Archive pour Livres

Tabitha Suzuma – Forbidden

Posted in Littérature with tags , on 14 février 2018 by Yvan

Quand un frère et une sœur jouent à papa et maman…

Tabitha Suzuma - Forbidden« Forbidden » invite à suivre l’histoire de Lochan et Maya, les aînés d’une fratrie de cinq enfants livrés à eux-mêmes. Le père est parti refaire sa vie en Australie, tandis que la mère, alcoolique et immature, n’a pas beaucoup plus envie de remplir son rôle. À deux, cette sœur et ce frère de respectivement seize et dix-sept ans élèvent à bout de bras le reste de la famille, c.à.d. le jeune Kitt, en pleine crise d’adolescence, et les petits Willa et Tiffin, baignant encore dans l’âge de l’innocence…

Avec ce roman, Tabitha Suzuma aborde un sujet totalement tabou, mais a la présence d’esprit de ne pas nous plonger immédiatement au cœur de cet amour absolument immoral et de surcroît répréhensible par la loi. L’auteure prend en effet le temps d’installer le contexte de cette histoire en partageant le quotidien de ces deux êtres obligés de jouer à papa et maman afin d’empêcher leur famille dysfonctionnelle de se disloquer. Au fil des pages, le lien fraternel entre Lochan et Maya s’estompe, ouvrant la porte à un amour certes absolument glauque, mais inéluctable.

Le récit alterne les points de vue de Maya et Lochan, permettant de partager les sentiments qui déchirent ces deux êtres épuisés par la vie, qui partagent le même fardeau familial, ainsi qu’un lien qui va bien au-delà de celui entre un frère et une sœur. Progressivement, le lecteur s’attache aux personnages et, au moment où la limite est franchie, ses valeurs sont totalement ébranlées et une partie de ses préjugés sont déjà au placard. Cet amour inacceptable continue inévitablement de déranger, mais l’envie de leur octroyer cette lueur d’espoir et de bonheur au sein d’une vie tellement injuste et difficile, cherche également à se faire une petite place. Le noir et le blanc deviennent gris, le côté incestueux de l’histoire demeure répugnant, mais cherche à se faire oublier, abandonnant le lecteur le cul entre deux chaises, l’une condamnant cet acte dégoûtant et l’autre, ému par la pureté et la beauté de cet amour interdit qui défie toutes les conventions.

Une lecture dérangeante et bouleversante, mais fortement conseillée !

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Franck Bouysse – Glaise

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 11 février 2018 by Yvan

Quand la guerre prive la campagne de ses hommes valides…

Franck Bouysse - GlaiseCe roman de Franck Bouysse débute au mois d’août 1914, au moment où le père de Joseph, 15 ans, doit quitter les siens pour aller combattre l’ennemi dans la boue des tranchées. L’adolescent, entouré de sa mère et de sa grand-mère, devient subitement l’homme de la famille. Si le vieux voisin d’à côté n’hésite pas à lui donner un coup de main pour faire tourner la ferme, il doit cependant se méfier de l’autre voisin, un pervers alcoolique et violent à la main atrophiée, dont le fils est également parti rejoindre le front…

L’auteur effectue le choix judicieux de ne pas suivre ceux qui partent à la guerre, mais de raconter le quotidien des femmes, enfants, vieillards et infirmes qui restent. En installant son récit à Chantegril, au pied du Puy-Violent, une montagne du Cantal située dans l’arrière-pays rural, il demeure bien loin des affrontements et de cette guerre qui vide progressivement les campagnes de ses hommes valides. Si les nouvelles du front se limitent souvent à quelques lettres, voire des avis de décès, l’inquiétude, l’attente et l’absence plus longue que prévue, commencent à peser sur ces paysans qui se tuent à la tâche à défaut de le faire au front…

À travers le quotidien de ces familles amputées de leurs bras les plus solides, Franck Bouysse dépeint avec grand talent une palette de sentiments humains, allant du premier amour à ceux beaucoup plus nauséabonds. En plongeant le lecteur dans un monde de corvées, d’amertume et de non-dits, mais également d’entraide et d’amitié, il livre un roman certes sombre, mais éclairé de sa plume emplie de poésie. Si je suis plutôt du genre à me nourrir de l’intrigue, ici, la dégustation des phrases alignées avec brio par Franck Bouysse aura suffi à me rassasier. La lenteur du récit s’accompagne ainsi du bonheur d’avoir le temps de peser chaque mot et de s’en imprégner afin de prolonger le plaisir…

Une fois le livre refermé, il ne reste plus qu’à enlever la glaise qui colle encore à nos chaussures, tout en continuant à distinguer ces personnages rugueux et taiseux qui errent encore dans la brume de notre esprit.

