redeviendrait sans doute jamais celui qu’il avait été, celui qui autrefois était capable de rire, de rêver, de se sentir chez lui. Cette personne, comme son père, reposait probablement sous terre, sans pierre tombale, quelque part en Afghanistan. »

J’ai adoré la première partie qui se déroule en Afghanistan et m’a fait penser aux « Mille soleils splendides » de Khaled Hosseini. La seconde partie, abordant le problème des migrants, nous aide à prendre conscience du drame humain qui se cache derrière le flux de gens qui fuient leur malheur sans aucune garantie de trouver le bonheur. À l’aide d’une écriture fluide, sensible et profondément humaine, Nadia Hashimi dresse le portrait de personnages terriblement attachants qui se construisent au fil des pages. Leur périple, parsemé de malheurs et de belles histoires d’amitié, est narré avec énormément de réalisme et sans jamais tomber dans le pathos.

Si vous croiser des réfugiés en lisant ce roman, ils risquent peut-être de finir dans votre chambre d’amis… alors qu’avant vous auriez probablement juste détourné le regard.

Lecture vivement conseillée !

Ulysse Malassagne – Jade

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Glénat, One-shots, [DL 2013], [Grand public] with tags , , on 19 juin 2013 by Yvan

Un auteur très prometteur !

Ulysse Malassagne - JadeUlysse Malassagne est un jeune auteur de vingt-quatre ans qui effectue une entrée très remarquée au sein du neuvième art. Après la sortie récente de « Kairos », il sort dans la foulée ce superbe one-shot qui se déroule à la fin des années 50, au cœur d’une province tibétaine occupée par l’armée chinoise.

L’histoire de ce jeune britannique parti à la recherche de Jade afin d’en apprendre plus sur son père disparu au Tibet, ne déborde certes pas d’originalité, mais le contraste entre les deux personnages principaux fonctionne à merveille. Il y a d’une part cet anglais débordant d’énergie et d’ignorance et de l’autre ce guide autochtone rempli de sagesse, qui balaie un à un les clichés de son compagnon d’infortune. À l’aide de dialogues exquis, qui allient humour et profondeur, l’auteur développe une relation très humaine entre ces deux personnages, contribuant ainsi à les rendre extrêmement attachants.

De plus, à travers cette aventure riche en rebondissements, il aborde la question de la répression tibétaine, ainsi que les clichés occidentaux de l’époque. Au détour de quelques cadavres abandonnés dans un monastère, il laisse entrevoir toute la violence de ce conflit qui oppose Tibétains et Chinois. L’album se conclut d’ailleurs par un dossier de quelques pages qui permet de mieux comprendre le contexte historique de l’époque.

Mais ce qui surprend finalement le plus dans cet album, c’est la maîtrise narrative et visuelle de ce jeune artiste. Choisissant de ne pas s’encombrer de l’habituelle mise en place du décor et des personnages, il démarre son récit au quart de tour dès la première case, pour ensuite alterner avec brio scènes d’action et passages plus calmes pourvu de dialogues judicieux et de flash-backs subtilement dosés qui permettent au lecteur de reprendre son souffle, tout en lui permettant de saisir les tenants et aboutissants de cette histoire.

Outre ces changements de rythme d’une fluidité exemplaire et une mise en scène dynamique, vive et précise, l’auteur propose également une mise en images tout à fait alléchante. Alternant cases muettes qui se passent volontiers de texte et pleines pages sublimes, il propose un travail visuel remarquable, dans un style particulièrement expressif qui fait inévitablement penser à l’animation et aux manga. La légèreté dégagée par cette représentation visuelle contraste d’ailleurs à merveille avec la dureté de certaines scènes, faisant souvent passer la pilule avec humour et intelligence… chose que l’on se doit d’applaudir dans un monde qui s’obstine de plus en plus à accentuer le gore, les scènes chocs et la violence.

Un jeune auteur à suivre de très très près et un album coup de coeur que vous pouvez retrouver dans mon Top de l’année et dans mon Top du mois !
http://picasion.com/i/1Uvm7/

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Antoine Ozanam et Antoine Carrion – Temudjin

Posted in Antoine Ozanam, BANDES DESSINÉES, Daniel Maghen, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2013] with tags , on 18 juin 2013 by Yvan

Sur les traces du grand Gengis Khan !

Antoine Ozanam et Antoine Carrion - TemudjinAntoine Ozanam est un auteur très prolifique que j’apprécie particulièrement et je vous invite d’ailleurs vivement à lire We are the nightLe roi banalL’amourir ou ce « Temudjin », qui s’ajoute à la longue liste de très bons récits produits par le scénariste.

Ce one-shot raconte le parcours initiatique d’un enfant né de l’étreinte d’une mortelle avec l’esprit-loup de la forêt. Prénommé Temudjin par un chaman ayant entrevu l’incroyable destinée de cet être capable de maîtriser les esprits des défunts et de visiter l’entre-monde, le jeune garçon est l’élu qui unifiera les clans mongols déchirés par les luttes intestines, pour bâtir un formidable Empire…tout comme un certain Gengis Khan !

Antoine Ozanam revisite l’enfance du fondateur de l’empire mongol au début du XIIIe siècle au sein d’une fable initiatique intemporelle et onirique. S’emparant de la figure de Gengis Khan et s’appropriant sa légende, l’auteur propose l’histoire d’un homme dont le destin semble tracé d’avance et invite à réfléchir sur la prédestination.

