Archive pour Shoah

Primo Levi – Si c’est un homme

Posted in DIVERS, Guerre, Littérature with tags , on 6 juin 2021 by Yvan

Un devoir de mémoire !

Primo Levi - Si c'est un hommeAyant déjà lu de nombreux témoignages sur les camps, je pensais à tort que celui-ci ne serait qu’un de plus. La couverture, qui ne laissait que peu de doutes quant au contenu, ne m’incitait donc pas à l’entamer. C’était cependant une erreur capitale car, à l’instar de « Maus » d’Art Spiegelman qui est l’incontournable chef-d’œuvre sur le sujet au sein du neuvième art, celui-ci est LE roman à lire sur les camps de concentration, celui qui offre un éclairage différent et une autre dimension à cette page la plus sombre de notre Histoire.

Ce livre n’est donc malheureusement pas une fiction, mais un ouvrage autobiographique qui permet à Primo Levi de raconter sa déportation dans le camp de Monowitz (Auschwitz) de décembre 1943 jusqu’à la libération du camp par l’Armée rouge soviétique en janvier 1945.

Primo Levi permet au lecteur de pénétrer au cœur de cet Enfer et parvient à trouver des mots qui n’existent pourtant pas pour décrire les effroyables conditions de vie des prisonniers, surtout le froid, la faim et la fatigue extrêmes. En faisant preuve d’une lucidité déconcertante, il s’installe non seulement en tant que victime, mais surtout en tant que témoin, analysant la nature humaine et détaillant le processus de déshumanisation des prisonniers avec une incroyable minutie. Bouleversant !

LA lecture obligatoire… afin de perpétuer le devoir de mémoire.

Si c’est un homme, Primo Levi, Robert Laffont, 324 p., 16€

Ilsen parlent également: La Parafe, Camille, L’antre de la curiosité, Zolena, Madimado, Book’ing, Thucydide, Velidhu, L’ivre lecteur, Argali, Murmures de Kernach, Mumu, A propos de livres, Mes mots mes livres, Fanny

Yoann Iacono – Le Stradivarius de Goebbels

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 21 mars 2021 by Yvan

L’art au service de la guerre ?

Yoann Iacono - Le Stradivarius de GoebbelsPour son premier roman, Yoann Iacono nous invite à découvrir l’incroyable destinée de Nejiko Suwa, talentueuse violoniste japonaise.

Le point de départ est un Stradivarius, offert en 1943 par Joseph Goebbels à la jeune musicienne afin de sceller le rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. En faisant partie des biens confisqués aux Juifs pendant la guerre, ce cadeau n’est finalement pas seulement le symbole de cette union germano-japonaise, mais peut-être également celui de la souffrance du peuple juif. Nejiko Suwa aura en effet du mal à apprivoiser cet instrument tout au long de sa carrière, comme s’il avait une âme…

Le narrateur, lui-même musicien, part sur les traces de ce violon et restitue progressivement toutes les pistes découvertes par l’auteur au fil de plusieurs années d’enquête. De Paris au Japon, en passant par l’Allemagne et les Etats-Unis, le lecteur suit les pas de cette virtuose qui anime cocktails, réceptions et salles de concert, parsemant des notes de musique au cœur des horreurs de la guerre, comme si de rien n’était.

A l’inverse de la plupart des romans sur le sujet, qui s’efforcent de partager un point de vue issu du cœur même du conflit, celui-ci donne l’impression de se dérouler dans la loge VIP de cette Seconde Guerre Mondiale, en compagnie d’une musicienne qui s’interroge certes sur l’origine de son violon, mais qui semble néanmoins totalement déconnectée de la réalité.

Un roman qui manque peut-être d’un brin de profondeur, restant un peu trop en surface des évènements et des personnages pour être un véritable coup de cœur. Mais un ouvrage mêlant politique, histoire et musique, qui livre une approche originale d’évènements historiques méconnus, tout en invitant à réfléchir sur la place de la musique dans la propagande, à l’image de cette jeune femme constamment utilisée comme symbole, que ce soit de l’alliance entre l’Allemagne et le Japon, ou celle entre les États-Unis et son pays natal après la guerre. Faut-il partager son art peu importe le contexte ou le client, de surcroît sur un instrument confisqué au peuple oppressé, ou faut-il, comme certains artistes, par exemple refuser de jouer aux meetings de Trump ?