Beaucoup aimé !

BD – Comics : Le Bilan de 2017

Posted in BANDES DESSINÉES, DIVERS, Littérature, [DL 2017] with tags , , , , , on 31 janvier 2018 by Yvan

Que retenir de mes nombreuses lectures en 2017 ?

Je lis de moins en moins de bandes dessinées chaque année et de plus en plus de romans, mais voici ce que je retiens de ces nombreuses heures de lecture :

Les incontournables :

Zidrou et Oriol – Natures mortes Luc Brunschwig et Etienne Le Roux – La mémoire dans les poches, Troisième partie Jérémie Moreau - La Saga de Grimr
Timothé Le Boucher - Ces jours qui disparaissent Gipi – La terre des fils Luc Brunschwig et Olivier TaDuc – XIII Mystery, Jonathan Fly (Tome 11)
 Jason Aaron et R.M. Guéra – The Goddamned, Avant le Déluge  Brian K. Vaughan et Fiona Staples – Saga (Tome 7)  Jeff Lemire et Andrea Sorrentino - Old Man Logan, Folie furieuse
 Luc Brunschwig et Roberto Ricci – Urban, Enquête Immobile (Tome 4)  Bastien Vivès – Une sœur

Les bonnes découvertes :

Gess – La Malédiction de Gustave Babel  Navie et Carole Maurel – Collaboration Horizontale Renaud Dillies – Loup
 Thilde Barboni et Olivier Cinna – Hibakusha  Cédric Mayen et Lucy Mazel - Edelweiss  Espé – Le Perroquet
 Jeff Lemire et Greg Smallwood – Moon Knight, Bienvenue en Nouvelle Egypte  Pascal Rabaté et Alain Kokor – Alexandrin ou L’art de faire des vers à pied

Les confirmations :

Xavier Dorison et Ralph Meyer – Undertaker, L’ogre de Sutter Camp (Tome 3) Zidrou et Jordi Lafebre – Les beaux étés, Mam’Zelle Esterel (Tome 3) Zidrou et Arno Monin – L’adoption, La Garua (Tome 2/2)
Jeff Lemire et Dustin Nguyen – Descender, Singularités (Tome 3) Joshua Williamson et Andrei Bressan – Birthright, Histoire de famille (Tome 4)  Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant – Gung Ho, Sexy Beast (tome 3)
 Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Florent Bossard - Leviathan, Quelque chose sous nos pieds (Tome 2)  Wilfrid Lupano et Paul Cauuet - Les Vieux Fourneaux, La Magicienne (Tome 4)

Les nouvelles séries à lire :

Zidrou et José Homs – Shi, Au commencement était la colère Rodolphe et Christophe Dubois – Ter, L’étranger (Tome 1/3) Fabien Nury et Sylvain Vallée – Katanga, Diamants

-> Jetez également un œil à mon bilan romans de 2017 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2016 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2015 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2014 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2013 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2012 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2011 !

Romans : Le Bilan de 2017

Posted in DIVERS, Littérature with tags , , on 31 décembre 2017 by Yvan

Comme je lis de moins en moins de bande dessinées chaque année et de plus en plus de romans, cela me permet dorénavant de faire un bilan séparé pour les romans.

