Archive pour Asie de l’Est

Ogawa Ito – La papeterie Tsubaki

Posted in Littérature with tags , on 24 mars 2019 by Yvan

Prendre le temps d’écrire !

Ogawa Ito - La papeterie Tsubaki« La papeterie Tsubaki » invite à suivre les pas d’une jeune femme de vingt-cinq ans qui revient dans le quartier de son enfance afin d’y reprendre la papeterie de sa grand-mère. Elle n’hérite cependant pas uniquement d’un commerce, mais également d’un métier pour lequel elle a été formé à la dure, celui d’écrivain public…

« La papeterie Tsubaki » plonge le lecteur dans l’univers raffiné de la calligraphie japonaise, allant des différents systèmes d’écriture (hiragana, katana, kanji) au respect de coutumes issues d’une époque qui n’était pas encore numérique. Initiée dès le plus jeune âge aux règles de cet art, Hatoko soigne chacune de ses missions jusque dans les moindres détails, du choix des outils d’écriture à la texture du papier, en passant par la couleur de l’encre, les tampons, l’enveloppe et même le timbre. Sans oublier le choix des mots et des formules de politesse en fonction de la demande et du besoin de nuancer certains propos. Tout un art !

Au fil des demandes, Hatoko jette également un nouveau regard sur cette grand-mère rigide et exigeante, qui lui a finalement appris tant de choses… dont ce métier qui lui permet dorénavant d’entrer dans la vie des gens et de leur procurer un peu de bonheur. En suivant Hatoko, le lecteur est également inviter à effectuer une balade contemplative dans la ville de son enfance, découvrant les différents sanctuaires, les jardins et les lieux où se restaurer…

Bref, si vous rechercher le suspense, l’action ou une intrigue capillo-tractée… passez votre chemin. Par contre, si vous appréciez le style nippon et les ambiances contemplatives, ce récit tout en délicatesse devrait vous plaire, surtout si vous préférez recevoir une belle lettre bien écrite plutôt qu’un tweet ou un e-mail en langage SMS.

La papeterie Tsubaki, Ogawa Ito, Picquier, 384 p., 20€

Ils en parlent également: Juste Lire, Des bulles et des mots, Mumu dans le bocage, BookManiac, Hanae part en livre, Des Femmes dans ma bibliothèque, La liseuse et la théière, Plumes et pages, Les libraires masqués du Grenier, Nom d’un bouquin!, MissBook, Le blog de Krol, Les histoires de Lullaby, MHF, A book is always a good idea, Stephalivres, Temps des mots, Mon petit carnet de curiosités, La Bulle de Realita, Les liseuses, L. bouquine, Claire, Horizons lectures, Journal du Japon

Jackie Copleton – La Voix des vagues

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 25 juillet 2018 by Yvan

40 ans après Nagasaki !

Jackie Copleton - La Voix des vaguesCe premier roman de Jackie Copleton débute aux États-Unis, en compagnie d’une veuve solitaire, habituée à noyer ses souvenirs sous une bonne dose d’alcool. Lorsqu’un homme au visage défiguré frappe à sa porte et lui annonce être son petit-fils, elle refuse d’y croire, mais se retrouve contrainte d’ouvrir une brèche dans la carapace qu’elle s’est forgée au fil des ans… depuis le jour où l’Amérique a bombardé Nagasaki et tué son petit-fils. C’était le 9 août 1945, à 11 heures 02…

« La voix es vagues » est tout d’abord une histoire de famille qui se déroule sur trois générations. Au fil des pages, les souvenirs de la grand-mère nippone reviennent douloureusement à la surface, dévoilant des secrets enfouis, des amours interdits, ainsi que la tragédie qui a saccagé sa ville. Au-delà d’une histoire familiale, l’auteure, qui a été enseignante au Japon, à Nagasaki, livre également l’histoire dramatique de tout un pays. À l’image des termes typiquement japonais qui introduisent chacun des chapitres, Jackie Copleton propose un récit qui déborde de cette poésie propre à la culture nippone et qui regorge de détails sur les coutumes et les traditions de cette nation pleine de retenue, de fierté et de dignité.