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono, Slatkine et cie, 268 p., 17€

Ils en parlent également : Aurore, Pascale, Eva, Anita, Ô Grimoire, MHF, Alex, Amicalement noir, Caroline, Ingrid, Lire la nuit ou pas, Anne-Sandrine, Gigi, Page après page, Un bouquin sinon rien, Annie, Squirelito

Oscar Lalo – La race des orphelins

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 31 décembre 2020 by Yvan

Une croix gammée lourde à porter !

Oscar Lalo - La race des orphelinsLa race des orphelins, c’est celle de ces enfants issus du programme « Lebensborn », initié par Himmler et qui consiste à créer de beaux petits aryens en sélectionnant leurs géniteurs sur base de critères déterminés par Hitler afin d’œuvrer à la prolifération d’une race supérieure de blonds aux yeux bleus. Conçus sans amour, mais endoctrinés dès le plus jeune âge, ces enfants du IIIème Reich ont pour mère l’Allemagne et pour père le Führer.

Née dans un Lebensborn norvégien, Hildegard Müller fait partie de ces enfants de la honte, condamnés à porter une croix, de surcroît gammée, beaucoup trop lourde à porter. Eprouvant le besoin de mettre des mots sur cette vie héritée du nazisme, la vieille femme de 76 ans convoque un scribe pour raconter son histoire.

J’avais déjà entendu parler du programme « Lebensborn », notamment dans « Max », l’excellent roman de Sarah Cohen-Scali, mais ce qui frappe immédiatement à l’entame du récit, c’est la forme atypique de ce roman. À l’instar de Joseph Ponthus dans son incontournable « A la ligne, Feuillets d’usine », Oscar Lalo se démarque immédiatement au niveau de l’originalité de sa narration.

L’histoire est en effet livrée sous forme de journal intime, fait de courts chapitres, parfois de juste quelques lignes, qui restituent avec force et brio les souvenirs fragmentés d’Hildegard. D’une plume incisive, jouant sur l’économie des mots, mais les alignant chaque fois avec une dextérité éblouissante, l’auteur livre un texte puissant et de toute beauté, où chaque mot déposé avec délicatesse rapproche Hildegard de ce passé qu’elle a toujours refusé d’accepter…

Moi qui ai plutôt tendance à lire les livres à grande vitesse, ici, toutes les deux phrases je relisais la dernière, pour mieux m’imprégner de sa justesse et de sa force. Le genre de livre que l’on a envie de distribuer dans toutes les écoles, pas seulement pour l’indispensable devoir de mémoire, mais en espérant qu’ils s’écrient « Waow, comment il déchire le mec avec ses phrases de ouf ! ».

La race des orphelins, Oscar Lalo, Belfond, 288 p., 18€

Ils en parlent également : Frédéric, Maeve, Eve, Christelle, Karine, Pauline, Fabienne, Ju, Jessica, Victoria, Flo, Ma voix au chapitre, Au fil des pages, A livre ouvert, Twin books, La minute livres, Maman nature, Maman tornade, Willy, Ma collection de livres, Valmyvoyou, L’Homme qui lit, Envie de partager les livres

Alia Cardyn – Mademoiselle Papillon

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 2 décembre 2020 by Yvan

Hommage aux infirmières !

Alia Cardyn - Mademoiselle PapillonPour son dernier roman, Alia Cardyn (« L’Envol », « Le choix d’une vie », « Une vie à t’attendre ») dresse le portrait de deux femmes à deux époques différentes, mais qui partagent la même vocation : celle d’infirmière !

Il y a tout d’abord Gabrielle, jeune infirmière dévouée en néonatologie, au bord de l’épuisement, fatiguée par ses combats quotidiens pour maintenir en vie des êtres si fragiles. Lors d’un rendez-vous avec sa mère, romancière, cette dernière lui remet le manuscrit de son dernier ouvrage, narrant la vie d’une certaine Mademoiselle Papillon…

Il y a donc ensuite l’histoire de Thérèse Papillon (1886-1983), l’héroïne qui a créé un préventorium dans l’ancienne Abbaye de Valloires au lendemain de la première guerre mondiale, afin d’y recueillir des enfants défavorisés mourant de faim dans la rue.