Voici ce que je retiens de ces nombreuses heures de lecture :

Mes coups de coeur de l’année :

Luca di Fulvio – Le gang des rêves Véronique Olmi – Bakhita Gaël Faye – Petit pays
Marie Pavlenko – Je suis ton soleil Olivier Norek – Entre deux mondes Virginie Grimaldi – Tu comprendras quand tu seras plus grande
Kathryn Hugues – Il était une lettre Steve Cavanagh – Un coupable idéal Shilpi Somaya Gowda – Un fils en or

Les autres très bonnes lectures :

Alice Zeniter – L’art de perdre Tanguy Viel – Article 353 du code pénal Pascal Manoukian – Ce que tient ta main droite t’appartient
Sorj Chalandon – Le jour d’avant Sébastien Spitzer – Ces rêves qu’on piétine Laetitia Colombani – La Tresse
Philippe Besson – Arrête avec tes mensonges Solène Bakowski – Une bonne intention Amélie Antoine – Quand on n’a que l’humour
Fred Vargas – Quand sort la recluse Matthieu Biasotto – Ewa Valérie Tong Cuong – Par amour
Nadia Hashimi – Si la lune éclaire nos pas Sarah Pinborough – Mon amie Adèle Eric Vuillard – L’Ordre du jour
Daniel Cole – Ragdoll Delphine Bertholon – Coeur-naufrage Johana Gustawsson – Mör
Jean Hegland – Dans la forêt Hervé Le Corre – Prendre les loups pour des chiens Colson Whitehead – Underground Railroad
Michael Farris Smith – Nulle part sur la terre

Excellent, mais découvert sur le tard :

Henri Lœvenbruck – Nous rêvions juste de liberté Don Winslow – La griffe du chien Jojo Moyes – Avant toi
Franck Thilliez – Rêver Christelle Dabos – La Passe-Miroir, Les fiancés de l’hiver Lian Hearn – Le Clan des Otori, Le Silence du Rossignol
Harper Lee – Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur Michel Bussi – Nymphéas Noirs Sorj Chalandon – Mon traître

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2016 !

 

Sébastien Spitzer – Ces rêves qu’on piétine

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 décembre 2017 by Yvan

Les derniers jours du régime nazi !

Sébastien Spitzer - Ces rêves qu’on piétineDe prime abord, ce premier roman de Sébastien Spitzer pourrait passer pour un énième récit sur la Seconde Guerre Mondiale. Certes, le sujet a déjà souvent été abordé, mais l’angle particulier sous lequel l’auteur nous le sert, vaut absolument le détour !

Sébastien Spitzer relate non seulement les derniers jours du régime nazi, mais offre surtout les destins croisés de quelques rescapés des camps de concentration, tentant d’échapper aux dernières représailles, et de Magda Goebbels, attendant une mort certaine aux côtés de ses enfants, de son mari, du Führer et d’autres vaincus qui se terrent au fond d’un bunker à Berlin.

Sous terre, l’épouse du Ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se souvient de ses origines modestes, de son ascension fulgurante et de ses années de gloire en tant que première dame du régime nazi. Parmi les survivants de l’horreur qui rassemblent leurs dernières forces sur des routes qui ne mènent pas forcément vers la liberté, Aimé, Judah, Fela et surtout la petite Ava, née dans le bloc 24-A d’Auschwitz, sont détenteurs d’une vérité qu’il sera impossible de nier, à l’image de ce rouleau de cuir contenant les témoignages de nombreux prisonniers, dont des lettres écrites par un certain Richard Friedländer, juif déporté et père adoptif de Magda Goebbels…

Si la force du sujet est indéniable, il faut surtout saluer l’intelligence de l’auteur, qui utilise le père de Magda Goebbels et les lettres fictives à sa fille adoptive afin de lier le parcours des bourreaux et de leurs victimes, tout en relatant des faits historiques innommables avec grande justesse et sans pathos. En invitant le lecteur dans l’intimité et la psychologie profonde de personnages de chair et sang, il insuffle une part d’humanité à des faits qui en sont pourtant dépourvus. Si ce sont surtout les personnages féminins, allant de Magda Goebbels à la petite Ava, en passant par la reporter de guerre Lee, qui s’installent au diapason de ce récit d’une force incroyable, le jeune hongrois Judah n’est pas en reste. À l’instar du récit, tous se mettent entièrement au service d’un devoir de mémoire d’une importance capitale.

