Archive pour Coup de coeur

Christelle Dabos – La Passe-Miroir, Les fiancés de l’hiver

Posted in Littérature with tags , , on 21 juillet 2017 by Yvan

Sur les traces de J.K. Rowling…

Christelle Dabos - La Passe-Miroir, Les fiancés de l'hiverJe ne suis pas particulièrement friand de romans jeunesse, mais je n’ai pas su résister à la multiplication d’avis dithyrambiques concernant cette saga qui compte déjà trois tomes. Et j’ai bien fait !

Christelle Dabos, dont c’est le premier roman, brosse tout d’abord un univers d’une richesse incroyable. Ce monde divisé en Arches, où vivent des Esprit de Famille et leur descendance respective, happe immédiatement le lecteur. D’endroits hostiles et terrifiants, à l’image de ce Pôle aux températures glaciales, à d’autres, empreints de magie et d’illusions, l’immersion est vite totale et l’émerveillement constant.

Puis il y a cette héroïne, qui ne paie pas de mine, mais qui est capable de lire le passé des objets et de traverser les miroirs. Surtout célèbre pour sa maladresse légendaire et son apparence quelconque, elle doit subitement quitter sa famille et l’Arche d’Anima suite à un mariage arrangé avec un membre du clan des Dragons. Si personne ne donne cher de la peau de la frêle jeune fille aux gants troués et au nez qui coule, le lecteur se prend néanmoins vite d’affection pour cette héroïne incroyablement attachante et finalement beaucoup plus tenace et courageuse qu’elle n’en a l’air. Si le personnage d’Ophélie est indéniablement une belle réussite, l’auteure parvient également à donner vie à d’autres personnages véritablement mémorables, qui livrent leurs secrets au fil des pages.

Si j’ai dévoré ce premier tome en moins de deux jours, la plume de Christelle Dabos n’y est pas étrangère. Elle insuffle en effet beaucoup de rythme, ainsi que plusieurs pointes d’humour, à ce récit parsemé de personnages particulièrement travaillés et se déroulant dans un univers foisonnant de détails et d’imagination. Je ne manquerai donc pas de lire les prochaines aventures de cette Passe-Miroir.

Bref, si vous aimer Harry Potter, vous allez adorer ce livre. Même si c’est un roman jeunesse et que c’est de la fantasy, comme pour les romans de J.K. Rowling, cela plaît de 7 à 77 ans. Foncez !

Luc Brunschwig et Roberto Ricci – Urban, Enquête Immobile (Tome 4)

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2017], [En cours], [Grand public] with tags , on 7 juillet 2017 by Yvan

Avant-dernier tome d’une saga incontournable !

Luc Brunschwig et Roberto Ricci - Urban, Enquête Immobile (Tome 4)Avec trois albums simultanés dans les vitrines de toutes les bonnes librairies, Lucky Luc dégaine les bandes dessinées plus vite que son ombre pour l’instant. Si la conclusion de « La Mémoire dans les Poches » est un véritable petit bijou et que le « XIII Mystery » consacré à Jonathan Fly est probablement le meilleur de la série, il ne fallait pas s’appeler Nostradamus pour savoir que ce quatrième tome d’ « Urban » allait être une véritable tuerie !

Suite à l’attaque terroriste qui a plongé le parc d’attraction de Monplaisir dans un chaos total et à son refus d’abattre un homme, Zacchary Buzz se retrouve confiné dans son appartement. Le jeune Interceptor ayant toujours un accès illimité aux archives de Monplaisir, cette immobilisation ne l’empêche cependant pas de faire avancer son enquête et de se rapprocher de la vérité…

Si le début de cette saga absolument incontournable laissait déjà entrevoir toute la noirceur des coulisses peu glamour de ce paradis artificiel dorénavant privé de paillettes, Luc Brunschwig lève désormais progressivement le voile sur la genèse du « dernier endroit où ça rigole dans la galaxie » et sur son créateur et dirigeant mégalo, Springy Fool. Distillant ses flash-backs avec toujours autant de précision, il poursuit la mise à nu de toute la superficialité de cette société accro à la téléréalité, construite sur des inégalités sociales et donnant à l’argent le pouvoir de l’illusion du bonheur. Après avoir livré les regards innocents de Zach et du jeune Niels sur ce gigantesque parc d’attractions, l’auteur fait maintenant tomber le masque de l’homme déguisé en lapin blanc qui anime cette cité à l’apparence idyllique.

