Archive pour Asie de l’Est

Shigeru Mizuki – Opération Mort

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Cornélius, DIVERS, Festival BD Angoulême, Guerre, One-shots, [Angoulême 2009], [DL 2008] with tags , , , on 11 janvier 2012 by Yvan

Pour la patrie !

Shigeru Mizuki - Opération MortOpération Mort est un manga signé Shigeru Mizuki (Hitler). Ce mangaka qui perdit le bras gauche durant la Seconde Guerre mondiale et qui apprît ensuite à dessiner de la main droite, a déjà accumulé de nombreuses récompenses, dont un prix du meilleur album pour NonNonBâ en 2007, et le prix patrimoine pour cet ouvrage en 2009 au festival d’Angoulême. En relatant un épisode méconnu de la Guerre du Pacifique, l’auteur aborde donc un sujet qui l’a touché personnellement.

Se nourrissant de ses propres souvenirs de guerre, le mangaka invite à suivre l’histoire d’un régiment envoyé en mission sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée pendant la Seconde Guerre mondiale. Si la menace d’une offensive américaine n’est jamais loin, ce n’est pourtant pas l’ennemi qui est à l’origine du taux de mortalité élevé sur cette île paradisiaque. Le quotidien de ces soldats condamnés à tout sauf au combat lors de travaux de construction éprouvants effectués dans des conditions déplorables, n’a rien de vraiment réjouissant et, à défaut de succomber sous les balles ennemies, ce sont donc la faim, la maladresse, les crocodiles et la maladie qui déciment les vaillantes troupes nippones. Et ceux qui parviennent à survivre à la vie du camp peuvent compter sur la bêtise d’une hiérarchie bien décidée à sauvegarder l’honneur des troupes de l’Empereur, quoi qu’il arrive. Isolés sur île perdue au milieu de l’océan, le destin de ces hommes semble donc inéluctable : mourir d’une mort inutile et stupide, mais…pour la patrie !

Mizuki décrit la réalité des soldats japonais avec beaucoup de brio. Mêlant horreur et humour, il souligne l’absurdité de la situation dans laquelle se trouvent ces hommes conditionnés par les traditions du pays et par une hiérarchie qui incarne la mentalité japonaise de l’époque. Si le sens de l’honneur a souvent raison de l’envie de vivre de ces jeunes soldats, l’auteur dresse néanmoins le portrait de soldats qui n’ont rien de kamikazes fanatiques, mais qui ressemblent plutôt à des victimes d’une idéologie absurde.

Visuellement, Mizuki combine des décors photo-réalistes splendides à des personnages caricaturaux expressifs. Si le mélange peut surprendre, il contribue néanmoins à souligner l’absurdité de la situation dans laquelle se trouvent ces personnes condamnées à mourir pour le bien collectif. Heureusement que ce mangaka n’est pas mort au nom de la patrie…

Retrouvez cet album dans mon Best of du Festival d’Angoûleme 2009 !

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Shôtarô Ishinomori – Kuzuryû

Posted in BANDES DESSINÉES, Kana, Manga / Manhwa, One-shots, [DL 2011] with tags , on 12 novembre 2011 by Yvan

Quête initiatique et vengeresse dans un Japon médiéval réaliste !

Shôtarô Ishinomori - KuzuryûCe one-shot assez imposant de la collection Sensei des éditions Kana se déroule dans un Japon médiéval très réaliste et invite à suivre la quête initiatique et vengeresse de Kuzuryû.

Ce pavé de près de 700 pages est divisé en trois chapitres. Le premier, un peu lent et pas trop emballant, permet de faire la connaissance de cet apothicaire ambulant, qui s’avère également être un redoutable tueur à gages. Le deuxième permet d’en apprendre plus sur le secret lié au seul objet qui le relie à son passé et fait véritablement décoller l’intrigue. Le troisieme volet apporte toutes les réponses nécessaires et conclut brillamment le voyage de ce personnage attachant à travers ce Japon rural où il ne fait pas bon d’être pauvre.

Si l’histoire de cet homme qui cherche à retrouver son passé, tout en découvrant le secret qui entoure le massacre de tous les membres de son village, est assez classique et que la mise en place est un peu longue, le regard porté par Shôtarô Ishinomori sur le Japon de l’époque est très intéressant. Mêlant combats de sabres et quête initiatique, le récit finit par séduire au fil des pages, tout comme le personnage principal.

