Archive pour Asie de l’Est

Eun-yong Chung et Kun-woong Park – Massacre au pont de No Gun Ri

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Coconino Press, Manga / Manhwa, One-shots, Vertige Graphic, [DL 2007] with tags , , on 16 mai 2012 by Yvan

Toute l’horreur de la guerre de Corée !

Eun-yong Chung et Kun-woong Park - Massacre au pont de No Gun RiMassacre au pont de No Gun Ri est un manwha qui témoigne de la tragédie qui s’est déroulée durant la guerre de Corée.

Cette brique démarre pourtant sur un ton paisible et si la guerre est très vite annoncée, l’horreur met cependant du temps à nous atteindre. Il y a d’abord les autorités qui se veulent rassurantes et puis cet exode massif vers le Sud qui se met tout doucement en route. Et alors que les conséquences de l’invasion des troupes nord-coréennes et de l’arrivée des troupes américaines se font progressivement ressentir, Park Kun-Woong vient frapper le lecteur de plein fouet en détaillant mort par mort, ce massacre perpétré sur des civils coréens réfugiés sous l’arche d’un pont. Les témoignages rapportés par les quelques survivants de cette tuerie qui dura plusieurs jours deviennent vite insupportables et le sort de ces familles meurtries dans l’obscurité et confrontés à des choix et des événements indescriptibles est plus qu’inhumain.

Si je ne suis pas trop fan du dessin, en multipliant les tons sombres, celui-ci parvient néanmoins à conserver un peu de pudeur en dissimulant quelque peu l’horreur des scènes derrière des traits aussi sombres que cette page de l’Histoire.

Édifiant !

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Yoshihiro Tatsumi – Une vie dans les marges, Tome 2

Posted in BANDES DESSINÉES, Cornélius, Diptyques, Festival BD Angoulême, Manga / Manhwa, [Angoulême 2012], [DL 2011] with tags , , , , on 24 mars 2012 by Yvan

La naissance du Gekiga, vécue de l’intérieur !

Yoshihiro Tatsumi - Une vie dans les marges, Tome 2 Une vie dans les marges est un récit autobiographique qui revient sur la carrière de Yoshihiro Tatsumi et sur la naissance du genre Gegika. L’auteur aura travaillé près de douze ans sur cet ultime chef-d’œuvre édité par les Éditions Cornélius en deux tomes de plus de quatre-cents pages chacun.

Le premier tome, qui brossait le portrait d’Hiroshi Katsumi (qui n’est autre que l’auteur lui-même) lors d’une adolescence au sein d’une famille qui a du mal à joindre les deux bouts et en compagnie d’une frère aîné malade et jaloux, permettait surtout de découvrir les éléments fondateurs de la carrière de ce mangaka de renom. Ce deuxième volet montre un auteur qui peut enfin vivre de sa passion, mais qui continue de s’interroger sur la route qu’il doit emprunter. Au fil des pages, cet homme qui vit ses premiers émois amoureux continue de remettre son travail en question, peaufinant progressivement sa vision du manga.

L’aspect autobiographique de cette œuvre permet au lecteur de vivre l’avènement du mouvement gekiga de l’intérieur. Né de la passion d’une poignée de jeunes auteurs, ce nouveau genre qui privilégie des récits plus longs, plus réalistes et plus sérieux s’impose progressivement lors du boom qu’a connu le manga au Japon après la Deuxième Guerre Mondiale. Au-delà de la genèse du style gekiga, ce deuxième tome permet de découvrir la révolution du marché du manga lors des années 50-60, offrant ainsi un éclairage nouveau sur le monde de l’édition du temps des librairies de prêt. Mais ce qui fait toute la saveur et la force de cette rétrospective est le ton nostalgique qui se dégage de cette œuvre. Le regard de cet homme âgé, soixante ans après les faits, sur l’une des périodes les plus novatrices qu’ont connu le manga et le Japon, est empli de sagesse et de justesse.

Situé dans les années 50-60, le récit dresse également le portrait d’un Japon d’après guerre, en pleine reconstruction. Cette page d’Histoire relate en effet brièvement les événements culturels, politiques, sportifs et cinématographiques clés de ce pays en pleine mutation. Si cette œuvre est d’une grande richesse culturelle et historique, le trait limpide et la mise en scène forcément cinématographique de Yohihiro Tatsumi, rendent l’ensemble extrêmement lisible et digeste.

