Archive pour Asie du Sud-Est

Stéphane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx – Tsunami

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Accessible], [DL 2013] with tags , on 8 janvier 2014 by Yvan

Enquête après la grande vague…

Stéphane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx - Tsunami« Tsunami » invite à suivre les pas de Romain, un jeune bordelais de vingt-quatre ans qui se rend à Bandah Aceh, dans le nord de l’île indonésienne de Sumatra, là où le tsunami frappa la région de plein fouet neuf ans plus tôt. Le garçon espère y retrouver une trace de sa grande sœur, venue aider les rescapés juste après le désastre, mais qui a depuis disparu sans laisser de traces.

Stéphane Piatzszek (Fête des Morts) propose tout d’abord un carnet de voyage à travers une région de toute beauté, mais ravagée par une catastrophe naturelle sans précédent en 2004. Neuf ans après le passage de cette vague dévastatrice, il parvient à dresser un portrait de cette partie de l’Indonésie, sans jamais verser dans le sentimentalisme. Le dessin colorisé à l’aquarelle de Jean-Denis Pendanx (Abdallahi, Jeronimus, Svoboda) invite d’ailleurs au dépaysement. S’inspirant de photos réalisées par le scénariste, il parvient à alterner des illustrations pleine page du désastre à des paysages magnifiques qui mettent en valeur la beauté exotique et lumineuse des îles.

Mais au-delà du voyage, ce one-shot invite surtout à suivre l’enquête de ce garçon en quête de réponses. Malgré certaines facilités scénaristiques, les recherches de Romain permettent de croiser plusieurs personnages intéressants, tout en invitant à réfléchir sur les rapports familiaux. Je ne suis personnellement pas trop fan de la touche de fantastique finale, même si celle-ci permet de conclure le récit de manière très poétique et qu’elle s’intègre parfaitement aux légendes et coutumes locales.

Un bien bel album !

Ils en parlent également : Yaneck, Mo’

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Jason Aaron et Cameron Stewart – De l’autre côté

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Guerre, Jason Aaron, One-shots, Urban Comics, Vertigo Deluxe, [DL 2013], [Sans super-héros] with tags , , on 3 décembre 2013 by Yvan

Good morning Vietnam !

ason Aaron et Cameron Stewart - De l'autre côtéCette mini-série en cinq épisodes dessinée par Cameron Stewart est la première création du scénariste de Scalped pour le label Vertigo de DC. L’origine de ce récit remonte au caporal Gustav Harford, auteur d’une nouvelle qui inspira Stanley Kubrick pour son long métrage Full Metal Jacket, mais qui s’avère également être le cousin de Jason Aaron.

« De l’autre côté » raconte les destinées parallèles de deux jeunes soldats issus de camps opposés pendant la guerre du Vietnam. Le premier est un jeune américain de l’Alabama enrôlé de force dans les Marines, qui n’a pas vraiment envie de combattre pour sa patrie. L’autre est un vietnamien de dix-neuf ans prêt à mourir pour les siens, qui s’engage avec grande fierté dans l’armée populaire. Si leurs motivations divergent, l’auteur montre très vite que la guerre ne fait pas de différence. Tous-deux subissent l’horreur de la guerre de plein fouet et se retrouvent perdus au milieu d’un conflit dont les intérêts finissent par leur échapper.

De l’entraînement inhumain des Marines aux jungles incendiées au napalm, Jason Aaron livre un récit sans concession et ouvre les yeux sur toute l’horreur et l’absurdité du conflit. Si le passage constant d’un personnage à l’autre tout en faisant déborder la voix-off sur les cases suivantes peut déstabiliser, cette narration alternée permet de montrer l’évolution psychologique parallèle des deux protagonistes. En comparant leurs idéaux, leurs craintes, leurs espoirs et leurs peurs, le scénariste parvient à donner beaucoup de profondeur à ses personnages et à son récit.

Visuellement, Cameron Stewart livre également de l’excellent boulot. Le dessinateur s’est même rendu sur place pour s’imprégner des décors, comme en témoigne le carnet de son voyage au Vietnam en 2005 qui accompagne cette édition.

Si le nombre de récits dédiés à la guerre sont nombreux, j’en retiens deux incontournables pour cette année : « la Grande guerre de Charlie » et « De l’autre côté ».

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

Loo Hui Phang et Michaël Sterckeman – Cent mille journées de prières, Tome 2

Posted in BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Futuropolis, [Avancé], [DL 2012] with tags , on 7 août 2012 by Yvan

Du rêve à la réalité !

