Archive pour Festival Angoulême

Marcello Quintanilha – Tungstène

Posted in BANDES DESSINÉES, BD, Ca et Là, One-shots, [Angoulême 2016], [DL 2015], [Sans super-héros] with tags , , on 27 janvier 2016 by Yvan

Du bon polar brésilien !

Marcello Quintanilha - TungstèneCe one-shot du brésilien Marcello Quintanilha invite à suivre les destins croisés de quatre personnages : Monsieur Ney, un militaire à la retraite qui s’énerve facilement, Caju, un petit dealer baratineur, Richard, un flic qui n’hésite pas à foncer la tête la première lorsqu’un danger se présente, et Keira, la petite amie mécontente de ce dernier, qui la maltraite et la trompe.

L’action se déroule sur la plage de Salvador de Bahia, où tout semble initialement assez calme, jusqu’au BOUM provoqué par deux pêcheurs à la dynamite. Là, tout s’emballe très vite : le militaire s’énerve, le dealer panique, le flic fonce et sa copine broie du noir…

Comme la plupart des brésiliens, Marcello Quintanilha a le sens du rythme. Partant d’un fait divers banal, il livre un récit choral parfaitement huilé, où les trajectoires s’entremêlent avec minutie. Ce puzzle narratif est de surcroît entrecoupé de flash-backs qui permettent de donner de la profondeur aux personnages tout au long de cette intervention policière musclée. Sautant d’un personnage à l’autre avec grande dextérité, l’auteur façonne les différents caractères et dévoile progressivement les relations qui les unissent.

Graphiquement, tout n’est pas parfait, mais l’ensemble est très lisible et particulièrement dynamique, grâce à un découpage vif et à des scènes d’action percutantes.

Une excellente surprise !

Ils en parlent également : Mo’, OliV

Tsuina Miura et Gamon Sakurai – Ajin (Tome 1)

Posted in BANDES DESSINÉES, Glénat, Manga / Manhwa, Séries, [Angoulême 2016], [DL 2015], [En cours] with tags , on 19 janvier 2016 by Yvan

Il n’est pas toujours bon d’être immortel !

Tsuina Miura et Gamon Sakurai - Ajin (Tome 1)Les Ajin sont des êtres immortels qui ont fait leur apparition sur un champ de bataille en Afrique, il y a dix-sept ans de cela. Depuis, les autorités ont dénombré quarante-six exemplaires dans le monde dont deux au Japon. Lors d’un accident avec un camion, un jeune lycéen de dix-sept ans découvre qu’il fait également partie de cette race capable d’immobiliser leurs adversaires en criant. Malheureusement pour lui, Kei Nagai attire immédiatement toutes les convoitises car nombreux sont ceux qui veulent mettre la main sur ce nouvel Ajin. Il y a non seulement le gouvernement, qui cherche à le récupérer afin de l’étudier, mais il y a également un autre groupuscule aux intentions plus mystérieuses…

Tsuina Miura installe non seulement un monde peuplé de créatures immortelles, mais livre surtout une chasse à l’homme haletante en compagnie de deux personnages particulièrement attachants. Il y a d’une part le petit Kei Nagai, mais aussi son ami d’enfance Kai, qui n’hésite pas à prendre tous les risques pour aider son camarade. Cette course poursuite dynamique multiplie les rebondissements et lève progressivement le voile sur le mystère des Ajin.

Visuellement, le travail de Gamon Sakurai est également excellent. D’un trait dynamique, il livre des scènes d’action très efficaces, ainsi que des créatures à l’aspect aussi mystérieux qu’angoissant.

Bref, un début très prometteur pour ce titre qui fait des ravages au Japon et que vous pouvez retrouver dans mon Top manga de l’année !

Derf Backderf – Trashed

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, One-shots, [DL 2015], [Sans super-héros] with tags , on 18 janvier 2016 by Yvan

Respect pour les éboueurs !

