Archive pour Coup de coeur

Grégoire Delacourt – L’Enfant réparé

Posted in Littérature with tags , on 13 octobre 2021 by Yvan

Une mise à nu bouleversante !

Grégoire Delacourt - L’Enfant réparéCe dixième roman de Grégoire Delacourt aux allures de biographie est celui qui apporte un nouvel éclairage sur tous les précédents et en particulier sur «Mon Père», où l’auteur livrait un huis-clos écœurant entre un prêtre pédophile et le père de sa victime, tout en donnant une voix aux enfants abusés qui se murent dans le silence.

D’entrée, l’auteur de «La Liste de mes envies» et d’ «Un jour viendra couleur d’orange» nous glace en annonçant que le père de «Mon Père» et l’enfant abusé sont en fait la même personne. Si l’homme qu’il est devenu allait en effet à la recherche de l’enfant abusé qu’il était, dans ce roman il va de surcroît tenter de le réparer…  

« Je regarde mon corps et je me demande où cela a commencé. Quelle partie a d’abord été touchée. Engloutie. Caressée peut-être. Les caresses ne laissent pas de trace. Les baisers non plus. Seules les morsures des affamés cisaillent la chair. Je n’ai pas été mordu. Je n’ai pas été brûlé, ni coupé. C’est pire. Il ne reste rien. Aucune preuve. »

Cinquante ans plus tard, le traumatisme est tellement profond que l’esprit en a effacé toute trace consciente. Au fil des pages de cette introspection, les souvenirs longtemps enfouis refont surface et les mots viennent progressivement nommer ce mal qui le ronge depuis l’enfance. En remontant le fil de sa vie, Grégoire Delacourt se met à nu avec beaucoup de franchise, revient sur son enfance, ses amours, le décès de ses parents, sa psychanalyse et finit par comprendre son incapacité d’aimer, ses lâchetés, les traumatismes de ses personnages lors de précédents romans et son incapacité à vivre heureux à cause de cet enfant mort qu’il trimbale depuis le début !

Ce chemin de croix qu’il mène la plume à la main ne révélera pas seulement les abus d’un père, mais surtout l’amour invisible d’une mère qui le changeait de chambre et l’envoyait en pension, non pas pour lui tourner le dos comme il l’a toujours cru, mais pour le protéger comme toute mère se doit de le faire…

Un roman émouvant, bouleversant qui jette un nouvel éclairage sur toute l’œuvre de cet auteur !

L’Enfant réparé, Grégoire Delacourt, Grasset, 240 p., 19€

Ils en parlent également : Matatoune, Aude, Karine, Caroline, Lili 

 

Michael Christie – Lorsque le dernier arbre

Posted in Littérature with tags , on 28 septembre 2021 by Yvan

Une saga familiale écologique !

41h59IT8SYS._SX195_Pour son premier roman, le jeune auteur canadien Michael Christie livre une saga familiale qui s’étend sur quatre générations.

Tout débute en 2038, en compagnie de Jacinda Greenwood, étudiante surendettée devenue guide forestière en Colombie-Britannique, l’une des dernières oasis vertes de la planète. Le monde étant recouvert de poussière et dépourvu d’arbres depuis le « Grand Dépérissement », seul les plus fortunés ont encore les moyens de s’offrir des visites guidées sur l’île. Au cœur de ce monde où les réfugiés climatiques sont légion, Jacinda ne se doute pas que les racines de ces derniers arbres centenaires sont également les siennes…     

Si le roman s’ouvre comme une dystopie sur l’an 2038, sa construction s’apparente à celle d’un tronc d’arbre, dont l’auteur remonte graduellement les anneaux concentriques, remontant ainsi progressivement dans le temps (2038 – 2008 – 1974 – 1934). Le centre du récit se déroule en effet en 1908, là où cette saga familiale prend naissance en compagnie des frères Greenwood, Harris et Everett. Une fois arrivé au centre de l’arbre généalogique des Greenwood et du roman, le lecteur repart en sens inverse pour terminer le roman en 2038, à l’autre extrémité du tronc, en possession de tous les éléments qui ont construit et détruit la famille Greenwood.

Outre la construction assez magistrale de ce roman, il faut également applaudir les personnages qui le peuplent. Des deux garçons recueillis et baptisés « Greenwood » par des villageois en 1908 à Jacinda qui ignore encore tout de ses racines en 2038, en passant par les histoires de son père Liam (2008) et de sa grand-mère Willow (2038), Michael Christie livre des personnages qui ont non seulement des liens de sang, mais qui sont également intimement liés aux arbres, allant du bûcheron à l’activiste écologique, en passant par le charpentier, le producteur de sirop d’érable ou la guide forestière.

