Archive pour Guerre

Antoine Wauters – Mahmoud ou la montée des eaux

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 11 mai 2022 by Yvan

La souffrance du peuple syrien !

Antoine Wauters - Mahmoud ou la montée des eauxMahmoud Elmachi, un vieux poète syrien, se laisse dériver sur sa barque à la surface du lac el-Assad, celui-là même qui a englouti son village natal et bien d’autres lors de la construction du barrage de Tabqa par Hafez El Assad en 1973. Enfilant masque et tuba, Mahmoud aime y plonger afin d’échapper au chaos de la Syrie de Bachar El Assad…tout en laissant ses souvenirs enfouis remonter à la surface.

Au début, ce roman tout en vers libres peut s’avérer déstabilisant. Outre la forme, il faut s’habituer à la présence de ce vieil homme qui semble perdre le fil de son histoire, qu’il remonte par bribes, tout en parcourant l’histoire de son pays en filigrane. S’accrochant à la beauté des phrases, le lecteur démêle finalement le parcours de ce professeur de lettres emprisonné, torturé et dorénavant seul dans une Syrie en proie à la violence. Au milieu de cette barbarie sans fin résonnent heureusement les mots de ce vieux poète incapable d’oublier…

A travers les pages de cette merveilleuse poésie, c’est toute la souffrance du peuple syrien qu’Antoine Wauters parvient à faire ressortir.

« Vieillir, c’est devenir l’enfant que plus personne ne voit »

Mahmoud ou la montée des eaux, Antoine Wauters, Verdier, 140 p., 15,20 €

Elles/ils en parlent également : Mes échappées livresques, Nath, Domi, HCh_Dahlem, Joëlle, Ghislaine, Miriam, Michel, Narre ton livre, Serial lectrice

Mathias Malzieu – Le guerrier de porcelaine

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 22 janvier 2022 by Yvan

Le journal de son père !

Mathias Malzieu - Le guerrier de porcelaineAprès l’excellent « Journal d’un vampire en pyjama », où Mathias Malzieu racontait son combat contre une maladie rare qui lui imposait des transfusions de sang régulières en attendant de trouver un donneur compatible pour une greffe de moelle osseuse, l’auteur se glisse dans la peau de son père, lors des derniers mois de la Seconde Guerre mondiale.

C’est le 3 juin 1944 que le petit Mainou, 9 ans, perd sa mère. Son père, combattant dans la Résistance, ne pouvant s’occuper de lui, décide de l’envoyer chez sa grand-mère, dans une petite ferme en zone occupée. Après avoir franchi illégalement la ligne de démarcation dissimulé dans une charrette à foin, le gamin est accueilli par sa grand-mère, sa tante Louise et son oncle Émile, chez qui il devra vivre caché des Allemands jusqu’à la fin de la guerre…  

S’inspirant de l’histoire familiale pendant la Seconde Guerre mondiale, Mathias Malzieu invite à vivre les derniers mois de cette guerre dans la clandestinité et à hauteur d’enfant. A travers le regard de ce gamin qui doit faire le deuil de sa mère tout en vivant cloîtré dans une ferme entourée de nazis, l’auteur redonne vie à sa famille tout en prenant des libertés avec la réalité.

Des bondieuseries de sa tante Louise au grand cœur de son oncle Émile, en passant par la belle Sylvia qui hante ses rêves et cette grand-mère aussi sévère qu’aimante, Mathias Malzieu livre une galerie de personnages foncièrement attachants que l’on découvre au fil des pages…tout comme le petit Mainou.  

Malgré la monotonie d’un quotidien qui consiste principalement à rester planqué sans faire de bruit ou à se retrancher dans la cave lors des bombardement réguliers, l’auteur parvient à livrer un roman intime débordant d’humour, de justesse, de tendresse et de poésie, où l’innocence et le merveilleux de l’enfance, combiné à la bienveillance des proches, prennent finalement le dessus sur la noirceur de l’époque et la perte de cette maman…

Le guerrier de porcelaine, Mathias Malzieu, Albin-Michel, 237 pages, 19,90 €.

Ils en parlent également : Audrey, Lily, Karine, Lili, Elodie, Laurence, Petite étoile livresque, Evasion polar, Valmyvoyou lit

Jetez également un œil au making-of :

Larry Tremblay – L’orangeraie

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 22 décembre 2021 by Yvan

Les coulisses du fanatisme !

Larry Tremblay - L’orangeraieDans un pays du Moyen-Orient en conflit permanant, Aziz et Amed, des jumeaux de neuf ans, vivent heureux en compagnie de leur famille. Lorsqu’une bombe s’abat sur la maison des grands-parents, les tuant sur le coup, la vie de la famille bascule, projetant subitement les enfants dans un monde de vengeance, de fanatisme et de sacrifices…

A travers ce récit aussi court que puissant, Larry Tremblay offre une réflexion sur l’absurdité de la guerre. Cette vision de l’intérieur qui cherche à comprendre comment l’innocence d’enfants se retrouve sacrifiée sur l’autel de la guerre, invite à revoir notre frontière entre le bien et le mal, sans pour autant juger les actes commis…

En servant toute cette cruauté sous forme de fable particulièrement poétique et en opposant l’amour fraternel et maternel à la haine, Larry Tremblay parvient à restituer toute l’horreur du terrain, tout en laissant entrevoir suffisamment d’humanité pour nous réchauffer le cœur.