Derf Backderf - TrashedDerf Backderf s’était déjà inspiré de sa propre vie (et plus en particulier de ses années passées au lycée en compagnie d’un certain Jeffrey Dahmer) pour son excellent « Mon ami Dahmer » et remet le couvert lors de cet album qui a eu plusieurs vies avant d’être recyclé sous cette version. La première version de « Trashed », entièrement autobiographique, date de 1998-1999 et lui a valu une nomination aux Eisner Awards. Le récit est ensuite devenu plus fictionnel et s’est transformé en webcomic. Suite au succès de « Mon ami Dahmer », l’auteur a ensuite retravaillé l’ensemble pour en faire cette version éditée en français par les éditions Ca & Là.

Cette fiction s’inspire donc de l’année que l’auteur a passée derrière une benne à ordures entre 1979 et 1980. L’album permet donc de découvrir le métier d’éboueur de l’intérieur et confronte le lecteur aux horreurs auxquelles ces employés municipaux doivent faire face. Des déboires météorologiques aux détails les plus sordides, en passant par les petits boulots qu’ils doivent effectuer gratuitement pour les notables de la ville, Derf Backderf livre un portrait peu reluisant d’un métier qui n’est déjà pas très attirant à la base.

Si l’auteur n’hésite pas à critiquer les excès de notre société de consommation et à pointer du doigt certains problèmes environnementaux (notamment lors de la préface et de l’épilogue où l’historique de la gestion des déchets est dressée de manière assez sommaire), le récit se concentre principalement sur les conditions de travail des éboueurs et sur l’aspect comique des déboires qu’ils rencontrent.

Visuellement, le style atypique de Derf Backderf permet à nouveau de croquer des personnages particulièrement expressifs et hauts en couleur, tels que le vieux Wile E. ou ce fou de Magee…

Un one-shot qui ne devrait pas terminer dans votre poubelle !

Zeina Abirached – Le Piano oriental

Posted in BANDES DESSINÉES, Casterman, Ecritures, Franco-Belge, One-shots, [Angoulême 2016], [Avancé], [DL 2015] with tags , , on 13 janvier 2016 by Yvan

Le pont entre l’orient et l’occident !

Zeina Abirached - Le Piano orientalDans ce récit autobiographique mélodieux, Zeina Abirached raconte sa destinée entre Paris et Beyrouth et celle de son arrière-grand-père, l’inventeur du piano oriental.

Les pas rythmés d’Adballah Kamanja emmènent tout d’abord le lecteur dans le Beyrouth des années 60. Après des années de recherche et d’essais, le mélomane trouve enfin l’astuce permettant à son piano de produire le fameux quart de ton, indispensable pour pouvoir y jouer de la musique orientale. En parallèle, en 2004, le lecteur suit l’histoire d’une jeune femme qui quitte son Liban natal pour Paris, emportant avec elle seulement 23kg de son ancienne vie…

Très loin du Beyrouth déchiré par la guerre, Zeina Abirached propose un récit miroir qui se déroule en partie avant et en partie après la guerre du Liban. Au fil des pages et des allers-retours à travers les époques, le lecteur découvre le lien qui unit ces deux vies. Il y a bien entendu le lien familial qui lie l’auteure à son arrière-grand-père, mais il y a surtout cette envie de créer un pont entre deux cultures. Lui, dans sa quête de vouloir accorder deux musiques différentes au sein d’un même instrument, et elle, à travers la relation qu’elle entretient avec ses deux langues maternelles, le français et l’arabe. Ce bilinguisme prolongé au niveau d’un instrument de musique (qui a visiblement raté son rendez-vous avec l’Histoire) lie ainsi avec brio l’orient et l’occident, au sein d’un récit qui allie musicalité et sensibilité.

Cette ode à la musique se retrouve également au niveau de planches rythmées par le scrouitch-scrouitch des chaussures italiennes d’Adballah ou par le toc-toc de son couvre-chef traditionnel. Si l’auteure franco-libanaise joue avec les sonorités, elle utilise également avec maestria toutes sortes de formes géométriques et de motifs au sein d’un dessin noir et blanc qui s’installe très vite au diapason de cette belle partition.

Un piano oriental qui sonne particulièrement juste !