Si le lecteur refermera ce roman en connaissant toutes les racines et les branches des Greenwood, il ne sera pas prêt d’oublier les personnages secondaires qui font bien plus que compléter cette saga familiale. De la persévérance de Lomax à la générosité de Temple, en passant par l’érudition de Knut, certains personnages sont particulièrement difficiles à quitter, surtout l’adorable Feeney et sa superbe prose…  

Bref, pour son premier roman, Michael Christie réussit l’exploit de nous tenir en haleine sur près d’un siècle et plus de 600 pages, baladant le lecteur au milieu d’arbres et de personnages intimement liés, proposant ainsi une saga familiale passionnante, tout en rendant un très bel hommage à la nature.

Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, Albin Michel, 608 p., 22,90€

Ils en parlent également : Yvan, Frédéric, Aude, Stéphanie, Mélie, Baz’Art, Azilis, Nicole, Nikita, Pamolico, L’homme qui lit, La binocle,  Aurélie, Dealer de lignes, Mylène, Little coffee book, Valmyvoyou lit, Livr’escapades, Carolivre, Bookinette, Sur la route de Jostein

Amélie Antoine – Le bonheur l’emportera

Posted in Amélie Antoine, Littérature with tags , on 14 septembre 2021 by Yvan

Accepter la différence !

Amélie Antoine - Le bonheur l'emporteraEtant fan des romans d’Amélie Antoine (« Quand on n’a que l’humour », « Le jour où », « Sans elle ») et de « Raisons obscures » en particulier, je ne pouvais bien évidemment pas passer à côté de son dernier roman.

« Le bonheur l’emportera » démarre dans le bonheur, en compagnie d’une bien jolie famille, composée de Joachim, militant Greenpeace et papa aimant travaillant de la maison, de Sophie, carriériste et maman débordée, et de Maël, jeune collégien de onze ans qui se réfugie dans les livres. Si le papa perçoit le mal-être de ce gamin solitaire et taiseux, la maman préfère mettre cela sur le compte de la préadolescence…

Si ce nouveau roman d’Amélie Antoine parle des problèmes qui poussent certains couples à progressivement se tourner le dos et à se déchirer, souvent au détriment des enfants, il donne surtout la parole à la différence. À l’instar de « Raisons obscures », l’auteure invite les parents à être à l’écoute de leurs enfants et à être attentif à chaque forme de repli sur soi et d’isolement, qui est souvent synonyme de malaise. Chaque enfant est différent et il faut donc éviter de vouloir absolument les formatter afin de les faire entrer dans le moule d’une société qui ne laisse pas de place à la différence.

Ce roman choral qui donne alternativement la parole aux trois protagonistes au fil des chapitres, démontre une nouvelle fois la capacité de l’auteure lilloise à se glisser dans la peau de ses personnages, allant au plus profond de l’âme humaine. La manière dont elle restitue le mal-être et la déchirure de ce gamin tellement mal dans sa peau qu’il cherche à devenir invisible, est tout bonnement bouleversant !

Un roman riche en émotions et profondément humain, qui invite à embrasser la différence et à accepter nos enfants comme ils sont !

Le bonheur l’emportera, Amélie Antoine, XO, 376 p., 19,90€

Ils en parlent également: Aude, Laurence, Mes échappées livresques, Maeve, Audrey, Karine, Ulrich, Caroline, Annick, Audrey, Balades en livres, Maman nature, Célittérature, Evasion polar, Lili, Page après page, Des livres mon univers, Sandra

Marie Vingtras – Blizzard

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 8 septembre 2021 by Yvan

L’heure est à la confession !

Marie Vingtras - BlizzardParmi l’avalanche de livres publiés lors de cette rentrée littéraire d’automne, ce premier roman de Marie Vingtras ne terminera pas enseveli parmi tant d’autres car il s’avère excellent !

Le « Blizzard » dont il est question est celui qui souffle sur les terres hostiles de l’Alaska. Le genre de tempête qui vous invite à rester cloîtré chez vous, en espérant avoir assez de bois pour survivre et une bonne pelle pour tout déblayer une fois terminé. Malheureusement, Bess a tout d’abord eu la mauvaise idée de sortir avec le « petit », puis de lui lâcher la main le temps de refaire ses lacets. Un bref instant d’inattention qui a conduit à la catastrophe : le « petit » vient de se faire avaler par le blizzard !

Pour son premier roman, Marie Vingtras propose non seulement une course contre la montre haletante avec le mince espoir de pouvoir retrouver ce gosse vivant, mais surtout un huis-clos à ciel ouvert où les personnages partis à sa recherche vont se trouver eux-mêmes. Proposant des phrases courtes et des chapitres de seulement quelques pages, l’auteure rythme son récit comme un thriller à l’américaine, faisant monter la tension crescendo et tenant le lecteur en haleine de la première à la dernière page.

