Archive pour Coup de coeur

Guy Boley – Quand Dieu boxait en amateur

Posted in Littérature with tags , on 17 octobre 2018 by Yvan

Mon père, ce héros…

Guy Boley - Quand Dieu boxait en amateur« Quand Dieu boxait en amateur » c’est tout d’abord le plaisir de retrouver l’ambiance et les lieux du premier roman de Guy Boley : cette lessive humide qui sèche au gré du vent pendant que la forge et les locomotives rythment le quotidien des ouvriers de Besançon. Mais, « Quand Dieu boxait en amateur » c’est surtout le plaisir de retrouver la plume époustouflante de cet auteur découvert/révélé sur le (trop) tard.

« Car c’était lui, mon père, qui fut tout à la fois mon premier homme, ma première parole, ma première étincelle et ma première aurore. »

Ce récit, qui débute par le décès du père de l’auteur, remonte ensuite le temps afin de nous conter l’histoire de ce père d’origine modeste, devenu forgeron par nécessité et boxeur par obligation, ainsi que celle de son ami d’enfance, devenu abbé. Outre une belle histoire d’amitié entre deux gamins devenus inséparables, Guy Boley rend surtout un hommage vibrant à son père. Pourtant, au fil de l’adolescence, Guy Boley perdra progressivement la foi en celui qui fut jadis son Dieu, avant de la retrouver (beaucoup trop tard) et de la partager avec nous…

Si Dieu boxait visiblement en amateur, son fils écrit par contre comme un véritable professionnel, proposant une narration pleine de nostalgie, d’humour et de tendresse, construisant des phrases débordantes de poésie, d’ironie et d’émotion et ressuscitant non seulement son Dieu au fil des pages, mais également l’atmosphère, les sons et les odeurs de son enfance.

Encore un coup de cœur de cette rentrée littéraire 2018, d’ailleurs méritoirement sélectionné parmi la première sélection des candidats au Goncourt.

Ils en parlent également: Mes belles lectures, Folavril, L’instant livre, K79

Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley, Grasset, 180 p., 17€.

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Pascal Manoukian – Le Paradoxe d’Anderson

Posted in Littérature with tags , on 6 octobre 2018 by Yvan

Une chronique sociale profondément humaine !

Pascal Manoukian – Le Paradoxe d’AndersonSi j’ai beaucoup aimé les deux romans précédents de Pascal Manoukian sur l’immigration (« Les échoués », « Ce que tient ta main droite t’appartient »), le sujet de son dernier roman n’était pas forcément là pour me séduire. Il aura cependant suffit de deux personnages attachants et de mots justes pour que l’auteur parvienne à me rallier entièrement à la cause ouvrière…

« A mon père, ouvrier gaulliste, à ses années chez Renault.
A ma mère, ouvrière à 13 ans.
Aux communistes, qui m’ont fait découvrir les vacances. »

Cette dédicace de l’auteur plante immédiatement le décor avant de plonger le lecteur dans le Nord de l’Oise, de nos jours, dans une région où l’industrie, qui avait jadis remplacée les paysans, est dorénavant synonyme de crise économique. C’est donc dans une ambiance de mondialisation, de délocalisations, de licenciements, de chômage et de dettes que le lecteur fait la connaissance d’Aline et Christophe, un couple qui parvenait encore à payer ses crédits, voire même à entrevoir un avenir meilleur pour leurs deux enfants,… jusqu’à ce que l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de leurs têtes, vienne également faucher leurs espoirs, leurs rêves et leur avenir.

Pascal Manoukian livre certes une chronique sociale qui invite à partager toute la détresse d’un monde ouvrier qui a du mal à garder la tête hors de l’eau face aux délocalisations, mais il livre surtout un récit profondément humain, qui décrit avec grande justesse l’impuissance d’individus pourtant courageux et déterminés, face au rouleau compresseur nommé mondialisation. Une fois l’empathie au rendez-vous, peu importe le sujet, le lecteur vibre avec les personnages, vit l’humiliation, le désespoir et la colère qui accompagne leur descente aux enfers… ne peut rester indifférent. Et c’est là toute la force de Pascal Manoukian : se placer à hauteur d’homme afin de faire entendre la voix de ceux qu’on ne cherche pas forcément à entendre et trouver les mots justes afin d’ouvrir nos yeux sur le monde qui nous entoure.