Récompensé par le Grand prix du prix culturel Osamu Tezuka en 2009 et par un Will Eisner Award en 2010, cette petite perle servira également de base à un film d’animation réalisé par Eric Khoo, dont voici la bande annonce :

Une œuvre didactique et captivante, indispensable pour les passionnés et incontournable pour les autres !

Retrouvez cet album dans mon Top Manga de l’année et dans mon Top du Festival d’Angoulême !

Guy Delisle – Pyongyang

Posted in BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005] with tags , , on 16 mars 2012 by Yvan

Bienvenue en Corée du Nord !

Guy Delisle - PyongyangAprès avoir lu ses Chroniques Birmanes et ses Chroniques de Jérusalem, je me devais donc d’attaquer ce séjour en Corée du Nord en lisant « Pyongyang ».

La grosse différence par rapport aux deux ouvrages précités est que Delisle est encore célibataire lors de cette aventure plus ancienne. Alors qu’il accompagne son épouse en mission sur place pour MSF lors des récits plus récents, on le suit ici dans le cadre de son travail en tant que superviseur de dessin animé européen fabriqué à Pyongyang. Étant plus fan de sa vision du pays visité que de ses (més)aventures en tant que père au foyer, cette approche différente a déjà tout pour me plaire.

Dans « Pyongyang », Guy Delisle raconte les deux mois qu’il a passé dans un des pays communistes les plus fermés au monde. Voguant entre le carnet de voyage et une succession d’anecdotes, le récit permet de visiter le pays de l’intérieur. Le séjour très encadré de l’auteur n’offre certes qu’une vue assez limitée de la réalité, mais il demeure tout de même très instructif.

Au fil des pages, l’auteur se heurte régulièrement à ce régime totalitaire qui contrôle et surveille tout. Ce pays dirigé de main de fer par la dynastie Kim Jong va jusque dans le cerveau des gens en diffusant constamment une propagande mensongère destinée à glorifier le leader suprême et à diaboliser les autres pays, emmenés par les États-Unis. Après lecture de cet ouvrage, les images de ce peuple pleurant la mort de son bourreau fin décembre 2011 prennent tout leur sens.

Alors certes, « Capitaine Sim n’est pas de notre galaxie… » mais la vision que Delisle propose de son monde est aussi édifiante qu’amusante. L’auteur offre un regard très détaché de ce pays qui rationne l’éclairage, mais qui ne lésine pas sur les monuments et les photographies représentant Kim Il-Sun. Usant d’un ton légèrement ironique, il parvient à dépeindre les situations avec humour, simplicité et justesse.

Le dessin minimaliste est d’une grande lisibilité et malgré son apparence ‘simpliste’, il parvient à distiller énormément d’informations, d’émotions et de non-dits. Quant au noir et blanc, il colle parfaitement à l’atmosphère froide et austère de cette ville sombre.

Si la visite du pays n’est pas conseillée, la lecture de cet ouvrage qui lui est consacré l’est bel et bien !

Osamu Yamamoto – L’Orchestre des Doigts

Posted in BANDES DESSINÉES, K.BD, Manga / Manhwa, Milan, Séries, [DL 2006], [Terminées] with tags , on 11 mars 2012 by Yvan

Les signes qui brisent le silence !

Osamu Yamamoto - L’Orchestre des DoigtsL’Orchestre des doigts n’est pas un ouvrage sur la musique, mais sur la surdité. Osamu Yamamoto avait déjà abordé ce thème dans Harukanaru Kôshien et l’aborde à nouveau dans ce récit en quatre tomes qui s’inspire du parcours de Kiyoshi Takahashi, grand défenseur de la langue des signes, décédé en 1958.

Ce premier volet invite à suivre les pas de Kiyoshi Takahashi lorsqu’il accepte un poste d’enseignant dans l’école d’Ôsaka en 1914. Lui qui rêvait de devenir musicien, va se trouver une véritable vocation en s’investissant de plus en plus dans cet établissement pour enfants sourds ou aveugles. L’intrigue se concentre sur la destinée d’un petit garçon sourd et violent, qui est rejeté par sa famille.

