Archive pour Asie de l’Est

Aki Shimazaki – Sémi

Posted in Littérature with tags , on 1 juin 2021 by Yvan

Dans les méandres de la mémoire !

Aki Shimazaki – Sémi« Sémi » est le deuxième volet du nouveau cycle d’histoires courtes d’Aki Shimazaki, entamé l’année dernière avec « Suzuran »… qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’avoir lu avant d’entamer celui-ci.

Mariés depuis cinquante ans, Tetsuo et Fujiko vivent dorénavant dans une résidence pour personnes âgées. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, Fujiko se réveille un matin en prenant son mari pour son fiancé. Un saut dans le temps qui va progressivement mettre à jour des secrets profondément enfouis…

Avec « Sémi » Aki Shimazaki propose un regard original sur cette maladie neurodégénérative habituellement présentée comme une tragédie de fin de vie, mais offrant ici également une opportunité de réparer les blessures du passé, ainsi qu’une seconde chance à leur amour.

A l’instar de sa pentalogie « Le poids des secrets », Aki Shimazaki lève à nouveau le voile sur des secrets de famille, tout en faisant le lien avec la nature dès la couverture, à l’image de cette cigale dont les larves demeurent durant des années sous terre, parfois jusqu’à quinze ans, pour ne finalement déployer leurs ailes que durant un bref instant…

Cette superbe métaphore, évoquant l’éphémérité de leur amour finalement libérée après avoir été enfouis sous de lourds secrets durant tant d’années, s’installe au diapason de l’écriture délicate et poétique d’Aki Shimazaki.

Un récit plein d’humanité qui déborde de cette poésie et sobriété propre à la culture nippone.

Sémi, Aki Shimazaki, Actes Sud, 160 p., 15€

Ils en parlent également : Au fil des livres, La flibuste des rêveurs, La petite araignée, Le nez dans les livres, Mimi, Léa

Haruki Murakami – Le Meurtre du Commandeur (Livre 2)

Posted in Littérature with tags , on 12 mai 2021 by Yvan

Une conclusion (trop) fantastique !

41YZjgSQoyL._SX195_« Le Meurtre du Commandeur » invite à suivre les pas d’un peintre en mal d’inspiration. Lorsque sa femme lui annonce qu’elle veut divorcer, il quitte Tokyo et trouve refuge à Odawara, dans la maison de Tomohiko Amada, célèbre peintre japonais, grand spécialiste de la peinture traditionnelle japonaise, le nihonga. C’est là, isolé de tous au sommet d’une montagne, que Wataru Menshiki, un homme riche et mystérieux, lui propose une somme exubérante pour exécuter son portrait…

Après une première brique de 500 pages qui faisait office d’introduction, cette suite permet de retrouver les personnages intrigants et hauts en couleurs imaginés par Haruki Murakami. Du narrateur au charismatique Wataru Menshiki, en passant par le petit commandeur ou le mystérieux inconnu à la Subaru blanche, les personnages de Murakami continuent de captiver le lecteur de la première à la dernière page.

À l’instar du premier volet, le rythme de cette suite est à nouveau très lent et le style particulièrement descriptif et répétitif. Cette capacité typiquement nippone qui consiste à restituer des émotions profondes en capturant avec brio les silences et les non-dits, ces petites choses insignifiantes du quotidien qui font tout le sel de la vie, fait donc à nouveau mouche.

Le plus gros changement par rapport au tome précédent est la part de fantastique qui prend plus de place, à l’image du voyage improbable effectué par le narrateur. De cette clochette bouddhiste qui tintait dans la nuit à cette idée qui prenait forme sous les traits d’un petit personnage grotesque, en passant par cet homme sans visage qui réclamait son portrait dès le prologue, Haruki Murakami insufflait déjà une solide touche de surnaturel lors du tome précédent, mais le passage effectué par le narrateur dans un « autre monde » m’a un peu trop déstabilisé. Si les phénomènes étranges parvenaient à entretenir le mystère lors du tome précédent, mon esprit (trop) cartésien a eu plus de mal avec cette conclusion qui abandonne le lecteur avec plusieurs fils narratifs ouverts et des explications finalement assez irrationnelles.   

