Archive pour Guerre

Yoann Iacono – Le Stradivarius de Goebbels

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 21 mars 2021 by Yvan

L’art au service de la guerre ?

Yoann Iacono - Le Stradivarius de GoebbelsPour son premier roman, Yoann Iacono nous invite à découvrir l’incroyable destinée de Nejiko Suwa, talentueuse violoniste japonaise.

Le point de départ est un Stradivarius, offert en 1943 par Joseph Goebbels à la jeune musicienne afin de sceller le rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. En faisant partie des biens confisqués aux Juifs pendant la guerre, ce cadeau n’est finalement pas seulement le symbole de cette union germano-japonaise, mais peut-être également celui de la souffrance du peuple juif. Nejiko Suwa aura en effet du mal à apprivoiser cet instrument tout au long de sa carrière, comme s’il avait une âme…

Le narrateur, lui-même musicien, part sur les traces de ce violon et restitue progressivement toutes les pistes découvertes par l’auteur au fil de plusieurs années d’enquête. De Paris au Japon, en passant par l’Allemagne et les Etats-Unis, le lecteur suit les pas de cette virtuose qui anime cocktails, réceptions et salles de concert, parsemant des notes de musique au cœur des horreurs de la guerre, comme si de rien n’était.

A l’inverse de la plupart des romans sur le sujet, qui s’efforcent de partager un point de vue issu du cœur même du conflit, celui-ci donne l’impression de se dérouler dans la loge VIP de cette Seconde Guerre Mondiale, en compagnie d’une musicienne qui s’interroge certes sur l’origine de son violon, mais qui semble néanmoins totalement déconnectée de la réalité.

Un roman qui manque peut-être d’un brin de profondeur, restant un peu trop en surface des évènements et des personnages pour être un véritable coup de cœur. Mais un ouvrage mêlant politique, histoire et musique, qui livre une approche originale d’évènements historiques méconnus, tout en invitant à réfléchir sur la place de la musique dans la propagande, à l’image de cette jeune femme constamment utilisée comme symbole, que ce soit de l’alliance entre l’Allemagne et le Japon, ou celle entre les États-Unis et son pays natal après la guerre. Faut-il partager son art peu importe le contexte ou le client, de surcroît sur un instrument confisqué au peuple oppressé, ou faut-il, comme certains artistes, par exemple refuser de jouer aux meetings de Trump ?

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono, Slatkine et cie, 268 p., 17€

Ils en parlent également : Aurore, Pascale, Eva, Anita, Ô Grimoire, MHF, Alex, Amicalement noir, Caroline, Ingrid, Lire la nuit ou pas, Anne-Sandrine, Gigi, Page après page, Un bouquin sinon rien, Annie, Squirelito

Markus Zusak – La voleuse de livres

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 24 février 2021 by Yvan

Quand la Mort raconte la guerre !

Markus Zusak - La voleuse de livresL’histoire de Liesel Meminger, petite orpheline allemande de neuf ans, recueillie par Hans et Rosa Hubermann à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, aurait pu n’être qu’un énième récit sur cette page sombre de notre Histoire, mais son approche originale en fait sans doute une œuvre indispensable.

Il y a tout d’abord la Mort, qui fait office de narratrice. Une Mort finalement très humaine, qui n’est somme toute pas insensible à cette tragédie qui l’oblige à faire des heures supplémentaires. Dotée d’humour et d’émotions, elle fait son boulot du mieux qu’elle peut en recueillant les âmes avec douceur et compassion. 

Il y a ensuite la petite Liesel, qui croise à trois reprises la route de la Mort et dont la destinée parsemée de drames ne manque pas d’émouvoir le lecteur et même la narratrice. En racontant l’histoire de cette gamine, Markus Zusak offre non seulement le regard d’une enfant sur la guerre, mais invite surtout à découvrir le point de vue de citoyens allemands qui souffrent également de privations et qui n’adhèrent pas tous au nazisme… 

Il y a finalement le pouvoir des mots, découvert au fil des pages par cette fillette qui dérobe son premier livre alors qu’elle ne sait pas encore lire. Des mots qui réconfortent ceux qui tremblent de peur au fond d’un abri souterrain lors des bombardements aériens, mais des mots qu’Hitler utilise également afin d’endoctriner tout un peuple…

Si je ne suis pas fan du principe de dévoiler les événements qui vont avoir lieu au début de chaque chapitre, j’ai cependant été charmé par l’approche originale de ce roman (la Mort en tant que narratrice, le regard d’une enfant et le point de vue allemand), par le rôle central qu’y jouent les livres et par les relations bouleversantes que la petite Liesel tisse au fil des pages, que ce soit avec ses parents adoptifs, avec son petit voisin qui se prend pour Jesse Owens ou avec ce juif condamné à vivre dans un sous-sol, sans oublier la femme du maire et son immense bibliothèque… 

Incontournable !

