Archives de Jeunesse

Karl Kerschl – L’abominable Charles Christopher

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Lounak, Séries, [DL 2013], [En cours], [Sans super-héros] with tags , on 5 avril 2017 by Yvan

L’adorable yéti !

Karl Kerschl - L'abominable Charles ChristopherL’abominable Charles Christopher est né sur le blog de l’auteur, sous forme de webcomics. Récompensée d’un Joe Shuster Award et d’un Eisner Award, cette œuvre atypique a ensuite trouvé le chemin de l’édition papier.

Charles Christopher est un bébé yéti qui, muni de sa tétine, explore une mystérieuse forêt peuplée d’étranges animaux. D’un louveteau blanc à un oiseau alcoolique, en passant par des moufflettes qui travaillent dans la pub, Charles Christopher multiplie les rencontres, mais se voit également confier une mission d’une importance capitale…

Le lecteur suit donc les pas de ce yéti déboussolé et un peu naïf, qui se veut attachant dès les premières pages. L’intrigue principale a cependant du mal à émerger et se retrouve souvent diluée par les nombreuses scènes de vie cocasses qui invitent à découvrir le monde animalier qui habite la forêt. L’univers original, tendre et onirique qui se construit au fil des pages ne manque cependant pas de séduire.

Dans un format à l’italienne qui sied parfaitement au format webcomics initial, Karl Kerschl alterne les pleines pages avec des planches proposant une à deux lignes de quelques cases. Le trait doux, expressif et réaliste de l’auteur canadien contribue non seulement à livrer des personnages attachants, mais accentue également l’atmosphère douce et envoûtante de son univers, le tout servi dans de splendides nuances de gris.

Une belle découverte !

Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti – Seuls, La Machine à Démourir (Tome 10)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dupuis, Fabien Vehlmann, Franco-Belge, Séries, [DL 2016], [En cours], [Grand public] with tags , on 27 janvier 2017 by Yvan

Massacre à la tronçonneuse au 5ème Salon du Jouet !

Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti - Seuls, La Machine à Démourir (Tome 10)En attendant la sortie de l’adaptation cinématographique du premier cycle en février 2017, je me suis attaqué à ce dixième tome qui ouvre le troisième cycle de cette saga.

Au fil des tomes du cycle précédent, le duo Vehlmann/Gazzotti (« Des Lendemains sans Nuage ») avait dispersé les cinq héros (Camille, Leïla, Terry, Yvan et Dodji) qui errent dans les limbes en compagnie d’autres enfants décédés, développant ainsi plusieurs trames en parallèle. Ce dixième volet se concentre néanmoins surtout sur Terry, qui a trouvé refuge au sein d’un grand hangar qui abritait le 5ème Salon du Jouet. Accompagné du Maître des Couteaux, le plus jeune de la bande des cinq va tenter de construire une « machine à démourir » qui lui permettra de quitter ce Monde des Limbes et de retourner chez les vivants. L’apparition soudaine de Camille va cependant perturber son plan et plonger son compagnon dans une folie meurtrière…

En parallèle, Fabien Vehlmann laisse également entrevoir ce qu’il advient des autres enfants de la bande suite à la conclusion assez mortelle du tome précédent. Si Camille a droit à une étrange apparition aux yeux rouges, Leïla se retrouve plongée dans un sommeil sans rêve suite au coup d’arbalète du tome neuf, tandis qu’Yvan se retrouve en bord de mer dans la maison de vacances familiale suite à sa noyade. Dodji n’est pas beaucoup mieux loti puisqu’il se retrouve prisonnier du Maître Fou à Fortville.

À l’aide d’une narration impeccable, Fabien Vehlmann installe non seulement une ambiance d’angoisse et de mystère, mais il propose surtout une aventure prenante. S’il enveloppe l’ensemble d’une bonne dose d’angoisse, il parsème également son suspens de fraîcheur et d’humour… mélange qui fonctionne à merveille.

