Archive pour Moyen-Orient

Guy Delisle – Chroniques de Jérusalem

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, K.BD, One-shots, Shampooing, [Accessible], [Angoulême 2012], [DL 2011] with tags , , on 17 février 2012 by Yvan

Une année en Terre Sainte !

Guy Delisle - Chroniques de JérusalemAprès avoir raconté ses séjours en Chine (« Shenzhen »), en Corée (« Pyongyang ») et au Myanmar (« Chroniques Birmanes »), Guy Delisle offre un aperçu de l’année qu’il a passé à Jérusalem. À l’instar de Chroniques Birmanes, le lecteur suit donc les pas de ce père de famille qui accompagne son épouse en mission sur place pour MSF. On est donc bien loin du travail d’investigation de Joe Sacco dans l’excellent Gaza 1956, mais plutôt dans un récit de voyage. Certains pourront d’ailleurs s’étonner du manque de connaissance préalable de cet homme qui débarque comme un touriste dans cet endroit où il va pourtant passer toute une année. L’auteur d’origine québécoise rappellera d’ailleurs avec humour qu’il n’est pas Joe Sacco.

Si ce côté « Jérusalem pour les nuls » peut décevoir les fans de véritables BD reportages, l’accumulation d’anecdotes partagés par cet expatrié a cependant tout pour plaire. Même si, par rapport aux « Chroniques Birmanes », il se concentre un peu moins sur ses (més)aventures en tant que père au foyer, Guy Delisle se « contente » tout de même de donner un aperçu de sa vie quotidienne en tant que simple accompagnateur et homme au foyer. La curiosité de l’artiste aidant, l’ouvrage distille certes des informations intéressantes sur Jérusalem et sur ses habitants, mais d’un point de vue souvent très ‘touristique’. Malgré ce côté ‘spectateur distant’ un peu frustrant, la lecture s’avère néanmoins très agréable, emplie d’humour et d’autodérision. Le dessin décalé est d’une grande lisibilité et malgré son apparence ‘simpliste’, il parvient à distiller énormément d’informations, d’émotions et de non-dits.

Le dessinateur de BD divise son long séjour familial en douze chapitres, un par mois passé en Terre Sainte. De son arrivée en Israël à son départ, en passant par la découverte des richesses historiques de la ville et des communautés juives, musulmanes, orthodoxes et chrétiennes, l’auteur partage ses découvertes avec humour. S’il met un peu de temps à trouver ses marques, il finit par appréhender la complexité et l’absurdité des lois qui régissent le pays. Au fil des balades et des rencontres dans les différents quartiers de la cité millénaire, l’ouvrage devient un peu plus engagé et beaucoup plus intéressant. Chaque passage de l’autre côté du mur de séparation, chaque franchissement de check-point, chaque interdiction renforce son point de vue sur le conflit israélo-palestinien et rend ce partage plus captivant.

Mais, à l‘inverse des œuvres de Joe Sacco, celle-ci donne envie d’y aller…

Retrouvez cet album qui a reçu le Fauve d’or dans mon Top du Festival d’Angoulême !

Guy Delisle - Chroniques de JérusalemLisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Ils en parlent également : OliV’

Mana Neyestani – Une métamorphose iranienne

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Ca et Là, DIVERS, Franco-Belge, One-shots, [Avancé], [DL 2012] with tags , , , on 15 février 2012 by Yvan

Mana Neyestani s’exprime enfin librement !

Mana Neyestani - Une métamorphose iranienneUne métamorphose iranienne est le récit autobiographique de Mana Neyestani, un dessinateur de presse iranien qui se retrouve pris au piège dans les griffes d’un système totalitaire kafkaïen.

Mana Neyestani n’a jamais vraiment enfreint de loi, mais a commis le crime d’avoir dessiné un cafard prononçant un mot azéri dans un journal pour enfants. Ce dessin, très vite détourné et injustement considéré comme une insulte par la communauté Azérie d’Iran, sera à l’origine de tous les ennuis de cet illustrateur qui se croyait pourtant bien à l’abri du régime au sein de la presse enfantine. C’est bien mal connaître l’Iran… !

Le calvaire débute par un emprisonnement de deux mois, durera plusieurs années et bouleversera totalement sa vie. Une métamorphose iranienne est l’histoire d’un cafard qui voulait simplement faire sourire les plus petits, d’un artiste emprisonné, torturé psychologiquement, harcelé et contraint à l’exil, mais surtout celle d’un régime totalitaire où même les insectes n’ont pas droit à la liberté d’expression.

Au-delà de cette censure et de cette répression démesurée, ce sont surtout les portes fermés de l’exil qui choquent le lecteur. Si Mana Neyestani vit aujourd’hui à Paris, c’est surtout à lui-même qu’il le doit, ses droits à l’asile politique ayant apparemment été bafoués au même titre que son droit à la liberté d’expression. Confronté à des ONG impuissantes et à des administrations peu coopératives, sa fuite vers l’occident sera parsemée de nombreuses désillusions.

Pourtant, ce témoignage personnel ne pointe personne du doigt et se contente de relater les événements chronologiquement et sans pathos. Si l’auteur parvient même à ironiser sur certains de ses déboires, son graphisme légèrement caricatural permet également de relativiser la gravité des propos. Si le découpage est très classique et l’approche plutôt documentaire, certaines trouvailles visuelles insufflent néanmoins beaucoup de force et de personnalité au récit.

À l’instar du chef-d’œuvre de Marjane Satrapi, « Une métamorphose iranienne » est un témoignage bouleversant, mais également une réflexion sur la liberté d’expression !

À lire absolument !

Retrouver d’ailleurs cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

Ils en parlent également : David, Mo’, Jérôme

… et Mana Neyestani peut enfin s’exprimer librement :

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Craig Thompson – Habibi

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Casterman, Comics, DIVERS, Ecritures, Festival BD Angoulême, K.BD, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2012], [DL 2011] with tags , , , on 9 novembre 2011 by Yvan

Lorsque le fond et la forme s’épousent pour un mariage d’amour, proche de la perfection !

Craig Thompson - Habibi« Habibi » raconte l’histoire de deux enfants esclaves, Dodola et Zam, dans un pays imaginaire et intemporel du Moyen-Orient, sorte d’État désertique en plein boom économique. Mariée de force à un scribe qui lui appris à lire et à écrire, Dodola parvient à s’enfuir en compagnie d’un jeune garçon, pour un périple jonché d’amour et d’épreuves.

S’il aura fallu six ans et près de 700 pages à l’auteur de Blankets pour parvenir à raconter la vie de ces deux personnages extrêmement attachants, de l’enfance à l’âge adulte, cet album néanmoins vaut son pesant d’or et ajoute une nouvelle perle à cette magnifique collection « Écritures » des éditions Casterman.

Il ne faut d’ailleurs que quelques pages au lecteur pour se rendre compte qu’il vient de pénétrer dans la caverne d’Ali Baba, dans un ouvrage d’une richesse et d’une profondeur extrême. Alternant souvenirs, paraboles mystiques et événements présents, Craig Thompson livre une histoire d’amour poignante sur fond de conte des Mille et Une Nuits. L’auteur parvient à aborder une multitude de thèmes (l’esclavagisme, la prostitution, les harems, l’écologie, la religion, l’oppression des minorités, etc) au sein d’une œuvre à la fois intemporelle et contemporaine et d’une lisibilité exemplaire.

Rythmé par les références bibliques et les sourates du Coran, le récit se nourrit des textes sacrés et crée un pont très humain entre les différentes religions, entre l’Orient et l’Occident. Si Graig Thomson démontre qu’il est un conteur hors pair, ses talents de calligraphe et de dessinateur ne sont pas en reste. Textes tourbillonnants, dessins virevoltants et gravures envoûtantes ; le graphisme noir et blanc de Thompson est d’une précision rare et plonge le lecteur dans une ambiance orientale digne des Mille et Une Nuits, à la fois magique, sensuelle et cruelle.

Si ce chef-d’œuvre est une merveilleuse histoire d’amour, c’est également un hommage au pouvoir des mots, voire même des lettres. Tels des esclaves qui se libèrent de leurs chaînes pour partir à la découverte du monde, si cruel soit-il, les textes sortent de leurs bulles et se mêlent aux dessins pour partir à la découverte de pages divines. Les textes et les images se font constamment écho, dans un ballet charnel et enivrant, pour une communion entre le fond et la forme qui est à couper le souffle.

Arrivés à la fin de ce somptueux voyage parsemé d’embuches et de misère, mais rendu possible grâce à l’amour, la signification du mot « Habibi » prend toute sa valeur et le lecteur ressort grandit de ce message délivré avec tant de délicatesse par un auteur en grande forme.

Si vous ne devez lire qu’une BD cette année, lisez celle-ci !

Craig Thompson - HabibiRetrouvez cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

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Marjane Satrapi – Poulet aux prunes

Posted in BANDES DESSINÉES, DIVERS, Franco-Belge, K.BD, L'Association, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Sans super-héros] with tags , , on 16 octobre 2011 by Yvan

Les derniers instants d’une vie pleine de fausses notes…

Marjane Satrapi - Poulet aux prunesÀ l’instar de l’excellent Persepolis, Marjane Satrapi livre un nouveau récit au parfum autobiographique et puise son inspiration dans son histoire familiale. L’auteure délaisse donc quelque peu l’Historique de l’Iran pour se concentrer sur celle de son oncle Nasser Ali Khan.

Situant son récit dans l’Iran des années 50, elle narre les derniers jours de ce grand musicien qui a perdu toute envie de vivre et décide de se laisser mourir. Au fil des pages de ce récit dont l’issue est connue d’avance, le lecteur découvre que la destruction de l’instrument de musique préféré de Nasser, n’est finalement que la goutte qui a fait déborder le vase.

Servi sous la forme d’un long flashback, le récit revient sur le passé de ce père de famille de trois enfants, livrant au lecteur les clés qui permettent de comprendre le désespoir qui pousse ce musicien à se laisser dépérir. Ce compte-à-rebours des 8 derniers jours de la vie permet donc de comprendre l’acte irraisonnable de feu l’oncle Nasser, le tout sur fond d’histoire iranienne.

La narration typique de Marjane Satrapi fait à nouveau mouche, distillant ce drame familial sous forme de conte et n’oubliant jamais cette petite touche d’humour qui permet de dédramatiser une histoire qui n’a pourtant rien de réjouissant à la base. Cette légèreté emplie de poésie se retrouve également au niveau du graphisme. Un style simple et naïf que l’on prend à chaque fois plaisir à retrouver en s’étonnant de son efficacité.

Retrouvez cet album récompensé du Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême de 2005 dans mon Best Of du Festival d’Angoulême.

Marjane Satrapi - Poulet aux prunesLisez également l’avis sur K.BD !
WOMEN BD

Eran Kolirin – The Band’s Visit [2007]

Posted in CINÉMA & DVDs, [2005 à 2010] with tags , on 21 mars 2010 by Yvan

Band's visitUne fanfare de la police égyptienne qui se paume dans le désert israélien. Deux cultures qui se croisent à petite échelle pendant 24 heures pour un récit plein d’humanité. La simplicité est au rendez-vous et l’humour (burlesque) également.

Au-delà de cette rencontre pacifiste et amusante entre juifs et arabes, l’auteur invite à suivre un échange absurde, chaleureux et plein de retenue entre des êtres humains que tout oppose et qui vont pourtant se rapprocher l’un de l’autre, chacun à sa manière et sans aucune fausse note …

Festival du Film de Cannes 2007
Prix Un Certain Regard

Festival International du Film de Copenhague 2007
Prix du Public
Prix Spécial du Jury

Festival International du Film de Munich 2007
Prix du Public

Festival International du Film de Palm Springs 2007
Prix « Bridging the Borders »

Festival International du Film de Sarajevo 2007
Prix du Public

Festival International du Film de Tokyo 2007
Grand Prix

Festival International du Film de Varsovie 2007
Prix du Public
Grand Prix

Festival International du Film de Zurich 2007
Meilleur Nouveau Réalisateur

Festival du Film d’Amour de Mons 2008
Meilleur Acteur (Sasson Gabai)
Coup de Coeur

Joe Sacco – Gaza 1956

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Futuropolis, Guerre, K.BD, One-shots, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Sans super-héros] with tags , , , on 20 mars 2010 by Yvan

Gaza 1956Une BD sur la bande de Gaza ? A la base, je n’étais vraiment pas emballé par ce sujet qui alimente les pages sanglantes du JT depuis bien avant ma naissance. Une guerre qui dure depuis tellement longtemps qu’elle finit par lasser et dont les médias se contentent d’énumérer les statistiques mortelles, sans prendre la peine de revenir sur l’origine du malaise. Des médias qui dépeignent tous les palestiniens comme des terroristes et proposent souvent une vision assez unilatérale de ce conflit bâti sur des générations de haine.

A travers cet ouvrage, Joe Sacco (Palestine) partage le quotidien des Gazaouis, tout en enquêtant sur des événements du passé. Multipliant les témoignages et scrutant la mémoire (parfois défaillante) de survivants, il effectue un travail journalistique minutieux et remonte aux événements tragiques de 1956. Scindant son récit en deux parties (l’une dédiée à Khan Younis et l’autre à Rafah), l’auteur revient sur ces deux massacres ayant eu lieu à Gaza il y a plus d’un demi-siècle. Mêlée aux événements du présent, cette enquête sur des événements oubliés par l’Histoire, permet surtout de constater que rien n’a vraiment évolué dans cette partie de notre monde.

Malgré une volonté indéniable de vérifier les faits qu’il relate, le témoignage de Joe Sacco peut paraître partisan car il ne donne la parole qu’aux palestiniens. Etant donné qu’ils n’ont pas souvent droit à la parole, ces témoignages s’avèrent aussi éclairants que choquants. La mise en images des témoins Gazaouis est très efficace et le dessin noir et blanc confère une certaine pudeur aux nombreuses scènes violentes.

On a d’un côté une brique de près de 400 pages qui n’a rien de divertissant et que l’on peut peut-être qualifier de partisane et de l’autre un travail journalistique méticuleux et un témoignage qui mérite tout de même la note maximale …

Joe Sacco - Gaza 1956Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Marjane Satrapi – Persepolis

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, Séries, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Terminées] with tags , , , on 23 février 2010 by Yvan

Marjane Satrapi persepolisHonnêtement je n’avais pas trop envie de l’acheter cette bande dessinée. Le petit format, la couverture souple, les dessins enfantins, le titre et la couverture qui n’incitent pas vraiment à la lecture. Sans parler de la notoriété de la bande dessinée iranienne vis-à-vis de manga, comics et autres envahisseurs du neuvième art.

Qu’une fatwa soit prononcée sur tous les imbéciles qui auront encore de tels préjugés sur cet album après la lecture de cet avis !

Commençons par l’auteur, Marjane Satrapi, née en 1969, qui a grandi à Téhéran et qui a eu un jour la bonne idée de venir à Paris. Elle y rencontre Christophe Blain et surtout David B. qui demandera à Marjane ce qu’elle attend pour produire le premier album de bandes dessinées iranien sur base de son histoire personnelle et qui fait d’ailleurs la préface de l’album. Un David B. que Marjane Satrapi remerciera lors de la réception de l’Alph-Art « Coup de coeur » d’Angoulême en 2001 et dont on sent clairement l’influence au niveau graphisme.

Un graphisme minimaliste en noir et blanc qui sied parfaitement à ce récit autobiographique. Tout d’abord parce que la narratrice est une enfant de dix ans et qu’à cet âge là on voit souvent les choses en noir et blanc et que le dessin enfantin colle parfaitement à cette narration assez naïve. Ensuite, la révolution islamiste iranienne n’a vraiment pas grand-chose de réjouissant et n’a donc pas besoin d’être affiché en couleurs.

Dans ce premier tome Marjane va relater le début de la révolution islamiste iranienne à travers son regard d’enfant. Elle va retracer une partie de son enfance et de l’histoire de sa famille, leur participation à la révolution qui aboutira à la fin du régime du Shah et les conséquences du nouveau régime de terreur, jusqu’au début de la guerre avec l’Irak.

Au lieu de vivre ces événements à travers les médias, on va les vivre de l’intérieur, à travers le regard d’une enfant de 10 ans. Le récit touchant, honnête, intime, courageux, lucide et clairvoyant nous livre une image nouvelle de cette page capitale de l’histoire du Moyen-Orient. Quelques 60 pages non dépourvues d’humour, qui nous ouvrent les yeux sur un pays qui n’a pas fini de marquer l’histoire.

Un récit limpide et plein de fraîcheur qui a bouleversé ma perception (médiatiquement influencé) de ce pays. Un sujet difficile, traité de façon admirable, pour un tome qui m’incite finalement à réfléchir sur les actualités du moment.