Outre le lien d’amitié grandissant entre le petit Issaku et Takahashi, le lecteur découvre progressivement l’univers des sourds et le langage des signes. En marge de l’histoire de Kiyoshi Takahashi, l’auteur décrit également la situation socio-politique du Japon au début du XXème siècle et l’évolution progressive des mentalités à l’égard des enfants sourds. Considérés comme des déficients mentaux et discriminés dès le plus jeune âge, ces enfants sourds ont du mal à trouver leur place dans la société japonaise. Au fil des pages de ce premier volet, le lecteur découvre que la prise en charge et la scolarisation de ces enfants est tout sauf évidente.

Un excellent premier tome, touchant et particulièrement instructif !

Osamu Yamamoto - L’Orchestre des DoigtsLisez également l’avis de Mo’ sur K.BD !

Yoshihiro Tatsumi – Une vie dans les marges

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Cornélius, Diptyques, DIVERS, Festival BD Angoulême, Manga / Manhwa, [Angoulême 2012], [DL 2011] with tags , , , , on 29 février 2012 by Yvan

La naissance du Gegika !

Yohihiro Tatsumi - Une vie dans les marges Une vie dans les marges est un récit autobiographique qui revient sur la carrière de Yoshihiro Tatsumi et sur la naissance du genre Gegika. L’auteur aura travaillé près de douze ans sur cet ultime chef-d’œuvre édité par les Éditions Cornélius en deux tomes de plus de quatre-cents pages chacun.

En brossant le portrait d’Hiroshi Katsumi, qui n’est autre que l’auteur lui-même, Yoshihiro Tatsumi lève le voile sur sa vie familiale et sur son évolution en tant qu’artiste. De parents qui ont du mal à joindre les deux bouts à ce frère aîné malade et jaloux, en passant par un certain Osamu Tezuka, le lecteur découvre les éléments fondateurs de la carrière de ce mangaka de renom.

Situé à Osaka, au début des années 1950, le récit dresse également le portrait d’un Japon d’après guerre, en pleine reconstruction et se remettant péniblement des conséquences la seconde guerre mondiale sous la tutelle des américains. Cette page d’Histoire est accompagnée d’une véritable révolution du marché du manga, que l’auteur invite à découvrir de l’intérieur. De son admiration pour Osamu Tezuka en passant par le gain de quelques concours de dessin qui permettent à la famille de sortir quelque peu la tête hors de l’eau, le lecteur découvre un genre qui part à la recherche de récits plus longs et plus sérieux et assiste à la naissance du Gegika.

Mais ce qui fait toute la saveur et la force de cette rétrospective est le ton nostalgique qui se dégage de cette œuvre. Le regard de cet homme âgé, soixante ans après les faits, sur l’une des périodes les plus novatrices qu’ont connu le manga et le Japon, est empli de sagesse et de justesse. Allez, viens t’asseoir ici petit, que papy te raconte la révolution qu’a vécu le manga dans un Japon en ruines… tout débute au milieu du siècle dernier, papy n’était qu’un adolescent, son frère était très malade et sa famille n’avait pas un radis. Le papy en question n’est autre que Yoshihiro Tatsumi et le récit de sa vie est passionnant. Un véritable chef-d’œuvre !

Si ce premier tome est d’une grande richesse culturelle et historique, le trait limpide et la mise en scène forcément cinématographique de Yohihiro Tatsumi, rendent l’ensemble extrêmement lisible.

Récompensé par le Grand prix du prix culturel Osamu Tezuka en 2009, par un Will Eisner Award en 2010 et par le Prix regards sur le monde au Festival d’Angoulême en 2012, cette petite perle servira également de base à un film d’animation réalisé par Eric Khoo, dont voici la bande annonce :

Une œuvre incontournable !

Retrouvez cet album dans mon Top Manga de l’année et dans mon Top du Festival d’Angoulême !

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Shigeru Mizuki – Opération Mort

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Cornélius, DIVERS, Festival BD Angoulême, Guerre, One-shots, [Angoulême 2009], [DL 2008] with tags , , , on 11 janvier 2012 by Yvan

Pour la patrie !