Si le cycle précédent invitait à découvrir l’organisation sociale et politique de la citée de Néo-Salem, tout en distillant quelques informations sur les « 7 familles », Fabien Vehlmann avait gardé suffisamment de matière sous la main pour nous tenir en haleine lors de ce nouveau cycle. Cette suite n’apporte à ce titre pas beaucoup de réponses, mais ne manque pas de nous tenir en haleine.

Visuellement, le dessin assez rond et légèrement caricatural de Bruno Gazzotti est d’une grande lisibilité et donc très adapté à un public plus jeune. La mise en couleur sied également très bien à ce monde peuplé d’enfants attachants à la bouille bien sympathique. Mais attention, cette série n’est pas aussi gentillette qu’elle n’en à l’air, comme en témoignent les nombreux morts, la torture infligée à Dodji ou la course poursuite à la tronçonneuse dont est victime Terry, sans même parler du fait que ces enfants errent dans les limbes.

Bon, il ne me reste plus qu’à aller voir le film avec mes enfants en attendant la sortie du onzième volet !

Winshluss – Dans la forêt sombre et mystérieuse

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Gallimard, One-shots, Winshluss, [DL 2016], [Grand public] with tags , on 23 janvier 2017 by Yvan

Winshluss parle également aux enfants…

Winshluss - Dans la forêt sombre et mystérieuseQuand Winshluss (« In God we Trust », « Smart Monkey ») s’attaque aux contes, tous ceux qui ont lu son cultissime « Pinocchio » sont forcément aux anges. Plus surprenant est cependant que son histoire s’adresse cette fois-ci également aux enfants…

Ce lectorat plus large est donc invité à suivre les pas d’Angelo, un gosse passionné d’animaux et d’insectes, qui rêve de devenir explorateur et qui serait incapable de vivre dans un monde sans sa mémé qu’il adore tant. Un jour, la famille apprend cependant que cette dernière ne va pas bien du tout et ils décident donc de se rendre au plus vite au chevet de la grand-mère maternelle. Après un ultime arrêt-pipi en cours de route, la voiture familiale redémarre, mais en oubliant Angelo sur l’aire d’autoroute. Ne voyant pas ses parents revenir, le valeureux petit garçon décide de traverser seul la forêt sombre et mystérieuse qui lui permettra de rejoindre la ferme de sa grand-mère.

Découpé en chapitres de quelques pages, ce conte moderne narre le parcours initiatique d’Angelo au sein de cette forêt peuplée de créatures surprenantes. D’un écureuil rêvant de voler comme un oiseau à une troupe de fourmis rouges kamikazes, en passant par un ogre banquier et un sympathique géant vert, Winshluss multiplie les rencontres insolites, tout en parsemant cette aventure périlleuse d’action et d’humour.

Si le talent de conteur de l’auteur fait à nouveau merveille, il fait cette fois preuve de beaucoup plus de sagesse, rendant l’ensemble également accessible aux plus jeunes. Les références aux contes et mythes sont également nombreuses, allant d’« Alice au pays des merveilles » à « Hansel et Gretel », en passant par l’Ogre ou Mère Nature. Visuellement, son trait vif et expressif donne brillamment vie à cet univers débordant d’imagination et de couleurs.

Ils en parlent également: Caro

Frank Pé et Zidrou – Spirou vu par…, La lumière de Bornéo (Tome 10)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, Zidrou, [DL 2016], [Grand public] with tags , , on 7 décembre 2016 by Yvan

Un magnifique one-shot !

Frank Pé et Zidrou - Spirou vu par…, La lumière de Bornéo (Tome 10)« La lumière de Bornéo » est déjà le dixième volet de cette série « Spirou et Fantasio – Une aventure par… », qui permet à différents dessinateurs et scénaristes de s’approprier le personnage mythique de Spirou le temps d’un album. Avec Frank Pé et Zidrou aux manettes, cette nouvelle parution s’avère donc particulièrement alléchante.

