Archive pour Russie

Fabien Nury et Thierry Robin – La Mort de Staline, Funérailles

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Diptyques, Fabien Nury, Franco-Belge, [DL 2012], [Grand public] with tags , , on 14 juin 2012 by Yvan

Les funérailles du Petit père des peuples !

Fabien Nury et Thierry Robin - La Mort de Staline, FunéraillesAprès avoir dédié le tome précédent aux derniers instants de Staline, Fabien Nury (W.E.S.T.Il Etait Une Fois en France, L’or et le sang) conclut son diptyque par les funérailles du Petit père des peuples, tout en poursuivant la lutte de pouvoir sans merci qui fait rage au sein des membres du Politburo.

C’est à nouveau principalement à travers le regard du ministre de l’Intérieur du régime totalitaire, Lavrenti Beria, que l’auteur distille sa vision romancée de cette tragédie et restitue avec brio l’ambiance politique de l’époque. Si ce tome aborde d’une part la préparation de funérailles qui se doivent grandioses, c’est surtout la guerre des prétendants au pouvoir (Beria, Malenkov, Khrouchtchev) qui s’annonce intéressante. Mêlant habilement fiction, réalité historique, complots, manipulations, ambitions personnelles et cynisme, sur fond de totalitarisme, Fabien Nury brosse un portrait tragicomique de l’époque stalinienne. S’il parvient à installer une ambiance tendue tout au long du récit, ses dialogues percutants font également preuve d’un réalisme qui fait froid dans le dos. Malgré l’absence de Staline tout au long de ce diptyque, l’ombre du tyran plane bel et bien au-dessus du récit et l’enveloppe dans un climat de terreur particulièrement réaliste. L’agitation de ses proches collaborateurs, les complots, les chantages, la corruption, la lâcheté, l’hypocrisie, la peur et la soif de pouvoir qui entourent le décès du despote, reflètent l’atmosphère politique tendue qui a dû régner à cette époque. Malgré l’ambiance historique sombre et le ballet sournois de figures historiques qui se bousculent aux portes du pouvoir, le récit parvient à adopter un ton cynique, parfois même légèrement burlesque, qui se nourrit admirablement du climat totalitaire et délétère insufflé par le régime de l’époque.

Usant de tons sombres et froids, le dessin semi-réaliste et légèrement caricatural de Thierry Robin (« Rouge de Chine », « Petit père Noël ») se place au diapason de l’atmosphère rude et oppressante de l’U.R.S.S. de Staline et contribue à insuffler une tonalité cynique particulièrement savoureuse.

Encore une petite perle signée Fabien Nury !

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Igort – Cahiers russes

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Accessible], [DL 2012] with tags , , on 6 juin 2012 by Yvan

Hommage à Anna Politkovskaïa et « devoir de mémoire » !

Igort - Cahiers russesDans ce one-shot, l’italien Igort se concentre sur la destinée tragique d’Anna Politkovskaïa. Cette journaliste qui combattait pour les droits de l’homme, tout en dénonçant les atrocités de la guerre en Tchétchénie et la politique de Poutine, fut assassiné à son domicile moscovite le 7 octobre 2006.

Proposant des témoignages de proches de la célèbre journaliste, comme son amie Galia Ackerman, épluchant ses articles de presse et donnant la parole à des victimes du conflit Tchéchène, Igort brosse le portrait d’une femme hors du commun et d’une région de non-droit où la violence, souvent gratuite, s’abat sur des victimes innocentes. Des goulags aux opérations de nettoyages, en passant par les tortures, les viols, les fosses de détention, les arrestations arbitraires, les exécutions sommaires, le bilan dressé par l’auteur est affligeant, répugnant et révoltant. Si les images de la prise d’otages dans un théâtre de Moscou ou du massacre de l’école de Beslan sont encore fraîches dans nos mémoires, celles proposées par Igort sont encore plus cruelles, plus horribles. Des faits qui se déroulent sous le couvert d’un terrorisme tchéchène, en toute impunité, dans un pays où l’on assassine les journalistes quand ils osent se rapprocher de la vérité…

Si la plupart des témoignages sont poignants, l’auteur éprouve néanmoins un peu de mal à suivre le fil rouge de son récit et a parfois tendance à se disperser. La non-linéarité de ce récit qui multiplie les anecdotes sans se soucier de la chronologie, voire même sans véritablement situer certains méfaits, est parfois dérangeante, car elle empêche au lecteur d’avoir une vue d’ensemble.

Un récit-témoignage qui prend aux tripes…

Ils en parlent également : Mo’

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Sylvain Ricard & Franck Bourgeron – Stalingrad Khronika

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Diptyques, Dupuis, Franco-Belge, Guerre, [Accessible], [DL 2011] with tags , , on 5 novembre 2011 by Yvan

Film de propagande au coeur de la bataille de Stalingrad !

