Archive pour Moyen-Orient

Pascal Manoukian – Ce que tient ta main droite t’appartient

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 juin 2017 by Yvan

Dans le nid des terroristes !

Pascal Manoukian - Ce que tient ta main droite t'appartientAlors que son premier roman, encensé par les critiques et retraçant le parcours de migrants arrivés clandestinement en France, s’est inexplicablement échoué quelque part dans ma PAL, ce deuxième ouvrage a très vite terminé dans mes mains, pour ne plus les quitter avant la dernière page.

En s’intéressant à la destinée de ceux qui décident de rejoindre l’Etat islamique en Syrie avant de revenir nous exploser à la gueule, l’ancien reporter de guerre s’attaque non seulement à un sujet d’actualité, mais il le fait surtout avec un réalisme qui fait froid dans le dos et à l’aide d’une narration aussi élégante que percutante, qui nous tient en haleine du début à la fin.

Au fil des pages, Pascal Manoukian dresse le portrait d’anonymes qui deviennent candidats au djihad pour des mauvaises raisons. Il y a Lila, une adolescente de quinze ans d’origine algérienne, qui se dégote un mari à Alep, où elle pense pouvoir faire du shopping gratuit. Puis il y a Anthony et sa femme Sarah, qui veulent élever leur fils de quatre ans en terre sacrée afin d’en faire un bon musulman. Mais il y a surtout Karim, le personnage principal, dont la femme vient de se faire exploser sur la terrasse d’un bar de Paris, lors d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique et perpétrée par un jeune Français ayant grandi dans la même banlieue que lui. Le jeune homme, musulman, décide alors de se rendre en Syrie, afin de comprendre ce qui pousse ces jeunes à emprunter le chemin de la radicalisation, mais également afin de trouver le commanditaire de l’attentat qui a tué sa femme, ainsi que le bébé qu’elle s’apprêtait à lui offrir.

De Paris à Mari, en passant par Bruxelles, Gaziantep, Raqqa et Alep, Pascal Manoukian suit les pas d’écervelés endoctrinés par une organisation terroriste qui sert au plus mal cette religion qu’elle met en exergue, remontant ainsi progressivement la piste de l’organisation terroriste, jusque dans son antre. A travers les destins d’anonymes, l’auteur détaille les rouages d’une machine de recrutement parfaitement huilée, qui exploite à merveille les faiblesses de notre société hyper-connectée en ciblant une jeunesse paumée en perte de repères. De la propagande via Internet aux actions kamikazes visant à faire le plus de victimes possible, en passant par les passeurs et les camps d’entraînement, le tableau dressé par Pascal Manoukian s’avère particulièrement sombre et pour le moins alarmant.

Une lecture essentielle, qui ne laisse pas indemne et que l’on ne referme pas forcément rassuré malgré une belle note d’espoir envers cette religion de partage et de paix, bafouée par quelques imbéciles…

Zeina Abirached – Le Piano oriental

Posted in BANDES DESSINÉES, Casterman, Ecritures, Franco-Belge, One-shots, [Angoulême 2016], [Avancé], [DL 2015] with tags , , on 13 janvier 2016 by Yvan

Le pont entre l’orient et l’occident !

Zeina Abirached - Le Piano orientalDans ce récit autobiographique mélodieux, Zeina Abirached raconte sa destinée entre Paris et Beyrouth et celle de son arrière-grand-père, l’inventeur du piano oriental.

Les pas rythmés d’Adballah Kamanja emmènent tout d’abord le lecteur dans le Beyrouth des années 60. Après des années de recherche et d’essais, le mélomane trouve enfin l’astuce permettant à son piano de produire le fameux quart de ton, indispensable pour pouvoir y jouer de la musique orientale. En parallèle, en 2004, le lecteur suit l’histoire d’une jeune femme qui quitte son Liban natal pour Paris, emportant avec elle seulement 23kg de son ancienne vie…

Très loin du Beyrouth déchiré par la guerre, Zeina Abirached propose un récit miroir qui se déroule en partie avant et en partie après la guerre du Liban. Au fil des pages et des allers-retours à travers les époques, le lecteur découvre le lien qui unit ces deux vies. Il y a bien entendu le lien familial qui lie l’auteure à son arrière-grand-père, mais il y a surtout cette envie de créer un pont entre deux cultures. Lui, dans sa quête de vouloir accorder deux musiques différentes au sein d’un même instrument, et elle, à travers la relation qu’elle entretient avec ses deux langues maternelles, le français et l’arabe. Ce bilinguisme prolongé au niveau d’un instrument de musique (qui a visiblement raté son rendez-vous avec l’Histoire) lie ainsi avec brio l’orient et l’occident, au sein d’un récit qui allie musicalité et sensibilité.

Cette ode à la musique se retrouve également au niveau de planches rythmées par le scrouitch-scrouitch des chaussures italiennes d’Adballah ou par le toc-toc de son couvre-chef traditionnel. Si l’auteure franco-libanaise joue avec les sonorités, elle utilise également avec maestria toutes sortes de formes géométriques et de motifs au sein d’un dessin noir et blanc qui s’installe très vite au diapason de cette belle partition.

Un piano oriental qui sonne particulièrement juste !

Riad Sattouf – L’Arabe du futur

Posted in Allary Éditions, BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Trilogies, [Accessible], [Angoulême 2015], [Angoulême 2016], [DL 2014] with tags , , , on 29 novembre 2014 by Yvan

Premier volet d’une autobiographie qui fait mouche !

Riad Sattouf - L'Arabe du futurNormalement, je ne suis pas trop friand des bandes dessinées de Riad Sattouf (Pascal Brutal), mais comme celle-ci était conseillée par Brunschwig, je me suis laissé tenter.

Ce récit autobiographique s’avère immédiatement plus intime et plus sérieux que les autres récits que j’ai pu lire de l’auteur. À l’instar de Marjane Satrapi dans « Persepolis », Riad retrace une partie de son enfance et de l’histoire de sa famille, tout en posant son regard d’enfant sur les régimes dictatoriaux et les différentes cultures qu’il croise. Né en France, puis trimbalé dans la Libye du colonel Kadhafi, avant d’atterrir dans le bled familial paumé dans la Syrie d’Hafez Al-Assad, Riad Sattouf propose un premier volet qui revient sur ses souvenirs datant de 1978 à 1984.

Si sa mère bretonne demeure assez discrète au sein de ce premier volet où elle se contente de partager ses silences, tout en suivant les pas de son mari de manière plutôt résignée, le père de Sattouf est par contre dépeint avec un mélange de précision, de cruauté et de tendresse au fil des pages. Musulman non pratiquant et seul intellectuel d’une famille d’imbéciles, Abdel-Razak Sattouf est un fervent partisan du pan-arabisme. Naïf et maladroit, il parvient à séduire une jeune Bretonne, mais est persuadé que l’avenir de sa famille se trouve en Syrie. Le problème est qu’il demeure aveugle aux véritables problèmes de son pays d’origine et aux difficultés d’intégration de sa famille.

Mais la véritable vedette de cet album est bien évidemment le petit Riad Sattouf. Ce joli petit blondinet aux cheveux bouclés se retrouve balloté entre les idéaux naïfs de son père et un environnement où il a bien du mal à trouver ses repères. Outre le choc des cultures et une langue qu’il ne maîtrise pas du tout, le petit doit également faire face à des cousins antisémites qui le brutalisent constamment.

À l’instar de Guy Delisle (Pyongyang, Shenzen, Chroniques Birmanes, Chroniques de Jérusalem), Riad Sattouf pose également un regard amusant, mais pas forcément positif, sur les pays qu’il visite. L’auteur ne raconte pas seulement son enfance, tout en dressant le portrait de son père, il relate également avec beaucoup d’humour et de lucidité les absurdités qu’il a observées. Des trous dans le plancher des véhicules à ce couscous partagé en famille (où les femmes n’ont droit qu’aux restes et aux os rongés par les hommes), en passant par cette maison qu’il faut constamment garder occupée (Khadafi ayant décrété que les maisons ne pouvaient pas être verrouillées de l’extérieur et qu’une maison inoccupée appartient à celui qui la veut), la capacité du petit Riad à observer et à relater la bêtise humaine fait souvent mouche.

Visuellement, le dessin en bichromie accompagne le récit avec grande efficacité et l’alternance des couleurs au fil des pays permet d’accentuer les changements d’univers qui accompagnent les déménagements de la famille.

Vivement la suite de cette saga prévue en trois tomes, qui ne fera probablement pas du petit Riad l’Arabe du futur rêvé par son père, mais juste un auteur BD reconnu… ce qui n’est déjà pas mal du tout !

Mezzo et Pirus – Les Désarmés

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Glénat, Intégrales, [Accessible], [DL 2010] with tags , on 28 novembre 2012 by Yvan

Entre western, polar noir et road-movie…

Mezzo et Pirus - Les DésarmésMezzo et Pirus sur la couverture d’un album, il ne m’en faut pas plus pour m’inciter à l’achat. Et pourtant, il ne s’agit pas d’un nouvel album du duo à l’origine du magistral Le Roi des mouches, mais d’une intégrale regroupant deux anciens tomes des éditions Zenda, publiés en 1991. Une réédition, retravaillée au niveau des couleurs et même au niveau de certains dialogues, proposée au sein du label Drugstore de Glénat.

Balançant entre western, polar noir et road-movie à l’américaine, ce récit débute par une course poursuite poussiéreuse dans le désert du Texas. Construit sous forme d’un long flashback qui explique l’issue fatidique, l’intrigue est somme toute assez classique et reprend les éléments qui font la force du genre. « Désarmés » est l’histoire d’un braquage qui foire inévitablement, combiné à un règlement de comptes familial. Le plan qui foire, les brigands qui se trahissent, les flics corrompus, les femmes manipulatrices et les courses-poursuites parsemées de balles … rien de neuf sous l’horizon, me direz-vous ! Et pourtant, le récit de Mezzo et Pirus s’avère parfaitement maîtrisé, pourvu de dialogues ciselées et de personnages charismatiques … et d’une fin brillante.

Ce qui fait également la force de cette intégrale, est l’atmosphère pesante qui règne tout au long de l’album. Et c’est là qu’il faut souligner le travail remarquable de Mezzo, qui nous emmène dans une Amérique sombre et profonde, au sein d’une ambiance qui s’installe au diapason du scénario.

Une intégrale qui vaut assurément le détour !

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Christian Simon, Fuat Erkol et Ana Luiza Koelher – Awrah, Le maudit

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Daniel Maghen, Diptyques, Franco-Belge, [DL 2010], [Grand public] with tags , on 21 novembre 2012 by Yvan

Drame familial dans le Moyen-Orient d’antan.

Christian Simon, Fuat Erkol et Ana Luiza Koelher - Awrah, Le mauditAprès une première partie de diptyque des plus prometteuses, ce second volet conclut brillamment ce drame familial situé en Irak, à l’époque du règne de Haroun-al-Rachid. Alors que le tome précédant invitait à suivre les pas d’un jeune voleur recueilli par un riche notable, celui-ci s’intéresse également aux sombres projets du vieil homme qui, dans l’ombre, s’amuse à modifier la destinée de chacun. Usant de nombreux flashbacks, Christian Simon et Fuat Erkol, dévoilent les origines d’une vengeance qui prend racine dans un lointain passé. Proposant une intrigue assez classique et des personnages très attachants, les auteurs de « Lenny Valentino » enchaînent les rebondissements avec grande maîtrise. La narration retranscrit parfaitement l’ambiance orientale du récit et contribue à l’atmosphère des contes des mille et une nuits qui se dégage de cette tragédie orientale.

Le dessin de l’artiste brésilienne Ana Luiza Koelher (qui signe ici sa première bande dessinée), superbement mis en valeur par la colorisation de Guy Raives, n’est sans doute pas étranger à cette immersion réussie dans le Moyen-Orient d’antan. L’architecture et la minutie des scènes intérieures, combinés à cette mise en couleurs directes aux tons chauds, constituent l’un des attraits de cet ouvrage. A l’instar de Djinn, la superbe série de Miralès et Dufaux, le dépaysement est total et l’ambiance des pays arabes est parfaitement retransmise.

Un voyage plein de charme, proposé par les Editions Daniel Maghen.

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Denis Villeneuve – Incendies [2010]

Posted in CINÉMA & DVDs, Guerre, [2005 à 2010] with tags , , on 1 août 2012 by Yvan

Rompons le fil de la violence pour que plus rien ne brûle !

Denis Villeneuve - Incendies [2010]Incendies est l’adaptation cinématographique bouleversante de la pièce du dramaturge Wajdi Mouawad par le réalisateur canadien Denis Villeneuve.

Dès la scène d’ouverture, le ton est donné : des enfants orphelins sont tondus et préparés au combat sur fond sonore de « You And Whose Army » de Radiohead. Victimes ou futures bourreaux d’une guerre qui n’épargne personne ? Peu importe… car le mal semble fait !

Le véritable départ du film s’effectue cependant au Canada, où l’on découvre les jumeaux Marwan (Jeanne et Simon) qui, à la lecture du testament de leur mère, se voient remettre deux enveloppes : l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l’existence. Afin de respecter les dernières volontés de leur mère, un voyage au Moyen-Orient s’impose, afin d’exhumer le passé douloureux de Nawal Marwan.

En jouant avec la chronologie et en découpant son récit en chapitres, Denis Villeneuve lève progressivement le voile sur les secrets de cette mère décédée après plusieurs semaines de mutisme. Jusqu’au twist final, le spectateur découvre les révélations fracassantes en même temps que les jumeaux et finit abasourdi par les nombreux uppercuts assenés par ce film coup de poing.

Cette approche elliptique intelligente, mêlant passé et présent, permet de suivre la quête des enfants dans la fournaise d’un pays du Proche-Orient défiguré par la guerre, tout en découvrant le destin tragique de leur mère. Cette quête familiale qui dévoile l’histoire d’une femme écrasée par le fanatisme religieux de son pays, permet également d’aborder la condition féminine à travers l’interprétation forte et bouleversante de Lubna Azabal. Si l’auteur ne donne pas de nom au conflit, il lui donne cependant un visage, celui d’une femme forte qui, tout comme les enfants, n’échappe pas à la cruauté de la guerre.

En situant l’action dans un pays imaginaire, le réalisateur canadien parvient à toucher à l’horreur intrinsèque du conflit tout en évitant tout parti-pris politique. L’universalité qui résulte de cette approche, permettra aux libanais, palestiniens, israéliens, syriens, chiites, chrétiens et musulmans de s’identifier au conflit, sans pour autant pouvoir émettre de réserves concernant sa réalité historique. Le résultat est un réquisitoire contre la guerre, qui invite à rompre le fil de la violence, pour que la violence n’engendre plus jamais la violence.

« Incendies » est un superbe film au message puissant, mais surtout un film bouleversant, poignant, percutant et troublant, dont on ne ressort pas indemne !

Brian K. Vaughan et Niko Henrichon – Les Seigneurs de Bagdad

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, One-shots, Urban Comics, Vertigo Deluxe, [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 23 avril 2012 by Yvan

Une allégorie intelligente sur la libération du peuple irakien !

Brian K. Vaughan et Niko Henrichon - Les Seigneurs de BagdadDéjà paru sous le nom de « Pride of Baghdad » chez Panini, cette réédition d’Urban Comics, rebaptisé « Les Seigneurs de Bagdad » pour l’occasion, narre l’histoire de quatre félins s’échappent du zoo de Bagdad au printemps 2003.

Ce récit imaginé par Brian K. Vaughan part d’un fait réel, totalement anecdotique qui s’est déroulé durant l’invasion de l’armée américaine dans la capitale irakienne. Le scénariste de Y : Le dernier homme va se servir de cette tribu de lion qui retrouve la liberté suite à un bombardement américain, pour servir une réflexion intelligente sur la liberté. Cette formidable allégorie qui invite à découvrir la guerre à travers le regard d’animaux féroces se situe entre le récit d’aventure et l’essai philosophique.

Si les lions essayent surtout de survivre dans une ville ravagée par la guerre, ils s’interrogent également sur cette liberté qui s’offre à eux et sur le rôle joué par leurs ex-gardiens. Le parallèle avec le régime de Saddam Hussein est vite fait et donne une dimension supplémentaire à cet œuvre. Que signifie la liberté pour ceux qui en ont été privé depuis si longtemps ? Si certains ont connu un monde meilleur avant cette dictature, mais ont finalement perdu leur âme et la force de se rebeller, d’autres n’ont jamais connu autre chose que cette vie derrière les barreaux. Si certains vont découvrir le vrai visage de leurs geôliers, tous vont se rendre compte que la liberté a un coût.

Si le scénario est évidemment identique à la précédente version de Panini, visuellement l’édition d’Urban Comics est beaucoup mieux car elle respecte le format TPB original de l’œuvre et ne massacre pas les planches au niveau de la découpe. Et c’est important car le travail du jeune dessinateur québécois Niko Henrichon mérite le respect. Situant son récit au sein d’un décor apocalyptique, il propose néanmoins des planches très aérées qui ont une grande puissance évocatrice, le tout rehaussé par une colorisation informatique qui restitue parfaitement la chaleur et l’aspect poussiéreux de cette ville orientale.

Un excellent one-shot que vous pouvez d’ailleurs également retrouver dans mon Top de l’année !