Dans cet album, le lecteur retrouve donc forcément Spirou, même si ce dernier n’est plus journaliste. N’ayant pas trop apprécié la censure de l’un de ses articles (qui critiquait certes un gros annonceur du journal), notre ami vient en effet de claquer la porte du Moustique. S’il comptait initialement se la couler douce en se mettant notamment à la peinture, quelques évènements vont néanmoins venir chambouler ses plans et sa quiétude. Il y a tout d’abord cet étrange champignon noir qui menace de devenir un fléau mondial. Il y a ensuite ces mystérieuses toiles révolutionnaires d’un peintre anonyme qui arrivent à la galerie Bernard, provocant l’admiration des foules et la convoitise des collectionneurs. Puis il y a les retrouvailles avec le dompteur Noé, qui débarque en ville avec une adolescente en pleine crise hormonale, qui s’avère être sa propre fille, mais qu’il décide de confier à Spirou afin de pouvoir se concentrer sur son nouveau spectacle.

Ce qui saute aux yeux dès les premières pages, c’est que le Spirou proposé par Frank Pé et Zidrou est beaucoup plus moderne et que l’environnement dans lequel il évolue est plus contemporain. De plus, les auteurs ont la bonne idée de ressusciter plusieurs personnages cultes, tels que le dompteur Noé ou le cheik Ibn-Mah-Zout. Sans oublier les incontournables Fantasio et Champignac ou cette petite nouvelle au caractère bien détrempé. Tous ces personnages particulièrement humains, prennent vie au sein de plusieurs intrigues parallèles, dont la principale ne manque pas de mettre en valeur la création artistique et le monde animal, le tout sublimé par la beauté du dessin de Frank Pé. Le dessinateur de « Zoo » n’a en effet plus à prouver sa capacité à donner vie aux animaux comme nul autre. Il livre donc une nouvelle fois des planches pleine d’émotion et de magie, qui en mettent plein la vue.

Le meilleur album de la série depuis l’incontournable « Le Journal d’un ingénu » d’Émile Bravo !

Retrouvez d’ailleurs cet album dans mon Top BD de l’année !

Djian, Olivier Legrand et David Etien – Les Quatre de Baker Street, L’Affaire Moran (Tome 7)

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Séries, Vents d'Ouest, [DL 2016], [En cours], [Grand public] with tags , , on 18 novembre 2016 by Yvan

La conclusion du deuxième cycle !

Djian, Olivier Legrand et David Etien - Les Quatre de Baker Street, L'Affaire Moran (Tome 7)Voilà déjà sept tomes que Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand et David Etien déambulent dans le Londres de Sherlock Holmes en compagnie de Black Tom, Charlie et Billy. Si l’aventure avait débuté en 1889, cela fait maintenant trois tomes qu’elle se poursuit après la disparition de Sherlock Holmes dans les célèbres chutes de Reichenbach. Les auteurs continuent de gérer avec grand brio les trois années de disparition de Sherlock Holmes en mettant en scène un héros qui poursuit sa guerre secrète contre les héritiers de son ennemi James Moriarty. Après avoir neutralisé le superintendant Blackstone de Scotland Yard, il ne reste plus qu’à mettre le dernier lieutenant de Moriarty hors d’état de nuire : le redoutable Colonel Moran ! Après avoir fait croire à sa mort pendant trois ans, il est donc grand temps pour Sherlock Holmes de passer à l’offensive… sans oublier ses trois francs-tireurs, qui se retrouvent une nouvelle fois au cœur de l’action car les hommes de main du Colonel Moran sont sur leur piste.

