Archive pour Shoah

Irvin Yalom – Le Problème Spinoza

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 juin 2020 by Yvan

Quand un criminel nazi croise un humaniste…

Irvin Yalom - Le Problème SpinozaDans ce roman, Irvin Yalom imagine les portraits croisés de deux hommes que tout oppose et qui ont de surcroît vécu à trois siècles d’intervalle.

Comme le titre de cet ouvrage laisse présager, le premier personnage n’est autre que Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié à vie par la communauté juive d’Amsterdam pour ses idées trop novatrices. Ce sont celles-ci qui vont d’ailleurs poser problème au second personnage clé de ce roman : Alfred Rosenberg. Dès son plus jeune âge, ce criminel nazi condamné à mort lors du procès de Nüremberg a en effet du mal à comprendre comment le grand Goethe a pu à tel point vénérer ce philosophe juif.

Ce questionnement qui permet d’intégrer deux visions diamétralement opposées au sein d’un même récit fait toute la force de ce roman. Il y a d’une part cet idéologue nazi prônant la supériorité de la race aryenne, la haine et l’antisémitisme, puis de l’autre un humaniste prêchant l’amour.

Au cœur de ce récit philosophique d’une intelligence rare, l’Amsterdam du 17ème siècle et l’Allemagne des débuts d’Hitler se font brillamment écho. Le fond historique mélangé à l’imagination de l’auteur concernant le parcours de ces deux personnages historiques fonctionne à merveille.

Deux portraits forts et une vulgarisation philosophique qui rend accessible une pensée aussi profonde que sage… une pensée qui est finalement loin d’être un problème, tellement elle semble pouvoir offrir beaucoup de solutions aux conflits actuels…

Brillant !

Le Problème Spinoza, Irvin Yalom, Editions Galaade, 656 p., 24,40€

Ils en parlent également : Le livre d’après, Chroniques littéraires, La tête dans les livres, Ma passion les livres, The unamed boohshelf, Page après page, Livre et compagnie, A sauts et à gambades

Wladyslaw Szpilman – Le pianiste

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 31 mai 2020 by Yvan

Horriblement poignant !

Wladyslaw Szpilman - Le pianisteInitialement publié en 1946, ce récit autobiographique témoignant de l’horreur du ghetto de Varsovie sera censuré par le régime communiste polonais d’après-guerre. Il faudra attendre cinquante ans pour qu’il soit republié dans sa version originelle, notamment grâce aux efforts du fils de Wladyslaw Szpilman. Une histoire terriblement poignante, rendue célèbre par l’adaptation cinématographique de Roman Polanski.

Ce roman qui débute en Varsovie en 1939, invite à suivre la descente aux enfers de Wladyslaw Szpilman, jeune pianiste juif à la radio nationale polonaise au moment où la seconde guerre mondiale éclate. Il y a tout d’abord l’invasion allemande, suivie de la multiplication de lois antisémites… puis les portes du ghetto qui se referment sur lui et ses proches. Bienvenue en enfer !

Le parcours de Wladyslaw Szpilman relate des faits connus de tous mais qui continuent de faire froid dans le dos. Le port du brassard, les humiliations, les privations, la confiscation de biens, l’oppression du ghetto, le travail forcé, la faim, la peur, le froid, l’insécurité, la maladie, les exécutions sommaires, les dénonciations, les rafles, les déportations… et un homme qui parvient à en réchapper pour raconter l’horreur… afin que personne n’oublie !

Cinq années de calvaire et de torture psychologique constante, que l’auteur décrit avec réalisme et un détachement surprenant, proche du fatalisme, malgré une petite lueur d’espoir qui a tendance à s’allumer à chaque élan de solidarité et que l’instinct de survie garde allumée lors des pires instants.

Un emprisonnement asphyxiant au cœur du ghetto de Varsovie qui contribue à ne jamais oublier… et qui permet de relativiser notre confinement Covid 19 !

Le pianiste, Wladyslaw Szpilman, Pocket, 320 p., 6,95€

Ils en parlent également: Au fil des mots, La jument verte, Les bouquin’heures, On Bookine, NN maths et lectures

Jean-Claude Grumberg – La plus précieuse des marchandises, Un conte

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 14 avril 2019 by Yvan

Il était une fois… la Shoah !