J’ai également eu un peu de mal avec l’obsession croissante du narrateur vis-à-vis des poitrines des personnages féminins et j’ai trouvé dommage qu’il peigne moins sur la fin car Haruki Murakami a un véritable talent pour décrire le processus de la création artistique, comme si chaque tableau prenait vie sous nos yeux tout en dévoilant la nature profonde du créateur et de son sujet.

Bref, malgré un aspect symbolique plus appuyé et des pensées philosophiques particulièrement intéressantes, le manque d’ancrage avec la réalité m’a un peu trop déstabilisé lors de cette suite.

Le Meurtre du Commandeur, Haruki Murakami, Belfond, 456 p., 23,90€

Ils en parlent également : Zagaducgsette, ClaireElodieCélineCharlotteAnne-SophieSamurai NekoPage après pageLa bibliothèque de Déols

Haruki Murakami – Le Meurtre du Commandeur (Livre 1)

Posted in Littérature with tags , on 7 mars 2021 by Yvan

Une mise en place signée Murakami !

Haruki Murakami - Le Meurtre du Commandeur (Livre 1)« Le Meurtre du Commandeur » invite à suivre les pas d’un peintre en mal d’inspiration. Lorsque sa femme lui annonce qu’elle veut divorcer, il quitte Tokyo et trouve refuge à Odawara, dans la maison de Tomohiko Amada, célèbre peintre japonais, grand spécialiste de la peinture traditionnelle japonaise, le nihonga. C’est là, isolé de tous au sommet d’une montagne, que Wataru Menshiki, un homme riche et mystérieux, lui propose une somme exubérante pour exécuter son portrait…

Si, a priori, il ne se passe pas grand-chose tout au long des 450 pages de ce premier volet, que le rythme est particulièrement lent et que le style s’avère descriptif et répétitif, Haruki Murakami parvient tout de même à nous tenir en haleine. À l’instar de nombreux auteurs nippons, il parvient à restituer des émotions profondes en capturant avec brio les silences et les non-dits, ces petites choses insignifiantes du quotidien, qui font tout le sel de la vie. Sans parler de sa capacité à décrire avec grande justesse le processus de la création artistique, comme si chaque tableau prenait vie sous nos yeux tout en dévoilant la nature profonde du créateur et de son sujet.

Puis, il y a cette touche de surnaturel, ces phénomènes étranges intégrés au réel avec un naturel presque déstabilisant. De cette clochette bouddhiste qui tinte dans la nuit à cette idée qui prend forme sous les traits d’un petit personnage grotesque, en passant par ce tableau dissimulé dans le grenier ou cet homme sans visage qui réclame son portrait dès le prologue, Haruki Murakami entretient le mystère, donnant envie de découvrir la suite au plus vite.

Finalement, il y a cette capacité à brosser des personnages intrigants et hauts en couleurs, que les lecteurs auront du mal à abandonner en fin d’ouvrage. Du narrateur au charismatique Wataru Menshiki, en passant par le petit commandeur ou le mystérieux inconnu à la Subaru blanche, les personnages de Murakami captivent du début à la fin.

Alors oui, il est assez frustrant de constater que les 450 pages de ce premier volet ne sont finalement qu’une mise en place, mais c’est l’envie de s’attaquer immédiatement à la suite qui l’emporte finalement haut la main.

Le Meurtre du Commandeur, Haruki Murakami, Belfond, 456 p., 23,90€

Ils en parlent également : Claire, Elodie, Céline, Charlotte, Anne-Sophie, Samurai Neko, Page après page, La bibliothèque de Déols

Ogawa Ito – La papeterie Tsubaki

Posted in Littérature with tags , on 24 mars 2019 by Yvan

Prendre le temps d’écrire !

