Archive pour Coup de coeur

Gabriel Tallent – My Absolute Darling

Posted in Littérature with tags , on 6 juin 2018 by Yvan

Le réveil d’une ninja !

Gabriel Tallent – My Absolute Darling« My absolute darling » raconte l’histoire de « Croquette », une jeune adolescente de quatorze ans qui vit dans une vieille bicoque insalubre, isolée dans une forêt du nord de la Californie, en compagnie d’un père rustre et incestueux et d’un grand-père alcoolique…

Oui, je sais, ça ne donne pas vraiment envie, surtout que les personnages ne sont pas du tout attachants, même pas cette gamine élevée comme une sauvageonne, particulièrement asociale, capable de manier toutes sortes d’armes et de survivre seule en pleine nature, aussi hostile soit-elle. Pourtant, au fil des pages, le lecteur va apprendre à aimer cette jeune héroïne, qui s’éveille progressivement, illuminant cet environnement sombre de sa présence.

C’est particulièrement bien écrit et le lecteur pénètre petit à petit dans ce huis-clos nauséabond et oppressant, tout en découvrant le mode de pensée totalement tordu du père et de cette fille manipulée par un amour malsain. Tout en évitant la surenchère, Gabriel Tallent livre avec grand brio les hésitations de cette adolescente, partagée entre la culpabilité d’abandonner un père qui n’a qu’elle et le besoin d’échapper à son emprise destructrice…

Un premier roman coup de poing, qui m’a mis plusieurs fois KO !
Je conseille donc, mais ça envoie du lourd…

Publicités

Karine Giebel – Toutes blessent, la dernière tue

Posted in Littérature with tags , on 25 avril 2018 by Yvan

Tama, la cendrillon des temps modernes…

Karine Giebel - Toutes blessent, la dernière tueCe pavé de Karine Giebel invite à suivre deux histoires en parallèle :

– Celle de Tama, jeune marocaine arrachée à sa famille à l’âge de huit ans afin d’être exploitée en tant que boniche dans la France d’aujourd’hui.
– Celle de Gabriel, tueur professionnel impitoyable, dont la vie se retrouve à nouveau bouleversée le jour où il découvre une jeune femme grièvement blessée et amnésique dans son écurie.

Si Karine Giebel livre des personnages particulièrement forts et également assez ambigus, il est impossible de ne pas s’attacher à cette jeune esclave des temps modernes, dont on partage les souffrances physiques et mentales et que l’on aimerait sauver de ce cauchemar quotidien totalement révoltant. À travers la destinée de cette enfant, l’auteure invite à prendre conscience de l’existence d’un esclavage moderne, où des êtres humain sont exploités de manière non rémunérée et privés de tous droits, dans des conditions inhumaines et à un âge tout bonnement écœurant.

Si la noirceur est indéniablement au rendez-vous de de roman qui n’épargne pas grand-chose au lecteur, l’amitié, l’entraide et même l’amour viennent heureusement offrir une lueur d’espoir et réchauffer le cœur du lecteur. Ce dernier, se retrouve inévitablement happé de la première à la dernière page par ce récit totalement addictif, qui alterne brillamment les destinées de Tama et Gabriel.

Un coup de cœur !

C. J. Tudor – L’homme craie

Posted in Littérature with tags , on 28 mars 2018 by Yvan

Les secrets du passé !

C. J. Tudor - L’homme craieCe premier roman de l’écrivaine britannique C. J. Tudor est une belle réussite !

« L’homme craie » invite à suivre une bande d’enfants qui passent l’été de leurs douze ans à jouer ensemble, notamment à un jeu qui consiste à se laisser des messages secrets, dessinés à la craie un peu partout dans la petite ville d’Andersbury. Jusqu’au jour où ces indications à la craie mènent jusqu’à l’emplacement d’un cadavre démembré dissimulé au milieu des bois. Trente ans plus tard, l’histoire refait surface, les obligeant à assumer les conséquences de leurs actes…

Si le récit est narré à travers le regard de l’un des cinq gosses, l’auteure a la brillante idée d’alterner les passages au présent, où il est devenu adulte, et ceux au passé, en 1986, où il n’était encore qu’un enfant. Au fil des pages, le lecteur découvre non seulement ce qu’il est advenu des protagonistes, mais également les pièces manquantes qui permettent de comprendre ce qu’il c’est réellement passé.

Ce livre est certes un polar, dont l’ambiance ne manque d’ailleurs pas de rappeler celle des romans de Stephen King, mais c’est également une histoire d’amitié, de gamins qui perdent leur innocence et d’adultes qui doivent vivre avec le poids de leurs secrets. Un livre rempli de personnages attachants et tous potentiellement coupables… question de tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Bref, un excellent polar et une auteure à surveiller de près !

