Archive pour Coup de coeur

Mathieu Belezi – Attaquer la terre et le soleil

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 16 novembre 2022 by Yvan

Une gifle de mots !

Mathieu Belezi - Attaquer la terre et le soleilAprès avoir déjà écrit une trilogie sur l’Algérie (« C’était notre terre », « Les Vieux Fous » et « Un faux pas dans la vie d’Emma Picard »), l’écrivain Mathieu Belezi remporte le prix littéraire « Le Monde » 2022 pour ce roman qui plonge les lecteurs dans les débuts violents de la colonisation française de l’Algérie en 1845.

« Attaquer la terre et le soleil », ce sont deux voix qui s’alternent et qui se font écho au fil d’un récit bouleversant et d’une puissance évocatrice incroyable.

D’une part, Séraphine Jouhaud, une femme colon venue de Marseille avec son mari, leurs trois enfants, sa sœur et son beau-frère. Des familles françaises venues peupler une colonie agricole vendue comme une terre promise par l’État, mais qui n’est finalement qu’un lopin de terre peu fertile, entouré de palissades qui les préservent d’une population hostile.

D’autre part, un soldat anonyme suivant aveuglement les ordres d’un capitaine sanguinaire venu apporter une prétendue « civilisation » aux autochtones, en imposant sa vision de la « pacification » à coups de baïonnettes, massacrant, pillant, violant et brûlant village après village.

Mathieu Belezi raconte la désillusion coloniale en étalant d’une part la cruauté des soldats et de l’autre la peur et la souffrance des colons. La famine, le manque d’hygiène, les ravages du choléra et du paludisme, la chaleur étouffante, les conditions de logement déplorables, les récoltes infructueuses, les animaux sauvages et la crainte de se faire décapiter par les yatagans affûtés de rebelles bien décidés à repousser l’envahisseur. Une bien belle histoire coloniale… dont personne ne ressort vainqueur.

Après avoir lu ce roman qui évoque régulièrement Dieu afin de traduire l’effroi des narrateurs, c’est à mon tour de le citer car, Mon Dieu, quelle claque cette narration ! Mathieu Belezi nous installe en effet au cœur des pensées de ses protagonistes, là où les mots ne sont pas encore dompté par la ponctuation et se retrouvent étalés sans majuscules au rythme effréné de pensées qui se bousculent à vive allure, restituant le chaos et la folie ambiante. Un roman écrit d’un souffle par un auteur qui invite le lecteur à retenir le sien, en l’immergeant dans l’absurdité et la bêtise humaine, et dont il ressort écœuré, bouleversé, en apnée, au bord du vertige et proche du KO.

Coup de cœur !

Attaquer la terre et le soleil, Mathieu Belezi, Le Tripode, 160 p., 17€

Elles/ils en parlent également : Aurélie, Guillaume, La viduité, Bruno, BigMammy, Manou, Papivore, Joëlle, Benjamin

Susin Nielsen – Les optimistes meurent en premier

Posted in Littérature with tags , , on 12 novembre 2022 by Yvan

Un roman qui fait du bien !

Susin Nielsen - Les optimistes meurent en premierDepuis qu’un drame terrible a touché sa famille, Pétula, jeune lycéenne de 16 ans à Vancouver, est devenue d’un pessimisme à toute épreuve. Anticipant tous les autres malheurs qui pourraient s’abattre sur elle, l’adolescente a développé une panoplie de phobies qui lui assurent probablement de vivre plus longtemps que les autres, mais qui la condamnent à une vie assez solitaire et plutôt compliquée. Bien à l’abri dans sa bulle débordante de tristesse, elle télescope cependant Jacob Cohen dans les couloirs du lycée. Surnommé « l’homme-bionique » depuis l’amputation de son avant-bras, cet ado pourvu d’une prothèse impressionnante va progressivement parvenir à briser la carapace de Pétula et bouleverser tous ses principes…

« Les optimistes meurent en premier » invite donc à suivre deux jeunes protagonistes abîmés par la vie qui, au fil des pages, vont lentement se réparer. Obligés de participer à un atelier de groupe d’art-thérapie afin d’apprendre à surmonter leurs traumatismes, ils vont également rencontrer d’autres jeunes qui ont connu des drames dans leur vie. En à peine 200 pages, l’auteure canadienne Susin Nielsen parvient ainsi à dresser le portrait d’une bande d’adolescents auxquels il est impossible de ne pas s’attacher. Des personnages pour le moins originaux qui touchent le lecteur, tout en le faisant régulièrement rire.

