Archive pour Coup de coeur

Franck Thilliez – Il était deux fois

Posted in Franck Thilliez, Littérature with tags , on 2 août 2020 by Yvan

Du grand art !

Franck Thilliez – Il était deux foisAvril 2008. Enquêtant sur la disparition de sa fille, le lieutenant Gabriel Moscato suit une piste qui le mène au registre des arrivées de l’hôtel de la Falaise. Exténué après un mois d’enquête, il s’endort dans la chambre 29 au second étage. Lorsqu’il se réveille en pleine nuit, il se trouve au rez-de-chaussée, dans la chambre 7… et sa fille a disparu depuis 12 ans. Entre 2008 et 2020… un vide total qu’il va falloir combler !

Le point de départ de ce roman de Franck Thilliez est donc la disparition d’une jeune fille, ainsi que douze années qui ont été effacées de la mémoire de son père. Il n’en faut pas plus à l’auteur pour développer une intrigue à tiroirs qui nous emmène aux tréfonds de la nature humaine, multipliant les fausses pistes et les rebondissements. De la Haute-Savoie aux Carpates polonaises, en passant par Lille, Paris et la Belgique, Thilliez nous balade, emboîte intelligemment les pièces de son puzzle et dévoile progressivement une vérité qui fait froid dans le dos. Au passage il en profite pour offrir un éclairage supplémentaire à son précédent roman (« Le Manuscrit inachevé ») et effectuer un clin d’œil amusant à son collègue Bernard Minier. Du grand art !

Un immense coup de cœur…et peut-être bien le meilleur Thilliez jusqu’à présent !

Il était deux fois, Franck Thilliez, Fleuve, 528 p., 22,90€

Ils en parlent également : EmOtionS, Anthony, Anaïs, Aude, Sonia, Livresse du noir, Entre deux livres, Encore un livre, Mes lectures du dimanche, Le livre d’après, Addiction polar, Collectif polar, Tomabooks, Loeildem, Alexandra, Black-Books, L’oeil noir, Annick, Nina, Gwen, Lilou, Let me tale you, Imaginoire, Culture VSNews, Nigrafolia, Lire et pourquoi pas, Charlène, Clémence, One more cup of coffee, Steph, Ingrid, A l’ombre d’un livre

Rebecca Lighieri – Il est des hommes qui se perdront toujours

Posted in Littérature with tags , on 12 juillet 2020 by Yvan

Un héritage familial lourd à porter !

Rebecca Lighieri - Il est des hommes qui se perdront toujoursCe roman de Rebecca Lighieri débute dans les années 80, au milieu des laissés-pour-compte de la ville de Marseille, au sein d’une famille où règne la pauvreté et la violence. Si les deux ainés de la famille, Karel et Hendricka, en bavent tous les jours à cause de leur connard de père, ce n’est rien comparé au petit dernier, qui a eu le malheur de naître avec de multiples malformations et qui n’était de surcroît même pas désiré au départ…

« Qui a tué mon père ? Personne et beaucoup de gens. Ou plus exactement, beaucoup de gens auraient voulu tenir la pierre qui lui a fracassé le crâne, réduisant son occiput en bouillie puis s’acharnant méthodiquement sur son visage, massacrant ce qui lui restait de beauté, ce qui n’avait pas été excavé par l’héro, jauni par la clope, bouffi par l’alcool. Beaucoup de gens auraient voulu tenir cette pierre, mais une seule l’a fait et son nom est personne. »

Le récit s’ouvre sur l’assassinat du père et remonte ensuite le temps afin de découvrir ce milieu familial défaillant dépourvu d’amour, où l’enfance se retrouve immédiatement brisée, privée d’avenir et sans véritable échappatoire possible. L’intérêt principal du roman n’est évidemment pas de découvrir qui a tué le père car, au fil des pages, le lecteur irait bien lui-même lui faire la peau, mais de livrer une chronique sociale qui met les mots justes sur une situation familiale et sociale totalement injuste…

