Archive pour Livres

Cyril Gély – La forêt aux violons

Posted in Littérature with tags , on 22 juin 2022 by Yvan

La naissance d’un génie !

Cyril Gély - La forêt aux violonsJeune apprenti confié par sa mère au maître luthier Nicoolo Amati, Antonio est tellement passionné par son métier qu’il n’hésite pas à briser les violons qu’il fabrique lorsque le son ne lui convient pas. Une pratique qui n’est pas du goût de son maître, qui finit par le mettre à la porte. À la recherche de la perfection, il découvre au cœur d’une forêt dans les « Montagnes roses » cinq épicéas qui devraient pouvoir lui donner un bois d’une qualité exceptionnelle. Obligé d’attendre dix années supplémentaires afin que le bois sèche, il loge régulièrement chez la famille de bûcherons et y tombe amoureux de Silvia, une jeune fille sourde et muette qui contribuera à donner forme au plus beau des violons…    

Cyril Gély plonge le lecteur dans l’Italie du XVIIème siècle, dans la ville de Crémone, réputée dans l’Europe entière pour la qualité de ses violons. C’est au cœur de cette cité de lutherie que l’on suit la quête initiatique d’Antonio, à la recherche des éléments qui lui permettront de produire un son proche de la perfection.

Découpé en autant de chapitres que le nombre d’éléments dont est constitué un violon, c’est-à-dire 71, ce récit particulièrement musical et aux allures de conte est à la fois une ode à la musique, mais également à la féminité. Si les notes de cette « Forêt aux violons » ne manqueront pas de toucher une corde sensible, ce sont Anna (sa mère), Francesca (sa femme) et Silvia (son amante) qui inspireront les formes esthétiques des violons imaginés par Antonio.   

Un roman mélodieux et poétique dont la note finale permet au lecteur de réaliser qu’il vient d’assister à la naissance d’un génie !

La forêt aux violons, Cyril Gély, Albin Michel, 208 p., 16,90 €

Elles/ils en parlent également : Marjorie, Suzie, Squirelito

Clarisse Sabard – Le souffle des rêves

Posted in Littérature with tags on 15 juin 2022 by Yvan

Le destin de trois femmes fortes !

Clarisse Sabard - Le souffle des rêvesSon couple battant de l’aile, Abby décide de quitter les États-Unis pour aller se ressourcer en Irlande, terre de ses ancêtres. Ce break est également l’occasion de tenter d’y renouer des liens avec sa mère, qui n’a jamais été fort présente et avait même fui les États-Unis pour des raisons obscures. À son arrivée, elle récupère un vieux coffre contenant des vieilles photos et des cassettes audio enregistrées par sa grand-mère. Cette dernière y raconte son incroyable histoire, depuis son départ pour New-York à bord du Lusitania en 1910, alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille partageant le rêve américain de nombreux irlandais…

Oscillant entre les Etats Unis et l’Irlande et liant différentes époques à l’aide de cassettes enregistrées, « Le souffle des rêves » raconte le destin de trois femmes fortes et dévoile progressivement les nombreux secrets de cette famille qui a connu bien des déboires sur trois générations. Clarisse Sabard invite donc d’une part au voyage en promenant le lecteur dans les paysages idylliques de l’Irlande, tout en restituant d’autre part le New-York des années 1900, marqué par la prohibition, les gangs irlandais et italiens et les nombreux travailleurs étrangers qui traversent l’Atlantique dans l’espoir d’un avenir meilleur…

Malgré une romance légèrement cousue de fil blanc et une intrigue aux fils par contre un peu gros, Clarisse Sabard livre un récit poignant, pourvu de personnages attachants et de femmes courageuses, tout en abordant des thèmes forts tels que la pauvreté, l’émigration, le deuil, l’amitié et l’homosexualité, toujours à l’aide d’une plume alliant douceur et justesse.

Le souffle des rêves, Le souffle des rêves, Charleston, 416 p., 19,90€

Elles/ils en parlent également : Aurélie, Laure, Pascale, Marine, Nath, Petite étoile livresque

R.J. Ellory – Omerta

Posted in Littérature, R.J. Ellory with tags , on 11 juin 2022 by Yvan

Une enfance bercée de mensonges !