Sylvain Ricard & Franck Bourgeron - Stalingrad KhronikaSi le très bon one-shot de Borris et Céka (Lutte majeure) revenait sur le siège historique subi par Leningrad durant la deuxième guerre mondiale, ce diptyque invite à suivre l’étrange mission de quatre soldats soviétiques au coeur de la bataille de Stalingrad. Le décor est donc à nouveau celui d’une ville assiégée par les troupes du IIIe Reich, mais ce sont une nouvelle fois les fins propagandistes de Staline qui nourrissent l’intrigue. Si Lutte majeure se concentrait sur l’organisation du concert historique, joué ce fameux soir du 9 août 1942, Sylvain Ricard et Franck Bourgeron imaginent cette fois quatre soldats soviétiques obligés de tourner un film de propagande en plein hiver de cette même année 1942.

Délaissant les affrontements entre nazis et soviétiques, ils se concentrent sur les tensions qui règnent au sain de cette équipe de tournage et dévoilent lentement le passé et les origines des différents personnages. Le lecteur a donc surtout droit à un (excellent) tome de mise et place, mais ne parvient pas encore à deviner où les auteurs veulent l’emmener.

La mise en images très théâtrale de Franck Bourgeron et l’aspect caricatural des personnages accentuent le côté surréaliste de cette mission ordonnée par Staline. Les ruines de Stalingrad qui servent de décor à cette saga rappellent toute la difficulté de cette mission dont on est curieux de connaître le fin mot.

Vivement la suite !

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Bastien Vivès – Polina

Posted in BANDES DESSINÉES, Bastien Vivès, Casterman, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, K.BD, KSTR, One-shots, [Angoulême 2012], [Avancé], [DL 2011] with tags , , , , on 20 mars 2011 by Yvan

L’apprentissage de l’art !

Bastine Vivès - PolinaQuelque part en Russie, une petite fille de six ans s’apprête à passer une audition dans une école de danse prestigieuse. Malgré un manque de souplesse, Polina Oulinov obtient tout de même le droit d’intégrer la célèbre académie du professeur Bojinski. Imposant la crainte et le respect, ce dernier ne laisse d’ailleurs que peu de doutes quant à la méthode qu’il compte utiliser pour les transformer en danseuses étoiles : « La danse est un art, il ne s’apprend pas. Il faut l’avoir dans le sang. Ensuite, il faut travailler. Et avec moi, vous allez travailler tous les jours et croyez-moi, il va falloir vous accrocher ». Vite repérée par le maître, la jeune surdouée entame dès à présent une formation spartiate qui devra l’emmener vers les sommets de la danse classique.

Passer de Pour l’Empire à un récit sur le ballet est une pirouette artistique qui en ferait trébucher plus d’un. Bastien Vivès, étoile montante et grand fidèle du label KSTЯ de Casterman (« Le Goût du chlore« , Elle(s) ou Hollywood Jan), s’en sort cependant avec brio. L’auteur invite à suivre l’émancipation artistique et personnelle d’une danseuse russe en devenir. Étalé sur une vingtaine d’années, le parcours initiatique de Polina (librement inspirée de la danseuse Polina Semionova) est parsemé d’embûches et d’émotions. Dans les coulisses d’un monde fait de rigueur, d’espoirs et de souffrances, Vivès explore les préoccupations, les choix et les passions de cette artiste en devenir. À travers la danse, il s’aventure sur les chemins de la création et propose sa vision de l’art et de son apprentissage. Au cœur d’un récit tout en mouvement, il développe une relation empreinte de respect entre la disciple et son maître. Alors que l’élève gagne en maturité au fil des pages, le mentor, lui, au détour d’une phrase ou d’une remarque, parvient à raviver la flamme artistique, à insuffler le feu et à provoquer ce déclic qui fait progresser au-delà du talent.

Le ballet graphique proposé par l’auteur semble d’ailleurs faire écho aux paroles éclairées du professeur Bojinski : « Les gens ne doivent rien voir d’autre que l’émotion que vous devez faire passer. Retenez bien ça, Polina. Si vous ne leur montrez pas la grâce et la légèreté, ils ne verront que l’effort et la difficulté. ». Usant d’un dessin noir et blanc, rehaussé de gris, et d’un trait qui épouse la grâce des ballerines russes, il donne vie à des protagonistes qui allient souplesse et esthétisme. Délaissant tutus et autres fioritures, il propose une mise en scène efficace et élégante, qui véhicule parfaitement la sensibilité du récit et des personnages.

Arrivé à la fin du spectacle chorégraphique, ce n’est pas une ovation qui retentit, non… pas directement, car il y a d’abord ce moment de silence qui s’accapare de la salle lorsque l’art laisse sans voix !