Si vous avez aimé le “Poids des secrets” d’Aki Shimazaki, vous allez également adorer ce roman sensible et bouleversant, où les petites histoires de personnages attachants s’inscrivent dans la grande Histoire du Japon.

Lian Hearn – Le Clan des Otori, Le Silence du Rossignol

Posted in Littérature with tags , , on 3 août 2017 by Yvan

Guerre des clans dans un Japon médiéval imaginaire teinté de fantastique !

Lian Hearn - Le Clan des Otori, Le Silence du RossignolAvec « Le Clan des Otori », l’auteure australienne Lian Hearn transporte le lecteur dans un Japon médiéval imaginaire teinté de fantastique, où il ne fait pas si bon vivre depuis que le Clan des Tohan a étendu sa domination des Terres de l’Est vers les Terres du Milieu.

Ce triptyque rallongé de deux tomes, dont le dernier revient sur les événements qui se sont déroulés avant le début de celui-ci, débute en compagnie de Tomasu, un jeune homme issu d’une communauté pacifiste, qui voit son quotidien bouleversé le jour où sa famille et les autres habitants de son village sont massacrés par des guerriers Tohan. Sauvé in extremis grâce à l’intervention de Sire Shigeru, du Clan des Otori, il est ensuite recueilli par son sauveur, avec qui il partage dorénavant un désir de vengeance envers Iida Sadamu, le leader impitoyable des Tohan. En parallèle, le lecteur découvre également la destinée de Kaede Shirakawa, retenue prisonnière dans un château appartenant à des alliés d’Iida depuis l’âge de huit ans et promise à un mariage arrangé visant à consolider le pouvoir d’Iida Sadamu.

Ce premier tome de la saga du Clan des Otori nous propulse donc au cœur de luttes sanglantes entre différents clans, tout en suivant l’apprentissage de ce jeune homme rebaptisé Takeo, qui tente de trouver sa voie au sein de cet univers violent, notamment en essayant de maîtriser les étranges pouvoirs dont il a visiblement hérité. Au fil des pages les différents personnages dévoilent leurs véritables intentions au sein de cette épopée mêlant action, quête de soi, luttes de pouvoir, amitiés, trahisons et amours impossibles, le tout imbibé d’une ambiance nippone et servi par une plume emplie de poésie, à l’image de ce parquet de la forteresse d’Inuyama qui chante comme un rossignol lorsque l’on marche dessus.

Une excellente lecture qui plaira aux adolescents et aux plus grands !

Thilde Barboni et Olivier Cinna – Hibakusha

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Guerre, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags , , on 24 mai 2017 by Yvan

Les traces indélébiles d’Hiroshima…

Thilde Barboni et Olivier Cinna - HibakushaCe one-shot publié dans la collection Aire Libre de chez Dupuis est tiré de la nouvelle « Hiroshima, fin de transmission » de Thilde Barboni. Adaptée sous le titre de « Hibakusha », terme japonais désignant les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, cette histoire narrant une romance au moment où le monde bascule dans l’horreur, m’a renvoyé aux bons souvenirs des romans (« Le poids des secrets ») d’Aki Shimazaki.

Situé en 1945, à l’aube de la date fatidique du 6 août, le récit invite à suivre les pas d’un interprète allemand envoyé en mission au pays du Soleil levant par le régime nazi. Sur place, il tombe éperdument amoureux d’une belle masseuse nippone, qui le soulage de ses douleurs physiques, tout en apaisant son âme et en bouleversant ses convictions. Un amour que la folie humaine scellera à jamais dans la pierre…

Entre fiction et réalité historique, cette bande dessinée nous plonge au cœur de la seconde guerre mondiale, au moment où le Japon s’apprête à vivre l’une des pages les plus sombres de son Histoire. À travers les documents confidentiels qu’il doit traduire, Ludwig comprends progressivement toutes les horreurs qui ont été commises… sans savoir que le pire reste à venir.

Malgré un ancrage historique particulièrement sombre et finalement juste effleuré, le lecteur retiendra surtout une belle histoire d’amour et un hommage vibrant aux victimes de la bombe atomique. La noirceur du fond, se retrouve ainsi balayée par la poésie et la sensibilité qui se dégage de ce récit profondément humain.