Ludovic Debeurme – Un Père Vertueux

Posted in BANDES DESSINÉES, Cornélius, Diptyques, Ludovic Debeurme, [Angoulême 2016], [DL 2015], [Sélectif] with tags , on 9 décembre 2015 by Yvan

La genèse des trois fils !

Ludovic Debeurme - Un Père VertueuxEn 2013, Ludovic Debeurme proposait un ouvrage intitulé « Trois fils », qui devait devenir le premier volet d’une trilogie narrant l’histoire de trois fils qui cherchent à se débarrasser de leur père. Puis, en 2015, surprise, car les Editions Cornélius publient un album deux fois plus épais, qui ne propose pas seulement la suite du récit, mais également le début et la fin. Si je n’étais à la base pas très fan de ce découpage en plusieurs tomes, qui forçait le lecteur à abandonner les trois adolescents en plein milieu de leur quête vengeresse sans en connaître toutes les raisons, l’auteur réussit néanmoins un beau tour de force en livrant un deuxième volet qui comble non seulement tous les vides du premier tome, mais qui peut en plus se lire indépendamment.

Servi sous forme de long flashback, « Un Père Vertueux » revient sur le passé des trois garçons avant qu’ils ne décident d’abandonner leur père sur une île déserte et permet donc de découvrir ce qui les poussent à vouloir se libérer à tout prix de leur géniteur. Ludovic Debeurme dresse d’une part le portrait d’un père autoritaire qui n’hésite pas à mutiler ses enfants pour les garder dans le droit chemin et qui trouve finalement son salut dans la religion après avoir survécu en effectuant d’étranges livraisons pour le compte de mystérieux hommes en noir. Mais il brosse surtout le portrait de trois adolescents en pleine quête identitaire, qui doivent non seulement s’intégrer dans un pays qui n’est pas le leur, malgré leur différence, mais qui connaissent également leurs premiers émois sexuels. Cette deuxième partie de diptyque permet également au lecteur de découvrir l’origine de l’aspect hybride de ces personnages dont les noms font références à des personnalités appréciées par Ludovic Debeurme. Le nom de Bird, le fils aux yeux noirs d’un oiseau, vient bien sûr du saxophoniste Charlie Parker. Celui de Twombly, le garçon aux longs bâtons de bois en guise de bras, fait référence au peintre-sculpteur américain Cy Twombly, tandis que le nom de Horn, le troisième luron qui dissimule son visage recouvert de poils sous une capuche rouge, vient de l’artiste Rebecca Horn.

Ce conte cruel qui évoque le destin de migrants fait non seulement écho à notre actualité, mais aborde également de nombreux thèmes intéressants, tels que le fanatisme religieux, l’identité, la sexualité et l’adolescence. Si l’auteur continue de réduire le texte au minimum et ne s’embarrasse toujours pas de cases afin de laisser libre cours à ses personnages et à son dessin, il ne réalise cependant plus ses planches à la gouache comme lors du tome précédent, mais opte pour des crayons de couleurs qui évoquent inévitablement le monde de l’enfance. Debeurme parvient comme d’habitude à installer une ambiance étrangement onirique dont il a le secret et qui s’avère idéale pour aborder les tourments psychologiques des différents personnages. Du grand art !

N’hésitez pas à lire du Debeurme (Le Grand Autre, Lucille et Renée) et retrouvez cet album dans mon Top BD de l’année.

 

Fabcaro – Carnet du Pérou, Sur la route de Cuzco

Posted in 6 Pieds Sous Terre, BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, One-shots, [Angoulême 2014], [Avancé], [DL 2013] with tags , , on 20 novembre 2015 by Yvan

Bienvenue au Pérou… ou pas !

Fabcaro - Carnet du Pérou, Sur la route de GuzcoComme j’avais adoré le « Zaï zaï zaï zaï » de l’auteur, je me suis penché d’un peu plus près sur sa biographie et je suis tombé sur ce carnet de voyage, qui faisait d’ailleurs partie de la sélection du Festival d’Angoulême 2014. Après avoir pleuré de rire avec « Zaï zaï zaï zaï », je me suis dit que ça ne serait pas plus mal de tester cet auteur sur un autre terrain, que j’affectionne d’ailleurs beaucoup plus que le registre humour.