Un premier roman qu’il faut donc impérativement lire !

Franck Thilliez – Rêver

Posted in Littérature with tags on 27 décembre 2017 by Yvan

Nuit blanche garantie !

Franck Thilliez - RêverJe n’avais encore jamais lu de romans de Franck Thilliez, mais en tant qu’amateur de polars je ne pouvais pas éternellement passer à côté de cet auteur, surtout que ce titre fait forcément rêver.

En proposant une héroïne qui souffre d’une narcolepsie sévère, Franck Thilliez construit ce thriller autour du dysfonctionnement du sommeil. Au fil des pages, le lecteur en apprend donc tout d’abord beaucoup sur les troubles du sommeil et sur cette maladie qui peut provoquer d’irrépressibles accès d’endormissement à tout moment. En suivant les pas et les mauvais rêves de ce personnage principal pas comme les autres, le lecteur se retrouve ensuite immergé au cœur d’une enquête policière concernant la disparition d’enfants, sur les traces d’un monstre nommé Freddy !

La construction de ce thriller qui se déroule entre décembre 2014 et juin 2015 est assez brillante, car l’auteur jongle non seulement avec les allers-retours avec brio, mais il nous embrume encore un peu plus en entretenant également un certain flou entre rêve et réalité. Entre la narcolepsie, la cataplexie et l’amnésie dont souffre l’héroïne, le lecteur doit en effet faire le tri entre ses rêves, la réalité et ses trous de mémoire. Le procédé aurait pu s’avérer assez casse-gueule, mais Franck Thilliez s’en sort très haut la main.

Ajoutez à cela un rythme soutenu et une atmosphère oppressante et vous obtenez un polar particulièrement addictif, qui pourrait très bien vous faire passer quelques nuits blanches.

Seul petit bémol : j’ai loupé le code de sept chiffres qui permet visiblement d’accéder via Internet au chapitre 57 manquant, mais heureusement pas indispensable.

Ce ne sera donc pas mon dernier Franck Thilliez !

Sorj Chalandon – Le jour d’avant

Posted in Littérature with tags , on 20 décembre 2017 by Yvan

Au Nord, c’était les corons…

Sorj Chalandon - Le jour d'avantLe point de départ du nouveau roman de l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon (Mon traître) est la catastrophe du 27 décembre 1974, qui tua 42 mineurs dans la fosse 3bis de Liévin.

Le récit dresse le portrait psychologique de Michel Flavent, marqué à jamais par ce drame effroyable et par la perte de son grand frère qui avait troqué tous ses rêves pour devenir mineur. N’ayant pas supporté la mort injuste du fils aîné, leur père se suicide peu de temps après cette tragédie, agrandissant la blessure de Michel, alors âgé de 16 ans, et l’abandonnant avec une mission qu’il choisira de mener à bien 40 ans après les faits : « Venge-nous de la mine ! ».

Au fil des pages, Sorj Chalandon explore les profondeurs de l’âme de son narrateur, cherchant des vérités et des traumatismes enfouis dans des recoins aussi sombres que ceux de la mine. En voulant assouvir sa soif de vengeance, le personnage principal se libère certes d’un énorme fardeau, mais libère au passage de nombreux démons, créés par quarante ans de douleur, de culpabilité et de déni.

En situant son récit dans les mines de charbon du Nord, l’auteur rend hommage à ce métier qui tue, parfois brutalement, d’un coup de grisou, souvent à petit feu, étouffant lentement ses victimes aux poumons silicosés. Si ce sont les mineurs qui affrontent le danger au quotidien, leurs proches font également partie des victimes de cette fatalité qui s’installe progressivement au sein des familles, au nom du profit… « C’est comme ça la vie… » dirait Jojo, le frère de Michel.

Partant d’un fait authentique, Sorj Chalandon rend non seulement hommage aux victimes, mais livre surtout un récit profondément humain et bouleversant. Une histoire de fraternité et de deuil, aux mots justes et parsemée de rebondissements aussi surprenants que poignants.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire, tout comme « Bakhita », « Entre deux mondes »,  « L’ordre du jour » et « L’art de perdre ».