Archive pour Guerre

Émilie Guillaumin – L’embuscade

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 27 novembre 2021 by Yvan

L’incertitude d’une famille de militaire

Émilie Guillaumin - L’embuscadeAlors que sa femme est enceinte de leur petit dernier, Cédric Delmas, membre des Forces Spéciales françaises, tombe dans une embuscade lors d’une mission secrète dans la région du Levant. Au petit matin, Clémence reçoit la visite d’une délégation militaire, venue l’informer du décès de son mari et de cinq de ses camarades. Incapable d’annoncer la nouvelle à ses enfants, elle met tout en œuvre pour découvrir la vérité sur cette opération de renseignement qui a mal tourné et sur les circonstances exactes de la mort de son mari…

Ayant elle-même passé deux ans dans l’armée de terre française, c’est en connaissance de cause qu’Emilie Guillaumin nous plonge dans cet environnement militaire aux règles et à la terminologie spécifiques. Le réalisme de cette incursion au cœur d’une famille de militaire, habituée à vivre dans l’incertitude et le respect du secret des missions, mais devant ici faire face à trop de zones d’ombre pour parvenir à faire leur deuil, est assurément l’une des grandes forces de ce roman.

Ce récit qui rend finalement un bel hommage aux soldats partis au front au péril de leur vie, dans l’anonymat le plus total, brosse également le portrait d’une femme en quête de vérité, qui se bat contre le silence et la rigidité de l’armée, tout en essayant de continuer d’endosser son rôle de mère.

Le réalisme très instructif de cette immersion se fait malheureusement au détriment d’un style d’écriture un peu trop froid et beaucoup trop descriptif pour parvenir à créer de l’empathie et faire passer toutes les émotions. En fin de roman, l’autrice joue cependant un peu plus la carte du suspense à coups de rebondissements et propose même un final assez riche en émotions, mais sans parvenir à conserver la part de réalisme qui constituait la force de la première moitié.

Un bon moment de lecture donc, mais tout de même quelques bémols et un sentiment légèrement mitigé en refermant ce roman.

L’embuscade, Émilie Guillaumin, Harper Collins, 304 p., 17 €.

Ils en parlent également : Frédéric, Laurence, Anita, Patricia, Orlane, Célittérature, Cannetille, Catherine, Julie

Anne Berest – La carte postale

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 3 novembre 2021 by Yvan

Quatre noms sans tombe !

Anne Berest - La carte postaleLa « Carte postale » dont il est question dans le titre est celle reçue le 6 janvier 2003 par la mère de l’autrice. Totalement anonyme et représentant l’Opéra Garnier, celle-ci mentionne uniquement l’adresse de la destinataire, ainsi que quatre prénoms écrits les uns en dessous des autres: Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Ceux de ses grands-parents maternels, de sa tante et de son oncle, tous morts en déportation pendant la Seconde Guerre mondiale.

En cherchant à découvrir la provenance de cette carte, Anne Berest reconstruit progressivement une histoire familiale passée sous silence, reconstituant d’une part l’histoire de ses aïeux, tout en s’interrogeant sur sa propre identité juive. Une quête de vérité qui invite tout d’abord à faire la connaissance des membres de la famille Rabinovitch, depuis leur fuite de la Russie jusqu’à leur installation à Paris, en passant par la Lettonie et la Palestine. Puis vient l’horreur de la Shoah, de l’organisation nauséabonde de la déportation par la France aux retours surréalistes des camps, en passant inévitablement par l’horreur sur place…

Si le mystère de l’origine de la carte, permettant à l’autrice d’insuffler un aspect polar à sa quête, ne m’a pas vraiment tenu en haleine, cette enquête bouleversante permet surtout de faire revivre quatre personnages effacés par les nazis, de leur donner une voix et d’inscrire à jamais leurs noms sur la couverture d’un livre…à défaut d’avoir eu droit à une sépulture…

La carte postale, Anne Berest, Grasset, 512 p., 24 €

Ils en parlent également: Eve, Matatoune, Mélie, Emi lit, Isabelle, Elora, Nina, Lili, Muriel, Willy, Madlemans, Moonpalaace, Books Moods & More, Page après page, Cannetille, Alain, Catherine

 

 

 

 

Akira Mizubayashi – Âme brisée

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 9 octobre 2021 by Yvan

Prix des libraires 2020 !