Faisant preuve d’une narration toujours aussi experte, l’auteur montre le vrai visage de Springy Fool, démontrant à nouveau sa capacité à construire des personnages complexes. Si les portraits d’Ishrat, la splendide jeune fille couverte de tatouages, et de Zach, le héros délicieusement naïf de cette saga, révélaient des individus foncièrement attachants, l’éclairage apporté aux personnages de Springy Fool et de son homme de main Membertou, s’avère beaucoup plus sombre. La noirceur de ces portraits n’est cependant jamais totale, à l’image de cette incapacité touchante du fondateur de la mégapole à séduire les femmes qui lui plaisent…

Dénouant les fils de son intrigue et apportant un nouvel éclairage aux événements des tomes précédents, Luc Brunschwig place progressivement les dernières pièces de ce puzzle qui nous tient en haleine depuis quatre tomes et dont on attend déjà la conclusion avec grande impatience.

Visuellement, il faut bien avouer que les italiens ne font pas que parler avec leurs mains, ils savent également dessiner. L’artiste transalpin, qui avait déjà eu la gentillesse de dessiner mes enfants déguisés en Mega Mindy et Mega Toby lors de la page 53 du précédent album, fait une nouvelle fois parler tout son talent. En véritable architecte de ce lieu de plaisir et de débauche, il parvient à plonger ce monde fait de néons, de paillettes et de couleurs dans une ambiance oppressante, distillant progressivement la noirceur qui anime les coulisses de cet univers enjôleur. J’ai beau finir dernier à chaque partie de Pictionary et accorder plus d’importance au scénario d’une bande dessinée qu’à son graphisme, cela ne m’empêche pas de me sentir privilégié quand un dessinateur prend soin de peaufiner ses planches avec tant d’attention. Forza Italia !

Il ne me reste plus qu’à terminer par un avis aux quelques Robinsons qui n’ont pas encore entamé cette série, en leur signalant la parution d’un pack à prix réduit, comprenant les deux premiers tomes de la saga. Franchement les gars, il est temps de quitter votre île car le voyage en vaut la peine !

Je ne surprendrai probablement personne en mentionnant finalement que vous pouvez également retrouver cet album dans mon Top BD de l’année !

Zidrou et Jordi Lafebre – Les beaux étés, Mam’Zelle Esterel (Tome 3)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, Zidrou, [DL 2017], [Grand public] with tags , on 5 juillet 2017 by Yvan

Des vacances dictées par le guide Michelin !

Zidrou et Jordi Lafebre – Les beaux étés, Mam’Zelle Esterel (Tome 3)Après « Cap au sud ! » et « La Calanque », ce troisième volet débute en 1992, au moment où Pierre décide de vendre la fameuse 4L à un collectionneur. Ce début surprenant n’est cependant qu’une excuse pour se remémorer les premières vacances de la famille à bord de « Mam’Zelle Esterel », 30 ans plus tôt.

Tout comme lors des tomes précédents, ce récit estival invite donc le lecteur à prendre place à bord de la 4L rouge en compagnie de la famille Faldérault. Comme tous les étés, Mado, Pierre et leurs enfants disent adieu à la Belgique pour se rendre dans le sud de la France et comme d’habitude, le départ a pris du retard car le papa est de nouveau à la bourre pour terminer les planches de sa série BD.

La principale différence de ce troisième volet, qui se déroule sept ans avant le précédent et onze ans avant le premier, est qu’à cette époque, Pierre et Mado ne comptent que deux enfants et qu’ils décident de combler les places vacantes en emmenant les beaux-parents de Pierre avec eux. S’ils trouvaient logique d’emmener ceux qui leur ont offert la voiture lors de son premier voyage, ils vont vite découvrir que « beaux-parents » et « Beaux étés » ne sont pas forcément compatibles.