R.J. Ellory - OmertaAuteur d’un roman au succès relatif il y a plus d’une décennie, John Harper n’a jamais réussi à en écrire un second. Obligé de revoir ses ambitions à la baisse, il travaille dorénavant en tant que journaliste de faits divers au Miami Herald… jusqu’au jour où sa tante, Evelyn Sawyer, lui demande de revenir d’urgence à New York pour lui annoncer que son père a été abattu lors d’un hold-up. Une nouvelle qui devrait dévaster n’importe quel enfant, sauf que le père de John est sensé être mort depuis plus de trente ans…

« Omerta » plonge son personnage principal au cœur d’un passé non seulement douloureux, qu’il aurait préféré oublier, mais visiblement également peuplé de mensonges. Au fil des pages, R.J. Ellory lève progressivement le voile sur la liste des secrets familiaux, à commencer par ce père qui n’était visiblement pas mort et qui s’avère de surcroît être un gros bonnet de la pègre newyorkaise. Le héros imaginé par l’auteur est certes un brin trop naïf et pourrait même énerver le lecteur qui voit immédiatement que John n’est qu’un pion qui se laisse bêtement balader sur un échiquier mafieux parsemé de mensonges et de coups bas.

Ceux qui ne sont pas fan d’Ellory, lui reprochant un style trop lent et descriptif, deviendront probablement fous au milieu de tous ces gangsters particulièrement bavards qui tournent constamment autour du pot, sans vouloir dévoiler cette vérité recherchée par un personnage principal pas vraiment perspicace. Sans parler de cette femme fatale nommée Cathy Hollander, qui aveugle encore un peu plus ce héros déjà pas très clairvoyant et le mène par le bout du nez durant l’entièreté du roman.

Les fans d’Ellory se délecteront par contre de ce brouillard foncièrement noir distillé par l’auteur et se laisseront volontiers piéger par cette toile tissée de mensonges et de faux-semblants. Ils se laisseront bercer par la lenteur du scénario jusqu’à ce final plus explosif et franchement réussi.

Je fais partie des fans inconditionnels de ce grand maître de l’ambiance noire !

Omerta, R.J. Ellory, Sonatine, 587 p., 23€

Elle en parle également: Bookinette

Jussi Adler-Olsen – Sel

Posted in Jussi Adler Olsen, Littérature with tags on 4 juin 2022 by Yvan

Des enquêteurs confinés !

Jussi Adler-Olsen - SelAprès « Miséricorde », « Profanation », « Délivrance », « Dossier 64 », « L’effet Papillon », « Promesse », « Selfies » et « Victime 2117 », le Département V de la police criminelle de Copenhague reprend du service avec le suicide d’une femme le jour de son soixantième anniversaire. Si ce genre dossier n’est généralement pas réservé au fameux service de police chargé d’élucider les vieilles affaires non résolues, ce décès semble toutefois lié à une ancienne enquête datant des années 80, ainsi qu’à un tueur en série particulièrement méticuleux qui sévit en toute impunité depuis plusieurs décennies sans qu’aucune piste ne mène à lui… sauf qu’il laisse à chaque fois un peu de sel de cuisine sur les différentes scènes de crime déguisées en accident ou en suicide.

Après s’être brillamment frotté au passé d’Hafez el Assad, le personnage le plus attachant et le plus mystérieux de cette saga, lors du tome précédent, Jussi Adler-Olsen semble éprouver un peu de mal à démarrer cette neuvième enquête du Département V. Ce n’est qu’au moment où tout semble indiquer qu’il ne reste que quelques jours pour sauver la prochaine victime du fameux meurtrier que l’intrigue devient vraiment prenante. Ce compte à rebours met cependant trop de temps à se mettre en place, surtout que même les différents personnages semblent un peu plus insipides que d’habitude. La pandémie de COVID-19 et les restrictions sanitaires qui obligent Carl Mørck, Hafez el Assad, Rose et Gordon à plus enquêter par téléphone que sur le terrain y sont peut-être pour quelque chose ou alors c’est l’auteur qui s’essouffle un peu après avoir livré un excellent huitième tome ?