« Le paradoxe d’Anderson est un paradoxe empirique selon lequel l’acquisition par un étudiant d’un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée. »

Lisez également le « Fils du feu » de Guy Boley.

Le Paradoxe d’Anderson, Pascal Manoukian, Le Seuil, 304 p., 19 €.

Jeremy Fel – Helena

Posted in Littérature with tags , on 3 octobre 2018 by Yvan

Au nom de l’amour maternel !

Jeremy Fel - HelenaDerrière cette couverture particulièrement alléchante, Jeremy Fel propose un roman choral qui déroule l’histoire de… ah non, pas d’Helena… enfin, pas tout de suite. Il faut d’abord faire la connaissance de Norma, une mère célibataire ayant trois enfants : Cindy, une jolie petite fille qu’elle rêve de transformer en mini-miss, Graham, le fils aîné qui voudrait partir habiter à New York, et Tommy, un psychopathe qui s’amuse à massacrer des chiens dès les premières pages du livre. L’auteur vous invite également à faire la connaissance de Haley, une pin-up bien roulée dont la décapotable rouge tombe en panne dans un bled perdu du Kansas alors qu’elle se rendait à son entraînement de golf… Vous avez dit pas de bol ? Attendez, ce n’est que le début…

Vous l’aurez compris, les chemins de la greluche bourgeoise et du psychopathe vont bien entendu se croiser, constituant l’élément déclencheur d’une belle descente aux enfers pour tout le monde. Passant d’un personnage à l’autre au fil des chapitres, Jeremy Fel construit progressivement un puzzle qui tient en haleine malgré quelques longueurs, tout en entretenant constamment un sentiment de malaise, à l’image de cette première scène sanglante, qui n’épargne déjà pas grand chose au lecteur. Sondant les tréfonds de l’âme de chacun, étalant leurs pires démons et abordant des sujets durs, l’auteur livre un polar à l’ambiance délicieusement sombre…

Si le décor et l’atmosphère sont les points forts de ce roman, il faut également saluer le développement psychologique de personnages initialement un peu caricaturaux, qui basculent certes dans la folie et finissent par commettre des actes ignobles, mais toujours en entretenant un certain flou concernant la frontière entre les bons et les méchants. Souvent détestables, mais jamais totalement condamnables, voire parfois même attachants, guidés par une vengeance presque compréhensible ou par un amour familial qui les rend carrément attachants, ils ne laisseront personne indifférent.

Un deuxième roman qui fait indéniablement partie des grandes réussites de cette rentrée littéraire 2018 et qui me donne envie de découvrir le premier.

Helena, Jérémy Fel, Rivages, 734 p., 23 €.

Adeline Dieudonné – La Vraie Vie

Posted in Littérature with tags , on 26 septembre 2018 by Yvan

Prix du roman Fnac 2018 !

Adeline Dieudonné - La Vraie VieCe premier roman d’Adeline Dieudonné, récemment récompensé du prix du roman Fnac 2018, plonge le lecteur dans un quartier pavillonnaire grisâtre, en compagnie d’une famille ordinaire… en apparence du moins. Outre un père amateur de whisky et de chasse, ainsi qu’une mère craintive et la plus silencieuse possible entre deux crises de violence de son cher et pas tendre, le lecteur fait également la connaissance d’une petite fille de dix ans tellement courageuse qu’elle prend la narration à son compte et de son petit frère de cinq ans, qui adore rire et lui faire des câlins… jusqu’à l’accident.

« Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie. »

Dans « La vraie vie » tout n’est donc pas rose, mais le fait de servir cette lente descente aux enfers à travers le regard d’une gamine dont on ne connaîtra jamais le prénom, met un peu de baume au cœur. Une perspective emplie d’innocence, qui ne manque pas de toucher le lecteur. Une jeune fille aussi déterminée qu’intelligente, qui se construit au fil des pages, tout en mettant les mots justes sur un enfer domestique qui ne l’est forcément pas.

« À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres »

Dès cette première phrase, Adeline Dieudonné nous cueille pour nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Mêlant la réalité sombre et violente de la vraie vie à la poésie de l’enfance, cette talentueuse auteure bruxelloise parvient à nous livrer une véritable petite pépite, sorte de drame social aux allures de conte pour enfants, qui dénonce les violences conjugales et les dangers de la crème Chantilly à travers le regard attendrissant d’une fillette qui aimerait pouvoir défier les lois de la physique afin de retourner à l’époque où sa joie de vivre était encore intacte…

Un vrai coup de cœur !

La Vraie Vie, d’Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 270 p., 17 €.

Luca Di Fulvio – Les Enfants de Venise

Posted in Littérature with tags , on 19 septembre 2018 by Yvan

Il n’y a pas de rêves trop grands !

Luca Di Fulvio - Les Enfants de VeniseAyant adoré « Le Gang des rêves », je n’ai pas longtemps hésité à dévorer ce nouveau pavé de plus de 800 pages signé Luca Di Fulvio.

Dès les premières pages, l’auteur confirme son talent de conteur, invitant à suivre la destinée improbable d’une bande de gamins miséreux, obligés de faire preuve d’imagination et de roublardise pour s’en sortir. C’est le début d’une formidable aventure, portée par un souffle romanesque incroyable, qui pousse le lecteur à tourner les pages au plus vite, peu importe leur nombre…

« Les Enfants de Venise » propulse le lecteur au début de XVIè siècle et l’embarque de Rome à Venise, à la découverte d’une ville vivante et bruyante, où se côtoient escroqueries, maladies, prostitution, antisémitisme, corruption, politique, religion, sorcellerie, miséreux et nobles. Une époque trouble, pleine d’inégalités et d’injustices, d’où émergent plusieurs personnages hauts en couleurs dont l’auteur a le secret.

Luca Di Fulvio n’est en effet pas seulement un conteur hors pair, il a également l’art de créer des personnages particulièrement attachants. En nous plaçant immédiatement du côté des enfants de la rue, il parvient inévitablement à nous faire vibrer et poursuit cette stratégie tout au long du livre, nous plaçant systématiquement du côté des opprimés et des miséreux, qu’ils soient orphelins, prostituées ou juifs enfermés dans des ghettos et forcés à porter le bonnet jaune. Même les personnages moins sympathiques, tels que Shimon Baruch le juif revanchard ou Scavamorto le fossoyeur, ne laisseront personne indifférent et finiront même par en séduire plus d’un. Sans oublier cette histoire d’amour impossible à la Roméo et Juliette, entre un escroc chrétien et une fille de médecin juive.

J’ai donc à nouveau été conquis par cette brique mêlant amour, amitié, émancipation, contexte historique, jalousie, haine, cupidité et misère.

Bref, si vous avez aimé « Le Gang des rêves » vous ne pouvez pas passer à côté de ce roman et si vous n’avez pas encore lu « Le Gang des rêves »… ce sont deux coups de cœur qui vous attendent…

Guy Boley – Fils du Feu

Posted in Littérature with tags , on 12 septembre 2018 by Yvan

D’une beauté époustouflante !