La voleuse de livres, Markus Zusak, Pocket, 640 p., 8,40€

Ils en parlent également: Marine, Priscilla, Camille, Eve, Page après page, Valmyvoyou lit

Guillaume Sire – Avant la longue flamme rouge

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 27 janvier 2021 by Yvan

Les coulisses de la guerre civile cambodgienne !

Guillaume Sire - Avant la longue flamme rougeCe récit inspiré d’une histoire vraie démarre à Phnom Penh, la capitale du Cambodge, en 1971. Le roi Norodom Sihanouk vient d’être destitué par le général Lon Nol, plongeant le Cambodge en pleine guerre civile. La famille Inn, qui avait jusque-là mené une vie relativement paisible à Phnom Penh, commence également à ressentir la persécution grandissante envers les Vietnamiens. Victime d’une rafle, le petit Saravouth Inn, 11 ans, se réveille en pleine forêt, baignant dans son sang, séparé de ses parents et de sa petite sœur Dara.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman bouleversant invite le lecteur à plonger dans les coulisses de la guerre civile cambodgienne à travers le regard de cet enfant de onze ans.

« Avant la longue flamme rouge » est donc tout d’abord l’histoire d’un pays subitement baigné dans l’horreur. Au fil des pages les conditions de vie deviennent épouvantables, voire même proche de l’indicible. Des trahisons aux viols, en passant par la famine, les vols, les orphelins, la prostitution, les assassinats et l’afflux massif de réfugiés surpeuplant progressivement la capitale, Guillaume Sire n’épargne pas grand-chose au lecteur, qui découvre ici les coulisses de l’un des conflits les plus atroces du siècle dernier.

Mais, « Avant la longue flamme rouge » est surtout l’histoire d’une enfance marquée par des blessures indélébiles, celle d’un gamin de onze ans qui tente d’échapper aux atrocités de la réalité en se réfugiant dans un monde imaginaire, nourri par les lectures de sa mère. Malheureusement, même cette poésie ne parvient plus à dissimuler la barbarie des hommes au fil des pages…

Couronné du Prix Orange du livre 2020, « Avant la longue flamme rouge » est un récit marquant que je rangerai volontiers auprès du « Petit Pays » de Gaël Faye.

Avant la longue flamme rouge, Guillaume Sire, Calmann-Lévy, 336 p., 19,50€

Ils en parlent également : Anthony, Eve, Mes échappées livresques, Au fil des livres, Lili, Domi, Frédéric, Mumu, Juju, Anaïs, Ceciloule, Page après page, Twin Books, Jean-Paul, Jean-Paul et Ghislaine, Audrey, Aurélie, Sophie, J’ai 2 mots à vous dire, Céline, Wookiko, Cannetille, Sylvie, Ma collection de livres, Baz’Art

Oscar Lalo – La race des orphelins

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 31 décembre 2020 by Yvan

Une croix gammée lourde à porter !

Oscar Lalo - La race des orphelinsLa race des orphelins, c’est celle de ces enfants issus du programme « Lebensborn », initié par Himmler et qui consiste à créer de beaux petits aryens en sélectionnant leurs géniteurs sur base de critères déterminés par Hitler afin d’œuvrer à la prolifération d’une race supérieure de blonds aux yeux bleus. Conçus sans amour, mais endoctrinés dès le plus jeune âge, ces enfants du IIIème Reich ont pour mère l’Allemagne et pour père le Führer.

Née dans un Lebensborn norvégien, Hildegard Müller fait partie de ces enfants de la honte, condamnés à porter une croix, de surcroît gammée, beaucoup trop lourde à porter. Eprouvant le besoin de mettre des mots sur cette vie héritée du nazisme, la vieille femme de 76 ans convoque un scribe pour raconter son histoire.