Ayant les ouvrages de Guy Delisle (Pyongyang, Chroniques de Jérusalem, Chroniques Birmanes) en tête et « Le Photographe » comme repère ultime, je m’attaque donc à ce voyage en Amérique du sud. De Lima à Cuzco, Fabcaro nous raconte son périple, relate les rencontres qu’il a faites et partage les coutumes de ce merveilleux pays… sauf, qu’après quelques pages, le lecteur remarque vite qu’il y a anguille sous roche. Fabcaro reprend certes tous les codes du genre, mais au fil des commentaires et des interventions diverses qui reviennent sur la création du carnet de voyage, le lecteur comprends vite que l’auteur n’a jamais mis les pieds au Pérou et que c’est plutôt Wikipedia au scénario. Cela commence par des péruviens qui ressemblent un peu trop à des mexicains (les remarques de sa fille m’ont bien fait rire), puis l’auteur s’empêtre totalement dans son mensonge. Ce périple imaginaire, qui passe constamment du carnet de voyage bidon à des scènes issu du quotidien de l’auteur, est donc foncièrement drôle et totalement décalé. Un beau pied de nez au genre !

Graphiquement, l’auteur adopte d’ailleurs un style plus réaliste et une bichromie bleu et noir, ce qui permet de rendre la supercherie visuellement très crédible (à part les sombreros mexicains bien entendu).

Très bon !

Ils en parlent également : David, Mo’, Lunch

Un carnet de voyage que je vous conseille: La Tentation

Eiji Otsuka et Kamui Fujiwara – Unlucky Young Men

Posted in BANDES DESSINÉES, Diptyques, Ki-oon, Manga / Manhwa, [Angoulême 2016], [DL 2015] with tags , on 13 novembre 2015 by Yvan

La révolution nippone de 68 !

Eiji Otsuka et Kamui Fujiwara - Unlucky Young MenEtant assez fan des séries courtes éditées par les éditions Ki-oon (Prophecy, Duds Hunt, Goggles, Green Blood, Manhole) et ayant apprécié le travail d’ Eiji Otsuka sur « M.P.D. Psycho », je n’ai pas longtemps hésité à me procurer cette saga imaginée par Eiji Otsuka et dessinée par Kamui Fujiwara.

« Unlucky Young Men » plonge le lecteur dans le Japon de la fin des années 60 et invite à suivre une jeunesse désabusée, qui a de plus en plus souvent recours à la violence pour marquer son désaccord. Dans le Tokyo de 1968, les révoltes estudiantines et les actes terroristes ont en effet tendance à se multiplier et c’est dans cette société en pleine mutation, qui se remet à peine de la Seconde Guerre Mondiale, que les jeunes rêvent de liberté, de richesse et des États-Unis… comme N., le personnage principal.

C’est dans cette ambiance tendue que les auteurs déroulent des tranches de vie qui s’entremêlent au fil des pages. Eiji Otsuka s’est d’ailleurs inspiré de personnes réelles pour ses personnages principaux. T. n’est autre que Takeshi Kitano, le célèbre cinéaste, N. est le tueur en série Norio Nagayama, Yoko est la révolutionnaire communiste et présidente de l’Armée Rouge Unie Hiroko Nagata, tandis que M. n’est autre que l’écrivain Yukio Mishima. Eiji Otsuka se sert habilement de ses personnages afin de livrer une chronique sociale sur fond historique. En intégrant un vol de 330 millions de yens, commis le 10 décembre 1968, à son intrigue, l’auteur flirte également avec le polar et livre un premier volet surprenant et d’une grande richesse.

Si j’aurais aimé quelques explications supplémentaires (sous forme de bonus) concernant le contexte historique et les personnages dont les auteurs s’inspirent, afin de mieux apprécier la richesse du scénario, j’ai par contre été totalement séduit par le graphisme de Kamui Fujiwara. À l’aide d’un style très réaliste, le mangaka distille une ambiance sombre et pessimiste qui colle à merveille au scénario.

Une belle surprise !