« Ces enfants s’amusent d’un bout de bois, de quelques cailloux, ils ont les loisirs de ceux qui n’ont rien, et d’un rien ils bâtissent un monde chargé de promesses. Non tenues »

Le roman est donc partagé entre deux récits, l’un se déroulant de nos jours et plongeant le lecteur dans le quotidien d’une infirmière en néonatologie, l’autre rendant hommage à Thérèse Papillon, faite chevalier de la Légion d’honneur en 1916, Officier de la Légion d’honneur en 1946 et reconnue Juste parmi les nations à titre posthume en 2016. Le récit de cette femme extraordinaire qui a traversé deux guerres en sauvant la vie des plus faibles est entrecoupé d’extraits de son carnet de bord, certes fictif, mais permettant au lecteur d’entrer dans les pensées de cette héroïne, partageant ses doutes et sa détermination à aider son prochain quoi qu’il arrive.

Un roman bien écrit qui, en mettant en scène les enfants les plus fragiles, ne peut que toucher, mais qui rend surtout un bel hommage à un métier qui le mérite plus que jamais en cette période de pandémie !

Mademoiselle Papillon, Alia Cardyn, Robert Laffont, 272 p., 18€

Ils en parlent également : Juju, Emilie, Lili, Séverine, Petite étoile livresque, A la page des livres, Lire & vous, Elodie, Domi, Annick, Nath, Mag, The Eden of Books, Balades en livres, Sophilosophe, Cyrlight, Lisezenmoi, Orlane, Quelques livres en chemin, Takalirsa, Jangelis, Jean-Paul

Irvin Yalom – Le Problème Spinoza

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 juin 2020 by Yvan

Quand un criminel nazi croise un humaniste…

Irvin Yalom - Le Problème SpinozaDans ce roman, Irvin Yalom imagine les portraits croisés de deux hommes que tout oppose et qui ont de surcroît vécu à trois siècles d’intervalle.

Comme le titre de cet ouvrage laisse présager, le premier personnage n’est autre que Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié à vie par la communauté juive d’Amsterdam pour ses idées trop novatrices. Ce sont celles-ci qui vont d’ailleurs poser problème au second personnage clé de ce roman : Alfred Rosenberg. Dès son plus jeune âge, ce criminel nazi condamné à mort lors du procès de Nüremberg a en effet du mal à comprendre comment le grand Goethe a pu à tel point vénérer ce philosophe juif.

Ce questionnement qui permet d’intégrer deux visions diamétralement opposées au sein d’un même récit fait toute la force de ce roman. Il y a d’une part cet idéologue nazi prônant la supériorité de la race aryenne, la haine et l’antisémitisme, puis de l’autre un humaniste prêchant l’amour.

Au cœur de ce récit philosophique d’une intelligence rare, l’Amsterdam du 17ème siècle et l’Allemagne des débuts d’Hitler se font brillamment écho. Le fond historique mélangé à l’imagination de l’auteur concernant le parcours de ces deux personnages historiques fonctionne à merveille.

Deux portraits forts et une vulgarisation philosophique qui rend accessible une pensée aussi profonde que sage… une pensée qui est finalement loin d’être un problème, tellement elle semble pouvoir offrir beaucoup de solutions aux conflits actuels…

Brillant !

Le Problème Spinoza, Irvin Yalom, Editions Galaade, 656 p., 24,40€

Ils en parlent également : Le livre d’après, Chroniques littéraires, La tête dans les livres, Ma passion les livres, The unamed boohshelf, Page après page, Livre et compagnie, A sauts et à gambades

Wladyslaw Szpilman – Le pianiste

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 31 mai 2020 by Yvan

Horriblement poignant !

Wladyslaw Szpilman - Le pianisteInitialement publié en 1946, ce récit autobiographique témoignant de l’horreur du ghetto de Varsovie sera censuré par le régime communiste polonais d’après-guerre. Il faudra attendre cinquante ans pour qu’il soit republié dans sa version originelle, notamment grâce aux efforts du fils de Wladyslaw Szpilman. Une histoire terriblement poignante, rendue célèbre par l’adaptation cinématographique de Roman Polanski.