J’avais déjà entendu parler du programme « Lebensborn », notamment dans « Max », l’excellent roman de Sarah Cohen-Scali, mais ce qui frappe immédiatement à l’entame du récit, c’est la forme atypique de ce roman. À l’instar de Joseph Ponthus dans son incontournable « A la ligne, Feuillets d’usine », Oscar Lalo se démarque immédiatement au niveau de l’originalité de sa narration.

L’histoire est en effet livrée sous forme de journal intime, fait de courts chapitres, parfois de juste quelques lignes, qui restituent avec force et brio les souvenirs fragmentés d’Hildegard. D’une plume incisive, jouant sur l’économie des mots, mais les alignant chaque fois avec une dextérité éblouissante, l’auteur livre un texte puissant et de toute beauté, où chaque mot déposé avec délicatesse rapproche Hildegard de ce passé qu’elle a toujours refusé d’accepter…

Moi qui ai plutôt tendance à lire les livres à grande vitesse, ici, toutes les deux phrases je relisais la dernière, pour mieux m’imprégner de sa justesse et de sa force. Le genre de livre que l’on a envie de distribuer dans toutes les écoles, pas seulement pour l’indispensable devoir de mémoire, mais en espérant qu’ils s’écrient « Waow, comment il déchire le mec avec ses phrases de ouf ! ».

La race des orphelins, Oscar Lalo, Belfond, 288 p., 18€

Ils en parlent également : Frédéric, Maeve, Eve, Christelle, Karine, Pauline, Fabienne, Ju, Jessica, Victoria, Flo, Ma voix au chapitre, Au fil des pages, A livre ouvert, Twin books, La minute livres, Maman nature, Maman tornade, Willy, Ma collection de livres, Valmyvoyou, L’Homme qui lit, Envie de partager les livres

Alia Cardyn – Mademoiselle Papillon

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 2 décembre 2020 by Yvan

Hommage aux infirmières !

Alia Cardyn - Mademoiselle PapillonPour son dernier roman, Alia Cardyn (« L’Envol », « Le choix d’une vie », « Une vie à t’attendre ») dresse le portrait de deux femmes à deux époques différentes, mais qui partagent la même vocation : celle d’infirmière !

Il y a tout d’abord Gabrielle, jeune infirmière dévouée en néonatologie, au bord de l’épuisement, fatiguée par ses combats quotidiens pour maintenir en vie des êtres si fragiles. Lors d’un rendez-vous avec sa mère, romancière, cette dernière lui remet le manuscrit de son dernier ouvrage, narrant la vie d’une certaine Mademoiselle Papillon…

Il y a donc ensuite l’histoire de Thérèse Papillon (1886-1983), l’héroïne qui a créé un préventorium dans l’ancienne Abbaye de Valloires au lendemain de la première guerre mondiale, afin d’y recueillir des enfants défavorisés mourant de faim dans la rue.

« Ces enfants s’amusent d’un bout de bois, de quelques cailloux, ils ont les loisirs de ceux qui n’ont rien, et d’un rien ils bâtissent un monde chargé de promesses. Non tenues »

Le roman est donc partagé entre deux récits, l’un se déroulant de nos jours et plongeant le lecteur dans le quotidien d’une infirmière en néonatologie, l’autre rendant hommage à Thérèse Papillon, faite chevalier de la Légion d’honneur en 1916, Officier de la Légion d’honneur en 1946 et reconnue Juste parmi les nations à titre posthume en 2016. Le récit de cette femme extraordinaire qui a traversé deux guerres en sauvant la vie des plus faibles est entrecoupé d’extraits de son carnet de bord, certes fictif, mais permettant au lecteur d’entrer dans les pensées de cette héroïne, partageant ses doutes et sa détermination à aider son prochain quoi qu’il arrive.

Un roman bien écrit qui, en mettant en scène les enfants les plus fragiles, ne peut que toucher, mais qui rend surtout un bel hommage à un métier qui le mérite plus que jamais en cette période de pandémie !