« Maintenant, il est libre, il choisira sa route. »

Se déroulant dans des steppes mongoles situées hors du temps, l’histoire plonge le lecteur au sein d’un univers onirique, mêlant Histoire et légende et saupoudré de fantastique. La narration vogue d’ailleurs allègrement entre la réalité et l’univers de l’esprit de la Terre-Mère, plongeant le récit aux frontières du réel. Le dessin fin et semi-réaliste d’Antoine Carrion s’installe d’ailleurs au diapason de cette ambiance hypnotique dès la couverture. Déjà associé à Antoine Ozanam sur « L’ombre Blanche », le dessinateur livre ici un travail remarquable.

Mon seul regret vient de cette fin ouverte et légèrement frustrante, qu’un faux cahier graphique faisant office de véritable fin parvient presque à faire oublier…

Ils en parlent également : Madoka

Garth Ennis et Jacen Burrows – 303

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Garth Ennis, Guerre, One-shots, Panini, [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 29 juin 2012 by Yvan

Un militaire russe qui n’accepte plus la réalité du terrain !

Garth Ennis et Jacen Burrows - 303Jadis publiée en deux albums dans la défunte collection Angle Comics des éditions Bamboo, cette saga en six épisodes ressort maintenant en un seul tome chez Panini Comics. Si le titre de cette saga provient du fusil Lee-Einfield, calibre 303, capacité de dix coups, c’est un habitué des récits de guerre que l’on retrouve aux manettes. Il suffit d’avoir lu le très bon Histoires de guerre, pour savoir que Garth Ennis n’en est pas à son coup d’essai.

Le récit débute d’ailleurs dans les déserts d’Afghanistan, où plusieurs factions armées s’affrontent pour récupérer des documents stratégiques secrets. Ennis invite à y suivre les pas d’un vieux briscard russe passé maître dans l’art de faire la guerre et pour qui la science du combat n’a plus aucun secret. À travers les pérégrinations de ce héros aussi désabusé que déterminé, l’auteur dénonce les décisions politiques prises en haut lieu et montre une réalité de terrain qui fait froid dans le dos.

Si la première partie de l’album se déroule en Afghanistan, la suite prend place aux Etats-Unis en compagnie d’immigrés clandestins et continue de dénoncer les crimes dont sont victimes les plus démunis au nom d’intérêts économiques. Les américains en prennent pour leur grade et ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’auteur a choisi un colonel russe pour remuer toute cette merde.

Si Garth Ennis n’a pas pour habitude de faire dans la demi-mesure, son compère aux dessins a également déjà prouvé ses compétences dans le domaine du gore. Le dessinateur de Crossed ne fait à nouveau pas dans la dentelle et propose un graphisme violent et assez explicite.

Un bon one-shot !

Lefèvre & Guibert – Le Photographe T3

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, K.BD, Trilogies, [Accessible], [Angoulême 2007], [DL 2006] with tags , , , on 23 avril 2010 by Yvan

lefevre guibertEn 1986 Didier Lefèvre décide d’associer sa passion pour la photographie à la noble cause de Médecins Sans Frontières pour une aventure humaine incroyable en Afghanistan. Plus qu’une invitation au voyage, c’est une leçon de générosité et un témoignage d’humanité que nous fait partager Didier Lefèvre tout au long de cette équipée.

La mission humanitaire touchant à sa fin, dans ce troisième tome il nous décrit son retour périlleux et en solitaire, de l’Afghanistan vers la France en passant par le Pakistan. Abandonné par ses guides, c’est sans parler la langue du pays qu’il devra faire face à Lire la suite

Renaud De Heyn – La tentation

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, La cinquième couche, Trilogies, [Avancé], [DL 2000 à 2005] with tags , on 3 avril 2010 by Yvan

La tentationEn 1995, Renaud De Heyn quitte Bruxelles pour un périple de 15 mois visant à rallier le parvis de Sainte Sophie à Pékin en passant par la route de la soie. Un voyage qu’il couvre de notes et de dessins et qui lui permet de questionner sa vision de la religion islamique. Cette trilogie démarre en Iran après 4 mois de voyage, après qu’il ait déjà parcouru la Syrie et la Turquie. Ce premier tome se déroule en 1996 et raconte son arrivée au Pakistan et se termine à Sibbi, la dernière ville du désert baloutche, où il veut assister au Festival auquel tous les nomades de la région participent.

Cette première partie du carnet de voyage au Pakistan se situe dans la lignée du Le photographe ou de Abdallahi. Ce premier volet qui se concentre plus sur la religion que sur les coutumes est principalement axé sur sa rencontre avec l’islam et ses adeptes, sur son envie de s’ouvrir à cette religion, son «baptême» musulman sous le nom d’Abdullah, son premier ramadan, etc.

La narration et le graphisme n’atteignent peut-être pas le niveau de Abdallahi, mais l’histoire n’en demeure pas moins intéressante et le rendu n’est pas forcément moins dépaysant. Les photos qui venaient témoigner du périple dans Le photographe font ici place à des petits croquis qui viennent capturer et accentuer quelques instants et personnages rencontrés lors de ce long voyage de plus d’un an.

Plus proche d’une accumulation d’anecdotes que du récit minutieux d’un long voyage, ce premier album de Renaud De Heyn est de toute beauté. Tout comme Le photographe ou Abdallahi, on vit un magnifique voyage au milieu d’un continent, dont on prend plaisir à découvrir la culture et la religion sous un angle différent, sous l’angle de personnes qui ont repoussé leurs propres limites et nous ramènent la pureté, la richesse culturelle et la chaleur humaine des pays qu’ils ont croisés, mais qui nous ramènent également une réflexion qu’il est bon de tenir. Une compréhension de l’autre qu’il est toujours bon d’avoir et qui incite au respect, qu’il s’agisse d’une autre culture, d’une autre période, d’une autre religion ou d’une autre personne.