Grâce à Mamyvette, la belle-mère tyrannique, les vacances au Sud n’iront en effet pas plus loin que Saint-Étienne et le camping et les balades au petit bonheur la chance seront remplacés par un hôtel et des visites d’églises conseillés par le guide Michelin. De plus, il faudra également faire attention à manger sainement et à ne pas boire trop d’alcool car « Gros-papy » doit faire très attention depuis sa crise cardiaque l’an dernier. Heureusement que l’on danse sur « Let’s twist again » et que l’on chante Brel à cette époque…

Excepté cette belle-mère qui met un solide frein au sentiment de liberté, cette très belle chronique familiale remplie de personnages sympathiques et attachants s’inscrit dans la veine des précédentes. En relatant ces petits riens qui font tout le sel de notre quotidien, Zidrou offre en effet un joli portrait de famille et un récit débordant d’humanité, de justesse et de tendresse. En intégrant un petit secret de famille et en mettant en avant la relation entre grands-parents et petits-enfants, il livre à nouveau une petite perle que l’on dévore avec grand plaisir à l’entame de l’été.

« – Dis, Gros-Papy, pourquoi t’es crès crès gros ?
– C’est parce que je suis rempli de souvenirs, c’est pour ça. »

Visuellement, le dessin de Jordi Lafebre contribue à plonger le lecteur dans une ambiance délicieusement rétro en restituant avec brio l’ambiance pleine de nostalgie du début des années 60. Outre un travail remarquable au niveau du jeu de lumière de ces planches empreintes de douceur, il faut également souligner l’excellent travail au niveau de l’expressivité des personnages. De plus, au fil des tomes et des époques, le talentueux dessinateur ibérique s’amuse à rajeunir/vieillir des personnages dont on prend grand plaisir à suivre l’évolution.

Des vacances qui font à nouveau du bien… et vivement le prochain tome, qui se déroulera en 1980 !

Retrouvez ce tome dans mon Top BD de l’année !

Ils en parlent également : Noukette, Mo’

Pascal Manoukian – Ce que tient ta main droite t’appartient

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 juin 2017 by Yvan

Dans le nid des terroristes !

Pascal Manoukian - Ce que tient ta main droite t'appartientAlors que son premier roman, encensé par les critiques et retraçant le parcours de migrants arrivés clandestinement en France, s’est inexplicablement échoué quelque part dans ma PAL, ce deuxième ouvrage a très vite terminé dans mes mains, pour ne plus les quitter avant la dernière page.

En s’intéressant à la destinée de ceux qui décident de rejoindre l’Etat islamique en Syrie avant de revenir nous exploser à la gueule, l’ancien reporter de guerre s’attaque non seulement à un sujet d’actualité, mais il le fait surtout avec un réalisme qui fait froid dans le dos et à l’aide d’une narration aussi élégante que percutante, qui nous tient en haleine du début à la fin.

Au fil des pages, Pascal Manoukian dresse le portrait d’anonymes qui deviennent candidats au djihad pour des mauvaises raisons. Il y a Lila, une adolescente de quinze ans d’origine algérienne, qui se dégote un mari à Alep, où elle pense pouvoir faire du shopping gratuit. Puis il y a Anthony et sa femme Sarah, qui veulent élever leur fils de quatre ans en terre sacrée afin d’en faire un bon musulman. Mais il y a surtout Karim, le personnage principal, dont la femme vient de se faire exploser sur la terrasse d’un bar de Paris, lors d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique et perpétrée par un jeune Français ayant grandi dans la même banlieue que lui. Le jeune homme, musulman, décide alors de se rendre en Syrie, afin de comprendre ce qui pousse ces jeunes à emprunter le chemin de la radicalisation, mais également afin de trouver le commanditaire de l’attentat qui a tué sa femme, ainsi que le bébé qu’elle s’apprêtait à lui offrir.

De Paris à Mari, en passant par Bruxelles, Gaziantep, Raqqa et Alep, Pascal Manoukian suit les pas d’écervelés endoctrinés par une organisation terroriste qui sert au plus mal cette religion qu’elle met en exergue, remontant ainsi progressivement la piste de l’organisation terroriste, jusque dans son antre. A travers les destins d’anonymes, l’auteur détaille les rouages d’une machine de recrutement parfaitement huilée, qui exploite à merveille les faiblesses de notre société hyper-connectée en ciblant une jeunesse paumée en perte de repères. De la propagande via Internet aux actions kamikazes visant à faire le plus de victimes possible, en passant par les passeurs et les camps d’entraînement, le tableau dressé par Pascal Manoukian s’avère particulièrement sombre et pour le moins alarmant.