« Les optimistes meurent en premier » aborde des thèmes difficiles, tels que le deuil, la culpabilité, la différence et les phobies, tout en parlant de sujets plus optimistes tels que l’amitié, l’amour, la résilience, la tolérance et le pardon. En y ajoutant des personnages aux répliques savoureuses, ainsi qu’un style léger et parsemé d’humour, l’autrice vous invite finalement à refermer son ouvrage le sourire aux lèvres et rempli d’optimisme.

Un roman labellisé « pour ados » qui fait du bien et qui plaira également aux adultes optimistes qui se sentent encore jeunes dans la tête…

Lisez également « La fourmi rouge » d’Emilie Chazerand, « Je suis ton soleil » de Marie Pavlenko et « Le syndrome du spaghetti » de Marie Vareille.

Les optimistes meurent en premier, Susin Nielsen, Hélium, 192 p., 14,90€

Elles/ils en parlent également : Laurette, Doc Bird, M.Utéza, Derrière ma porte un monde

Stephen King – Billy Summers

Posted in Littérature with tags , on 2 novembre 2022 by Yvan

Stephen King… dépourvu de surnaturel !

Stephen King - Billy SummersBilly Summers est un ex-tireur d’élite reconverti en tueur à gages… mais un gentil qui n’accepte que de tuer des vrais méchants. Avant de partir à la retraite, le sniper vétéran de la guerre en Irak accepte un dernier contrat particulièrement lucratif qui l’oblige à se faire passer pour un écrivain, tout en s’intégrant à la population locale de Red Bluff en attendant de pouvoir éliminer sa cible. Se prenant volontiers au jeu, il décide d’ailleurs de tuer le temps en écrivant sa propre autobiographie…

À mon grand bonheur, le maître de l’épouvante délaisse donc le surnaturel afin de nous servir un roman noir qui tient en haleine de la première à la dernière page. Alors certes, ce scénario reprenant la trame du « job de trop », ce fameux « dernier coup » condamné à foirer, est assez classique et pourrait facilement se transformer en mauvais film interprété par Steven Seagal… sauf que c’est Stephen King (« 22/11/63 ») aux manettes. L’écrivain américain a non seulement l’art de planter une ambiance et de servir des personnages particulièrement attachants (même quand leur métier consiste à tuer des gens), il s’avère surtout un narrateur hors pair.

Le lecteur a d’ailleurs droit à deux conteurs pour le prix d’un car le personnage principal entrecoupe régulièrement le récit concocté par Stephen King pour nous raconter sa propre histoire, de cet événement marquant qui a bouleversé son enfance à ses années en tant que tireur d’élite durant la guerre en Irak. En imaginant un tueur à gages, aspirant écrivain et fan de Zola, Stephen King partage non seulement son amour pour l’écriture, mais également ses doutes concernant la pertinence de la guerre du Golfe ou son aversion envers le « trumpisme ».

Puis il y a cette jeune femme nommée Alice, qui vient vite confirmer notre attachement envers ce tueur à gages qui se targue d’avoir une éthique et qui transforme progressivement ce « dernier coup » en road-trip à travers les États-Unis. Malgré quelques clins d’œil à ses autres romans, tel que l’hôtel Overlook dans « The Shining », Stephen King livre donc un polar dépourvu de fantastique et d’horreur, rendant hommage à la littérature et étalant tout son talent de narrateur !

Si, comme moi, vous êtes allergique au surnaturel, mais adorez le roman noir à la R. J. Ellory, n’hésitez pas et foncez !