Jean-Claude Grumberg - La plus précieuse des marchandises, Un conteJean-Claude Grumberg avait à peine quatre ans lorsque son père fut arrêté sous ses yeux pour être emmené à Drancy puis déporté à Auschwitz le 2 mars 1943 par le convoi numéro 49. Jeanine et son frère jumeau, nés le 9 novembre 1943, ont été déportés à l’âge de 28 jours dans le convoi numéro 64. Dans la réalité ils ont tous les deux péri, mais ce conte a le pouvoir d’offrir un brin d’espoir… tout en revenant sur l’horreur.

Ce conte démarre en compagnie d’un couple de bûcherons au cœur d’une forêt enneigée. Lui se retrouve réquisitionné par l’envahisseur pour des travaux d’intérêt général. Elle, aurait aimé avoir un enfant, mais a désormais passé l’âge d’en avoir. Non loin de chez eux, une ligne de chemin de fer fait déferler des trains de marchandises dont le contenu demeure mystérieux, mais qui font rêver la pauvre bûcheronne en cette période de pénurie de vivres. Jusqu’au jour où quelqu’un jette un paquet par la lucarne d’un des wagons…

Si aborder la Shoah sous forme de conte peut surprendre, ceux qui ne croient plus au merveilleux devinent bien vite que cette forêt se situe en Pologne, que les trains se dirigent vers Auschwitz et que la marchandise est condamnée d’avance. Pour l’auteur, cette marchandise s’avère cependant on ne peut plus précieuse et l’imaginaire un exutoire à ce traumatisme qui le hantera à jamais…

Il lui faudra une centaine de pages pour mettre des mots sur l’indicible. Vingt petits chapitres pour raconter une grande histoire. Un conte à la puissance évocatrice extrêmement forte, qui relate l’horreur et la cruauté sans oublier d’y insuffler une bonne dose d’humanité. Un des pires moments de l’Histoire et une idéologie destructrice que l’auteur décide de combattre avec une fable pleine d’amour et de tendresse…

« Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’amour, l’amour qui fait que malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue. »

Un conte précieux… qui n’en est malheureusement pas un !

La plus précieuse des marchandises, Jean-Claude Grumberg, Seuil, 128 p., 12€.

Ils en parlent également : Mes échappées livresques, Les Miscellanées d’USVA, Les lectures de Maman NatureLire dit-elle, Emi Lit, 31rst floor, Les liseuses, Le dit des mots, B comme bouquiner

Sarah Cohen-Scali – Max

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 3 avril 2019 by Yvan

Un bébé nazi presque parfait !

Sarah Cohen-Scali - MaxMax est un bébé issu du programme « Lebensborn », initié par Himmler et qui consiste à créer de beaux petits aryens en sélectionnant leurs géniteurs sur base de critères déterminés par Hitler afin d’œuvrer à la prolifération d’une race supérieure de blonds aux yeux bleus. Conçus sans amour, mais endoctrinés dès le plus jeune âge, ces enfants du IIIème Reich ont pour mère l’Allemagne et pour père le Führer. En attendant intentionnellement le 20 avril 1936, le jour de l’anniversaire d’Adolf Hitler, pour sortir du ventre de sa mère, le fœtus Max fait déjà preuve d’une détermination exemplaire et démontre qu’il a toutes les qualités pour devenir un SS parfait. Heil Hitler !

Sarah Cohen-Scali invite le lecteur à suivre la destinée prometteuse de Max, d’avant sa naissance jusqu’à la chute du régime. Cette narration à la première personne de la part d’un enfant qui n’est même pas encore né peut initialement surprendre (surtout que le ton utilisé par le petit Max s’avère particulièrement glaçant), mais fait très vite mouche car elle accentue/renforce toute la détermination/folie du mouvement nazi. Heureusement, au fil des rencontres et de la débâcle du IIIème Reich, les croyances idéologiques de ce fidèle représentant du nazisme va s’ébranler, augmentant ainsi l’empathie du lecteur envers ce narrateur initialement privé d’humanité.

A travers cette fiction inspirée de faits réels, Sarah Cohen-Scali montre tout d’abord le système d’endoctrinement perfide imaginé par les nazis, mais relate également des faits historiques moins connus du grand public, tels que ce programme « Lebensborn » ou le kidnapping d’enfants étrangers destinés à être « germanisés ».

Max, Sarah Cohen-Scali, Gallimard, 480p., 15,90€

Ils en parlent également : Le temps de la lecture, Mademoizelle Virgule, Laure, Amindara, Léa, Andréa, A propos de livres, Otter loves books, Bim bam books, Ode à la prose, Délia, Un livre un thé, Amande et coton, Mes aventures livresques, Liburu, Jabber the reader, La petite bibliothèque

John Boyne – Le garçon au sommet de la montagne

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 4 novembre 2018 by Yvan

Comment adhérer à l’idéologie nazie…

John Boyne - Le garçon au sommet de la montagneAyant adoré l’adaptation cinématographique bouleversante du roman phare de cet auteur (« Le garçon en pyjama rayé »), l’histoire de cet autre garçon victime de la Seconde Guerre mondiale me tentait depuis un bon moment.

« Le garçon au sommet de la montagne » raconte l’histoire de Pierrot Fisher, un orphelin de père allemand et de mère française qui se voit confié à un orphelinat d’Orléans, avant d’être recueilli par sa tante. Il échappe ainsi à la montée de l’antisémitisme en France et se retrouve isolé dans une grande demeure au sommet d’une montagne bavaroise. Sa tante Béatrix s’avère en effet être gouvernante au Berghof, la résidence secondaire d’Adolf Hitler…

À l’instar du « garçon en pyjama rayé », ce roman propose donc également un aperçu de la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’un gamin grandissant dans l’entourage des nazis et, comme l’autre garçon de John Boyne, le petit Pierrot ne réalise que progressivement les évènements qui se trament autour de lui.

Mêlant réalité et fiction, l’auteur irlandais montre la transformation de ce gamin malléable qui, ayant perdu tous ses repères, adhère progressivement à l’idéologie raciste et antisémite de cet homme charismatique qui l’accueille dans sa demeure. À travers ce roman, John Boyne illustre à merveille à quel point l’endoctrinement d’êtres faibles peu s’avérer facile…

Le garçon au sommet de la montagne, John Boyne, Gallimard, 272 p., 13 €.

Sébastien Spitzer – Ces rêves qu’on piétine

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 décembre 2017 by Yvan

Les derniers jours du régime nazi !

Sébastien Spitzer - Ces rêves qu’on piétineDe prime abord, ce premier roman de Sébastien Spitzer pourrait passer pour un énième récit sur la Seconde Guerre Mondiale. Certes, le sujet a déjà souvent été abordé, mais l’angle particulier sous lequel l’auteur nous le sert, vaut absolument le détour !

Sébastien Spitzer relate non seulement les derniers jours du régime nazi, mais offre surtout les destins croisés de quelques rescapés des camps de concentration, tentant d’échapper aux dernières représailles, et de Magda Goebbels, attendant une mort certaine aux côtés de ses enfants, de son mari, du Führer et d’autres vaincus qui se terrent au fond d’un bunker à Berlin.

Sous terre, l’épouse du Ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se souvient de ses origines modestes, de son ascension fulgurante et de ses années de gloire en tant que première dame du régime nazi. Parmi les survivants de l’horreur qui rassemblent leurs dernières forces sur des routes qui ne mènent pas forcément vers la liberté, Aimé, Judah, Fela et surtout la petite Ava, née dans le bloc 24-A d’Auschwitz, sont détenteurs d’une vérité qu’il sera impossible de nier, à l’image de ce rouleau de cuir contenant les témoignages de nombreux prisonniers, dont des lettres écrites par un certain Richard Friedländer, juif déporté et père adoptif de Magda Goebbels…

Si la force du sujet est indéniable, il faut surtout saluer l’intelligence de l’auteur, qui utilise le père de Magda Goebbels et les lettres fictives à sa fille adoptive afin de lier le parcours des bourreaux et de leurs victimes, tout en relatant des faits historiques innommables avec grande justesse et sans pathos. En invitant le lecteur dans l’intimité et la psychologie profonde de personnages de chair et sang, il insuffle une part d’humanité à des faits qui en sont pourtant dépourvus. Si ce sont surtout les personnages féminins, allant de Magda Goebbels à la petite Ava, en passant par la reporter de guerre Lee, qui s’installent au diapason de ce récit d’une force incroyable, le jeune hongrois Judah n’est pas en reste. À l’instar du récit, tous se mettent entièrement au service d’un devoir de mémoire d’une importance capitale.

Un premier roman qu’il faut donc impérativement lire !

Luc Brunschwig et Etienne Le Roux – La mémoire dans les poches, Troisième partie

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Luc Brunschwig, Trilogies, [Accessible], [DL 2017] with tags , , , on 23 juin 2017 by Yvan

Enfin toutes les réponses !

Luc Brunschwig et Etienne Le Roux - La mémoire dans les poches, Troisième partieCeux qui n’ont pas la mémoire en poche, se souviendront probablement du premier volet de cette saga, datant déjà de 2006. Le chemin parcouru fut donc presque aussi long que celui de ce papy qui doit user de copions pour rafraîchir ses souvenirs… mais l’attente valait certainement le coup.

N’ayant pas d’aide-mémoires planqués dans mes vêtements, j’ai commencé par relire les deux premiers volets avant de plonger dans la conclusion de cette chronique sociale qui devait encore révéler la plupart de ses secrets. Si le premier volet suivait principalement les pas de ce mystérieux papy souffrant de troubles de la mémoire et trimballant un nourrisson affamé au milieu d’une banlieue populaire, le lecteur suit dorénavant d’un Laurent Létignal, bien décidé à retrouver la trace de son père, disparu depuis plusieurs années. Accompagné de Marion, filmant chaque étape des éventuelles retrouvailles pour une émission télévisée, Laurent remonte donc la piste des indices abandonnés par son père en cours de route. Au fil des rencontres, il découvre les secrets et les véritables origines de son géniteur.

A l’aide de flashbacks habilement distillés et d’une narration exemplaire, qui soigne particulièrement les transitions entre les différentes époques, Brunschwig dévoile les mensonges qui fissurent progressivement cette famille en apparence tellement heureuse. Entre une mère devenue dépressive, un fils qui voit son père se transformer en véritable inconnu et le passé traumatisant du septuagénaire, Brunschwig libère progressivement toutes les souffrances de ses personnages. Si cette conclusion est une nouvelle fois d’une grande justesse et débordante d’humanité, elle s’avère surtout riche en émotions. Puisant dans son propre patrimoine familial, on sent que l’auteur a mis tout son cœur dans cette relation père-fils qui atteint son apogée sentimentale lors d’une scène finale particulièrement bouleversante.

Si la vie du septuagénaire est chargée en émotions, la découverte de son passé à travers le regard de ses proches permet également d’apporter une réponse à toutes les questions laissées en suspens lors des tomes précédents. Cet ultime volet est donc également celui des révélations, qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur, tout comme elles abandonnent régulièrement Laurent sur le cul.

La première et la dernière case de cette conclusion ont beau être similaires, ce qui se déroule entre les deux est d’une grande densité. Pourtant, malgré la complexité et la richesse de l’existence de ce septuagénaire marqué par l’occupation allemande, Luc Brunschwig parvient à livrer un récit d’une fluidité exemplaire, qui ne perd jamais son lecteur.

Au niveau du graphisme, j’ai toujours été fan du graphisme d’Etienne Le Roux et, malgré le très bon travail de Jérôme Brizard sur la colorisation du tome précédent, je suis tout de même ravi de retrouver le dessinateur aux manettes de la colorisation. Outre sa capacité à donner vie aux petites gens, j’ai donc également pris grand plaisir à replonger dans l’ambiance unique, pleine de douceur, qu’il parvient à insuffler à ses planches à l’aide de tons savamment choisis.

Une saga qui restera dans les mémoires et un coup de cœur qui mérite une petite place dans mon Top BD de l’année !