Une lecture essentielle, qui ne laisse pas indemne et que l’on ne referme pas forcément rassuré malgré une belle note d’espoir envers cette religion de partage et de paix, bafouée par quelques imbéciles…

Marie Pavlenko – Je suis ton soleil

Posted in Littérature with tags , , on 28 juin 2017 by Yvan

Théorème de la scoumoune & Moonwalk !

Marie Pavlenko - Je suis ton soleilEn tant qu’homme amateur de polars, j’avais quelques appréhensions concernant ce roman pour ados, de surcroît plutôt destiné à un public féminin. J’ai eu grand tort !

Si le soleil de cette histoire se nomme Déborah, dix-sept ans, l’année de terminale qui l’attend ne s’annonce cependant pas très brillante. Outre le fait que sa meilleure amie Eloïse n’est plus dans sa classe et qu’elle devra donc se contenter de Jamal, alias Mygale-man, et de Tania, la pouffiasse de service, elle doit également entamer son année chaussée de bottes en caoutchouc vertes à cause d’Isidor, son vilain labrador obèse, qui ne se contente pas de puer et de baver, mais qui a également la mauvaise manie de déchiqueter ses chaussures. Ajoutez à cela une mère qui déprime, des notes qui dégringolent et un père qui va voir ailleurs et tout part en sucette, comme prédit par le théorème de la scoumoune. Heureusement qu’il reste le beau Victor, dans lequel elle place tous ses espoirs… sauf que son cœur semble déjà pris !

Au départ, j’ai eu un peu peur car, en suivant les déboires de cette jeune fille à l’existence initialement assez banale, pendue aux lèvres de sa meilleure amie et rêvant de celles de Victor, l’histoire commence comme un véritable roman d’ados. Heureusement, le récit bifurque progressivement vers des sujets plus adultes, obligeant l’héroïne à évoluer au fil des drames. Et là, une fois le virage amorcé, j’ai vraiment pris mon pied.

Il y a tout d’abord cette héroïne, fragile comme la plupart des filles de son âge, avec ses peurs, ses angoisses, ses prises de tête, mais qui s’avère également pourvue d’un humour à toute épreuve, qui fait sourire, même dans les moments les plus pénibles. Elle n’a rien de vraiment spécial ou de plus que les autres (si l’on excepte le fait qu’elle soit constamment victime du théorème de la scoumoune), mais elle a cette authenticité et ce côté désopilant qui la rend inévitablement attachante. Puis, il y a Eloïse, Victor et Jamal, des amis en or, le genre de copains que tout le monde rêve d’avoir. Mais il ne faudrait surtout pas oublier Isidore, le chien de la honte, dont la bave dégouline de vos pages tout au long de la lecture. Des personnages foncièrement humains, qui font des erreurs, mais que l’on apprend à aimer au fil des pages et que l’on quitte le cœur lourd une fois la dernière page tournée.

Mais ce qui m’a probablement encore le plus plu, c’est le ton, d’une justesse incroyable, et cette capacité d’aborder des sujets assez délicats, tels que la dépression, le divorce ou l’avortement, tout en conservant une certaine légèreté dans la narration. Le lecteur parcours ainsi une montagne russe d’émotions en compagnie de cette héroïne qui passe de l’adolescence à l’âge adulte, rigolant et pleurant avec elle, parfois les deux à la fois.

Marie Pavlenko livre une tranche de vie authentique, une histoire douce-amère qui parle d’amour, de famille et d’amitié, un roman qui nous ramène avec nostalgie à l’époque de nos dix-huit ans. L’écriture est vive, rythmée, jeune, inventive, débordante d’humour, mais surtout touchante de sincérité. Je me suis régalé de ces chapitres courts aux titres succulents et de ces cadavres exquis qui prennent tout leur sens lors de ce final moonwalkien. Oh yeah !