Akira Mizubayashi – Âme briséeC’est avec un peu de retard que je me suis attaqué à ce roman de l’écrivain japonais Akira Mizubayashi, couronné par le Prix des Libraires 2020.

L’âme qui se retrouve brisée est celle du violon de Yu Mizusawa, à Tokyo, en 1938. Ce dernier avait osé jouer une œuvre de Schubert en compagnie de trois étudiants chinois restés au Japon malgré les prémices de la guerre sino-japonaise. En entendant le bruit des bottes des militaires entrant dans le centre culturel municipal de Tokyo, Yu a le réflexe de cacher son fils Rei, âgé de 11 ans, dans une armoire. Par le trou de la serrure, le gamin voit les soldats fracasser le violon de son père et embarquer le quatuor. Quelques instants plus tard, le lieutenant Kurokami, grand mélomane, découvre la cachette de l’enfant, mais ne trahit pas sa présence et lui confie même les débris de l’instrument de son père…  

« L’âme brisée » est l’histoire d’une reconstruction. Celle d’un gamin qui mettra toute sa vie à comprendre les aboutissants de cet évènement tragique qui le sépara à jamais de son père, mais également celle d’un luthier qui vouera toute sa vie à la restauration d’un violon pourtant jugé irrécupérable. Un roman sur le déracinement, sur les origines et sur la musique qui traverse les époques et véhicule les émotions au-delà des guerres…  

Si l’auteur nippon, tombé amoureux de la langue française au point d’écrire celui-ci directement en français, livre un roman classique au style simple et dépouillé, il ne délaisse pas pour autant ses origines et baigne son œuvre dans la poésie et la délicatesse de la culture japonaise. Malgré le déchirement provoqué par la scène initiale et la noirceur qui entoure toute guerre, Akira Mizubayashi demeure positif tout au long du récit et ne s’attarde pas trop sur les fausses notes de l’humanité…  

Âme brisée, Akira Mizubayashi, Gallimard, 244 p., 19 €

Vous aimerez également: « Le Stradivarius de Goebbels » de Yoann Iacono, « Corps et âme » de Frank Conroy, « Le Piano oriental » de Zeina Abirached

Ils en parlent également : Mumu, Sophie, Emi lit, Natiora, Chill & Art, Marguerite, Anne-Sophie, Gigi, Mélanie, Page après page, Cannetille, Ghislaine

Laurent Mauvignier – Des hommes

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 5 octobre 2021 by Yvan

Le silence coupable d’une guerre jamais oubliée… 

Laurent Mauvignier – Des hommesJ’ai déjà lu quelques romans qui évoquent « La guerre d’Algérie », tel que l’excellent « L’art de perdre » d’Alice Zeniter, mais sans véritablement m’intéresser à ce sujet plus étroitement lié à l’histoire de la France qu’à celle de la Belgique. Mais bon, les critiques étant dithyrambiques et le père de Laurent Mauvignier étant lui-même un ancien d’Algérie s’étant suicidé, je me suis finalement attaqué à ce roman qui raconte certes cette guerre, mais à hauteur d’hommes.
 
D’ailleurs, Laurent Mauvinier n’en parle pas vraiment de cette page sombre de l’histoire de la France car personne ne veut en parler…même pas ses personnages. Pourtant, Bernard et d’autres jeunes ont été appelés durant la guerre d’Algérie, y ont participé en tant que bourreaux, tueurs, violeurs, victimes, voire juste témoins impuissants face à l’imbécilité des hommes. Mais bon, ils sont vieux maintenant et même si l’Algérie hante encore leurs cauchemars, nourrit encore leurs regrets, s’invite parfois même au cœur de non-dits que l’on passe au plus vite sous silence, ils ressassent leurs pensées… Jusqu’au jour où…
 
Bernard a d’ailleurs quitté sa femme et ses enfants, tourné le dos à sa famille, ruminant son passé dans la solitude et noyant ses regrets dans l’alcool. Pourtant, lors de l’anniversaire de sa sœur Solange, la seule qui le comprend encore un peu, un incident met subitement le feu aux poudres. Les vieilles rancœurs familiales font irruption et le passé ressurgit…
 