Le graphisme a plutôt bien supporté le poids des années, même si l’on peut regretter la grande ressemblance au niveau des personnages féminins. Et si les compagnons de route de Kuzuryû sont assez réussis, il n’ont cependant pas le charisme du petit Daigoro dans l’incontournable Lone Wolf & Cub.

Un très bon one-shot !

Lars Martinson – Tônoharu

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Diptyques, Festival BD Angoulême, Le Lézard Noir, [Angoulême 2012], [DL 2011], [Sans super-héros] with tags , , , on 28 octobre 2011 by Yvan

Récit d’une expatrié qui, confronté aux barrières culturelles, aperçoit le reflet vide de sa propre existence !

Lars Martinson - TônoharuCe diptyque paru aux éditions Le Lézard Noir est un roman graphique semi-autobiographique inspiré de l’expérience de Lars Martinson, lorsqu’il fut professeur d’anglais au japon pendant trois ans.

Le récit invite à suivre le quotidien de Daniel Wells, un expatrié américain qui se retrouve assistant scolaire au Japon, dans une école située dans un petit bled de province nommé Tônoharu. Si le mur érigé par les différences culturelles et la barrière linguistique semble plus difficile à franchir que prévu, l’attitude attentiste de ce jeune homme de vingt-cinq ans n’est pas non plus étrangère à ses problèmes d’intégration. Ses contacts plutôt pathétiques avec les locaux se limitent à quelques collègues de travail et même ses échanges avec les autres expatriés sont finalement d’une maladresse rare. Au fil des errances de ce spectateur passif, perdu au sein d’une culture assez étanche à l’ouverture vers autrui, le lecteur finit d’ailleurs par comprendre que Daniel a du mal à s’intégrer dans la société, peu importe l’endroit. L’histoire de cet homme qui se cherche est donc renforcée par un exil qui rend tout contact social encore plus difficile et accentue encore un peu plus son isolement. À la limite, il se sert même inconsciemment de cette immersion dans la société japonaise comme d’une excuse à sa condition, mettant ainsi son incapacité à s’intégrer sur le dos de la différence.

C’est avec une grande justesse de ton que Lars Martinson relate ce plongeon vers l’inconnu, offrant ainsi un regard différent sur le pays du soleil le levant : le regard d’un américain confronté au vide de sa propre existence.

Dans un style qui fait penser au travail de Seth, Lars Martinson parvient à accentuer l’immobilisme de son personnage. Usant d’un format gaufrier de quatre cases par page, d’un cadrage très statique et de décors immobiles répétitifs, il impose un rythme lent qui fait écho au quotidien monotone du personnage principal. Le dessin monochrome aux tons verdâtres tristes renforce l’atmosphère pesante du récit et la solitude déprimante de cet étranger.

Et, contrairement à ce personnage qui hésite à prolonger son séjour d’un an en terre nippone, le lecteur est tout de suite partant pour un deuxième tome.

Retrouvez ce comics dans MON TOP 2011 !

Découvrez le teaser de cet album:

Kazuo Kamimura – La plaine du Kantô T3

Posted in BANDES DESSINÉES, Kana, Manga / Manhwa, Trilogies, [DL 2011] with tags , on 16 septembre 2011 by Yvan

Fin du témoignage d’une vie et d’une époque !

Kazuo Kamimura - La plaine du Kantô T3Le troisième tome de cette trilogie publiée en 1976 au Japon est consacré aux premières années de la vie d’adulte de Kinta. Après avoir vécu de nombreuses expériences sexuelles et autres durant son adolescence dans la grande ville de Tokyo, Kinta débute sa carrière professionnelle tout en se questionnant sur le sens de la vie et sur l’amour.

Le jeune Kinta commence à percer dans le milieu artistique, mais semble avoir encore du mal à confronter ses œuvres au regard critique de maître Yanagawa Ôguno. Développant son art au fil des voyages et des rencontres, c’est dans la solitude qu’il se réfugie afin de trouver l’inspiration nécessaire. S’il s’interroge régulièrement sur son art, il a également du mal à trouver de l’équilibre dans ses relations amoureuses. Ayant appris à se méfier de l’amour au fil de ses premières expériences sexuelles/amoureuses, il vit une relation faite de hauts et de bas avec la mystérieuse Kyôko.

Le parcours de Kinta, progressant dans la pratique de son art et découvrant les nombreuses facettes du sexe, reflète le caractère fortement autobiographique de cette œuvre. Ce récit manifestement très inspiré de l’enfance de Kazuo Kamimura se révèle dès lors être le témoignage d’une époque. Outre le contexte historique intéressant et le témoignage mélancolique d’une région que l’auteur tient à cœur, ce récit non dénué d’humour propose également un graphisme élégant et lisible, qui a plutôt bien supporté le poids des années.

