Archive pour Shoah

Lola Lafon – Quand tu écouteras cette chanson

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 5 octobre 2022 by Yvan

Anne Frank, l’écrivaine !

Lola Lafon - Quand tu écouteras cette chansonAprès avoir apprécié « La petite communiste qui ne souriait jamais », qui retraçait le parcours de la gymnaste roumaine prodige Nadia Comaneci, j’étais curieux de voir ce que Lola Lafon pouvait encore nous apprendre sur Anne Frank et son célèbre « Journal ».

Dans le cadre de cette collection « Ma nuit au musée » des Editions Stock, Lola Lafon choisit donc de passer une nuit dans le musée de la maison d’Anne Frank à Amsterdam, dans cette fameuse annexe où Anne Frank vécu recluse avec sept autres personnes de juillet 1942 au 4 août 1944. Vingt-cinq mois de clandestinité et d’enfermement racontés dans son journal intime, avant d’être déportée et tuée à Bergen-Belsen…

« Quand tu écouteras cette chanson » retrace certes le parcours d’Anne Frank et de sa famille, mais s’intéresse également au destin de ce célèbre « Journal », adapté au théâtre, puis édulcoré par Hollywood, tout en soulignant l’ambition de cette jeune adolescente mondialement connue de devenir écrivaine. Anne Frank a en effet elle-même retravaillé son journal en espérant un jour être lue… mais qu’avons-nous fait de ses écrits ?

En passant une nuit en compagnie du fantôme d’Anne Frank, Lola Lafon réveille également ses propres fantômes, transformant cet ouvrage au cahier des charges pourtant assez claire en récit beaucoup plus intimiste que prévu. L’histoire d’Anne Frank fait en effet écho à l’histoire familiale de l’autrice, de sa propre judéité à l’exil familial en France au début des années 1930, en passant par les membres de sa famille décédés à Auschwitz… et par cette grand-mère maternelle, Ida Goldman, survivante de la Shoah, qui lui a un jour offert une médaille dorée frappée du portrait d’Anne Frank, accompagnée d’une consigne : « N’oublie jamais ! »   

Cette nuit passée dans l’Annexe, confronte également l’autrice au silence et à l’absence d’Anne Frank, qui en réveille forcément d’autres, dont ce vide laissé par Charles Chea, un jeune adolescent d’origine cambodgienne qu’elle a connu à Bucarest, également privé d’avenir… mais par les Khmers rouges.

« Quand tu écouteras cette chanson » est finalement l’histoire de deux écrivaines, qui se font écho le temps d’une nuit passée dans un musée.

Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon, Stock, 180 p., 19,50 €

Elles/ils en parlent également : Frédéric, Audrey, Sylvie, Véro, Patricia, Sandrion, François, Catherine, Books & more, Comme dans un livre, Le goût de lire & autres propos

Colum McCann – Apeirogon

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 3 août 2022 by Yvan

Conflit israélo-palestinien : combat… pour la paix !

Colum McCann - ApeirogonL’Apeirogon est une figure géométrique abstraite au nombre infini de côtés, que l’auteur irlandais utilise comme métaphore afin de mettre le doigt sur les multiples facettes du conflit israélo-palestinien. S’inspirant d’une amitié réelle entre un père palestinien et un père israélien qui ont tous deux perdu leur fille à dix ans d’intervalle, Colum McCann partage leurs espoirs de paix tout en restituant toute la complexité de cette cohabitation impossible, constamment nourrie par la haine et la violence.   

Rami Elhanan est juif israélien. Bassam Aramin musulman palestinien. Smadar avait treize ans lorsqu’elle a été tuée par un kamikaze palestinien qui s’est fait exploser dans son dos. Abir avait seulement dix ans lorsqu’elle est morte touchée à la tête par une balle en caoutchouc tirée par un soldat israélien de 18 ans. Au-delà de la colère et de la vengeance, les deux pères vont s’unir dans le deuil et militer au sein des Combattants pour la Paix dans l’espoir d’une coexistence pacifique entre ces deux peuples qui entretiennent un quotidien fait de peur et de souffrance.  

En partageant l’histoire d’amitié et la lutte pacifiste de ces deux pères endeuillés et partisans de la paix, Colum McCann montre l’unique voie qui permettra de sortir de cet engrenage sanglant, tout en restituant ces petits détails du quotidien qui entretiennent continuellement ce climat de peur et de haine. Des Israéliens qui vivent dans le peur de l’attentat, espérant que le destin épargnera leurs proches à chaque nouvelle explosion, aux Palestiniens qui doivent accepter les restrictions de leur liberté tout en gardant leur calme lors des fouilles corporelles arbitraires et des interminables files aux nombreux check-points, l’auteur pointe du doigt un quotidien oppressant et particulièrement explosif.  

Au-delà du récit de ces deux pères, Colum McCann livre un roman hybride, kaléidoscopique et fragmenté, parsemé de digressions et de sauts temporels, collant parfaitement au titre de l’ouvrage et à la complexité du conflit qu’il tente d’éclairer. Du dernier repas de François Mitterrand à la migration des nombreux volatiles qui survolent Jérusalem chaque année, en passant par des digressions historiques, philosophiques, musicales, poétiques, géographiques, politiques ou religieuses, l’auteur multiplie les angles d’approche et parsème son ouvrage d’anecdotes et de micro-récits qui font toute la richesse de ce roman.

Divisé en 1001 chapitres, clin d’œil aux célèbres contes des mille et une nuits, numérotés de 1 à 500 puis de 500 à 1, avec une double section à 500 qui constitue le cœur du récit, « Apeirogon » est un roman exigeant, singulier, instructif et nécessaire, d’une richesse et d’une justesse incroyable.

Apeirogon, Colum McCann, Belfond, 512 p., 23€

Elles/ils en parlent également : Maeve, Mumu, Anthony, Kitty, Eve, Cannetille, Charlotte, Michel, Eléonore, Folavril, Jean-Pierre, Sabine, Mélanie, Diacritik, Baz’art, Sandrine, Brice

Julia Wallach – Dieu était en vacances

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 6 juillet 2022 by Yvan

Quand l’humanité part en vacances…

Julia Wallach - Dieu était en vacancesQuand la famille de Julie Wallach est déportée sur dénonciation d’un voisin, son père lui dit en arrivant dans le camp de concentration : « Je ne survivrai pas à ta mère. Mais toi, tu es jeune. Vis, rentre à la maison, et raconte ce qu’on nous a fait. ». Avec ce roman, écrit avec l’aide de Pauline Guéna, c’est chose faite !

C’est à l’émission de La Grande Librairie que je découvre Julie Wallach, âgée de 96 ans, une revenante, une battante, une survivante, une femme marquée par la barbarie, venue témoigner et transmettre aux générations suivantes…sans jamais pardonner…jamais !

Alors, oui, Julia Wallach nous sert un énième récit sur la Shoah, toujours la même recette écœurante, les mêmes ingrédients immondes. Mais chaque témoignage étant unique, elle livre surtout une histoire bouleversante, celle d’une enfant dont l’innocence fût cueillie par une humanité partie en vacances…

Au moment où Dieu a commencé à faire ses valises, les mesures anti-juives sont progressivement mises en place, suivies par des arrestations, des dénonciations, des déportations dans des train à bestiaux, l’horreur des camps, la faim, le froid, la fatigue, les coups, la maladie, le travail harassant, les exterminations et, pour ceux qui parviennent à passer entre les mailles de cet holocauste grâce au hasard, à une dose surhumaine de courage et beaucoup de chance, une marche de la mort vers un pays qui ne vous accueille même pas les bras ouverts. Ne pas lire ce roman et contribuer à l’oubli ne ferait qu’ajouter une pierre à cet édifice de la honte…   

Dieu était en vacances, Julie Wallach, Grasset, 152 p., 16€

Elles/ils en parlent également : Mimi, Laetitia, Léna, NoID, Le Manoir

Anne Berest – La carte postale

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 3 novembre 2021 by Yvan

Quatre noms sans tombe !

Anne Berest - La carte postaleLa « Carte postale » dont il est question dans le titre est celle reçue le 6 janvier 2003 par la mère de l’autrice. Totalement anonyme et représentant l’Opéra Garnier, celle-ci mentionne uniquement l’adresse de la destinataire, ainsi que quatre prénoms écrits les uns en dessous des autres: Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Ceux de ses grands-parents maternels, de sa tante et de son oncle, tous morts en déportation pendant la Seconde Guerre mondiale.