Au fil des pages, Laurent Mauvignier délivre les pensées de ces hommes abimés par les ravages de la guerre d’Algérie. D’un style hachuré, il partage des phrases inachevés, sans ponctuation distinctive, des mots qui se bousculent et tentent de refaire surface, un silence qui ponctue les non-dits d’une honte révélatrice. Le lecteur, lui, colle son oreille aux pages du livre, filtre les pensées et les mots qui remontent à la surface, se fait progressivement une idée du drame vécu, mais gardé sous silence, entrevoit progressivement tous les traumas enfouis au fond des mémoires. Au-delà du silence, les voix étouffées au fond de gorges nouées deviennent subitement assourdissantes, la porte de la guerre d’Algérie vient de s’entrouvrir…
 
Des hommes, Laurent Mauvignier, Les Editions de Minuit, 280 p., 17,75€
 
Ils en parlent également: Matatoune, Mumu, Bénédicte, Chantal, L’oeil fertile, Sylvie, Charlie, Fanny, Hecate, Denis, Jean-Luc, Alex, Krol, Clara

Solène Bakowski – Rue du Rendez-vous

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 30 juin 2021 by Yvan

Confidence pour confidence !

Solène Bakowski - Rue du Rendez-vousParmi les quelques immeubles qui restent encore debout dans la Rue du Rendez-vous, il y a la boutique de Marcel Dambre, 87 ans, ancien bottier vivant reclus dans son magasin qui n’attire plus personne depuis bien longtemps. Un soir d’orage, guidée par son GPS, Alice Beausoleil se retrouve totalement trempée au beau milieu de cette ruelle transformée en chantier et décide de sonner chez l’artisan pour trouver refuge…

« Rue du Rendez-vous » est l’histoire d’une rencontre salvatrice entre deux âmes solitaires abîmées, celle d’un octogénaire qui n’attendait plus rien de la vie et d’une boulangère qui dissimule une profonde tristesse derrière son joli sourire de façade. Au fil des pages, les souvenirs du vieil homme remontent à la surface, ainsi que le terrible secret qui empêche Alice de vivre. Des confidences qui vont leur offrir un début de guérison et permettre au lecteur de voyager dans les souvenirs de Marcel, d’une petite ferme en 1929 au Paris sous l’occupation allemande.

« Rue du Rendez-vous » est un roman sur la mémoire, sur le pardon, sur l’amitié, sur l’amour, deux tranches de vie emportées par la plume délicate d’une excellente conteuse. Solène Bakowski (« Une bonne intention », « Sans elle / Avec elle ») livre une nouvelle fois un roman mêlant légèreté et tristesse, porté par des personnages foncièrement attachants. D’Alice à Marcel, en passant par la fantasque Nini, l’adorable Jean la Jaunisse, voire même Lucien le caniche, l’autrice parsème son récit de personnages inoubliables qui nous invitent à voyager, danser, chanter, rigoler, souffrir et pleurer…

Un magnifique rendez-vous !

Rue du Rendez-vous, Solène Bakowski, Plon, 384 p., 18€

Ils en parlent également : Sonia, Yvan, Aude, Annick, Encore un livre, Laurence, Karine, Audrey, Julie, Aurélie, Jess

Yoann Iacono – Le Stradivarius de Goebbels

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 21 mars 2021 by Yvan

L’art au service de la guerre ?

Yoann Iacono - Le Stradivarius de GoebbelsPour son premier roman, Yoann Iacono nous invite à découvrir l’incroyable destinée de Nejiko Suwa, talentueuse violoniste japonaise.

Le point de départ est un Stradivarius, offert en 1943 par Joseph Goebbels à la jeune musicienne afin de sceller le rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. En faisant partie des biens confisqués aux Juifs pendant la guerre, ce cadeau n’est finalement pas seulement le symbole de cette union germano-japonaise, mais peut-être également celui de la souffrance du peuple juif. Nejiko Suwa aura en effet du mal à apprivoiser cet instrument tout au long de sa carrière, comme s’il avait une âme…

Le narrateur, lui-même musicien, part sur les traces de ce violon et restitue progressivement toutes les pistes découvertes par l’auteur au fil de plusieurs années d’enquête. De Paris au Japon, en passant par l’Allemagne et les Etats-Unis, le lecteur suit les pas de cette virtuose qui anime cocktails, réceptions et salles de concert, parsemant des notes de musique au cœur des horreurs de la guerre, comme si de rien n’était.