Marie Pavlenko a été mon soleil durant plusieurs heures et je l’en remercie !

Gros coup de cœur donc !

Luc Brunschwig et Olivier TaDuc – XIII Mystery, Jonathan Fly (Tome 11)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, Luc Brunschwig, One-shots, Van Hamme, [DL 2017], [Grand public] with tags , on 26 juin 2017 by Yvan

Flying Brunschwig !

Luc Brunschwig et Olivier TaDuc - XIII Mystery, Jonathan Fly (Tome 11)J’attendais le onzième tome de ce spin-off visant à approfondir l’univers de XIII en se concentrant à chaque fois sur l’un des personnages de la saga, avec grande impatience. Comme chaque tome de cette saga est attribué à un duo inédit d’auteurs (tandis que Jean Van Hamme garde un œil sur l’ensemble afin d’éviter au maximum les incohérences scénaristiques) et qu’il y avait un certain Luc Brunschwig annoncé au scénario, vous comprendrez aisément pourquoi. Outre la joie de voir mon auteur fétiche sur une saga dont la taille du lectorat est à la hauteur de son talent, j’étais également curieux de découvrir ce que donnerait son association avec Olivier TaDuc (« Chinaman », « Griffe blanche »).

Si certains tomes de ce spin-off avaient la lourde tâche de s’intéresser à des personnages secondaires, Luc Brunschwig et Olivier TaDuc ont la chance (et la grande responsabilité) de pouvoir s’attaquer à l’un des personnages-phare de la saga. Jonathan Fly n’est en effet pas uniquement un journaliste engagé du « Mountain News », vivant caché dans un bled perdu nommé Greenfalls, c’est surtout le père adoptif de Jason Fly, alias Jason Mac Lane. Etant donné que XIII aura tenu tout le monde en haleine sous ce nom, je n’étais probablement pas le seul à attendre ce spin-off avec grand intérêt.

Ce one-shot plonge donc dans le passé du journaliste, levant ainsi le voile sur la période qui précède les événements tragiques de « La nuit du 3 août ». En se basant sur les informations contenues dans les tomes 6 et 7 de la série mère, Luc Brunschwig imagine une intrigue qui débute par l’étrange disparition du pasteur noir Isayah Caton-Wood, grand défenseur des droits de la population noire des Etats-Unis et homme qui dérange donc l’establishment. Au fil des pages, l’auteur va forcément également s’intéresser au sort de Jonathan Fly, mettant d’une part la (non-)relation qu’il entretient avec son fils en avant, mais dévoilant surtout pourquoi il a choisi de se terrer dans un bled paumé, ainsi que les faits qui ont précédé de son assassinat.

Luc Brunschwig a cette capacité de vous dresser le portrait de personnages forts, qui ne vous quittent pas une fois l’album refermé, mais j’étais cependant persuadé qu’il avait pour cela besoin de place et de temps… alors qu’il se retrouvait ici dans l’obligation de livrer un one-shot. Et bien, Houston n’a eu aucun problème et je me suis donc royalement planté, car le garçon nous livre à nouveau des personnages fouillés, qu’il nous croque en seulement quelques cases. Deux truites jetées à la poubelle par le petit Jason, un regard que le scénariste connaît visiblement trop bien à en croire la préface touchante dédiée à ses enfants, et hop, le tour est joué, on s’attache au gamin et à ses aventures. De même pour Jasper Konrad Glover, le grand patron du FBI, que l’on ne met que quelques cases à détester.

Une fois les personnages en place, l’auteur déroule le reste de ses capacités, c’est-à-dire une narration impeccable et cette aptitude à imbriquer toutes les pièces de son puzzle quand il faut et comme il faut. Force est également de constater que Brunschwig à beau faire une saga grand public, cela ne l’empêche pas de mettre en avant certaines pages peu glorieuses de l’histoire des Etats-Unis. Puis, il y a forcément cette relation père-fils, qui ne pouvait évidemment pas manquer et l’appel, thème qui tient l’auteur particulièrement à cœur. Bref, du Brunschwig en one-shot, j’en redemande !