« Je ne saurai jamais quel malheur vient de frapper ces deux hommes. J’ai juste la certitude qu’ils vivent un moment dramatique de leur existence, et qu’à leur insu j’en ai été le témoin. Mais ce qui me terrasse, là, dans mon fauteuil club, ce n’est ni leur chagrin ni leur bouleversement : c’est qu’il y ait eu précisément un ordre à bouleverser, une harmonie, un bonheur qui vaille qu’on le pleure sans pudeur dans un hall d’hôtel. Ce qui me coupe littéralement les jambes, le souffle, et même toute possibilité de réflexion suivie, c’est de savoir que je vis pire malheur que le leur, qui est de ne rien avoir eu, jamais, à regretter et à pleurer aussi amèrement. »

L’autre grande force de ce roman sont ces personnages finalement assez mal dans leur peau, qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. De ce père alcoolique, toxicomane et violent totalement abjecte à ces trois enfants qui se lient d’un amour qui leur a tant fait défaut, en passant par cette mère incompréhensiblement soumise, Rebecca Lighieri dépeint une cellule familiale étouffante où l’enfance laisse des traces indélébiles.

« L’espérance de vie de l’amour, c’est huit ans. Pour la haine, comptez plutôt vingt. La seule chose qui dure toujours, c’est l’enfance, quand elle s’est mal passée, on y reste coincé à vie »

Vous l’aurez compris, ce livre n’est pas à ranger au rayon « feel-good », mais plutôt dans le genre « feel-bad ». Abordant des thèmes forts, tels que la maltraitance familiale, l’enfance volée, la misère sociale, la drogue, le poids du passé et le racisme, Rebecca Lighieri propose un roman foncièrement noir, dur et parfois insoutenable, sans devenir glauque ou écœurant pour autant.

Si vous avez aimé le Prix Goncourt 2018 (Nicolas Mathieu – Leurs enfants après eux), foncez sur celui-ci car il est du même acabit !

Un immense coup de cœur !

Il est des hommes qui se perdront toujours, Rebecca Lighieri, P. O. L, 384 p., 21€

Ils en parlent également : Page après page, Sans connivence, Lola, Joëlle, Les bénéfices du doute, InTheMoodFor…,

 

Virginie Grimaldi – Et que durent les moments doux

Posted in Littérature, Virginie Grimaldi with tags , on 5 juillet 2020 by Yvan

Un roman qui fera fondre le cœur des mamans !

Virginie Grimaldi - Et que durent les moments douxCe nouveau roman de Virginie Grimaldi donne la parole à deux mères à des époques différentes de leurs vies. La première, Lily, vient d’accoucher d’une petite prématurée dont la vie ne tient qu’à un fil. La seconde, Elise, cinquante ans, vient de voir son dernier enfant quitter la maison et se retrouve seule dans un appartement subitement bien vide…

Passant d’une narratrice à l’autre, Virginie Grimaldi partage leurs peurs et leurs espoirs et dépeint avec brio ces petites choses du quotidien qui colorent la vie. De l’angoisse constante de ces mamans envers leur progéniture à l’amour infini qu’elles leur vouent, en passant par quelques SMS hilares entre Elise et ses enfants, Virginie Grimaldi nous fait une nouvelle fois passer du rire aux larmes au fil des pages. Du chien Edouard à l’étrange voisine qui joue au facteur, en passant par les autres parents qui fréquentes le service de néonatalogie, l’auteure livre à nouveau des personnages que l’on quitte avec grand regret.

S’inspirant de sa propre histoire, Virginie Grimaldi aborde le thème de la prématurité avec énormément de justesse, n’évitant pas les douleurs, mais soulignant toujours le positif, l’espoir, la solidarité et la tendresse, le tout saupoudré d’un humour qui achève de me séduire complètement. Sans oublier l’hommage émouvant et amplement mérité au personnel soignant et aux mamans…

Un roman qui fait du bien, servi par l’une des reines du « Feel-good » !

Et que durent les moments doux, Virginie Grimaldi, Fayard, 360 p., 18,50€

Ils en parlent également : Juju, Laure, My pretty books, Anouk, Petite étoile livresque, Amandine, Mes mots sur les leurs, Sandy, Elodie, Knut, Hatchi, Julie, Mon rêve d’été, Les pages qui tournent, Miss Croq Book

Romans : Le Bilan de la mi-2020

Posted in DIVERS, Littérature with tags , , on 1 juillet 2020 by Yvan

Après une longue période de confinement, le moment est venu de faire un petit bilan sur mes lectures de cette première moitié de 2020… et de peut-être vous donnez quelques idées de lectures pour cet été.