Billy Summers, Stephen King, Albin Michel, 560 p., 24,90 €

Elles/ils en parlent également : Yvan, Lord Arsenik, Aude, Belette, Thomas, Caroline, Anaïs, Laurence, Julie, Lily, Sam, Fabienne, One more cup of coffee, Mots & merveilles, Amicalement noir, Post Tenebras Lire

Giuliano da Empoli – Le mage du Kremlin

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 19 octobre 2022 by Yvan

Dans la tête de Vladimir Poutine !

Giuliano da Empoli - Le mage du KremkinPour son premier roman, Giuliano da Empoli nous invite dans les coulisses du Kremlin afin de mieux comprendre la société russe, ainsi que la personnalité de son dernier dictateur en date. Ancien conseiller de l’homme d’État Matteo Renzi, Giuliano da Empoli est un politologue italien déjà connu en tant qu’essayiste, mais qui livre ici un ouvrage terminé en janvier 2021, un an avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, que l’on qualifiera donc volontiers de visionnaire.

Le mage dont il est question n’est autre que Vladislav Yuryevich Sourkov, l’ex-éminence grise du « Tsar » Vladimir Poutine. Rebaptisé Vadim Baranov dans le roman, ce personnage de l’ombre qui a passé quinze années au service de Poutine, nous éclaire sur les arcanes du pouvoir russe lors de ces trente dernières années. Depuis l’âtre de sa datcha en périphérie moscovite, où il vit isolé, voire caché depuis sa « retraite », le narrateur partage le récit captivant de ses années au sommet du pouvoir…

De la fin des années Eltsine aux prémices de la guerre en Ukraine, en passant par la crise tchétchène, l’annexion de la Crimée et les jeux Olympiques de Sotchi, celui que l’on surnomme « le Raspoutine de Poutine » raconte le parcours incroyable de ce chef obscur du FSB qui accède d’abord au poste de Premier ministre avant de devenir le tsar incontesté d’une Russie revenue aux avant-postes de la scène internationale. En dressant le portrait d’un mégalomane solitaire s’étant débarrassé de toute opposition au fil des années, il invite à comprendre cette politique de violence, de propagande et de désinformation, totalement incompréhensible pour la plupart des Occidentaux…jusqu’à la lecture de cette fiction au réalisme effrayant !

Coup de cœur !

Le mage du Kremlin, Giuliano da Empoli, Gallimard, 288 p., 20€

Elles/ils en parlent également : Pamolico, Matatoune, Antoine, Jacques, Janine, Willy, Vincent, Norbert, Alain, Cannetille, Catherine, Bleu gris vert, Temps de lecture

Tiffany McDaniel – L’été où tout a fondu

Posted in Littérature with tags , on 28 septembre 2022 by Yvan

Diaboliquement bon !

Tiffany McDaniel - L'été où tout a fondu« L’été où tout a fondu » est mon troisième (et probablement plus gros) coup de cœur de cette rentrée littéraire. Après l’excellent « Betty », qui nous plongeait au cœur d’une famille dysfonctionnelle, les éditions Gallmeister proposent cette nouvelle traduction du premier ouvrage de Tiffany McDaniel, déjà publié aux éditions Joëlle Losfeld en 2019.

« L’été où tout a fondu » se déroule en 1984 dans le sud de l’Ohio, dans un petit bled nommé Breathed. C’est l’année où Autopsy Bliss, le procureur de la ville, a la mauvaise idée d’inviter le diable en personne à venir lui rendre visite en publiant une annonce pour le moins surprenante dans le journal local. Étonnamment, un jeune noir de 13 ans, à la salopette crasseuse et au regard émeraude débarque en affirmant être le Diable…

Toute l’histoire est racontée une soixantaine d’années plus tard par Fielding, le fils cadet d’Autopsy Bliss, qui avait également 13 ans au moment des faits et qui s’était lié d’une amitié très forte avec ce petit diable au grand cœur, finalement recueilli par sa famille. Une narration qui adopte souvent le regard innocent de deux enfants extrêmement touchants, qui vont devoir grandir beaucoup trop vite à cause des événements qui ont frappé la ville durant cet été aussi torride que fatidique.