Ce roman qui débute en Varsovie en 1939, invite à suivre la descente aux enfers de Wladyslaw Szpilman, jeune pianiste juif à la radio nationale polonaise au moment où la seconde guerre mondiale éclate. Il y a tout d’abord l’invasion allemande, suivie de la multiplication de lois antisémites… puis les portes du ghetto qui se referment sur lui et ses proches. Bienvenue en enfer !

Le parcours de Wladyslaw Szpilman relate des faits connus de tous mais qui continuent de faire froid dans le dos. Le port du brassard, les humiliations, les privations, la confiscation de biens, l’oppression du ghetto, le travail forcé, la faim, la peur, le froid, l’insécurité, la maladie, les exécutions sommaires, les dénonciations, les rafles, les déportations… et un homme qui parvient à en réchapper pour raconter l’horreur… afin que personne n’oublie !

Cinq années de calvaire et de torture psychologique constante, que l’auteur décrit avec réalisme et un détachement surprenant, proche du fatalisme, malgré une petite lueur d’espoir qui a tendance à s’allumer à chaque élan de solidarité et que l’instinct de survie garde allumée lors des pires instants.

Un emprisonnement asphyxiant au cœur du ghetto de Varsovie qui contribue à ne jamais oublier… et qui permet de relativiser notre confinement Covid 19 !

Le pianiste, Wladyslaw Szpilman, Pocket, 320 p., 6,95€

Ils en parlent également: Au fil des mots, La jument verte, Les bouquin’heures, On Bookine, NN maths et lectures

Jean-Claude Grumberg – La plus précieuse des marchandises, Un conte

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 14 avril 2019 by Yvan

Il était une fois… la Shoah !

Jean-Claude Grumberg - La plus précieuse des marchandises, Un conteJean-Claude Grumberg avait à peine quatre ans lorsque son père fut arrêté sous ses yeux pour être emmené à Drancy puis déporté à Auschwitz le 2 mars 1943 par le convoi numéro 49. Jeanine et son frère jumeau, nés le 9 novembre 1943, ont été déportés à l’âge de 28 jours dans le convoi numéro 64. Dans la réalité ils ont tous les deux péri, mais ce conte a le pouvoir d’offrir un brin d’espoir… tout en revenant sur l’horreur.

Ce conte démarre en compagnie d’un couple de bûcherons au cœur d’une forêt enneigée. Lui se retrouve réquisitionné par l’envahisseur pour des travaux d’intérêt général. Elle, aurait aimé avoir un enfant, mais a désormais passé l’âge d’en avoir. Non loin de chez eux, une ligne de chemin de fer fait déferler des trains de marchandises dont le contenu demeure mystérieux, mais qui font rêver la pauvre bûcheronne en cette période de pénurie de vivres. Jusqu’au jour où quelqu’un jette un paquet par la lucarne d’un des wagons…

Si aborder la Shoah sous forme de conte peut surprendre, ceux qui ne croient plus au merveilleux devinent bien vite que cette forêt se situe en Pologne, que les trains se dirigent vers Auschwitz et que la marchandise est condamnée d’avance. Pour l’auteur, cette marchandise s’avère cependant on ne peut plus précieuse et l’imaginaire un exutoire à ce traumatisme qui le hantera à jamais…

Il lui faudra une centaine de pages pour mettre des mots sur l’indicible. Vingt petits chapitres pour raconter une grande histoire. Un conte à la puissance évocatrice extrêmement forte, qui relate l’horreur et la cruauté sans oublier d’y insuffler une bonne dose d’humanité. Un des pires moments de l’Histoire et une idéologie destructrice que l’auteur décide de combattre avec une fable pleine d’amour et de tendresse…

« Voilà la seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vraie vie. L’amour, l’amour qui fait que malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue. »

Un conte précieux… qui n’en est malheureusement pas un !

La plus précieuse des marchandises, Jean-Claude Grumberg, Seuil, 128 p., 12€.

Ils en parlent également : Mes échappées livresques, Les Miscellanées d’USVA, Les lectures de Maman NatureLire dit-elle, Emi Lit, 31rst floor, Les liseuses, Le dit des mots, B comme bouquiner