Mes coups de coeur de l’année :

Alejandro Palomas – Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins Delia Owens – Là où chantent les écrevisses Mélissa Da Costa – Tout le bleu du ciel
Maxime Girardeau – Persona Sebastian Fitzek – Siège 7A Barbara Abel – Et les vivants autour
R.J. Ellory - Le jour où Kennedy n'est pas mort Jussi Adler-Olsen – Victime 2117 Vanessa Springora – Le Consentement

Les autres très bonnes lectures :

Sandrine Collette – Et toujours les forêts Henri Loevenbruck – Le Loup des Cordeliers Marion Brunet – Sans foi ni loi

Excellent, mais découvert sur le tard :

Mattias Köping – Le Manufacturier Stephen King – 22/11/63 Mathias Malzieu – Journal d’un vampire en pyjama
Yasmina Khadra – L’attentat Wladyslaw Szpilman – Le pianiste Irvin Yalom - Le Problème Spinoza
Maud Mayeras – Reflex Anonyme – Le livre sans nom (Bourbon Kid Tome 1)

Encore une dose de bons polars pour les amateurs :

Clarence Pitz – Ineffaçables Joël Dicker – L’énigme de la chambre 622 Joseph Incardona – La Soustraction des possibles
Olivier Bal - L'Affaire Clara Miller Elly Griffiths – Le Journal de Claire Cassidy Paul Colize - Toute la violence des hommes

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2019 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2018 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2017 !

 

R.J. Ellory – Le jour où Kennedy n’est pas mort

Posted in Littérature, R.J. Ellory with tags , on 24 juin 2020 by Yvan

Le maître du Roman Noir s’attaque à l’uchronie !

R.J. Ellory - Le jour où Kennedy n'est pas mortAprès Stephen King et sa brique intitulée « 22/11/63 », c’est donc au tour de R.J. Ellory d’empêcher l’assassinat sur John Fitzgerald Kennedy sous forme d’uchronie.

R.J. Ellory décide en effet d’effacer l’une des scènes les plus marquantes de l’Histoire des États-Unis : Lee Harvey Oswald ne réussit pas à tuer JFK le 22/11/63 et le cortège présidentiel poursuit donc tranquillement sa route sous les applaudissements d’une foule enthousiaste à Dallas. Le principal souci du clan Kennedy devient donc d’essayer de faire réélire John pour un deuxième mandat… après avoir remporté le premier de seulement quelques voix… truquées…

R.J. Ellory déroule son récit en suivant les pas de Mitch Newman, journaliste-photographe free-lance qui ne croit pas une seconde à l’annonce du suicide de son ex-fiancée. En quête de réponses, il décide de reprendre l’enquête que cette dernière menait sur la disparition d’une jeune fille… et sur le clan Kennedy…

En sauvant la vie de JFK, R.J. Ellory ne lui rend probablement pas vraiment service car le souvenir que les lecteurs garderont de lui ne sera pas le même que s’il était mort en novembre 1963. Proposant une intrigue mêlant jeux de pouvoir, trahisons, complots, mafia et assassinats, l’auteur s’attaque au mythe JFK, détruit l’image que les gens gardaient de lui et dépeint un monde où les coulisses du pouvoir sont toujours aussi nauséabondes…

Si le monde imaginé par R.J. Ellory n’est pas meilleur que celui sans JFK, le personnage principal qu’il invite à suivre s’avère une nouvelle fois particulièrement torturé. Mais, même si Mitch a tendance à boire pour oublier une vie totalement ratée, il partage son imperfection avec tellement d’honnêteté qu’il parvient à toucher le lecteur en plein cœur…

Puis, « last but not least », il y a surtout le style d’Ellory, lent, puissant et foncièrement noir, qui fait à nouveau mouche de la première à la dernière phrase. On ne lit pas un Ellory, on le vit !

Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory, Sonatine, 432 p., 22€

Ils en parlent également : EmOtionS, Anthony, Lord ArsenikStelphiqueAude, Lire et courirLilieChristelle, ImaginoirePapivore, Orlane & books, Ma voix au chapitre

Irvin Yalom – Le Problème Spinoza

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 juin 2020 by Yvan

Quand un criminel nazi croise un humaniste…

Irvin Yalom - Le Problème SpinozaDans ce roman, Irvin Yalom imagine les portraits croisés de deux hommes que tout oppose et qui ont de surcroît vécu à trois siècles d’intervalle.

Comme le titre de cet ouvrage laisse présager, le premier personnage n’est autre que Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié à vie par la communauté juive d’Amsterdam pour ses idées trop novatrices. Ce sont celles-ci qui vont d’ailleurs poser problème au second personnage clé de ce roman : Alfred Rosenberg. Dès son plus jeune âge, ce criminel nazi condamné à mort lors du procès de Nüremberg a en effet du mal à comprendre comment le grand Goethe a pu à tel point vénérer ce philosophe juif.

Ce questionnement qui permet d’intégrer deux visions diamétralement opposées au sein d’un même récit fait toute la force de ce roman. Il y a d’une part cet idéologue nazi prônant la supériorité de la race aryenne, la haine et l’antisémitisme, puis de l’autre un humaniste prêchant l’amour.

Au cœur de ce récit philosophique d’une intelligence rare, l’Amsterdam du 17ème siècle et l’Allemagne des débuts d’Hitler se font brillamment écho. Le fond historique mélangé à l’imagination de l’auteur concernant le parcours de ces deux personnages historiques fonctionne à merveille.

Deux portraits forts et une vulgarisation philosophique qui rend accessible une pensée aussi profonde que sage… une pensée qui est finalement loin d’être un problème, tellement elle semble pouvoir offrir beaucoup de solutions aux conflits actuels…

Brillant !

Le Problème Spinoza, Irvin Yalom, Editions Galaade, 656 p., 24,40€

Ils en parlent également : Le livre d’après, Chroniques littéraires, La tête dans les livres, Ma passion les livres, The unamed boohshelf, Page après page, Livre et compagnie, A sauts et à gambades

Maud Mayeras – Reflex

Posted in Littérature with tags , on 3 juin 2020 by Yvan

Un petit parfum d’Ellory…

Maud Mayeras - Reflex« Reflex » invite à zoomer sur la vie d’Iris Baudry, photographe de l’Identité Judiciaire, qui cache un douloureux passé derrière son objectif. Lorsqu’elle doit se rendre sur une scène de crime proche de sa ville natale, le flash de son fils Swan, assassiné brutalement il y a onze ans, la frappe de plein fouet. Là, dans le trou du cul du monde, ce bled perdu dans lequel elle a grandi, toute l’horreur remonte à la surface…

Installez-vous confortablement car Maud Mayeras va prendre son temps pour développer son récit. Il y a certes les déboires de Maud, déroulés au présent, mais il y a également le calvaire de cette jeune fille de bonne famille, violée dans les années 20 avant d’être abandonnée dans un couvent, enceinte d’une petite fille qui naîtra avec une jambe estropiée. En effet, on n’est pas chez Disney ici et si les deux histoires vont mettre du temps à se rejoindre, elles ont néanmoins immédiatement un point commun : leur noirceur extrême !

Maud Mayeras déroule donc ce récit à la construction assez lente, mais d’une noirceur envoûtante, sur plusieurs générations, sans jamais perdre le lecteur. Ce dernier se retrouve en effet happé par une ambiance sombre qui devrait ravir les fans d’Ellory. Entre les lignes, l’auteure parvient à saisir l’indicible, partageant les odeurs, saisissant l’atmosphère glauque des événements et installant une ambiance pesante tout au long du roman.

Un polar qui débute par une citation de Rage Against The Machine, dont le style fait penser à Ellory et qui se termine en beauté… bref, un coup de cœur !

Reflex, Maud Mayeras, Anne Carrière, 365 p., 21€

Ils en parlent également : EmOtionS, Cannibal lecteurJean-Paul, MHF, Livresque78, Stelphique, Anaïs, Richard, Au fil de l’histoire, Amandine, Mes Culturiosites, Les pages qui tournent, Blond reader