Mademoiselle Papillon, Alia Cardyn, Robert Laffont, 272 p., 18€

Ils en parlent également : Juju, Emilie, Lili, Séverine, Petite étoile livresque, A la page des livres, Lire & vous, Elodie, Domi, Annick, Nath, Mag, The Eden of Books, Balades en livres, Sophilosophe, Cyrlight, Lisezenmoi, Orlane, Quelques livres en chemin, Takalirsa, Jangelis, Jean-Paul

Irvin Yalom – Le Problème Spinoza

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 juin 2020 by Yvan

Quand un criminel nazi croise un humaniste…

Irvin Yalom - Le Problème SpinozaDans ce roman, Irvin Yalom imagine les portraits croisés de deux hommes que tout oppose et qui ont de surcroît vécu à trois siècles d’intervalle.

Comme le titre de cet ouvrage laisse présager, le premier personnage n’est autre que Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié à vie par la communauté juive d’Amsterdam pour ses idées trop novatrices. Ce sont celles-ci qui vont d’ailleurs poser problème au second personnage clé de ce roman : Alfred Rosenberg. Dès son plus jeune âge, ce criminel nazi condamné à mort lors du procès de Nüremberg a en effet du mal à comprendre comment le grand Goethe a pu à tel point vénérer ce philosophe juif.

Ce questionnement qui permet d’intégrer deux visions diamétralement opposées au sein d’un même récit fait toute la force de ce roman. Il y a d’une part cet idéologue nazi prônant la supériorité de la race aryenne, la haine et l’antisémitisme, puis de l’autre un humaniste prêchant l’amour.

Au cœur de ce récit philosophique d’une intelligence rare, l’Amsterdam du 17ème siècle et l’Allemagne des débuts d’Hitler se font brillamment écho. Le fond historique mélangé à l’imagination de l’auteur concernant le parcours de ces deux personnages historiques fonctionne à merveille.

Deux portraits forts et une vulgarisation philosophique qui rend accessible une pensée aussi profonde que sage… une pensée qui est finalement loin d’être un problème, tellement elle semble pouvoir offrir beaucoup de solutions aux conflits actuels…

Brillant !

Le Problème Spinoza, Irvin Yalom, Editions Galaade, 656 p., 24,40€

Ils en parlent également : Le livre d’après, Chroniques littéraires, La tête dans les livres, Ma passion les livres, The unamed boohshelf, Page après page, Livre et compagnie, A sauts et à gambades

Wladyslaw Szpilman – Le pianiste

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 31 mai 2020 by Yvan

Horriblement poignant !

Wladyslaw Szpilman - Le pianisteInitialement publié en 1946, ce récit autobiographique témoignant de l’horreur du ghetto de Varsovie sera censuré par le régime communiste polonais d’après-guerre. Il faudra attendre cinquante ans pour qu’il soit republié dans sa version originelle, notamment grâce aux efforts du fils de Wladyslaw Szpilman. Une histoire terriblement poignante, rendue célèbre par l’adaptation cinématographique de Roman Polanski.

Ce roman qui débute en Varsovie en 1939, invite à suivre la descente aux enfers de Wladyslaw Szpilman, jeune pianiste juif à la radio nationale polonaise au moment où la seconde guerre mondiale éclate. Il y a tout d’abord l’invasion allemande, suivie de la multiplication de lois antisémites… puis les portes du ghetto qui se referment sur lui et ses proches. Bienvenue en enfer !

Le parcours de Wladyslaw Szpilman relate des faits connus de tous mais qui continuent de faire froid dans le dos. Le port du brassard, les humiliations, les privations, la confiscation de biens, l’oppression du ghetto, le travail forcé, la faim, la peur, le froid, l’insécurité, la maladie, les exécutions sommaires, les dénonciations, les rafles, les déportations… et un homme qui parvient à en réchapper pour raconter l’horreur… afin que personne n’oublie !

Cinq années de calvaire et de torture psychologique constante, que l’auteur décrit avec réalisme et un détachement surprenant, proche du fatalisme, malgré une petite lueur d’espoir qui a tendance à s’allumer à chaque élan de solidarité et que l’instinct de survie garde allumée lors des pires instants.

Un emprisonnement asphyxiant au cœur du ghetto de Varsovie qui contribue à ne jamais oublier… et qui permet de relativiser notre confinement Covid 19 !

Le pianiste, Wladyslaw Szpilman, Pocket, 320 p., 6,95€

Ils en parlent également: Au fil des mots, La jument verte, Les bouquin’heures, On Bookine, NN maths et lectures