Shigeru Mizuki - Opération MortOpération Mort est un manga signé Shigeru Mizuki (Hitler). Ce mangaka qui perdit le bras gauche durant la Seconde Guerre mondiale et qui apprît ensuite à dessiner de la main droite, a déjà accumulé de nombreuses récompenses, dont un prix du meilleur album pour NonNonBâ en 2007, et le prix patrimoine pour cet ouvrage en 2009 au festival d’Angoulême. En relatant un épisode méconnu de la Guerre du Pacifique, l’auteur aborde donc un sujet qui l’a touché personnellement.

Se nourrissant de ses propres souvenirs de guerre, le mangaka invite à suivre l’histoire d’un régiment envoyé en mission sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée pendant la Seconde Guerre mondiale. Si la menace d’une offensive américaine n’est jamais loin, ce n’est pourtant pas l’ennemi qui est à l’origine du taux de mortalité élevé sur cette île paradisiaque. Le quotidien de ces soldats condamnés à tout sauf au combat lors de travaux de construction éprouvants effectués dans des conditions déplorables, n’a rien de vraiment réjouissant et, à défaut de succomber sous les balles ennemies, ce sont donc la faim, la maladresse, les crocodiles et la maladie qui déciment les vaillantes troupes nippones. Et ceux qui parviennent à survivre à la vie du camp peuvent compter sur la bêtise d’une hiérarchie bien décidée à sauvegarder l’honneur des troupes de l’Empereur, quoi qu’il arrive. Isolés sur île perdue au milieu de l’océan, le destin de ces hommes semble donc inéluctable : mourir d’une mort inutile et stupide, mais…pour la patrie !

Mizuki décrit la réalité des soldats japonais avec beaucoup de brio. Mêlant horreur et humour, il souligne l’absurdité de la situation dans laquelle se trouvent ces hommes conditionnés par les traditions du pays et par une hiérarchie qui incarne la mentalité japonaise de l’époque. Si le sens de l’honneur a souvent raison de l’envie de vivre de ces jeunes soldats, l’auteur dresse néanmoins le portrait de soldats qui n’ont rien de kamikazes fanatiques, mais qui ressemblent plutôt à des victimes d’une idéologie absurde.

Visuellement, Mizuki combine des décors photo-réalistes splendides à des personnages caricaturaux expressifs. Si le mélange peut surprendre, il contribue néanmoins à souligner l’absurdité de la situation dans laquelle se trouvent ces personnes condamnées à mourir pour le bien collectif. Heureusement que ce mangaka n’est pas mort au nom de la patrie…

Retrouvez cet album dans mon Best of du Festival d’Angoûleme 2009 !

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Shôtarô Ishinomori – Kuzuryû

Posted in BANDES DESSINÉES, Kana, Manga / Manhwa, One-shots, [DL 2011] with tags , on 12 novembre 2011 by Yvan

Quête initiatique et vengeresse dans un Japon médiéval réaliste !

Shôtarô Ishinomori - KuzuryûCe one-shot assez imposant de la collection Sensei des éditions Kana se déroule dans un Japon médiéval très réaliste et invite à suivre la quête initiatique et vengeresse de Kuzuryû.

Ce pavé de près de 700 pages est divisé en trois chapitres. Le premier, un peu lent et pas trop emballant, permet de faire la connaissance de cet apothicaire ambulant, qui s’avère également être un redoutable tueur à gages. Le deuxième permet d’en apprendre plus sur le secret lié au seul objet qui le relie à son passé et fait véritablement décoller l’intrigue. Le troisieme volet apporte toutes les réponses nécessaires et conclut brillamment le voyage de ce personnage attachant à travers ce Japon rural où il ne fait pas bon d’être pauvre.

Si l’histoire de cet homme qui cherche à retrouver son passé, tout en découvrant le secret qui entoure le massacre de tous les membres de son village, est assez classique et que la mise en place est un peu longue, le regard porté par Shôtarô Ishinomori sur le Japon de l’époque est très intéressant. Mêlant combats de sabres et quête initiatique, le récit finit par séduire au fil des pages, tout comme le personnage principal.

Le graphisme a plutôt bien supporté le poids des années, même si l’on peut regretter la grande ressemblance au niveau des personnages féminins. Et si les compagnons de route de Kuzuryû sont assez réussis, il n’ont cependant pas le charisme du petit Daigoro dans l’incontournable Lone Wolf & Cub.

Un très bon one-shot !