Luc Brunschwig sait également s’entourer de personnages particulièrement talentueux pour la partie graphique de ses albums et c’est une nouvelle fois le cas avec Olivier TaDuc au dessin et Bérengère Marquebreucq à la colorisation. D’un trait réaliste, précis et parfaitement adapté au style de la saga originelle, le premier offre une mise en scène parfaitement rythmée et de toute beauté, tandis que la seconde semble aussi à l’aise en forêt qu’en pleine nuit, distillant à chaque fois la bonne ambiance.

Bref, le meilleur tome de la série et un one-shot qui place la barre très haute pour les deux tomes qui restent à venir : Daniel Pecqueur et Philippe Buchet pour le suivant, consacré à Alan Smith, et Jean Van Hamme himself et Olivier Grenson pour le treizième volet.

Découvrez la bande annonce de ce tome :

Luc Brunschwig et Etienne Le Roux – La mémoire dans les poches, Troisième partie

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Luc Brunschwig, Trilogies, [Accessible], [DL 2017] with tags , , , on 23 juin 2017 by Yvan

Enfin toutes les réponses !

Luc Brunschwig et Etienne Le Roux - La mémoire dans les poches, Troisième partieCeux qui n’ont pas la mémoire en poche, se souviendront probablement du premier volet de cette saga, datant déjà de 2006. Le chemin parcouru fut donc presque aussi long que celui de ce papy qui doit user de copions pour rafraîchir ses souvenirs… mais l’attente valait certainement le coup.

N’ayant pas d’aide-mémoires planqués dans mes vêtements, j’ai commencé par relire les deux premiers volets avant de plonger dans la conclusion de cette chronique sociale qui devait encore révéler la plupart de ses secrets. Si le premier volet suivait principalement les pas de ce mystérieux papy souffrant de troubles de la mémoire et trimballant un nourrisson affamé au milieu d’une banlieue populaire, le lecteur suit dorénavant d’un Laurent Létignal, bien décidé à retrouver la trace de son père, disparu depuis plusieurs années. Accompagné de Marion, filmant chaque étape des éventuelles retrouvailles pour une émission télévisée, Laurent remonte donc la piste des indices abandonnés par son père en cours de route. Au fil des rencontres, il découvre les secrets et les véritables origines de son géniteur.

A l’aide de flashbacks habilement distillés et d’une narration exemplaire, qui soigne particulièrement les transitions entre les différentes époques, Brunschwig dévoile les mensonges qui fissurent progressivement cette famille en apparence tellement heureuse. Entre une mère devenue dépressive, un fils qui voit son père se transformer en véritable inconnu et le passé traumatisant du septuagénaire, Brunschwig libère progressivement toutes les souffrances de ses personnages. Si cette conclusion est une nouvelle fois d’une grande justesse et débordante d’humanité, elle s’avère surtout riche en émotions. Puisant dans son propre patrimoine familial, on sent que l’auteur a mis tout son cœur dans cette relation père-fils qui atteint son apogée sentimentale lors d’une scène finale particulièrement bouleversante.

Si la vie du septuagénaire est chargée en émotions, la découverte de son passé à travers le regard de ses proches permet également d’apporter une réponse à toutes les questions laissées en suspens lors des tomes précédents. Cet ultime volet est donc également celui des révélations, qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur, tout comme elles abandonnent régulièrement Laurent sur le cul.

La première et la dernière case de cette conclusion ont beau être similaires, ce qui se déroule entre les deux est d’une grande densité. Pourtant, malgré la complexité et la richesse de l’existence de ce septuagénaire marqué par l’occupation allemande, Luc Brunschwig parvient à livrer un récit d’une fluidité exemplaire, qui ne perd jamais son lecteur.

Au niveau du graphisme, j’ai toujours été fan du graphisme d’Etienne Le Roux et, malgré le très bon travail de Jérôme Brizard sur la colorisation du tome précédent, je suis tout de même ravi de retrouver le dessinateur aux manettes de la colorisation. Outre sa capacité à donner vie aux petites gens, j’ai donc également pris grand plaisir à replonger dans l’ambiance unique, pleine de douceur, qu’il parvient à insuffler à ses planches à l’aide de tons savamment choisis.

Une saga qui restera dans les mémoires et un coup de cœur qui mérite une petite place dans mon Top BD de l’année !