Si l’auteur de Lady Snowblood et de « L’Apprentie Geisha » parsème une nouvelle fois son récit de personnages surprenants, certaines réalités et certains thèmes abordés par l’auteur (zoophilie, viol, bondage, …) pourront néanmoins choquer le lecteur non-averti. L’auteur choisit en effet d’aborder le sexe sans aucun tabou et de manière souvent crue, en mettant en avant des faiblesses et des déviances qui semblent encore accentuées en cette période d’après-guerre que traverse le Japon.

La postface surprenante de l’auteur ne manquera d’ailleurs pas de venir jeter un nouvel éclairage sur cette trilogie.

Retrouvez ce manga  dans mon Top du mois et dans mon Best Of 2011 !

Inio Asano – La fin du monde, avant le lever du jour

Posted in BANDES DESSINÉES, Kana, Manga / Manhwa, One-shots, [DL 2011] with tags , on 11 septembre 2011 by Yvan

Tant que le soleil se lève, il y a de l’espoir !

Inio Asano - La fin du monde, avant le lever du jourAprès « Un monde formidable », « Le quartier de la lumière », Solanin et l’excellent Le champ de l’arc-en-ciel, Inio Asano propose un nouvel album, intitulé « La fin du monde, avant le lever du jour ». Ce manga, dont le titre est en fait la juxtaposition de ceux de la dernière histoire (« La Fin du monde ») et de la première (« Avant le lever du soleil »), est en fait un recueil d’histoires courtes, écrites à plusieurs périodes de la vie de l’auteur.

À travers ces histoires indépendantes, le mangaka invite à suivre la vie (souvent nocturne) de personnages, dont il partage le malaise. Les portraits sont très variés et vont d’un père de famille qui fugue à une jeune fille qui veut se suicider devant sa webcam, en passant par un mangaka qui retourne dans son village natal ou une vendeuse qui rêve du prince charmant. Ces tranches de vie plongent le lecteur dans le quotidien de personnes ordinaires qui dépriment, souffrent, s’interrogent, doutent et se remettent en question, pour finalement laisser entrevoir cette petite lueur d’espoir qui subsiste en chacun d’eux. À travers ses personnages plus vrais que nature et venus de tous les horizons, Inio Asano propose une chronique sociale qui exprime les angoisses de toute une génération de japonais désabusés. S’il souligne les imperfections et le malaise de la société nippone, il ponctue néanmoins ses récits d’une note d’espoir, incitant les gens à aller de l’avant car tant que le soleil se lève, les démons de la nuit peuvent s’effacer et la vie peut reprendre le dessus.

Si les histoires sont reliées par une ambiance mélancolique et un questionnement sur notre place dans le monde, je regrette tout de même un peu qu’elles se succèdent sans véritablement se recouper. De plus, la qualité des récits est assez inégale, avec certaines histoires fortes, mais également quelques tranches de vie moins intéressantes.

Au niveau du graphisme, le travail d’Inio Asano demeure cependant remarquable. À travers un dessin réaliste et précis, il livre des personnages très expressifs, des décors très détaillés et une atmosphère dont il a le secret.

Si j’ai apprécié ce one-shot, c’est néanmoins Le champ de l’arc-en-ciel qui reste mon album préféré de ce mangaka hors du commun.

Retrouvez ce manga dans mon Best Of 2011 !

Takashi Fukutani – Le Vagabond de Tokyo

Posted in BANDES DESSINÉES, DIVERS, Festival BD Angoulême, Intégrales, K.BD, Le Lézard Noir, Manga / Manhwa, [Angoulême 2010], [DL 2009] with tags , , , on 9 septembre 2011 by Yvan

Une critique sociale pour lecteurs avertis

Takashi Fukutani - Le Vagabond de TokyoCe premier tome est une sélection des meilleures histoires parmi les 663 épisodes que compte cette saga parue au Japon de 1979 à 1993.

Takashi Fukutani y narre les aventures de Yoshio Hori, un personnage réel qu’il a rencontré durant ses années de galère, et y intègre également plusieurs passages autobiographiques. Yoshio est un looser qui vit dans une piaule misérable de la Résidence Dokudami dans des conditions d’hygiène déplorables et qui s’accommode de petits jobs payés à la journée pour pouvoir ingurgiter une quantité quotidienne suffisante de nouilles lyophilisées et d’alcool. Mais ce marginal au grand cœur est également un véritable obsédé sexuel aux fantasmes débordants. Tout comme son anti-héros, l’auteur a également connu une existence en marge de la société lors de certaines périodes de sa vie, ce qui explique que les passages auto-biographiques s’intègrent parfaitement dans l’ensemble.