Ogawa Ito - La papeterie Tsubaki« La papeterie Tsubaki » invite à suivre les pas d’une jeune femme de vingt-cinq ans qui revient dans le quartier de son enfance afin d’y reprendre la papeterie de sa grand-mère. Elle n’hérite cependant pas uniquement d’un commerce, mais également d’un métier pour lequel elle a été formé à la dure, celui d’écrivain public…

« La papeterie Tsubaki » plonge le lecteur dans l’univers raffiné de la calligraphie japonaise, allant des différents systèmes d’écriture (hiragana, katana, kanji) au respect de coutumes issues d’une époque qui n’était pas encore numérique. Initiée dès le plus jeune âge aux règles de cet art, Hatoko soigne chacune de ses missions jusque dans les moindres détails, du choix des outils d’écriture à la texture du papier, en passant par la couleur de l’encre, les tampons, l’enveloppe et même le timbre. Sans oublier le choix des mots et des formules de politesse en fonction de la demande et du besoin de nuancer certains propos. Tout un art !

Au fil des demandes, Hatoko jette également un nouveau regard sur cette grand-mère rigide et exigeante, qui lui a finalement appris tant de choses… dont ce métier qui lui permet dorénavant d’entrer dans la vie des gens et de leur procurer un peu de bonheur. En suivant Hatoko, le lecteur est également inviter à effectuer une balade contemplative dans la ville de son enfance, découvrant les différents sanctuaires, les jardins et les lieux où se restaurer…

Bref, si vous rechercher le suspense, l’action ou une intrigue capillo-tractée… passez votre chemin. Par contre, si vous appréciez le style nippon et les ambiances contemplatives, ce récit tout en délicatesse devrait vous plaire, surtout si vous préférez recevoir une belle lettre bien écrite plutôt qu’un tweet ou un e-mail en langage SMS.

La papeterie Tsubaki, Ogawa Ito, Picquier, 384 p., 20€

Ils en parlent également: Juste Lire, Des bulles et des mots, Mumu dans le bocage, BookManiac, Hanae part en livre, Des Femmes dans ma bibliothèque, La liseuse et la théière, Plumes et pages, Les libraires masqués du Grenier, Nom d’un bouquin!, MissBook, Le blog de Krol, Les histoires de Lullaby, MHF, A book is always a good idea, Stephalivres, Temps des mots, Mon petit carnet de curiosités, La Bulle de Realita, Les liseuses, L. bouquine, Claire, Horizons lectures, Journal du Japon

Jackie Copleton – La Voix des vagues

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 25 juillet 2018 by Yvan

40 ans après Nagasaki !

Jackie Copleton - La Voix des vaguesCe premier roman de Jackie Copleton débute aux États-Unis, en compagnie d’une veuve solitaire, habituée à noyer ses souvenirs sous une bonne dose d’alcool. Lorsqu’un homme au visage défiguré frappe à sa porte et lui annonce être son petit-fils, elle refuse d’y croire, mais se retrouve contrainte d’ouvrir une brèche dans la carapace qu’elle s’est forgée au fil des ans… depuis le jour où l’Amérique a bombardé Nagasaki et tué son petit-fils. C’était le 9 août 1945, à 11 heures 02…

« La voix es vagues » est tout d’abord une histoire de famille qui se déroule sur trois générations. Au fil des pages, les souvenirs de la grand-mère nippone reviennent douloureusement à la surface, dévoilant des secrets enfouis, des amours interdits, ainsi que la tragédie qui a saccagé sa ville. Au-delà d’une histoire familiale, l’auteure, qui a été enseignante au Japon, à Nagasaki, livre également l’histoire dramatique de tout un pays. À l’image des termes typiquement japonais qui introduisent chacun des chapitres, Jackie Copleton propose un récit qui déborde de cette poésie propre à la culture nippone et qui regorge de détails sur les coutumes et les traditions de cette nation pleine de retenue, de fierté et de dignité.

Si vous avez aimé le “Poids des secrets” d’Aki Shimazaki, vous allez également adorer ce roman sensible et bouleversant, où les petites histoires de personnages attachants s’inscrivent dans la grande Histoire du Japon.

Lian Hearn – Le Clan des Otori, Le Silence du Rossignol

Posted in Littérature with tags , , on 3 août 2017 by Yvan

Guerre des clans dans un Japon médiéval imaginaire teinté de fantastique !

Lian Hearn - Le Clan des Otori, Le Silence du RossignolAvec « Le Clan des Otori », l’auteure australienne Lian Hearn transporte le lecteur dans un Japon médiéval imaginaire teinté de fantastique, où il ne fait pas si bon vivre depuis que le Clan des Tohan a étendu sa domination des Terres de l’Est vers les Terres du Milieu.