Si le neuvième dossier de ce « Cold Case » à la danoise s’avère donc légèrement moins emballant, l’intrigue de fond qui se rapprochait de Carl Mørck et de ses anciens collègues au fil des tomes prend ici une tournure pour le moins surprenante lors du cliffhanger final, annonçant un dixième volet que l’on espère explosif pour conclure cette excellente série !

Sel, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 560 p., 22 ,90€

Marie Vareille – Désenchantées

Posted in Littérature with tags on 31 mai 2022 by Yvan

Les secrets d’une bande d’adolescentes !

CVT_Desenchantees_2282La disparition de Sarah Leroy, quinze ans, a bouleversé la petite ville de Bouville-sur-mer et ému la France entière. Vingt ans plus tard, Fanny, devenue journaliste, se voit forcée de revenir sur les lieux de ce drame qui a marqué sa jeunesse. Si remuer cette histoire ne faisait pas forcément partie de ses plans, y aller accompagnée de sa belle-fille Lilou, qui y voit le sujet idéal pour son stage de fin d’année, l’était encore moins… surtout que sa sœur cadette était la meilleure amie de Sarah Leroy et qu’un innocent pourrait bien croupir en prison !

L’avantage d’être fan de Marie Vareille (« La vie rêvée des chaussettes orphelines », « Le syndrome du spaghetti », « Ainsi gèlent les bulles de savon ») et de se lancer tête baissée dans chacun de ses nouveaux romans sans même jeter un œil au quatrième de couverture, est d’être agréablement surpris de la voir changer de registre sans être au courant. Avec les « Désenchantées » l’autrice se frotte en effet au polar et nous plonge au cœur d’un « cold case » particulièrement prenant.

Naviguant entre passé et présent et passant d’un personnage à l’autre au fil des chapitres, ce roman choral haletant livre progressivement toutes les pièces d’un puzzle que le lecteur désire terminer au plus vite. Multipliant les clins d’œil, surtout musicaux, comme en témoigne ce titre emprunté à la célèbre chanson de Mylène Farmer, ce plongeon dans les années 90 retrace le parcours d’une bande de copines qui se faisaient appeler les « Désenchantées », tout en revenant sur les nombreuses hypothèses qui pourraient expliquer cette mystérieuse disparition.

Si Marie Vareille offre cette fois-ci un véritable « page turner » particulièrement bien ficelé, elle n’oublie pas de livrer une nouvelle galerie de personnages attachants dont elle a le secret, emmenés par l’irrésistible Lilou, dont j’ai adoré les dialogues et la relation explosive avec sa belle-mère. Porté par de lourds secrets qui remontent progressivement à la surface, ce roman aborde également quelques thèmes forts, tels que le harcèlement scolaire, les familles recomposées, l’amitié en général et la sororité en particulier.

Je reste fan !

Désenchantées, Marie Vareille, Charleston, 320 p., 19,90 €

Elles/ils en parlent également : Laure, Petite étoile livresque, Aurélie, Ptiteaurel, Vero

Solène Bakowski – Il faut beaucoup aimer les gens

Posted in Littérature with tags on 25 mai 2022 by Yvan

Le mystère d’une mort anonyme…

Solène Bakowski - Il faut beaucoup aimer les gensEddy Alune est un homme taciturne et solitaire, voire même limite antisocial. Gardien de nuit, il passe ses nuits en compagnie de la voix de Luciole, une animatrice radio qui accompagne les âmes solitaires de 1h à 5h du matin. À la mort de son père, Eddy se souvient d’un autre cadavre, celui d’une SDF dont il a découvert le corps dans la rue en se rendant au collège vingt ans plus tôt. Alors âgé de onze ans, il lui avait dérobé ses effets personnels avant l’arrivée de la police… et les retrouve en vidant l’appartement de son père. Poussé par la culpabilité, il décide de restituer l’histoire de cette femme morte dans l’indifférence générale et enterrée sous X…