Guy Boley – Fils du FeuCe premier roman de Guy Boley invite le lecteur à s’immerger dans un monde disparu, avalé par une société de consommation où le travail artisanal n’est plus roi. Fils de forgeron, l’auteur évoque son enfance au sein d’une France rurale faite de labeur et de choses simples : les lessives, la cuisine, le travail à la forge, la nature et les quelques voisins. À l’aide d’une narration pleine de nostalgie, d’humour et de tendresse, il parvient à ressusciter l’ambiance, les sons et les odeurs de l’époque, jusqu’à l’arrivée du progrès qui vient bousculer ce quotidien paisible…

Si Guy Boley n’a pas son pareil pour retranscrire l’atmosphère des Trente Glorieuses, son roman propose également la chronique d’une famille marquée par un drame effroyable, ainsi que la construction d’un enfant sensible et taciturne face aux épreuves de la vie…

Mais, le « Fils du Feu » c’est surtout une plume extraordinaire, une capacité à construire des phrases débordantes de poésie, d’ironie, de nostalgie, d’émotion et d’érudition. Une virtuosité que je prends tant de plaisir à retrouver en lisant les œuvres d’auteurs tels que Jean Luc Seigle ou Jeanne Benameur, et qui vous saute aux yeux dès les premières pages de ce livre. Une beauté d’écriture qui laisse pantois, puis invite à relire chaque phrase afin d’en profiter plus d’une fois… tout en se demandant pourquoi cet auteur, né en 1952, ne nous a pas fait profiter de sa plume époustouflante beaucoup plus tôt ?

Laissez-vous séduire…

Virginie Grimaldi – Il est grand temps de rallumer les étoiles

Posted in Littérature with tags , on 15 août 2018 by Yvan

Road-trip d’une famille qui part à la dérive !

Virginie Grimaldi – Il est grand temps de rallumer les étoilesAyant beaucoup aimé « Tu comprendras quand tu seras plus grande », je n’ai pas longtemps hésité à lire ce nouveau roman de Virginie Grimaldi.

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » raconte l’histoire d’Anne, séparée d’un homme qui a déménagé à Marseille et mère de deux filles, Chloé, 17 ans et Lily, 12 ans. Face au mal-être grandissant de ses filles et l’accumulation de dettes, cette femme de 37 ans a de plus en plus de mal à nouer les deux bouts et à gérer les tensions familiales. Lorsqu’elle perd subitement son emploi et que les huissiers commencent à sonner à sa porte, elle décide de tout plaquer et de partir pour la Scandinavie pour aller admirer les aurores boréales du Grand Nord en famille.

Ce road-trip initiatique, visant à remettre un peu de lumière dans un quotidien qui s’assombrit chaque jour un peu plus et à colmater les fissures de plus en plus grandes de cette famille qui part à la dérive, alterne trois points qui se font brillamment écho. Il y a forcément cette mère dépassée, qui partage ses réflexions, ses craintes, ses crises de panique et son amour pour ses filles tout au long du récit. Puis il y a cette adolescente hypersensible en pleine construction, qui tient un blog intitulé « Les chroniques de Chloé », où elle raconte sa vie, ses chagrins d’amour et son manque de confiance en elle. Mais il y a surtout le journal intime de Lilly qui vaut son pesant d’or. Outra la naïveté attendrissante du regard que porte la cadette de la famille sur les déboires qu’ils vivent, il y a sa capacité à mélanger les expressions de la langue française de manière exquise et totalement hilarante.

Virginie Grimaldi parvient donc à nouveau à créer une galerie de personnages non seulement hauts en couleur, mais également intergénérationnels, ce qui permet à tout le monde d’y trouver son bonheur. Il faut également souligner la capacité de cette auteure à aborder des sujets sérieux, tels que le handicap, l’adolescence, la vieillesse, les premiers émois, le harcèlement scolaire, la maternité, la solitude et les relations mère-fille, avec énormément de légèreté. Le résultat est un roman feel-good, plein d’humanité et d’humour, qui invite à prendre la vie du bon côté. Au-delà de cette histoire familiale, le lecteur appréciera également ce road-trip qui donne inévitablement envie de voyager, tout en offrant une véritable bouffée d’oxygène.

Un récit qui a réussi à séduire un père de famille… donc, si vous êtes maman, foncez !