Abordé au premier degré, « Le Vagabond de Tokyo » s’apparente à un récit vulgaire à l’humour lourd, grossier et parfois scatologique. Mais derrière ce ton résolument comique et léger se dissimule une critique de la société japonaise des années 80. Derrière cet humour assez gras, l’on découvre alors une certaine sensibilité et une envie profonde de donner la parole aux laissés pour compte d’une société qui se contrefiche de ceux qui n’arrivent pas à se fondre dans la machine économique et qui errent le ventre creux entre deux jobs de fortune. Les témoignages issus de la propre vie de l’auteur ne font d’ailleurs qu’amplifier le réalisme de ce quotidien en marge de la société.

Les personnages hauts en couleurs et la crudité de certaines scènes réservent cette saga aux lecteurs avertis. Au milieu des travestis, des fétichistes pervers qui reniflent des petites culottes usagées, des provinciales qui cherchent un avenir dans la prostitution et d’un héros qui claque sa paie dans les bars à hôtesses, le lecteur baigne dans le vulgaire, le scabreux et l’érotisme chaud. Le dessin accompagne d’ailleurs ostentatoirement les nombreuses scènes salaces et n’hésite pas à jouer la carte du théâtral en multipliant les attitudes expressives à outrance de personnages déjà très caricaturaux.

Derrière une lourdeur apparente, les éditions Le Lézard Noir proposent donc un album intéressant, mais particulièrement onéreux.

Takashi Fukutani - Le Vagabond de TokyoLisez également l’avis de Champi sur K.BD !

Sylvain Runberg & Olivier Martin – Face Cachée T2

Posted in BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Futuropolis, [Accessible], [DL 2011] with tags , , on 25 juillet 2011 by Yvan

Made in Europe !

Sylvain Runberg & Olivier Martin - Face Cachée T2Avec cette deuxième partie Sylvain Runberg et Olivier Martin livrent la suite et fin de ce manga au formatage franco-belge ou de cette bande dessinée au parfum asiatique, c’est selon. Une fin de diptyque particulièrement réussie qui confirme l’aspect particulièrement prometteur d’un premier volet méritoirement couronné d’un prix à l’International Manga Awards.

C’est en suivant le quotidien de personnages extrêmement attachants que le lecteur découvre des relations sentimentales difficiles à assumer au sein d’une société où les apparences sont de mise. Ne lésinant pas sur le nombre de révélations et multipliant les fausses pistes, Sylvain Runberg tient le lecteur en haleine. N’hésitant pas à prendre ce dernier à contre-pied, il dévoile lentement la face cachée de ses personnages. En dévoilant leurs secrets il lève le voile sur des apparences extrêmement trompeuses et joue habilement avec la fausse opinion que l’on se fait de certains protagonistes. La vérité ne manque pas de surprendre et permet de jeter un nouveau regard sur les comportements et les non-dits de chacun. Les dernières pages de l’album permettent ainsi de révéler toute la subtilité et la maîtrise de l’intrigue imaginée par Sylvain Runberg.

En suivant les pas d’un salary men, les auteurs proposent également une plongée au cœur même du monde du travail nippon et livrent une chronique sociale de fond débordante d’authenticité. Un univers très hiérarchisé, où les heures supplémentaires sont légion et où aller boire un verre avec les confrères jusqu’à la tombée de la nuit est un must afin de faire bonne impression et de recevoir des évaluations positives. Un vie professionnelle faite de solitude, de collaborateurs envieux, de soirées alcoolisées au karaoké et de faux semblant qui sert admirablement cette histoire qui cache une terrible vérité.

Le dessin tout en esquisses d’Olivier Martin, la douceur du lavis et le découpage manga confortent l’aspect contemplatif de l’histoire. Les nombreux non-dits viennent intelligemment renforcer la face cachée de chacun, tandis que les paysages urbains et les love/capsule hôtels parachèvent cette transposition parfaitement réussie des codes culturels japonais. Un crayonné semi-réaliste qui à travers de nombreuses planches muettes prend une grande partie de la narration à son compte.

Un diptyque que devrait ravir les fans de Jirô Taniguchi ! À un moment où le grand maître s’attaque au franco-belge sans véritablement convaincre, Sylvain Runberg et Olivier Martin proposent une chronique sociale nippone qui impose le respect.

Retrouvez cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !