Archives de Livres

Delphine Bertholon – Coeur-naufrage

Posted in Littérature with tags on 19 mai 2017 by Yvan

Le terrible secret d’un amour de vacances…

Delphine Bertholon - Coeur-naufrageJe découvre Delphine Bertholon à travers ce récit qui, à force d’avis positifs, m’a incité à franchir le pas.

L’auteur invite à y suivre le parcours de Lyla, traductrice trentenaire et solitaire, qui vit sa vie par procuration, et de Joris, qui fut son grand amour il y a de cela dix-sept ans et qui est devenu kinésithérapeute entre-temps et père d’une petite fille. En vidant la maison de son père, Joris va cependant retrouver une lettre écrite par Lyla, qui fait ressurgir les souvenirs de cette idylle de vacances, ainsi qu’un terrible secret, enfoui depuis tant d’années…

Au fil de flash-backs revenant sur la rencontre des deux adolescents sur une plage des Landes durant l’été de 1998, l’auteur dévoile progressivement le drame qui hante encore le quotidien de Lyla et qui vient maintenant bouleverser celui de Joris. En proposant une narration à deux voix, celle de Lyla et celle de Joris, Delphine Bertholon offre non seulement deux regards différents sur cette relation, mais permet surtout de découvrir et de s’attacher à ces deux protagonistes qui partagent non seulement un secret douloureux, mais également une enfance difficile et une haine farouche envers leurs parents respectifs, cette mère photographe pour elle et ce père alcoolique pour lui. La psychologie des personnages est ainsi développée avec minutie, permettant de saisir les états d’âmes et les sentiments de ces deux êtres torturés par une enfance douloureuse.

Outre la construction parfaitement maîtrisée et le travail remarquable au niveau de personnages auxquels on finit inévitablement par s’attacher malgré leurs faiblesses, il faut également saluer la fluidité de l’écriture de Delphine Bertholon et la justesse des mots qu’elle dépose avec grand soin. Alors, certes, cette histoire d’amour ne déborde pas forcément d’originalité, mais cela ne m’a pas empêché d’être happé et totalement conquis par la lecture de ce roman qui aborde plusieurs thèmes, tels que la famille, la maternité, l’adolescence, les premiers amours, l’abandon et la peur de vieillir, avec une grande justesse émotionnelle.

Un très bon roman !

Philippe Besson – Arrête avec tes mensonges

Posted in Littérature with tags on 10 mai 2017 by Yvan

Un premier amour passionnel et inavouable !

Philippe Besson - Arrête avec tes mensongesMême si, adolescent, il aimait déjà inventer des histoires, d’où l’injonction de sa mère qui fait office de titre à cet ouvrage, Philippe Besson ne savait pas encore qu’il allait en faire son métier et devenir écrivain. La seule chose qu’il savait, depuis l’âge d’onze ans, est qu’il préfère les garçons. En 1984, c’est Thomas Andrieu qui lui tape dans l’œil. Même si les deux élèves de terminale ne se côtoient pas, un amour passionnel et inavouable va les lier à jamais…

Le dernier roman de Philippe Besson est non seulement l’histoire d’un amour impossible et clandestin, qui restera à jamais gravé dans son cœur, mais il apporte également un éclairage sur le reste de l’œuvre de l’auteur. Ce déchirement s’avère en effet être un événement fondateur dans la vie de l’auteur. Outre l’aspect autobiographique du livre, le lecteur peut également apprécier le portrait que Philippe Besson dresse d’une époque, celle de l’émergence du sida et d’une communauté homosexuelle pleurant ses morts, et d’un petit bled charentais où la différence est encore plus difficile à dissimuler. Thomas, lui, a d’ailleurs du mal à accepter son homosexualité, qu’il continue à vivre dans le secret et dans le mensonge… le titre du livre lui étant finalement peut-être même destiné.

J’ai été initialement un peu surpris par le style de l’auteur et cette phrase initiale interminable qui se prolonge jusqu’à la fin du prologue, mais j’ai finalement totalement adhéré à cette narration ciselée qui dissèque avec brio les émotions qui accompagnent cette fêlure sentimentale. Parfois crue lorsque les corps répondent à leurs désirs, cette mise à nu se veut également d’une justesse rare et d’une grande délicatesse.

L’amour de jeunesse est un thème qui ne laisse personne indifférent et lorsqu’il est raconté avec tant de sensibilité, il est difficile de ne pas ressortir conquis d’une telle lecture.

Vivement conseillé !

Jussi Adler Olsen – Promesse

Posted in Littérature with tags on 8 mai 2017 by Yvan

Un sixième volet qui ne tient pas toutes ses promesses !

Jussi Adler Olsen - PromesseAprès « Miséricorde », « Profanation », « Délivrance », « Dossier 64 » et « L’effet Papillon », le Département V de la police criminelle de Copenhague reprend du service.

Le fameux service de police chargé d’élucider les vieilles affaires non résolues s’intéresse cette fois à un accident de la route survenu en 1997 et ayant coûté la vie d’Alberte Goldschmid. Durant près de dix-sept ans, le policier Christian Habersaat tentera d’élucider cette affaire, tout en essayant de prouver qu’elle est d’origine criminelle. À l’aube de sa retraite, il contacte le Département V afin d’implorer de reprendre l’enquête… puis se suicide !

Pour le sixième dossier de ce « Cold Case » à la danoise, le lecteur prend donc à nouveau plaisir à retrouver ce trio improbable. Outre la psychologie très soignée des personnages, Jussi Adler Olsen nous régale avec leur complicité et leurs interactions. Il y a tout d’abord le policier bourru, classique dans son genre : un fin limier avec une grande gueule, qui n’est pas fort apprécié par ses collègues. Si le personnage de Carl Mørck est très réussi, la vedette revient néanmoins inévitablement à son assistant Hafez el Assad. Cet homme à tout faire se révèle à nouveau plein de surprises et… de proverbes débordant de dromadaires. Ce réfugié politique syrien qui prend son boulot très à cœur est un personnage très attachant dont chaque intervention fait mouche et dont le passé intrigue au plus haut point. Rose, qui ne se laisse toujours pas marcher sur les pieds et qui est également réfractaire à toute forme d’autorité, est un peu plus en retrait lors de cette enquête, tandis que la dernière recrue en date (et boulet de service), Gordon, a encore un peu de mal à s’imposer au sein de l’équipe. De plus, si notre ami Carl Mørck doit gérer une équipe toujours aussi originale, tout en s’attaquant à un nouveau dossier épineux, il doit également faire face à une vie privée toujours aussi compliquée.

Si les personnages constituent à nouveau le principal intérêt du livre et que l’auteur prend amplement le temps de soigner leur psychologie, on regrettera peut-être que l’équipe ne s’agrandit pas comme lors des tomes précédents. Il y a certes un léger « come-back » de Hardy, le coéquipier tétraplégique redevenu un peu plus mobile, mais je m’attendais à une nouvelle arrivée surprenante comme lors des enquêtes précédentes. Les personnages secondaires, tels que Mona Ibsen, sont également un peu laissés sur la touche… même si l’ex belle-mère de Carl fait à nouveau très fort. Quant aux nouveaux personnages, le gourou charismatique Atu Abanshamash et sa comparse Pirjo, ils n’ont pas réussi à me convaincre, surtout Pirjo, que j’ai trouvée trop caricaturale. Heureusement qu’Asad continue de s’emmêler les pinceaux avec les expressions, permettant ainsi à l’auteur d’insuffler un brin d’humour tout au long de l’enquête.

Au niveau de l’intrigue, je trouve également que Jussi Adler Olsen a déjà fait beaucoup mieux. L’univers des sciences occultes n’est déjà pas là pour me séduire à la base, mais j’ai également trouvé l’ensemble assez prévisible et certains passages plutôt invraisemblables.

Bref, un tome qui n’est pas à la hauteur de ces prédécesseurs et une « Promesse » qui ne les tient donc pas toutes.

Nadia Hashimi – Si la lune éclaire nos pas

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 5 mai 2017 by Yvan

Le douloureux périple des réfugiés…

Nadia Hashimi - Si la lune éclaire nos pasAprès « La perle et la coquille », que je vais m’empresser de lire, Nadia Hashimi livre un second roman qui retrace le calvaire des migrants en quête d’un avenir meilleur en Europe.

L’auteure américaine d’origine afghane retrace d’abord l’histoire personnelle de Fereiba, depuis sa naissance jusqu’à l’arrivée au pouvoir des Talibans, au moment où elle coulait enfin des jours heureux en compagnie de son mari et de ses enfants. Dans un Kaboul initialement en paix, le lecteur apprécie tout d’abord le dépaysement de ce pays aux milles saveurs, tout en étant confronté au choc culturel qui découle de traditions ancestrales, qui ont visiblement la vie dure. D’une enfance en tant que domestique au sein de sa propre famille à son mariage arrangé, en passant par son combat pour accéder à l’éducation, la vie de Fereiba n’a certes rien d’une partie de plaisir, mais ce n’est rien par rapport à ce qui l’attend une fois les Talibans au pouvoir. Du port obligatoire de la burqa aux arrestations aléatoires, en passant par l’interdiction de travailler, les restrictions deviennent tellement nombreuses et le danger tellement présent, que sa famille n’a plus qu’une seule option : fuir l’Afghanistan !

La seconde partie du roman raconte non seulement cette fuite vers un avenir meilleur, mais propose également un second point de vue en donnant régulièrement la parole au fils aîné de Fereiba au fil des différents chapitres. Des traversées clandestines à la jungle de Calais, ce périple parsemé d’embûches est marqué par la faim et par la peur d’être renvoyé à son point de départ ou d’être séparés de ses proches. Si de nombreuses portes se referment tout au long de cette errance parsemée de dangers, il y a heureusement également quelques mains tendues, qui proposent une aide inespérée, voire sauvent des vies sans rien réclamer en retour. À travers le parcours de cette famille afghane, Nadia Hashimi nous plonge dans le quotidien effroyable de sans-papiers aux conditions de vie déplorables et à l’avenir plus qu’incertain…

« Il ne redeviendrait sans doute jamais celui qu’il avait été, celui qui autrefois était capable de rire, de rêver, de se sentir chez lui. Cette personne, comme son père, reposait probablement sous terre, sans pierre tombale, quelque part en Afghanistan. »

J’ai adoré la première partie qui se déroule en Afghanistan et m’a fait penser aux « Mille soleils splendides » de Khaled Hosseini. La seconde partie, abordant le problème des migrants, nous aide à prendre conscience du drame humain qui se cache derrière le flux de gens qui fuient leur malheur sans aucune garantie de trouver le bonheur. À l’aide d’une écriture fluide, sensible et profondément humaine, Nadia Hashimi dresse le portrait de personnages terriblement attachants qui se construisent au fil des pages. Leur périple, parsemé de malheurs et de belles histoires d’amitié, est narré avec énormément de réalisme et sans jamais tomber dans le pathos.

Si vous croiser des réfugiés en lisant ce roman, ils risquent peut-être de finir dans votre chambre d’amis… alors qu’avant vous auriez probablement juste détourné le regard.

Lecture vivement conseillée !

Hervé Le Corre – Prendre les loups pour des chiens

Posted in Littérature with tags , on 26 avril 2017 by Yvan

Huis clos étouffant et foncièrement noir !

Hervé Le Corre - Prendre les loups pour des chiensSi en sortant de prison Franck est étonné de ne pas voir son frère l’accueillir, la petite amie de ce dernier vaut tout de même le détour. Jessica, ex-camée légèrement nymphomane et bipolaire, lui offre le gîte dans la maison familiale en attendant que son frère revienne d’un business en Espagne. Si le climat et la belle-sœur sont torrides, l’accueil sur place est cependant beaucoup plus froid. Entre le père ferrailleur magouilleur aux fréquentations douteuses, la mère peau de vache, la petite Rachel qui ne pète pas un mot et cet énorme chien à l’air menaçant, le séjour ne s’annonce pas vraiment de rêve. Sans oublier Jessica, qui semble attirer les emmerdes à la pelle…

Tout en plongeant son personnage principal dans un beau merdier, Hervé Le Corre installe le lecteur au sein d’un huis clos étouffant dans le sud de la Gironde. Au fil des pages, cette maison isolée en pleine forêt va progressivement livrer ses secrets et piéger le pauvre Franck. Les petits trafics auxquels s’adonne cette famille extrêmement toxique vont très vite empoisonner sa vie, tandis que sa relation avec Jessica va s’avérer de plus en plus destructrice.

Si l’intrigue peut finalement sembler assez anodine, le style ciselé, terriblement évocateur et foncièrement noir d’Hervé Le Corre suffit à rendre le roman prenant au possible. À l’aide d’une écriture puissante il plante non seulement une ambiance malsaine et étouffante, mais dresse également avec brio le portrait de personnages aux nombreuses cicatrices, le tout saupoudré d’une tension sexuelle extrême et du sentiment permanent que tout cela va inévitablement mal se terminer…

Me voilà donc fan de cet auteur !

Ils en parlent également : Jérôme

Jean-Louis Fournier – Où on va, papa ?

Posted in Littérature with tags on 24 avril 2017 by Yvan

On ne peut pas rire des handicapés !