Une histoire horrible et belle à la fois, ponctuée d’un message de paix et d’espoir, délivré par tous ces innocents sacrifiés dans les coulisses du fanatisme !

L’orangeraie, Larry Tremblay, La Table Ronde, 192 p., 14,80€    

Ils en parlent également : Page après page, Marguerite, Eugénie, M, Little Pretty Books, Nath, Anouk, Fanny

 

Luca Di Fulvio – Mamma Roma

Posted in Guerre, Littérature, Luca di Fulvio with tags , , on 4 décembre 2021 by Yvan

Forza Italia !

Luca Di Fulvio - Mamma RomaParmi les gamins alignés dans la cour de l’orphelinat, c’est Pietro, 16 ans, qui vient d’être choisi par la Comtesse pour échapper à sa condition sans perspectives. Dans une roulotte du cirque Callari, Marta, recueillie par Melo lorsqu’elle était petite, s’interroge sur ses origines…

Comme d’habitude, l’ingrédient principal de la recette concoctée par l’auteur italien sont des personnages hauts en couleur qui, dès la première page, nous prennent par la main avant de conquérir notre cœur. De la flamboyante comtesse Nella Beltrami à son fils adoptif Pietro, en passant par la bouillonnante Marta, Luca di Fulvio invite à suivre les destinées de ces trois orphelins qui s’entremêlent au fil des pages. Du dresseur de chevaux Melo à l’impitoyable truand Albanese, en passant l’irrésistible Mamma Lucia ou ce prince photographe, les personnages secondaires ne sont évidemment pas en reste.

Comme le titre laisse deviner, en cette année 1870, la ville de Rome devient également un personnage à part entière. A la fois grandiose et débordante de misère, elle réunit non seulement tous les personnages, mais est également celle qui doit tomber afin d’unir l’Italie. Mêlant les destins des uns et des autres à la grande Histoire, Luca di Fulvio nous invite à vivre les derniers jours de la Rome des papes. Protégé par les troupes françaises, l’état pontifical s’apprête à tomber face aux partisans italiens proclamant l’unité du pays.

Parsemé d’amour, de complots et de patriotisme, « Mamma Roma » raconte la naissance d’une nation. Même si ce n’est pas mon roman préféré de l’auteur, en narrateur hors pair, Luca di Fulvio (« Le Gang des rêves », « Les enfants de Venise », « Les prisonniers de la liberté », « Le Soleil des rebelles ») parvient une nouvelle fois à nous faire vivre son histoire, nous incitant à dévorer cette brique de 680 pages en seulement quelques jours et à la refermer avec le regret de devoir quitter ses personnages.

Lisez Luca di Fulvio !

Mamma Roma, Luca Di Fulvio, Slatkine, 680 p., 23 €

Ils ont également participé à l’unification de l’Italie : Julie, Stelphique, Elora, Pascale, Maud, Anita, Valmyvoyoulit, Un bouquin sinon rien, Lire la nuit ou pas, Ô Grimoire, Des livres mon univers, Evasion polar, MHF, Tours et culture

Émilie Guillaumin – L’embuscade

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 27 novembre 2021 by Yvan

L’incertitude d’une famille de militaire

Émilie Guillaumin - L’embuscadeAlors que sa femme est enceinte de leur petit dernier, Cédric Delmas, membre des Forces Spéciales françaises, tombe dans une embuscade lors d’une mission secrète dans la région du Levant. Au petit matin, Clémence reçoit la visite d’une délégation militaire, venue l’informer du décès de son mari et de cinq de ses camarades. Incapable d’annoncer la nouvelle à ses enfants, elle met tout en œuvre pour découvrir la vérité sur cette opération de renseignement qui a mal tourné et sur les circonstances exactes de la mort de son mari…

Ayant elle-même passé deux ans dans l’armée de terre française, c’est en connaissance de cause qu’Emilie Guillaumin nous plonge dans cet environnement militaire aux règles et à la terminologie spécifiques. Le réalisme de cette incursion au cœur d’une famille de militaire, habituée à vivre dans l’incertitude et le respect du secret des missions, mais devant ici faire face à trop de zones d’ombre pour parvenir à faire leur deuil, est assurément l’une des grandes forces de ce roman.

Ce récit qui rend finalement un bel hommage aux soldats partis au front au péril de leur vie, dans l’anonymat le plus total, brosse également le portrait d’une femme en quête de vérité, qui se bat contre le silence et la rigidité de l’armée, tout en essayant de continuer d’endosser son rôle de mère.