A l’inverse de la plupart des romans sur le sujet, qui s’efforcent de partager un point de vue issu du cœur même du conflit, celui-ci donne l’impression de se dérouler dans la loge VIP de cette Seconde Guerre Mondiale, en compagnie d’une musicienne qui s’interroge certes sur l’origine de son violon, mais qui semble néanmoins totalement déconnectée de la réalité.

Un roman qui manque peut-être d’un brin de profondeur, restant un peu trop en surface des évènements et des personnages pour être un véritable coup de cœur. Mais un ouvrage mêlant politique, histoire et musique, qui livre une approche originale d’évènements historiques méconnus, tout en invitant à réfléchir sur la place de la musique dans la propagande, à l’image de cette jeune femme constamment utilisée comme symbole, que ce soit de l’alliance entre l’Allemagne et le Japon, ou celle entre les États-Unis et son pays natal après la guerre. Faut-il partager son art peu importe le contexte ou le client, de surcroît sur un instrument confisqué au peuple oppressé, ou faut-il, comme certains artistes, par exemple refuser de jouer aux meetings de Trump ?

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono, Slatkine et cie, 268 p., 17€

Ils en parlent également : Aurore, Pascale, Eva, Anita, Ô Grimoire, MHF, Alex, Amicalement noir, Caroline, Ingrid, Lire la nuit ou pas, Anne-Sandrine, Gigi, Page après page, Un bouquin sinon rien, Annie, Squirelito

Markus Zusak – La voleuse de livres

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 24 février 2021 by Yvan

Quand la Mort raconte la guerre !

Markus Zusak - La voleuse de livresL’histoire de Liesel Meminger, petite orpheline allemande de neuf ans, recueillie par Hans et Rosa Hubermann à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, aurait pu n’être qu’un énième récit sur cette page sombre de notre Histoire, mais son approche originale en fait sans doute une œuvre indispensable.

Il y a tout d’abord la Mort, qui fait office de narratrice. Une Mort finalement très humaine, qui n’est somme toute pas insensible à cette tragédie qui l’oblige à faire des heures supplémentaires. Dotée d’humour et d’émotions, elle fait son boulot du mieux qu’elle peut en recueillant les âmes avec douceur et compassion. 

Il y a ensuite la petite Liesel, qui croise à trois reprises la route de la Mort et dont la destinée parsemée de drames ne manque pas d’émouvoir le lecteur et même la narratrice. En racontant l’histoire de cette gamine, Markus Zusak offre non seulement le regard d’une enfant sur la guerre, mais invite surtout à découvrir le point de vue de citoyens allemands qui souffrent également de privations et qui n’adhèrent pas tous au nazisme… 

Il y a finalement le pouvoir des mots, découvert au fil des pages par cette fillette qui dérobe son premier livre alors qu’elle ne sait pas encore lire. Des mots qui réconfortent ceux qui tremblent de peur au fond d’un abri souterrain lors des bombardements aériens, mais des mots qu’Hitler utilise également afin d’endoctriner tout un peuple…

Si je ne suis pas fan du principe de dévoiler les événements qui vont avoir lieu au début de chaque chapitre, j’ai cependant été charmé par l’approche originale de ce roman (la Mort en tant que narratrice, le regard d’une enfant et le point de vue allemand), par le rôle central qu’y jouent les livres et par les relations bouleversantes que la petite Liesel tisse au fil des pages, que ce soit avec ses parents adoptifs, avec son petit voisin qui se prend pour Jesse Owens ou avec ce juif condamné à vivre dans un sous-sol, sans oublier la femme du maire et son immense bibliothèque… 

Incontournable !

La voleuse de livres, Markus Zusak, Pocket, 640 p., 8,40€

Ils en parlent également: Marine, Priscilla, Camille, Eve, Page après page, Valmyvoyou lit