Nous sommes donc en 1894 et nos trois amis qui volaient jusqu’à présent la vedette au personnage mythique créé par Arthur Conan Doyle, doivent dorénavant lui céder un peu de place car ce dernier revient progressivement à l’avant-plan de cette intrigue qui se dirige vers sa conclusion. Olivier Legrand et Jean-Blaise Djian font donc monter le suspense sans oublier de nous réserver quelques bons rebondissements et un final à la hauteur des espérances.

Le lecteur a donc de nouveau droit à une aventure riche en surprises, qui mêle admirablement suspense, scènes d’action et émotion. Outre des personnages particulièrement attachants, le récit peut également compter sur le trait dynamique et chaleureux de David Etien, qui colle parfaitement à cette aventure grand public mettant en scène des jeunes héros optimistes et débrouillards. Malgré le décor sordide des bas-fonds de Londres et quelques passages plus dramatiques, la colorisation demeure assez lumineuse dans l’ensemble, insufflant une ambiance plus jeune et plus légère qu’à la plupart des séries se déroulant dans l’univers de Sherlock.

Bref, une saga incontournable, dont on espère vivement un nouveau cycle et que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Bill Watterson – Calvin et Hobbes, La flemme du dimanche soir (Tome 17)

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Dargaud, Séries, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros], [Terminées] with tags , on 10 octobre 2016 by Yvan

Double dose en couleurs !

Bill Watterson - Calvin et Hobbes, La flemme du dimanche soir (Tome 17)Ceux qui connaissent Calvin, savent qu’il a souvent la flemme le dimanche soir, pour la simple et bonne raison que le lendemain il doit aller à l’école.

« Comment vraiment apprécier les dimanches, quand on sait qu’il faut aller à l’école le lendemain ? »

Pourtant, ce dix-septième volume, beaucoup plus volumineux que les précédents, ne démarre pas à l’école, mais en compagnie de Spiff le Spationaute, mon personnage préféré de Bill Watterson. Je suis en effet grand fan des passages où l’imagination débordante du petit Calvin lui permet de se transformer en plein de choses. Le lecteur a même droit à plusieurs transformations en Spiff le Spationaute, que ce soit lorsque la prof l’interroge, à l’heure du bain, à table ou afin d’agresser son père qui dort. Hyperman est également de la partie lorsqu’il est temps d’aller dormir ou de faire ses devoirs de math. Calvin s’imagine également en fourmi quand il doit ranger sa chambre, en mouche lors d’un pique-nique, en tyrannosaure lors du repas familial et même en Dieu Suprême…

« Dans son cachot pourri puant, Spiff le spationaute prépare un piège sournois pour le roi Naggon qui approche ! Bientôt notre héros sans peur sera à nouveau libre ! »

Si la baby-sitter Rosaline est la grande absente de cet album, Calvin peut néanmoins compter sur la présence de Susie Derkins, sa petite voisine et souffre-douleur attitrée. Entre les ballons d’eau en été et les boules de neige en hiver, voire même en plein mois de juin car notre ami en a conservé une belle au freezer (excellent), la pauvre continue d’en voir de toutes les couleurs.

« Si tu veux MON avis, un jeu sans pompes, ni coups, ni brûlures, ni pinçons, c’est pour les filles. »

Au menu de ce dix-septième volet, il y a bien évidemment aussi les gags récurrents concernant les monstres sous le lit, les histoires qui font peur, le bond de Hobbes en rentrant de l’école, les descentes vertigineuses à la recherche d’une poussée d’adrénaline et les jeux (croquet, base-ball, Monopoly) qui terminent inévitablement en disputes. C’est vraiment marrant de voir comme l’auteur parvient à se renouveler tout en continuant d’aborder les mêmes sujets !