Si au niveau du scénario, la scène d’introduction n’apporte pas forcément grand-chose, excepté un brin de confusion, et que certains éléments auraient probablement mérité d’être développés un peu plus, cela ne m’a aucunement empêché d’être entièrement happé par l’ambiance du récit. Une séduction qui s’opère dès la couverture, qui est tout bonnement splendide, et qui se poursuit au fil des pages et de ce dessin sensuel qui distille une ambiance nippone dont je raffole. Particulièrement à l’aise au milieu des kimonos et des cerisiers en fleurs, Olivier Cinna (« Mr Deeds », « Ordures », « Fête des morts ») parvient à saisir la grâce, la sensualité et l’humain au milieu du chaos et de l’horreur.

Ils en parlent également : Mo’

Medoruma Shun – Les Pleurs du vent

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 19 mars 2017 by Yvan

Les larmes qui découlent de la guerre…

Medoruma Shun - Les Pleurs du ventLe récit se déroule dans un petit village d’Okinawa, où d’étranges pleurs s’échappent d’un ancien ossuaire, caché au milieu d’une falaise, alimentant depuis près de quarante ans de nombreuses rumeurs. Attiré par le mystère qui entoure ce crâne qui émet des sons qui font froid dans le dos, une bande de gamins du coin se lance comme défi d’escalader la falaise.
À l’occasion de la commémoration de la bataille d’Okinawa, un journaliste d’une chaîne de télévision s’intéresse également à la légende de ce crâne qui aurait appartenu à un kamikaze. Un agriculteur de la bourgade s’oppose cependant fermement à ce projet de reportage…

Ce crâne qui transforme le vent en pleurs n’est qu’un prétexte utilisé par l’auteur, lui-même originaire d’Okinawa, pour nous parler de son île tout en abordant des thèmes beaucoup plus délicats, tels que les dégâts psychologiques causés par la guerre, le devoir des kamikazes ou l’humiliation de la défaite et de la reddition du Japon. Les pleurs du crâne iront même jusqu’à symboliser les souffrances générées par la dernière bataille de la Seconde Guerre mondiale. Même quarante ans après, ce conflit a laissé une empreinte indélébile, que ce soit sur le journaliste et l’agriculteur, qui ont tous deux vécu la bataille d’Okinawa d’une perspective différente, ou sur cette génération suivante qui part à l’assaut de cette falaise et de tout ce qu’elle représente.

Le style typiquement japonais, empli de poésie et d’onirisme, de Medoruma Shun est de toute beauté et contribue à nous conduire tout en douceur au cœur des pleurs générés par cette guerre. L’écrivain ne manque pas non plus de nous décrire son île avec passion et grande précision, décrivant chaque parcelle de la nature et restituant l’humidité et la chaleur de la contrée d’Okinawa.

Un roman court, sensible et puissant !

Ken Liu – L’homme qui mit fin à L’Histoire

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 13 mars 2017 by Yvan

Témoignage historique sur l’Unité 731 !

Ken Liu - L'homme qui mit fin à L’HistoireCela fait un petit temps que j’avais envie de lire un ouvrage de la collection « Une heure lumière » de chez le Bélial’.

À mes yeux, ce roman de Ken Liu s’apparente finalement plus à un témoignage historique qu’à de la science-fiction. L’auteur utilise en effet le concept du voyage dans le temps pour se concentrer sur une page sombre et plutôt méconnue (en occident) de l’Histoire: l’Unité 731 !

Chaque pays possède probablement une page de son Histoire dont elle a honte et qu’elle préfèrerait oublier ou effacer, voire même nier. C’est le cas de cette Unité 731 créée en 1932 par l’Armée impériale japonaise, en plein conflit sino-japonais. Durant près d’une décennie, les japonais y ont livré des expériences scientifiques innommables sur des cobayes humains, allant de vivisections sans anesthésie à l’expérimentation d’armes bactériologiques, en passant par des viols et de la torture. Des milliers de personnes, pour la plupart chinoises, sont mortes dans d’horribles souffrances dans ce camp d’expérimentation nippon…