Armé d’un magnétophone, il part d’abord à la recherche de personnes qui auraient pu la connaître, puis décide d’envoyer les cassettes des interviews à cette animatrice radio qu’il écoute chaque nuit, en espérant pouvoir combler les blancs…

Au fil de cette enquête, Solène Bakowski (« Rue du Rendez-vous », « Une bonne intention », « Sans elle / Avec elle ») tisse des liens entre les personnages qui ont côtoyé cette inconnue, tout en la sortant progressivement de l’anonymat. Invisible au moment de sa mort, cette vieille dame sort doucement de l’ombre, reçoit un nom et prend de l’épaisseur à travers les souvenirs de ceux qui ont croisé son chemin… pour finalement constater qu’avoir une vie riche, n’empêche pas forcément de mourir seule et sans rien.

Ce que j’aime chez Solène Bakowski, c’est rencontrer les personnages qu’elle met sur ma route et, à ce titre, ce nouveau roman offre à nouveau une galerie de portraits foncièrement humains et attachants, avec une petite préférence pour ces deux jumeaux qu’Eddy croise tout au long de son enquête. Au niveau de la forme, je trouve par contre que le fait de narrer une grande partie des rencontres à travers des cassettes enregistrées par Eddy et diffusées via une émission radio ajoute une distance inutile entre le lecteur et les personnages. Même si je préfère quand l’autrice reste au plus près de ses protagonistes, sa plume sensible et délicate est de nouveau parvenue à me séduire, tout comme ses personnages.

Il faut beaucoup aimer les gens, Solène Bakowski, Plon, 364 p., 18€

Elles/ils en parlent également : Yvan, Audrey, Valmyvoyou, Cassiopée, Jess, Mavic, Aurore

Annie Ernaux – Le jeune homme

Posted in Littérature with tags on 18 mai 2022 by Yvan

Revivre sa propre jeunesse !

Annie Ernaux - Le jeune hommeJusqu’à ce que « La Grande Librairie » sur France 5 lui consacre une émission entière, je n’avais encore jamais rien lu d’Annie Ernaux. Si François Busnel a l’art de savoir titiller l’envie des lecteurs, c’est cependant la petite phrase notée en exergue de son quatorzième roman qui m’aura définitivement donné envie de le lire :

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues »

À elle seule, cette petite phrase résume également la raison d’être de chacun de mes avis car tant que n’ai pas écrit de chronique, je ne considère pas la lecture comme terminée.

Ce court récit autobiographique d’à peine quarante pages raconte la liaison d’Annie Ernaux avec un jeune étudiant de Rouen dans les années 1994-1997. Alors âgée de cinquante-quatre ans, elle entame une relation amoureuse controversée avec un jeune homme de vingt-cinq ans, qui lui permet de « revivre » son passé. Ce jeune amant lui donne non seulement l’occasion de rejouer des scènes de sa jeunesse, mais lui ouvre également la porte vers ce milieu populaire dont elle est issue. Un retour en arrière qui ravivera également le souvenir particulièrement marquant de cet avortement clandestin qu’elle a subi en 1963. C’est d’ailleurs au moment où elle commencera l’écriture de cet événement clé de sa vie (« L’événement »), qu’elle mettra un terme à la relation avec ce jeune homme qui aurait finalement pu être son enfant…

« Il m’arrachait à ma génération mais je n’étais pas dans la sienne. »

Si ce récit d’Annie Ernaux touche à l’intime, il raconte également l’universel. En relatant sa vie, Annie Ernaux écrit également la vie. Alliant simplicité et densité, elle va à l’essentiel du vécu, tout en offrant sa vision de la société et en défendant la condition féminine. Comme quoi, il ne faut pas forcément plus de quarante pages pour parvenir à partager un histoire forte.

Le Jeune Homme, Annie Ernaux, Gallimard, 48 p., 8€

Elles/ils en parlent également: Matatoune, Quentin, Céline, Chantal, Marine, Lire au lit