Bastien Vivès - PolinaRetrouvez cette BD dans MON TOP 2011 !

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Pierre Christin et Enki Bilal – Partie de chasse

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Humanoïdes Associés, One-shots, [DL 1900 à 2000], [Sélectif] with tags , on 3 mars 2011 by Yvan

Pierre Christin et Enki Bilal - Partie de chasseEnki Bilal est un auteur dont le travail m’attire mais dont je ne parviens décidément pas à apprécier pleinement les œuvres. C’est très étrange comme sensation. D’un côté je suis à chaque fois attiré par ses albums en librairie, comme si une étrange force se dégageait de ses albums, mais de l’autre, je finis toujours par décrocher à un certain moment de la lecture. Pour la « Tétralogie sommeil du monstre » j’avais totalement décroché lors du troisième tome alors que j’avais adoré le premier, alors qu’ici je ne suis jamais parvenu à véritablement rentrer dans l’album. Je crois que c’est surtout le sujet, trop politique, de cette histoire qui m’a empêché d’accrocher à l’album, ainsi que le rythme, un peu trop lent.

Le contexte historique de ce régime soviétique sur la pente descendante est pourtant excellent et l’ambiance politique qui s’en dégage est parfaitement utilisée. Les personnages ont également tous le profil de l’emploi et jouent leur rôle à merveille. Malheureusement, l’accumulation de souvenirs d’anciens dirigeants de l’Est et l’intrigue politique ont fini par m’ennuyer et cela, malgré une atmosphère réussie et un personnage principal intriguant et charismatique.

Dommage !

Fabien Nury – La Mort de Staline

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Diptyques, Fabien Nury, Franco-Belge, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Grand public] with tags , , on 14 décembre 2010 by Yvan

Ballet sournois aux portes du pouvoir !

Nury - La Mort de StalineAvec cette nouvelle saga dédiée aux derniers instants du Petit père des peuples, Fabien Nury (W.E.S.T.) aura définitivement marqué l’année 2010 de son empreinte. Prolifique et efficace, l’auteur nous a en effet gratifié de trois albums de grande qualité cette année: Il Etait Une Fois en France, L’or et le sang et « La mort de Staline ».

Victime d’une attaque cérébrale dès le début de l’album, Staline ne déborde pas d’activité tout au long de l’album, mais l’ombre du tyran plane bel et bien au-dessus du récit et l’enveloppe dans un climat de terreur particulièrement réaliste. L’agitation de ses proches collaborateurs, les complots, les chantages, la corruption, la lâcheté, l’hypocrisie, la peur et la soif de pouvoir qui entourent les derniers instants du despote, reflète l’atmosphère politique tendue qui a du régner à cette époque. Malgré l’ambiance historique sombre et le ballet sournois de figures historiques qui se bousculent aux portes du pouvoir, entrouvertes par le malaise de Staline, le récit parvient à adopter un ton cynique, parfois même légèrement burlesque (l’autopsie de Staline), qui se nourrit admirablement du climat totalitaire et délétère insufflé par le régime de l’époque.

Usant de tons sombres et froids, Thierry Robin (« Rouge de Chine », « Petit père Noël ») place son dessin au diapason de l’atmosphère rude et oppressante de l’U.R.S.S. de Staline.

Encore une belle réussite signée Fabien Nury !

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Borris & Céka – Lutte majeure

Posted in BANDES DESSINÉES, Casterman, Franco-Belge, Guerre, KSTR, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2011], [DL 2010] with tags , , , on 30 novembre 2010 by Yvan

Le siège de Leningrad en musique !

Borris & Céka - Lutte majeure« Lutte Majeure » revient sur une page historique du long siège qu’a subi Leningrad durant la deuxième guerre mondiale. C’est dans cette ville assiégée par les troupes de la Wehrmacht que Staline, à des fins propagandistes, décide de faire jouer la septième symphonie, la dernière création de Chostakovitch.

Céka (« Billy Wild ») se concentre donc sur l’organisation de ce concert historique, joué ce fameux soir du 9 août 1942. Délaissant les affrontements entre nazis et soviétiques, il se concentre sur des assiégés qui, malgré la misère et la faim, vont tout faire pour que l’événement aie lieu et ainsi montrer un bel exemple de résistance. Les conditions de vie difficiles des habitants sont particulièrement bien rendues et ces quelques notes de musiques qui s’élèvent au milieu de la désolation et du chaos allient surréalisme et beauté.

À l’instar de « Maus: Un survivant raconte », Borris a opté pour des personnages zoomorphes, donnant ainsi vie à des cochons humanoïdes au fil des pages. Ce choix n’est pas particulièrement dérangeant et la colorisation de Brice Follet contribue à plonger le récit dans une ambiance étouffante et oppressante.

Un très bon one-shot !

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2011 !