En invitant le Diable dans son récit, tout en choisissant comme cadre une petite bourgade du Midwest, confrontée à l’arrivée d’un étrange personnage à la couleur de peau dérangeante, Tiffany McDaniel dévoile avec brio les plus grands démons des Etats-Unis. Pas vraiment pris au sérieux lors de son arrivée, cet étranger au teint trop sombre va cependant vite servir de bouc émissaire à ces représentants d’une Amérique conservatrice et être pointé du doigt pour tous les maux qui vont frapper cette petite ville, dont cette étrange canicule venue faire fondre le bon sens de tous. Ce n’est d’ailleurs probablement pas par hasard que le récit se déroule à une époque où le SIDA fait son apparition, maladie venue attiser encore un peu plus les préjugés et l’intolérance.

« L’été où tout a fondu » est un superbe récit d’amitié, sur la perte de l’innocence, qui, à coups de métaphores poétiques remplies de sagesse, propose plusieurs niveau de lecture et de nombreuses phrases profondes qui semblent avoir été touchées par la grâce. Un roman d’apprentissage qui aborde des thèmes d’actualité extrêmement forts, tels que la différence, le racisme, l’homophobie, l’intolérance, le fanatisme, l’effet de meute, voire même les « fake news ». Un immense coup de cœur qui utilise l’image de « l’étranger » pour faire ressortir le Mal qui sommeille en nous.

Diaboliquement bon !

L’Eté où tout a fondu, Tiffany McDaniel, Gallmeister, 480 p., 25,60€

Elles/ils en parlent également : Yvan, La Belette, Lord Arsenik, Aude, Maeve, Pamolico, Sonia, Nadia, Pierre, Lilou, Bénédicte, Aurélie

Tiffany Quay Tyson – Un profond sommeil

Posted in Littérature with tags , on 17 septembre 2022 by Yvan

Un abandon qui laisse des traces !

Tiffany Quay Tyson - Un profond sommeilWhite Forest, Mississippi, 1976. Essayant d’échapper à la chaleur étouffante de l’été, Willet, seize ans, Bert, quatorze ans et leur petite sœur Pansy, six ans, décident d’aller se baigner dans une carrière pourtant réputée maudite. Pendant que la petite reste dans l’eau, les deux autres enfants s’éloignent pour aller cueillir des mûres. Lorsqu’ils reviennent, Pansy s’est volatilisée. Rongés par un sentiments de culpabilité ravageur et confrontés à une mère qui sombre dans la dépression, ainsi qu’un père éternellement absent, Bert et Willet vont passer leurs existences à chercher des réponses…

« Un profond sommeil » est un drame familial narré à la première personne par Roberta, alias Bert, une adolescente contrainte de grandir trop vite suite à la disparition de sa petite sœur et à des parents aux abonnés absents. Une saga familiale sur plusieurs générations qui alterne deux histoires qui se font brillamment écho au fil des chapitres. Deux arc narratifs qui finissent par se rejoindre afin de lever le voile sur tous les secrets qui se sont accumulés au fil des ans. S’attachant inévitablement à cette fratrie qui se démène pour subsister tout en essayant de découvrir la vérité, le lecteur fait défiler les pages, reliant progressivement le passé au présent…

« Un profond sommeil » est un roman d’ambiance, assez sombre, comme les éditions Sonatine savent les dénicher. De la canicule du Mississippi à la moiteur des marécages des Everglades, le lecteur plonge dans les années 70, à une époque où la ségrégation est encore d’actualité, surtout dans certains états du Sud. Un récit hanté par cette mystérieuse carrière de White Forest, dont l’autrice dévoilé les drames abominables sur plusieurs époques. Un lourd passé venu alimenter les superstitions actuelles…

« Un profond sommeil » est un roman qui parle de racines, de transmission, de liens de sang, d’héritage et de secrets profondément enfouis. Un récit qui pointe du doigt les violences raciales, la condition féminine et les avortements clandestins… des sujets qui restent d’actualité, surtout à une époque où le droit à l’avortement se voit subitement remis en cause aux Etats-Unis. Une histoire de disparition qui invite certes à trouver les réponses nécessaires, mais qui met surtout l’accent sur le vide et l’absence qui découlent de cette perte en partageant la douleur et les sentiments de ceux qui restent…

« Un profond sommeil » est un roman impossible à lâcher, au titre finalement mensonger car il m’aura surtout tenu éveillé !