« Attendre quelque chose est plus amusant que de l’avoir… »

À l’instar des tomes précédents, celui-ci reprend des histoires de différentes longueurs. Chacune offre un plongeon mélancolique dans le monde de l’enfance et invite à découvrir les fantasmes, les rêves et le regard critique de ce petit bonhomme sur le monde des adultes et sur la société en général. Si la puissance comique de ces strips atteint des sommets, l’humour est également souvent d’une telle sophistication que plusieurs niveaux de lecture sont possibles. Au-delà de la simplicité apparente de ces gags burlesques se cache en effet un autre niveau de lecture, plus adulte, qui mêle critiques acerbes, réflexions intelligentes et cynisme ravageur. Les noms des personnages faisant respectivement référence à Jean Calvin et à Thomas Hobbes, le lecteur ne s’étonnera d’ailleurs pas de croiser quelques considérations philosophiques. Notre ami se livre ainsi à quelques réflexions sur l’environnement, pointant notamment du doigt cette vilaine tendance qu’ont les humains à jeter leurs déchets n’importe où et à ainsi détruire la planète.

« Sapristi, quand les gens n’enterrent pas leurs déchets toxiques ou n’essayent pas leurs armes nucléaires, ils jettent leurs ordures n’importe où ! »

Parlons finalement de l’empathie inévitable envers ce duo éminemment sympathique. Ce gamin doté d’un sens de la répartie incroyable est particulièrement attachant et l’idée de donner vie à une peluche dans son imaginaire est tout bonnement brillante. Cela résulte non seulement en une complicité incroyable entre les deux, mais permet surtout de donner vie à l’imaginaire de l’enfant. Ensemble, ils vivent des aventures mêlant absurdité, tendresse, drôlerie, nostalgie et justesse. Le lecteur a également droit à quelques récits centrés sur la famille, qui donnent parfois lieu à des scènes attendrissantes comme lorsque sa maman lui prépare du chocolat chaud et des tartines. Calvin ne manquera pas non plus de juger le travail de son père dans son rôle de « Papa », notamment à travers cette histoire qu’il a écrite sur un méchant papa qui obligea son fils à manger des petits pois.

« Sans petit bisou les rêves sont flous ! »
« Les plus beaux cadeaux ne sont pas dans les boîtes ! »

Visuellement, le dessin de Bill Watterson est d’une grande simplicité, mais ces visuels aux décors quasi inexistants permettent de mettre l’accent sur les personnages et sur des textes d’une finesse rare. Il faut un talent énorme pour parvenir à partager des tranches de vie en seulement trois cases et pour pondre des gags purement visuels sur base de postures ou d’expressions. La grosse surprise de ce tome vient également du fait que le lecteur a droit à une version colorisée. L’auteur se permet également quelques « folies » artistiques, notamment lors de ce récit où les lois de la perspective ont été abolies où lorsque Calvin a été transféré sur un négatif couleur le temps d’une photo.

Une double dose de gags déjà parus et d’histoires inédites, le tout dans une version en couleurs !

Bill Watterson – Calvin et Hobbes, Faites place à Hyperman ! (Tome 16)

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Dargaud, Séries, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros], [Terminées] with tags , on 29 août 2016 by Yvan

Pas de place pour Hyperman ?

Bill Watterson - Calvin et Hobbes, Faites place à Hyperman ! (Tome 16)Etant grand fan des passages où l’imagination débordante du petit Calvin lui permet de se transformer en plein de choses, dont Hyperman, le titre de ce seizième volet me paraissant particulièrement alléchant. Malheureusement, ce ne sont pas ces passages-là qui sont le plus nombreux dans ce tome… où Hyperman ne fait d’ailleurs qu’une apparition hyper-brève. Le lecteur a certes droit à une transformation en Spiff le Spationaute, le temps d’étudier une créature bizarre. Calvin s’imagine également en fourmi rebelle, bien décidé à ne pas aider sa mère dans les tâches ménagères. Il va même se croire pilote de ligne volant à toute allure dans le Grand Canyon… alors qu’il se trouve sur le siège arrière de la voiture familiale, sur le chemin de l’épicerie… mais je ressors tout de même de ce tome avec un petit goût de trop peu !