Ce récit choral invite à suivre quatre personnages qui prennent tout à tour la parole au fil des chapitres. Si tout disparaît progressivement sous un immense tapis de neige, des terribles secrets profondément enfouis refont progressivement surface. Quand on vient se planquer dans le trou du cul du monde, on a forcément quelque chose à cacher ! Livrés à eux-mêmes au cœur de cet environnement hostile, ils doivent non seulement affronter la nature, mais également leur propre passé.    

En isolant ses protagonistes dans cet endroit reculé du monde battu par des vents glacés, Marie Vingtras nous installe au plus proche de ses personnages. Les seules voix qu’elle partage sont les monologues d’individus en quête d’eux-mêmes, qui se dévoilent au fil de leurs pensées. Le gosse demeure introuvable, mais la vérité refait indéniablement surface. Au cœur de la tempête, l’heure est à la confession !

La Grande Librairie n’a pas menti, « Blizzard » fait en effet partie des incontournables de cette rentrée d’automne !

Blizzard, Marie Vingtras, Editions de l’Olivier, 181 p., 17 €

Ils étaient dans le blizzard: Joëlle, Orianne, Diacritik

Sorj Chalandon – Enfant de salaud

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 27 août 2021 by Yvan

L’heure du verdict !

Sorj Chalandon - Enfant de salaudÀ l’instar d’Amélie Nothomb (« Premier sang »), Sorj Chalandon (« Mon traître », « Le jour d’avant ») profite de la rentrée littéraire pour ressusciter son père d’un coup de plume.

Ayant couvert le procès de Klaus Barbie pour Libération en 1987, l’auteur ne s’interroge pas sur la culpabilité de celui que l’on surnommait « Le Bourreau de Lyon », ce chef de la gestapo de Lyon ayant donné l’ordre d’exécuter et de déporter de nombreux Juifs et étant responsable de la rafle des 44 enfants juifs d’Izieu, car celle-ci ne fait aucun doute ! Non, il s’interroge sur la culpabilité de celui que son grand-père traite de « salaud » car il l’a aperçu en uniforme allemand lors de la seconde guerre mondiale. Son père est-il vraiment un traître ?

En invitant son père dans la salle d’audience qui jugeait Klaus Barbie, Sorj Chalandon entremêle la petite et la grande histoire au sein d’un même récit. Ayant mis la main sur le dossier judiciaire de son père, condamné le 18 août 1945 à un an de prison et cinq ans de dégradation nationale, l’auteur place son propre père dans le box des accusés pour répondre à une question qui le taraude depuis l’âge de 10 ans : « Qu’as-tu fait sous l’Occupation papa ? »

Dans l’ombre des atrocités commanditées par ce barbare nazi défendu par Jacques Vergès, Sorj Chalandon découvre les errements d’un père qui retourne constamment sa veste, passant plusieurs fois d’un camp à l’autre, résistant un jour, déserteur le suivant, tricheur tout le temps. Menteur patenté, son paternel enfilait les uniformes comme des costumes de théâtre, changeant constamment de rôle et bernant tout le monde… dont ce fils incapable de démêler le vrai du faux.

« Enfant de salaud » est d’une part un devoir de mémoire, revenant sur les atrocités de la Shoah, mais surtout le cri d’amour désespéré et bouleversant d’un homme devenu journaliste en quête de vérité, dressant ici le portrait d’un père colérique, mythomane et manipulateur, auquel il tend une dernière fois la main…

Puissant !

Enfant de salaud, Sorj Chalandon, Grasset, 336 p., 20,90 €

Ils en parlent également : Matatoune, Ma collection de livres 

Amélie Nothomb – Premier sang

Posted in Littérature with tags , on 25 août 2021 by Yvan

L’enfance de Patrick Nothomb !

Amélie Nothomb - Premier sangJe n’avais encore jamais rien lu d’Amélie Nothomb (et oui, c’est moi), mais le sujet de celui-ci m’interpelait car j’ai toujours aimé découvrir les racines des gens avant de m’intéresser au reste. Comme l’auteure le souligne indirectement et ironiquement en fin de récit, celui-ci doit son existence à un certain Christian Gbenye, chef des rebelles durant la prise d’otages en 1964 à Stanleyville, dans l’ex-Congo belge… et, même si le compteur des bonnes actions de cet homme ne doit probablement pas battre des records, je me dois donc également de le remercier car cet ouvrage m’a non seulement donné envie de découvrir le reste de l’œuvre d’Amélie Nothomb (ma PÀL ne le remercie donc pas), mais également le témoignage de son père : « Dans Stanleyville : journal d’une prise d’otages », publié en 1993.