Ce triptyque rallongé de deux tomes, dont le dernier revient sur les événements qui se sont déroulés avant le début de celui-ci, débute en compagnie de Tomasu, un jeune homme issu d’une communauté pacifiste, qui voit son quotidien bouleversé le jour où sa famille et les autres habitants de son village sont massacrés par des guerriers Tohan. Sauvé in extremis grâce à l’intervention de Sire Shigeru, du Clan des Otori, il est ensuite recueilli par son sauveur, avec qui il partage dorénavant un désir de vengeance envers Iida Sadamu, le leader impitoyable des Tohan. En parallèle, le lecteur découvre également la destinée de Kaede Shirakawa, retenue prisonnière dans un château appartenant à des alliés d’Iida depuis l’âge de huit ans et promise à un mariage arrangé visant à consolider le pouvoir d’Iida Sadamu.

Ce premier tome de la saga du Clan des Otori nous propulse donc au cœur de luttes sanglantes entre différents clans, tout en suivant l’apprentissage de ce jeune homme rebaptisé Takeo, qui tente de trouver sa voie au sein de cet univers violent, notamment en essayant de maîtriser les étranges pouvoirs dont il a visiblement hérité. Au fil des pages les différents personnages dévoilent leurs véritables intentions au sein de cette épopée mêlant action, quête de soi, luttes de pouvoir, amitiés, trahisons et amours impossibles, le tout imbibé d’une ambiance nippone et servi par une plume emplie de poésie, à l’image de ce parquet de la forteresse d’Inuyama qui chante comme un rossignol lorsque l’on marche dessus.

Une excellente lecture qui plaira aux adolescents et aux plus grands !

Thilde Barboni et Olivier Cinna – Hibakusha

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Guerre, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags , , on 24 mai 2017 by Yvan

Les traces indélébiles d’Hiroshima…

Thilde Barboni et Olivier Cinna - HibakushaCe one-shot publié dans la collection Aire Libre de chez Dupuis est tiré de la nouvelle « Hiroshima, fin de transmission » de Thilde Barboni. Adaptée sous le titre de « Hibakusha », terme japonais désignant les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, cette histoire narrant une romance au moment où le monde bascule dans l’horreur, m’a renvoyé aux bons souvenirs des romans (« Le poids des secrets ») d’Aki Shimazaki.

Situé en 1945, à l’aube de la date fatidique du 6 août, le récit invite à suivre les pas d’un interprète allemand envoyé en mission au pays du Soleil levant par le régime nazi. Sur place, il tombe éperdument amoureux d’une belle masseuse nippone, qui le soulage de ses douleurs physiques, tout en apaisant son âme et en bouleversant ses convictions. Un amour que la folie humaine scellera à jamais dans la pierre…

Entre fiction et réalité historique, cette bande dessinée nous plonge au cœur de la seconde guerre mondiale, au moment où le Japon s’apprête à vivre l’une des pages les plus sombres de son Histoire. À travers les documents confidentiels qu’il doit traduire, Ludwig comprends progressivement toutes les horreurs qui ont été commises… sans savoir que le pire reste à venir.

Malgré un ancrage historique particulièrement sombre et finalement juste effleuré, le lecteur retiendra surtout une belle histoire d’amour et un hommage vibrant aux victimes de la bombe atomique. La noirceur du fond, se retrouve ainsi balayée par la poésie et la sensibilité qui se dégage de ce récit profondément humain.

Si au niveau du scénario, la scène d’introduction n’apporte pas forcément grand-chose, excepté un brin de confusion, et que certains éléments auraient probablement mérité d’être développés un peu plus, cela ne m’a aucunement empêché d’être entièrement happé par l’ambiance du récit. Une séduction qui s’opère dès la couverture, qui est tout bonnement splendide, et qui se poursuit au fil des pages et de ce dessin sensuel qui distille une ambiance nippone dont je raffole. Particulièrement à l’aise au milieu des kimonos et des cerisiers en fleurs, Olivier Cinna (« Mr Deeds », « Ordures », « Fête des morts ») parvient à saisir la grâce, la sensualité et l’humain au milieu du chaos et de l’horreur.

Ils en parlent également : Mo’