Zidrou et José Homs – Shi, Le roi démon (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, Séries, Zidrou, [DL 2017], [En cours], [Grand public] with tags , on 21 mars 2018 by Yvan

L’heure de la vengeance a sonné !

Zidrou et José Homs - Shi, Le roi démon (Tome 2)Si le premier volet de cette saga prévue en quatre tomes présentait deux héroïnes intrigantes, cette suite, qui se déroule sept mois plus tard, revient sur le calvaire qu’elles ont vécu entretemps.

Tandis que Jennifer Winterfield a été mariée de force au Révérend Green, Kita a été contrainte de se prostituer au sein d’un bordel de luxe. Au fil du temps, la haine des deux femmes envers cette noblesse britannique, qui écrase le sexe « faible » et les pauvres, ne fait que s’accroître… et l’heure de la vengeance approche…

Outre ces deux héroïnes fortes, qui s’installent progressivement à l’origine d’une colère viscérale qui frappe à travers les époques, Zidrou propose une galerie de personnages charismatiques, dont l’étrange Sensei venu rendre visite à notre prostituée nippone. Si Zidrou invite à suivre la destinée de plusieurs personnages sur différentes époques, il multiplie également les intrigues, n’hésitant pas de passer d’un riche industriel victime d’une organisation terroriste à notre époque à la Reine Victoria en plein Londres victorien. Si le cœur de l’intrigue se déroule toujours en 1851, la touche surnaturelle insufflée par ce « Roi Démon » tatoué sur le dos de la japonaise ne manque pas de surprendre. Au passage, l’auteur ne manque pas non plus de dénoncer la condition des femmes et des pauvres au sein de cette société sexiste, hypocrite et cruelle.

Visuellement, le graphisme de José Homs (Millenium, Secrets : L’Angélus) demeure époustouflant. La mise en images dynamique et soignée du dessinateur espagnol fait des merveilles, que ce soit au niveau de l’univers sombre auquel il donne vie ou au niveau de l’expressivité des personnages.

Du tout bon !

Ed Brubaker et Sean Phillips – Fondu au Noir

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Contrebande, Delcourt, Ed Brubaker, One-shots, [DL 2017], [Sans super-héros] with tags , on 21 février 2018 by Yvan

The show must go on!

Ed Brubaker et Sean Phillips - Fondu au NoirCe pavé de 400 pages reprend les douze épisodes de « The Fade Out », la dernière saga en date des auteurs de « Criminal », « Fatale » et « Incognito » : le scénariste Ed Brubaker et le dessinateur Sean Phillips.

Le récit se déroule en 1948 à Hollywood, au lendemain de la seconde guerre mondiale et en pleine période du Mac Carthysme. L’histoire débute dans un des bungalows de Studio City, où Charlie Parish, scénariste en manque d’inspiration, se réveille dans la baignoire avec une sacrée gueule de bois. A quelques mètres de lui, gît le corps sans vie de Valeria Sommers, la star du film dont il écrit le scénario. Lorsqu’il découvre que le crime a visiblement été camouflé en suicide, il cherche à découvrir toute la vérité sur ce drame…

Ed Brubaker était déjà une référence au niveau du polar noir, mais en nous plongeant dans les coulisses d’Hollywood en compagnie d’un héros qui s’attaque à ce monstre du cinéma tout en affrontant ses propres démons, il démontre une nouvelle fois tout son talent. Usant d’une narration en voix-off dont il a le secret, il nous plonge au cœur de ce monde beaucoup moins glamour que prévu, au plus près d’un personnage principal délicieusement tourmenté.

Au-delà de l’enquête policière, Ed Brubaker lève donc le voile sur univers sombre, gangrené par l’alcool, le sexe, la corruption et les jeux de pouvoir, où les femmes ne disposent pas encore du hashtag « metoo » et où de nombreux auteurs sont victimes de la chasse aux sorcières communistes. Le tout étant rehaussé par le dessin expert d’un Sean Phillips au sommet de son art et par la colorisation experte d’Elisabeth Breitweiser, je ne peux que vous conseillez vivement ce roman graphique que vous retrouverez d’ailleurs au sommet mon Top comics de l’année !