En cherchant à découvrir la provenance de cette carte, Anne Berest reconstruit progressivement une histoire familiale passée sous silence, reconstituant d’une part l’histoire de ses aïeux, tout en s’interrogeant sur sa propre identité juive. Une quête de vérité qui invite tout d’abord à faire la connaissance des membres de la famille Rabinovitch, depuis leur fuite de la Russie jusqu’à leur installation à Paris, en passant par la Lettonie et la Palestine. Puis vient l’horreur de la Shoah, de l’organisation nauséabonde de la déportation par la France aux retours surréalistes des camps, en passant inévitablement par l’horreur sur place…

Si le mystère de l’origine de la carte, permettant à l’autrice d’insuffler un aspect polar à sa quête, ne m’a pas vraiment tenu en haleine, cette enquête bouleversante permet surtout de faire revivre quatre personnages effacés par les nazis, de leur donner une voix et d’inscrire à jamais leurs noms sur la couverture d’un livre…à défaut d’avoir eu droit à une sépulture…

La carte postale, Anne Berest, Grasset, 512 p., 24 €

Ils en parlent également: Eve, Matatoune, Mélie, Emi lit, Isabelle, Elora, Nina, Lili, Muriel, Willy, Madlemans, Moonpalaace, Books Moods & More, Page après page, Cannetille, Alain, Catherine

 

 

 

 

Delphine Horvilleur – Vivre avec nos morts

Posted in Littérature with tags , on 31 août 2021 by Yvan

Vivre, au-delà de la mort !

Delphine Horvilleur - Vivre avec nos mortsCe nouvel essai de la célèbre femme rabbin, Delphine Horvilleur, regroupe onze histoires qui découlent de son travail d’accompagnement des défunts et de leurs proches lors des obsèques de personnalités ou d’anonymes.

De l’enterrement d’Elsa Cayat, psychanalyste de Charlie Hebdo, assassinée en 2015, aux funérailles de Simone Veil et de son amie Marceline Loridan, surnommées les « filles de Birkenau », en passant par ce petit garçon qui demande où est passé son frère décédé ou cette New-Yorkaise dépressive qui passe son temps à organiser ses propres obsèques dans les moindres détails, Delphine Horvilleur côtoie régulièrement la mort, parfois même celles de personnes qui lui sont proche, comme sa meilleure amie. D’une prière récitée par téléphone à cause du Covid à cette cérémonie en tête-à-tête avec le fils de la défunte pour seul public, Delphine Horvilleur invite à réfléchir sur la mort, tout en rendant un hommage vibrant à la vie !

Cette réflexion sur la mort est en effet avant tout un roman sur la vie, qui n’empêche pas de régulièrement sourire et qui évite de donner le dernier mot à la mort, invitant à regarder au-delà, la où la vie continue… avec ses morts. Face à cette mort, l’auteure en profite également pour dévoiler une part d’elle-même, de cette grand-mère déportée dont personne ne parle à cet oncle inhumé au cimetière alsacien de Westhoffen, en passant par cette meilleure amie dont elle partage péniblement les derniers instants…

À travers ce texte, Delphine Horvilleur se révèle surtout une conteuse hors-pair qui puise dans les textes sacrés pour parler d’un sujet qui nous concerne tous au-delà des communautés religieuses. En s’appuyant sur l’étymologie des mots et la culture juive, elle exploite toute la puissance du verbe afin de vaincre la mort et de faire l’éloge de la vie.

Instructif pour ceux qui comme moi ne connaissent pas grand-chose au judaïsme, foncièrement drôle au détour de quelques blagues typiquement juives qui m’ont fait pouffer de rire, d’une finesse rare au niveau de la plume et inévitablement bouleversant et sensible vu le thème principal, « Vivre avec nos morts » est un superbe texte que je recommande à tous ceux qui, peu importe leur croyance, envisagent de mourir un jour, voire de vivre au-delà de la mort…

Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur, Grasset, 234 p., 19,50€

Ils en parlent également : Matatoune, Domi, Hélène, Jean, Jean-Pierre, Nadia, Adeline, Sandrion, Marie, Voyages au fil des pages                                

Sorj Chalandon – Enfant de salaud

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 27 août 2021 by Yvan

L’heure du verdict !