Le récit imaginé par Ken Liu, lui-même d’origine chinoise, se déroule dans un futur proche et invite à suivre Evan Wei, historien sino-américain, et son épouse Akemi Kirino, physicienne japonaise. Le couple met au point une invention permettant à une personne de voyager dans le temps afin d’y assister à un moment déterminé du passé. Les deux scientifiques décident d’utiliser leur procédé afin de lever le voile sur les exactions commises par l’Unité 731 et rétablir la vérité autour de cet évènement historique passé sous silence. Le seul petit hic de leur invention est que chaque instant du passé ne peut être visualisé qu’une seule fois avant de disparaître définitivement… ce qui rend évidemment difficile de valider les faits constatés…

Si j’ai apprécié l’idée de base et le contenu de ce livre, je suis par contre beaucoup moins fan de la forme. Ken Liu construit en effet son roman sous forme de documentaire constitué de successions de témoignages, d’interviews, d’extraits de commission parlementaires et autres. Cette narration à la façon d’un reportage télévisé (fallait-il même décrire les mouvements de caméra ?) permet certes d’alternes les différentes opinions, tout en donnant un aspect très réaliste à l’ensemble, mais c’est d’une froideur pas possible. Je n’ai du coup éprouvé aucune empathie envers les personnages principaux ou les différents intervenants. De plus, ce récit d’à peine plus de cent pages, survole l’histoire un peu trop vite, ce qui empêche également l’auteur d’approfondir les différents personnages, voire même de nous en apprendre un peu plus sur cette fameuse Unité 731.

Outre le devoir de mémoire, l’intérêt du livre se situe surtout au niveau de la réflexion qu’il suscite chez le lecteur. « L’Homme qui mit fin à l’Histoire » n’offre pas seulement une approche intéressante du voyage dans le temps, mais soulève aussi de nombreux questionnements philosophiques, étiques ou même juridiques. Si le récit dénonce forcément le crime de guerre, il pointe également du doigt le négationnisme, invite à réfléchir sur le métier d’historien… et surtout à se souvenir.

Ils en parlent également: Bibliocosme

Daniela Belcanto – Il neige sur la lune

Posted in Littérature with tags , on 6 janvier 2017 by Yvan

Les huit travaux de Yukiko !

Daniela Belcanto - Il neige sur la luneCe premier roman de Daniela Belcanto invite à découvrir l’étonnante histoire de Yukiko. Cette jeune femme, qui tient son nom d’un flocon de neige qui s’est déposé sur sa joue juste après sa naissance, vient de se suicider. Afin d’avoir droit au repos éternel, elle doit cependant d’abord aider huit personnes à avancer dans la vie… à ne pas renoncer face aux obstacles, comme elle l’a malheureusement fait.

Dès les premières pages, l’auteure nous embarque dans un univers onirique, d’une délicatesse rare et débordant de poésie. Ce voyage sensoriel de l’âme de Yukiko a pour but d’emmener le lecteur au cœur d’un cerisier du Japon autour duquel vont finir par graviter les huit existences qui nécessitent un coup de pouce du destin. Ce roman choral s’amuse donc non seulement à croiser plusieurs destins, mais joue surtout les équilibristes entre une intrigue ancrée dans la réalité et un point de départ fantastique. Le lecteur, lui, se laisse tout d’abord emmener par l’imagination débordante de l’auteure, avant de se laisser surprendre par cette chronologie qui ne développe les personnages qu’après les avoir rencontrés.

Malgré un scénario que certains qualifieront de « capillo-tracté » et une construction qui peut ponctuellement prêter à confusion, le lecteur se laisse volontiers embarquer par ce conte moderne, d’une originalité rare, qui aborde de nombreux thèmes, tels que la maladie, la mort et surtout l’amour. À l’aide d’un style particulièrement agréable, qui gagne de surcroît en fluidité au fil des pages, Daniela Belcanto livre une ode pleine de tendresse à la vie, à l’amour, à la nature, à la culture nippone, à l’entraide et à l’espoir… une invitation à rêver et à regarder les flocons tomber sur la lune…

Un merveilleux moment de lecture… à lire assis sur le banc d’un parc et de préférence sous un cerisier du Japon.