Un profond sommeil, Tiffany Quay Tyson, Sonatine, 400 p., 22€

Elles/ils en parlent également : Yvan, Aude, Lord Arsenik, Stelphique, Caroline, Katia, Lison, Sharon, Léa, Maman nature, Ma voix au chapitre, Evasion polar, Touchez mon blog

Blandine Rinkel – Vers la violence

Posted in Littérature with tags , on 16 septembre 2022 by Yvan

Une enfance bercée d’amour et de peur !

Blandine Rinkel - Vers la violenceJ’ai découvert Blandine Rinkel (également comédienne, danseuse et musicienne au sein du groupe Catastrophe) et son livre en regardant La Grande Librairie…. mais l’émission n’a même pas eu besoin de me convaincre. Étrangement, avant qu’elle ne prononce le moindre mot ou que le nouveau présentateur ne parle de son troisième roman, je savais déjà que j’allais le lire. Juste le titre de l’ouvrage et cette prestance alliant douceur et rébellion sur le plateau télévisé ont suffi à me convaincre. Une nouvelle faiblesse de ma part, que ma PÀL déjà débordante ne voyait probablement pas d’un bon œil, mais un choix finalement judicieux car je l’ai lu d’une seule traite et refermé en étant fan de tout ce qui m’a été proposé : le style, le contenu, la réflexion… voire même cette violence dont il est question dans le titre et qui n’a heureusement pas tout détruit !

« Vers la violence » est le chemin emprunté par la petite Lou, qui voue un amour immense à son papa, tout en vivant dans la crainte de ce patriarche certes lumineux et drôle, mais qu’un rien fait basculer vers les ténèbres. Une violence plus psychologique que physique, mais une menace constante qui invite à marcher sur un fil, balançant entre le bonheur et ce que certains nommeront une « éducation à la dure ».

Blandine Rinkel dresse donc le portrait d’un père, Gérard, ancien militaire devenu flic, qui tente de transformer sa petite princesse en guerrière aguerrie, capable d’affronter la douleur et ses peurs sans broncher. Une gamine qui joue à je te tiens, tu me tiens par la barbichette, bien décidée à ne pas rire, sachant que la tape qui suivra pourrait bien faire mal. Si celui qu’elle tient par la barbichette a l’art de faire rire n’importe qui, ce sourire carnassier dissimule en effet un loup solitaire et imprévisible.

L’ambiguïté de ce portrait livré par l’autrice dérange autant qu’il fascine. Une dualité qui contribue à entretenir une tension permanente tout au long du livre et qui se retrouve ponctuée par une superbe lettre de Lou à son père, déclarant toute l’admiration qu’elle voue à ce père…tout en lui tournant définitivement le dos. Une violence et une ambiguïté dont héritera cette petite fille devenue danseuse, passion qui allie grâce et féminité, tout en faisant violence au corps.

L’écriture sensible, sincère et incisive de Blandine Rinkel m’a cueilli dès les premières lignes. La première moitié du roman, où la relation père-fille est omniprésente, m’a totalement bouleversé. La phrase d’une violence insoutenable « Je ne veux pas te voir à mon enterrement ! », balancée par un père à sa fillette de cinq ans, m’a mis totalement KO. La deuxième partie du roman, proposant la reconstruction de Lou loin du père, dans les bras de Raphaël, est certes moins intense, mais permet au lecteur et à l’héroïne de se relever tout en constatant les dégâts.

Un roman intense, puissant, profond et percutant, porté par une plume dont je suis dorénavant fan !

Vers la violence, Blandine Rinkel, Fayard, 378 p., 20 €

Elles/ils en parlent également : Stelphique, Lili, Baz’art, Diacritik