Sorj Chalandon - Enfant de salaudÀ l’instar d’Amélie Nothomb (« Premier sang »), Sorj Chalandon (« Mon traître », « Le jour d’avant ») profite de la rentrée littéraire pour ressusciter son père d’un coup de plume.

Ayant couvert le procès de Klaus Barbie pour Libération en 1987, l’auteur ne s’interroge pas sur la culpabilité de celui que l’on surnommait « Le Bourreau de Lyon », ce chef de la gestapo de Lyon ayant donné l’ordre d’exécuter et de déporter de nombreux Juifs et étant responsable de la rafle des 44 enfants juifs d’Izieu, car celle-ci ne fait aucun doute ! Non, il s’interroge sur la culpabilité de celui que son grand-père traite de « salaud » car il l’a aperçu en uniforme allemand lors de la seconde guerre mondiale. Son père est-il vraiment un traître ?

En invitant son père dans la salle d’audience qui jugeait Klaus Barbie, Sorj Chalandon entremêle la petite et la grande histoire au sein d’un même récit. Ayant mis la main sur le dossier judiciaire de son père, condamné le 18 août 1945 à un an de prison et cinq ans de dégradation nationale, l’auteur place son propre père dans le box des accusés pour répondre à une question qui le taraude depuis l’âge de 10 ans : « Qu’as-tu fait sous l’Occupation papa ? »

Dans l’ombre des atrocités commanditées par ce barbare nazi défendu par Jacques Vergès, Sorj Chalandon découvre les errements d’un père qui retourne constamment sa veste, passant plusieurs fois d’un camp à l’autre, résistant un jour, déserteur le suivant, tricheur tout le temps. Menteur patenté, son paternel enfilait les uniformes comme des costumes de théâtre, changeant constamment de rôle et bernant tout le monde… dont ce fils incapable de démêler le vrai du faux.

« Enfant de salaud » est d’une part un devoir de mémoire, revenant sur les atrocités de la Shoah, mais surtout le cri d’amour désespéré et bouleversant d’un homme devenu journaliste en quête de vérité, dressant ici le portrait d’un père colérique, mythomane et manipulateur, auquel il tend une dernière fois la main…

Puissant !

Enfant de salaud, Sorj Chalandon, Grasset, 336 p., 20,90 €

Ils en parlent également : Matatoune, Ma collection de livres 

Primo Levi – Si c’est un homme

Posted in DIVERS, Guerre, Littérature with tags , on 6 juin 2021 by Yvan

Un devoir de mémoire !

Primo Levi - Si c'est un hommeAyant déjà lu de nombreux témoignages sur les camps, je pensais à tort que celui-ci ne serait qu’un de plus. La couverture, qui ne laissait que peu de doutes quant au contenu, ne m’incitait donc pas à l’entamer. C’était cependant une erreur capitale car, à l’instar de « Maus » d’Art Spiegelman qui est l’incontournable chef-d’œuvre sur le sujet au sein du neuvième art, celui-ci est LE roman à lire sur les camps de concentration, celui qui offre un éclairage différent et une autre dimension à cette page la plus sombre de notre Histoire.

Ce livre n’est donc malheureusement pas une fiction, mais un ouvrage autobiographique qui permet à Primo Levi de raconter sa déportation dans le camp de Monowitz (Auschwitz) de décembre 1943 jusqu’à la libération du camp par l’Armée rouge soviétique en janvier 1945.

Primo Levi permet au lecteur de pénétrer au cœur de cet Enfer et parvient à trouver des mots qui n’existent pourtant pas pour décrire les effroyables conditions de vie des prisonniers, surtout le froid, la faim et la fatigue extrêmes. En faisant preuve d’une lucidité déconcertante, il s’installe non seulement en tant que victime, mais surtout en tant que témoin, analysant la nature humaine et détaillant le processus de déshumanisation des prisonniers avec une incroyable minutie. Bouleversant !

LA lecture obligatoire… afin de perpétuer le devoir de mémoire.

Si c’est un homme, Primo Levi, Robert Laffont, 324 p., 16€

Ilsen parlent également: La Parafe, Camille, L’antre de la curiosité, Zolena, Madimado, Book’ing, Thucydide, Velidhu, L’ivre lecteur, Argali, Murmures de Kernach, Mumu, A propos de livres, Mes mots mes livres, Fanny