Jean-Louis Fournier - Où on va, papa ?Ce roman très court est divisé en chapitres de moins de cinq pages qui ne respectent pas la chronologie et pourraient donc éventuellement se lire indépendamment et dans le désordre. Chaque chapitre invite à partager les pensées les plus intimes de l’auteur concernant ses deux enfants handicapés. Un malheur n’arrivant jamais seul, Jean-Louis Fournier a statistiquement en effet décroché le gros lot en se retrouvant avec deux garçons lourdement handicapés mentaux et physique. Si l’aîné, Matthieu, n’est déjà plus de ce monde, Thomas répète inlassablement la phrase qui fait office de titre chaque fois qu’il monte en voiture… « Où on va, papa ? »

« Quand on me demande dans la rue un don pour les enfants handicapés, je refuse. Je n’ose pas dire que j’ai deux enfants handicapés, on va croire que je blague. L’air dégagé et souriant, je m’offre le luxe de dire : « Les enfants handicapés, j’ai déjà donné. » »

Le sujet n’est donc pas drôle du tout, surtout que l’on m’a toujours dit qu’il ne fallait pas rire des handicapés ou du malheur des autres. Pourtant… et ça a eu le mérite de solidement me surprendre au début… Jean-Louis Fournier joue pleinement la carte de l’humour noir durant la totalité du récit. Je dois dire que c’est assez déstabilisant et le fait qu’il le fasse sur le dos de ses propres enfants m’a tout de même dérangé tout au long de cette lecture. S’il s’était contenté de quelques vannes, la pilule serait probablement encore passée, mais les pauvres s’en prennent constamment plein la tronche et au bout de plusieurs chapitres, outre cette gêne latente que j’éprouvais face à ce père qui parle de telle manière de ses enfants, j’avais surtout envie de crier « Assez, j’ai eu ma dose là ! »…

Cet humour foncièrement noir, dont je suis pourtant friand, n’a donc pas vraiment réussi à me faire sourire. Il y a cependant quelque chose de touchant, d’émouvant qui émane de ce texte au fil des pages. Il se moque certes d’eux, mais ce cynisme qui lui fait constamment mettre les pieds en plein milieu du plat est surtout une sorte de mécanisme de défense, servant à dédramatiser et à prendre du recul. Derrière cet humour noir trop corrosif et parfois très maladroit, qui fait visiblement office d’exutoire, le lecteur décèle progressivement le désarroi, l’impuissance, l’amertume, la tristesse, la souffrance et tout l’amour de ce père frappé de plein fouet par un destin que l’on ne soupçonnait pas si cruel.

« Un livre que j’ai écrit pour vous. Pour qu’on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d’invalidité. Pour écrire des choses que je n’ai jamais dites. »

Couronné du Prix Femina en 2008, « Où on va, papa ? » m’aura touché au niveau du sujet, mais dérangé au niveau du style et de la forme. Mais je lirai probablement « La servante du seigneur », afin de connaître l’histoire de Marie, cette fille qu’il ne fait qu’évoquer en cours de récit…

Mickaël Launay – Le Grand Roman des Maths, de la préhistoire à nos jours

Posted in Littérature with tags on 21 avril 2017 by Yvan

L’évolution et la nécessité des maths à travers les époques.

Mickaël Launay - Le Grand Roman des Maths, de la préhistoire à nos joursComme mon voisin lisait ce livre dans l’avion et que toutes les dix minutes il disait à sa femme « Il est terrible ce bouquin », je me suis laissé tenter. Le bandeau de couverture annonçant que le livre vous fera aimer les mathématiques (ce dont je me permets tout de même de douter un peu) n’a eu aucune influence sur ma décision, étant donné que je suis déjà un matheux à la base. Mais bon, quitte à lire des romans, autant lire de temps en temps autre chose que des polars…

Comme le titre laisse présager, Mickaël Launay nous raconte l’histoire des mathématiques de la préhistoire à nos jours. Au long d’une dizaine de chapitres, le lecteur découvre comment les mathématiques ont vu le jour, pourquoi et comment ils ont évolué au fil des siècles, parfois dans l’adversité. De l’apparition des nombres au premier ordinateur, en passant par de nombreuses anecdotes, l’auteur livre un aperçu clair et accessible de l’origine des maths.

Si cela se lit comme un roman et que la lecture ne requiert pas que vous soyez un expert en mathématiques, à l’inverse de mon voisin dans l’avion, je n’ai pas été totalement conquis par ce livre. Je n’ai en effet pas appris grand-chose de neuf et je m’attendais à beaucoup plus d’exemples de mise en pratique des mathématiques.

Bref, si la vulgarisation scientifique vous tente, je conseillerais plutôt de lire « Logicomix » ou « Alpha … directions », voire même « Le visage de Dieu » des frères Bogdanov.