Ils en parlent également : Mo’, Jérôme

 

Tabitha Suzuma – Forbidden

Posted in Littérature with tags , on 14 février 2018 by Yvan

Quand un frère et une sœur jouent à papa et maman…

Tabitha Suzuma - Forbidden« Forbidden » invite à suivre l’histoire de Lochan et Maya, les aînés d’une fratrie de cinq enfants livrés à eux-mêmes. Le père est parti refaire sa vie en Australie, tandis que la mère, alcoolique et immature, n’a pas beaucoup plus envie de remplir son rôle. À deux, cette sœur et ce frère de respectivement seize et dix-sept ans élèvent à bout de bras le reste de la famille, c.à.d. le jeune Kitt, en pleine crise d’adolescence, et les petits Willa et Tiffin, baignant encore dans l’âge de l’innocence…

Avec ce roman, Tabitha Suzuma aborde un sujet totalement tabou, mais a la présence d’esprit de ne pas nous plonger immédiatement au cœur de cet amour absolument immoral et de surcroît répréhensible par la loi. L’auteure prend en effet le temps d’installer le contexte de cette histoire en partageant le quotidien de ces deux êtres obligés de jouer à papa et maman afin d’empêcher leur famille dysfonctionnelle de se disloquer. Au fil des pages, le lien fraternel entre Lochan et Maya s’estompe, ouvrant la porte à un amour certes absolument glauque, mais inéluctable.

Le récit alterne les points de vue de Maya et Lochan, permettant de partager les sentiments qui déchirent ces deux êtres épuisés par la vie, qui partagent le même fardeau familial, ainsi qu’un lien qui va bien au-delà de celui entre un frère et une sœur. Progressivement, le lecteur s’attache aux personnages et, au moment où la limite est franchie, ses valeurs sont totalement ébranlées et une partie de ses préjugés sont déjà au placard. Cet amour inacceptable continue inévitablement de déranger, mais l’envie de leur octroyer cette lueur d’espoir et de bonheur au sein d’une vie tellement injuste et difficile, cherche également à se faire une petite place. Le noir et le blanc deviennent gris, le côté incestueux de l’histoire demeure répugnant, mais cherche à se faire oublier, abandonnant le lecteur le cul entre deux chaises, l’une condamnant cet acte dégoûtant et l’autre, ému par la pureté et la beauté de cet amour interdit qui défie toutes les conventions.

Une lecture dérangeante et bouleversante, mais fortement conseillée !

Franck Bouysse – Glaise

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 11 février 2018 by Yvan

Quand la guerre prive la campagne de ses hommes valides…

Franck Bouysse - GlaiseCe roman de Franck Bouysse débute au mois d’août 1914, au moment où le père de Joseph, 15 ans, doit quitter les siens pour aller combattre l’ennemi dans la boue des tranchées. L’adolescent, entouré de sa mère et de sa grand-mère, devient subitement l’homme de la famille. Si le vieux voisin d’à côté n’hésite pas à lui donner un coup de main pour faire tourner la ferme, il doit cependant se méfier de l’autre voisin, un pervers alcoolique et violent à la main atrophiée, dont le fils est également parti rejoindre le front…

L’auteur effectue le choix judicieux de ne pas suivre ceux qui partent à la guerre, mais de raconter le quotidien des femmes, enfants, vieillards et infirmes qui restent. En installant son récit à Chantegril, au pied du Puy-Violent, une montagne du Cantal située dans l’arrière-pays rural, il demeure bien loin des affrontements et de cette guerre qui vide progressivement les campagnes de ses hommes valides. Si les nouvelles du front se limitent souvent à quelques lettres, voire des avis de décès, l’inquiétude, l’attente et l’absence plus longue que prévue, commencent à peser sur ces paysans qui se tuent à la tâche à défaut de le faire au front…

À travers le quotidien de ces familles amputées de leurs bras les plus solides, Franck Bouysse dépeint avec grand talent une palette de sentiments humains, allant du premier amour à ceux beaucoup plus nauséabonds. En plongeant le lecteur dans un monde de corvées, d’amertume et de non-dits, mais également d’entraide et d’amitié, il livre un roman certes sombre, mais éclairé de sa plume emplie de poésie. Si je suis plutôt du genre à me nourrir de l’intrigue, ici, la dégustation des phrases alignées avec brio par Franck Bouysse aura suffi à me rassasier. La lenteur du récit s’accompagne ainsi du bonheur d’avoir le temps de peser chaque mot et de s’en imprégner afin de prolonger le plaisir…

Une fois le livre refermé, il ne reste plus qu’à enlever la glaise qui colle encore à nos chaussures, tout en continuant à distinguer ces personnages rugueux et taiseux qui errent encore dans la brume de notre esprit.

Beaucoup aimé !