Sa créativité ne s’arrête heureusement pas là. Le petit chenapan va en effet jouer au chef d’entreprise, vendant de supers idées pour seulement un euro et proposant même à ceux qui n’ont pas assez d’argent de payer en dix mensualités avec 100% d’intérêt. Son intelligence illimitée va aussi s’attaquer aux termes scientifiques, qu’il ne trouve pas suffisamment évocateurs… proposant ainsi de changer le terme « Big Bang » en « l’atroçorrible ka-boooum de l’espace » ! Voilà qui en jette un peu plus !

Après plusieurs tomes qui permettaient à Calvin de profiter des plaisirs de l’hiver, celui-ci se déroule en plein été. Pour Susie Derkins, sa petite voisine et souffre-douleur attitrée, cela ne change pas grand-chose car au lieu de se prendre des boules de neige dans la tronche, ce sont maintenant des ballons d’eau. Si les tomes précédents proposaient également des récits s’étalant sur plusieurs pages, celui-ci livre surtout des histoires plus courtes, se limitant à seulement quelques cases. Chacune offre un plongeon mélancolique dans le monde de l’enfance et invite à découvrir les fantasmes, les rêves et le regard critique de ce petit bonhomme sur le monde des adultes et sur la société en général. Au menu de ce seizième volet, il y a bien évidemment aussi les gags récurrents concernant les monstres sous le lit, qui attendent qu’il se lève pour aller faire pipi ou qui imitent sa mère pour le faire sortir du lit. Le lecteur a également droit à quelques récits prouvant l’adoration que Calvin voue à sa télévision ou son horreur du bain et de l’école.

Si la puissance comique de ces strips atteint des sommets, l’humour est également souvent d’une telle sophistication que plusieurs niveaux de lecture sont possibles. Au-delà de la simplicité apparente de ces gags burlesques se cache en effet un autre niveau de lecture, plus adulte, qui mêle critiques acerbes, réflexions intelligentes et cynisme ravageur. Les noms des personnages faisant respectivement référence à Jean Calvin et à Thomas Hobbes, le lecteur ne s’étonnera d’ailleurs pas de croiser quelques considérations philosophiques. Notre ami se livre ainsi à quelques réflexions amusantes sur l’art, même si ses œuvres en pâte à modeler démontrent qu’il ne déborde pas vraiment de talent…

« Calvin : Je suis un homme simple, Hobbes.
Hobbes : Toi ? Hier tu voulais une voiture transformable en jet armé de missiles laser thermoguidés !
Calvin : Je suis un homme simple avec des goûts complexes ! »

Parlons finalement de l’empathie inévitable envers ce duo éminemment sympathique. Ce gamin doté d’un sens de la répartie incroyable est particulièrement attachant et l’idée de donner vie à une peluche dans son imaginaire est tout bonnement brillante. Cela résulte non seulement en une complicité incroyable entre les deux, mais permet surtout de donner vie à l’imaginaire de l’enfant. Ensemble, ils vivent des aventures mêlant absurdité, tendresse, drôlerie, nostalgie et justesse.

« Calvin : Je voudrais que ce soit l’hiver.
Papa : Il faudra attendre encore un peu.
Calvin : Alors, je voudrais que ce soit le printemps ou l’été.
Papa : Tu n’aimes pas l’automne ?
Calvin : Oh si, c’est bien l’automne. C’est le présent que je n’aime pas. »

Visuellement, le dessin de Bill Watterson est d’une grande simplicité, mais ces visuels aux décors quasi inexistants permettent de mettre l’accent sur les personnages et sur des textes d’une finesse rare. Il faut un talent énorme pour parvenir à partager des tranches de vie en seulement trois cases et pour pondre des gags purement visuels sur base de postures ou d’expressions.

Probablement pas le meilleur tome, surtout que je m’attendais à une beaucoup plus grande dose d’Hyperman, mais cela demeure tout de même très bon !