Le réalisme très instructif de cette immersion se fait malheureusement au détriment d’un style d’écriture un peu trop froid et beaucoup trop descriptif pour parvenir à créer de l’empathie et faire passer toutes les émotions. En fin de roman, l’autrice joue cependant un peu plus la carte du suspense à coups de rebondissements et propose même un final assez riche en émotions, mais sans parvenir à conserver la part de réalisme qui constituait la force de la première moitié.

Un bon moment de lecture donc, mais tout de même quelques bémols et un sentiment légèrement mitigé en refermant ce roman.

L’embuscade, Émilie Guillaumin, Harper Collins, 304 p., 17 €.

Ils en parlent également : Frédéric, Laurence, Anita, Patricia, Orlane, Célittérature, Cannetille, Catherine, Julie

Anne Berest – La carte postale

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 3 novembre 2021 by Yvan

Quatre noms sans tombe !

Anne Berest - La carte postaleLa « Carte postale » dont il est question dans le titre est celle reçue le 6 janvier 2003 par la mère de l’autrice. Totalement anonyme et représentant l’Opéra Garnier, celle-ci mentionne uniquement l’adresse de la destinataire, ainsi que quatre prénoms écrits les uns en dessous des autres: Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Ceux de ses grands-parents maternels, de sa tante et de son oncle, tous morts en déportation pendant la Seconde Guerre mondiale.

En cherchant à découvrir la provenance de cette carte, Anne Berest reconstruit progressivement une histoire familiale passée sous silence, reconstituant d’une part l’histoire de ses aïeux, tout en s’interrogeant sur sa propre identité juive. Une quête de vérité qui invite tout d’abord à faire la connaissance des membres de la famille Rabinovitch, depuis leur fuite de la Russie jusqu’à leur installation à Paris, en passant par la Lettonie et la Palestine. Puis vient l’horreur de la Shoah, de l’organisation nauséabonde de la déportation par la France aux retours surréalistes des camps, en passant inévitablement par l’horreur sur place…

Si le mystère de l’origine de la carte, permettant à l’autrice d’insuffler un aspect polar à sa quête, ne m’a pas vraiment tenu en haleine, cette enquête bouleversante permet surtout de faire revivre quatre personnages effacés par les nazis, de leur donner une voix et d’inscrire à jamais leurs noms sur la couverture d’un livre…à défaut d’avoir eu droit à une sépulture…

La carte postale, Anne Berest, Grasset, 512 p., 24 €

Ils en parlent également: Eve, Matatoune, Mélie, Emi lit, Isabelle, Elora, Nina, Lili, Muriel, Willy, Madlemans, Moonpalaace, Books Moods & More, Page après page, Cannetille, Alain, Catherine

 

 

 

 

Akira Mizubayashi – Âme brisée

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 9 octobre 2021 by Yvan

Prix des libraires 2020 !

Akira Mizubayashi – Âme briséeC’est avec un peu de retard que je me suis attaqué à ce roman de l’écrivain japonais Akira Mizubayashi, couronné par le Prix des Libraires 2020.

L’âme qui se retrouve brisée est celle du violon de Yu Mizusawa, à Tokyo, en 1938. Ce dernier avait osé jouer une œuvre de Schubert en compagnie de trois étudiants chinois restés au Japon malgré les prémices de la guerre sino-japonaise. En entendant le bruit des bottes des militaires entrant dans le centre culturel municipal de Tokyo, Yu a le réflexe de cacher son fils Rei, âgé de 11 ans, dans une armoire. Par le trou de la serrure, le gamin voit les soldats fracasser le violon de son père et embarquer le quatuor. Quelques instants plus tard, le lieutenant Kurokami, grand mélomane, découvre la cachette de l’enfant, mais ne trahit pas sa présence et lui confie même les débris de l’instrument de son père…  

« L’âme brisée » est l’histoire d’une reconstruction. Celle d’un gamin qui mettra toute sa vie à comprendre les aboutissants de cet évènement tragique qui le sépara à jamais de son père, mais également celle d’un luthier qui vouera toute sa vie à la restauration d’un violon pourtant jugé irrécupérable. Un roman sur le déracinement, sur les origines et sur la musique qui traverse les époques et véhicule les émotions au-delà des guerres…  

Si l’auteur nippon, tombé amoureux de la langue française au point d’écrire celui-ci directement en français, livre un roman classique au style simple et dépouillé, il ne délaisse pas pour autant ses origines et baigne son œuvre dans la poésie et la délicatesse de la culture japonaise. Malgré le déchirement provoqué par la scène initiale et la noirceur qui entoure toute guerre, Akira Mizubayashi demeure positif tout au long du récit et ne s’attarde pas trop sur les fausses notes de l’humanité…  

Âme brisée, Akira Mizubayashi, Gallimard, 244 p., 19 €

Vous aimerez également: « Le Stradivarius de Goebbels » de Yoann Iacono, « Corps et âme » de Frank Conroy, « Le Piano oriental » de Zeina Abirached

Ils en parlent également : Mumu, Sophie, Emi lit, Natiora, Chill & Art, Marguerite, Anne-Sophie, Gigi, Mélanie, Page après page, Cannetille, Ghislaine