Loo Hui Phang et Michaël Sterckeman - Cent mille journées de prières, Tome 2Le premier volet de ce diptyque imaginé par Loo Hui Phang et dessiné par Michaël Sterckeman invitait à suivre le malaise d’un enfant aux origines eurasiennes, quotidiennement victime d’une différence que sa mère refusait d’expliquer. Se heurtant constamment au silence qui entourait ce lourd secret familial, il laissait libre cours à son imagination pour s’inventer des racines et pour trouver lui-même réponse à ses nombreuses interrogations. Cette conclusion va non seulement lever le voile sur la destinée du père de Louis, mais également dévoiler un pan douloureux de l’Histoire du Cambodge.

Indirectement touchée par la guerre civile déclenchée par les Khmers rouges fin des années soixante, Loo Hui Phang s’inspire donc de l’histoire de sa propre famille pour livrer un diptyque qui aborde cette page sombre de son pays. La quête familiale du petit Louis débouche donc inévitablement sur le régime dictatorial des Khmers Rouges et propose des passages aussi didactiques qu’intéressants.

L’album débute néanmoins dans le monde onirique que le petit Louis s’est inventé pour combler le vide laissé par le mystère qui entoure son père. Cette approche qui conduit le jeune garçon à partager ses angoisses et ses peines avec un canari mort peut s’avérer surprenante, mais permet à l’auteur de décrire la souffrance de l’enfant avec énormément de justesse. Au fil des explications, ce voile onirique s’estompe et laisse place à une réalité qui n’a rien de réjouissante, mais qui à le mérite de sortir l’enfant de son cauchemar, abandonnant son mal-être au profit d’une vérité apaisante.

La mise en images très sobre de Michaël Sterckeman conforte le ton intimiste du récit. Un dessin noir et blanc assez minimaliste qui s’inscrit totalement au service du scénario.

Un ancrage historique cambodgien intéressant et une quête identitaire difficile d’accès, mais d’une grande justesse émotionnelle.

Loo Hui Phang & Michaël Sterckeman – Cent mille journées de prières

Posted in BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Futuropolis, [Avancé], [DL 2011] with tags , on 13 juillet 2011 by Yvan

Combler le vide paternel !

Loo Hui Phang & Michaël Sterckeman - Cent mille journées de prièresLouis est un jeune garçon solitaire dont les origines eurasiennes sont souvent sujet de moqueries de la part de ses camarades de classe. Vivant seul avec sa mère, il ne sait quasiment rien de son père et aimerait bien percer le secret de cette absence paternelle. Le sujet étant classé tabou, il laisse libre cours à son imagination pour s’inventer des racines… jusqu’au jour où des amis cambodgiens viennent trouver refuge chez eux. C’est pour lui l’occasion de vérifier quelques indices récoltés au fil des années et d’en apprendre plus sur ses origines.

Indirectement touchée par la guerre civile déclenchée par les Khmers Rouges fin des années soixante, Loo Hui Phang s’inspire donc de l’histoire de sa propre famille pour livrer un diptyque qui aborde cette page sombre de l’Histoire du Cambodge. Cette mise en place invite à suivre le malaise d’un enfant dépourvu de repères essentiels et quotidiennement victime d’une différence que sa mère refuse d’expliquer. Se heurtant constamment au silence qui entoure ce lourd secret familial, il est obligé de trouver lui-même réponse à ses nombreuses interrogations. Se servant d’un canari comme principal interlocuteur, Louis partage difficilement ses angoisses et ses peines, tout en développant un monde onirique censé combler le vide laissé par le mystère qui entoure son père. Si le voile concernant ses origines ne se lève que très lentement, c’est avec beaucoup de justesse que l’auteur décrit la souffrance de l’enfant. Passant régulièrement du rêve à la réalité, la narration puise sa force dans les non-dits qui accompagnent le mal-être de Louis.

La mise en images très sobre de Michaël Sterckeman conforte le ton intimiste du récit. Un dessin noir et blanc assez minimaliste qui s’inscrit totalement au service du scénario. L’ancrage historique cambodgien n’étant qu’effleuré lors de cette mise en bouche, la conclusion de cette saga est donc attendue avec grand intérêt.

Ils en parlent également : Mo’

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Stéphane Piatzszek & Olivier Cinna – Fête des Morts

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Avancé], [DL 2011] with tags , on 2 mai 2011 by Yvan

Une traque qu’il faut applaudir !