À travers ce récit, Amélie Nothomb rend donc hommage à son père décédé à l’âge de 83 ans en mars 2020. Pour ce faire, elle se glisse dans sa peau et nous raconte un récit à la première personne, de l’enfance de Patrick Nothomb à ses débuts en tant que diplomate lors de la célèbre prise d’otages de Stanleyville, en passant par ses vacances scolaires chez les grands-parents paternels.  

Ce plongeon fantaisiste au cœur de la famille Nothomb débute donc par la plus tendre enfance de Patrick et s’il y a une chose que j’apprécie particulièrement dans la littérature, c’est de revisiter l’histoire à travers le regard d’un enfant…surtout si celui-ci n’est pas né à une époque où l’on passe ses vacances scolaires le cul dans un fauteuil en jouant à la Play Station avec des amis virtuels et anonymes, mais au bon vieux temps où l’on passait les périodes estivales chez les grands-parents à la campagne. Ah, cette bonne vieille époque où les enfants  gardaient leurs distances avec des aînés qu’ils respectaient, qui les élevaient à la dure et leur apprenaient à marcher droit… surtout s’il y avait un général dans la famille !

Si j’espérais bien évidemment accrocher à la plume d’Amélie Nothomb, je ne m’attendais par contre pas à ce qu’elle me fasse tant rire. Vu le sujet et la perte récente de ce père, je m’attendais plutôt à ce qu’elle joue avec mes émotions, mais pas avec mes zygomatiques. Mais bon, après avoir passé un excellent moment en compagnie des Nothomb, je comprends aisément d’où lui vient ce grain de folie, ainsi que le style décalé, drôle et fantasque de cet hommage.

Me voilà donc ravi de vous avoir lue Amélie et ravi d’avoir fait votre connaissance Patrick. Puissiez-vous reposer en paix en sachant que je m’évanouis également à la vue de la moindre goutte de sang…voire même souvent à la seule évocation de sa présence…Boum!!!

Amélie Nothomb, Premier sang, Albin Michel, 180 p., 17.90 €

Ils en parlent également : Nath, Nausicaa, Manon, One more cup of coffee, Cannibales lecteurs

Sara Omar – La Laveuse de mort

Posted in Littérature with tags , on 15 août 2021 by Yvan

L’oppression de femmes musulmanes

Sara Omar - La Laveuse de mortCe premier volet d’une trilogie dénonçant la condition féminine dans le monde musulman a valu des menaces de mort à son auteure quand il a été publié au Danemark en 2017. Réfugiée au Danemark à la fin des années 1990, Sara Omar est née au Kurdistan en 1986…tout comme Frmesk, le personnage central de ce premier volet.

Frmesk naît donc en 1986 dans le Kurdistan Irakien, d’un père soldat Kurde et de la fille de Gawhar, la laveuse de mort. Afin de la protéger d’un père qui menace de l’enterrer vivante et d’une belle-mère fanatique, sa mère décide de la confier à ses propres parents. Darwesh, le grand-père mécréant, et Gawhar, la laveuse de morts chargée de s’occuper des cadavres de femmes jugées impures et que personne ne réclame, seront l’unique lueur d’espoir au milieu de cet enfer où il ne fait pas bon de naître fille… 

La narration alterne passé et présent au fil des chapitres, passant du quotidien de la petite Frmesk dans un village du Kurdistan entre 1986 et 1991 à sa chambre d’hôpital au Danemark en 2016. Une alternance qui contribue habilement à démontrer qu’il est difficile pour les femmes musulmanes d’échapper à l’emprise de la religion, des traditions, de l’autorité patriarcale et de la bêtise des hommes en général, peu importe l’époque ou l’endroit.

« La Laveuse de mort » dénonce donc cette oppression de femmes musulmanes muselées et privées de la moindre forme de liberté par la culture de l’honneur, au nom de dérives religieuses et de traditions archaïques. Violences physiques et psychologiques, humiliations, châtiments corporels, viols, lynchages, incestes…certains passages sont quasi-insoutenables et tout comme la petite Frmesk, le lecteur tente de s’accrocher à l’amour et à la générosité de ses deux grands-parents maternels, seule lueur d’espoir dans ce pays frappé par la guerre et par la bêtise humaine.     

« La Laveuse de mort » est un roman glaçant et révoltant, dont personne ne peut sortir indemne. Allah est grand, mais ne ressort malheureusement pas grandi de cet ouvrage, tout ça à cause de la bêtise d’hommes qui détruisent des femmes en toute impunité et en son nom…

La Laveuse de mort, Sara Omar, Actes Sud, 384 p., 22,80€ 

Lisez également: « Les impatientes » de Djaïli Amadou Amal, « Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! » de Chahdortt Djavann, « Confidences à Allah » de Saphia Azzedine

Ils en parlent également: Audrey, Mumu, Sarah, Ally, Lou