Stéphane Piatzszek & Olivier Cinna - Fête des MortsCe one-shot de Stéphane Piatzszek et Olivier Cinna se déroule de nos jours, au Cambodge. Les auteurs ne se concentrent pas vraiment sur cette « Fête des Morts », qui s’y déroule fin septembre/début octobre, mais abordent le thème douloureux du tourisme sexuel en Asie du Sud-Est, un fléau qui frappe les plus démunis toute l’année.

« Fête des Morts » ne s’attache pas au sort de ces enfants sans défense sous forme de documentaire ou à travers le regard d’une des victimes de cette prostitution enfantine, mais sur fond de polar noir, à travers les pérégrinations d’un flic français, chargé de collaborer avec la police cambodgienne dans la traque des pédophiles.

Le récit est véritablement porté par ce personnage massif, au sombre passé et au caractère turbulent. Muté loin de Paris, dans la capitale de ce pays totalement corrompu, Serge éprouve beaucoup de mal à se cantonner à son rôle d’observateur face à un commerce sexuel nauséabond qui semble cautionné par les autorités et la bourgeoisie locale. Le lecteur s’attache vite à ce personnage impulsif qui laisse de côté la paperasse pour s’attaquer au fond du problème. En confiant l’enquête à un externe, venu suppléer la police locale, Stéphane Piatszsek s’autorise une approche plus large du problème, traversant les différentes couches de la société cambodgienne, et exprime le dégoût et l’horreur de ce trafic répugnant à travers la psychologie soignée d’un personnage intègre et entier, qui frappe là où les coups méritent de tomber.

Si, en abandonnant un policier (« Commandant Achab ») au profit d’un autre, Stéphane Piatzszek évolue en terrain plus ou moins connu, Olivier Cinna change par contre totalement de registre. La douceur des tons pastels de l’excellent Mr. Deeds fait place à des aplats de noir, plus adaptés au ton du récit. Un graphisme noir et blanc qui accentue le caractère sombre et désillusionné du scénario, tout en restituant l’atmosphère moite et chaude de l’endroit. Si le travail au niveau de l’expressivité et des attitudes de ce personnage principal à la carcasse imposante est également très efficace, il faut également respecter la pudeur de ce graphisme qui ne fait que suggérer l’immontrable et restitue le caractère sexuel de l’endroit à travers une relation amoureuse que développe le héros avec une prostituée locale.

Porté par un personnage attachant et un graphisme intelligent, ce récit s’attaque à un sujet délicat sur fond de polar sombre.

Guy Delisle – Chroniques Birmanes

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, One-shots, Shampooing, [Angoulême 2008], [Avancé], [DL 2007] with tags , , on 9 mars 2010 by Yvan

Guy Delisle - Chroniques BirmanesAprès avoir raconté ses séjours en Chine et en Corée dans « Shenzhen » et « Pyongyang », Guy Delisle offre un aperçu d’un autre pays totalitaire, le Myanmar (la Birmanie). Par rapport aux deux ouvrages chez l’Association, la situation de Guy Delisle a quelque peu évolué étant donné qu’il est passé d’un célibataire opérant dans le cadre de son travail à un père de famille accompagnant son épouse en mission sur place pour MSF. C’est sous cette nouvelle perspective et donc un peu plus dans un rôle de ‘touriste’, qu’il partage ce séjour de 14 mois en Birmanie. C’est donc plus un récit de voyage qu’une véritable investigation que nous offre cet album qui vient s’ajouter à la bien belle Collection Shampooing (« Trois Ombres ») de Delcourt.

Guy Delisle donne donc tout simplement un aperçu de sa vie quotidienne en tant que simple accompagnateur et homme au foyer. Une accumulations d’anecdotes intéressantes de la vie de cet expatrié, ainsi que les (més)aventures d’un père au foyer. Certes, l’ouvrage distille des informations intéressantes sur le Myanmar et ses habitants, mais d’un point de vue un peu trop ‘touristique’ et sans vraiment surprendre le lecteur. La lecture s’avère donc très agréable, emplie d’humour et d’autodérision, mais le côté ‘spectateur distant’ est un peu frustrant. Le dessin décalé est d’une grande lisibilité et malgré son apparence ‘simpliste’, il parvient tout de même à distiller énormément d’informations, d’émotions et de non-dits.

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2008 !