Archive pour Shoah

Delphine Horvilleur – Vivre avec nos morts

Posted in Littérature with tags , on 31 août 2021 by Yvan

Vivre, au-delà de la mort !

Delphine Horvilleur - Vivre avec nos mortsCe nouvel essai de la célèbre femme rabbin, Delphine Horvilleur, regroupe onze histoires qui découlent de son travail d’accompagnement des défunts et de leurs proches lors des obsèques de personnalités ou d’anonymes.

De l’enterrement d’Elsa Cayat, psychanalyste de Charlie Hebdo, assassinée en 2015, aux funérailles de Simone Veil et de son amie Marceline Loridan, surnommées les « filles de Birkenau », en passant par ce petit garçon qui demande où est passé son frère décédé ou cette New-Yorkaise dépressive qui passe son temps à organiser ses propres obsèques dans les moindres détails, Delphine Horvilleur côtoie régulièrement la mort, parfois même celles de personnes qui lui sont proche, comme sa meilleure amie. D’une prière récitée par téléphone à cause du Covid à cette cérémonie en tête-à-tête avec le fils de la défunte pour seul public, Delphine Horvilleur invite à réfléchir sur la mort, tout en rendant un hommage vibrant à la vie !

Cette réflexion sur la mort est en effet avant tout un roman sur la vie, qui n’empêche pas de régulièrement sourire et qui évite de donner le dernier mot à la mort, invitant à regarder au-delà, la où la vie continue… avec ses morts. Face à cette mort, l’auteure en profite également pour dévoiler une part d’elle-même, de cette grand-mère déportée dont personne ne parle à cet oncle inhumé au cimetière alsacien de Westhoffen, en passant par cette meilleure amie dont elle partage péniblement les derniers instants…

À travers ce texte, Delphine Horvilleur se révèle surtout une conteuse hors-pair qui puise dans les textes sacrés pour parler d’un sujet qui nous concerne tous au-delà des communautés religieuses. En s’appuyant sur l’étymologie des mots et la culture juive, elle exploite toute la puissance du verbe afin de vaincre la mort et de faire l’éloge de la vie.

Instructif pour ceux qui comme moi ne connaissent pas grand-chose au judaïsme, foncièrement drôle au détour de quelques blagues typiquement juives qui m’ont fait pouffer de rire, d’une finesse rare au niveau de la plume et inévitablement bouleversant et sensible vu le thème principal, « Vivre avec nos morts » est un superbe texte que je recommande à tous ceux qui, peu importe leur croyance, envisagent de mourir un jour, voire de vivre au-delà de la mort…

Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur, Grasset, 234 p., 19,50€

Ils en parlent également : Matatoune, Domi, Hélène, Jean, Jean-Pierre, Nadia, Adeline, Sandrion, Marie, Voyages au fil des pages                                

Sorj Chalandon – Enfant de salaud

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 27 août 2021 by Yvan

L’heure du verdict !

Sorj Chalandon - Enfant de salaudÀ l’instar d’Amélie Nothomb (« Premier sang »), Sorj Chalandon (« Mon traître », « Le jour d’avant ») profite de la rentrée littéraire pour ressusciter son père d’un coup de plume.

Ayant couvert le procès de Klaus Barbie pour Libération en 1987, l’auteur ne s’interroge pas sur la culpabilité de celui que l’on surnommait « Le Bourreau de Lyon », ce chef de la gestapo de Lyon ayant donné l’ordre d’exécuter et de déporter de nombreux Juifs et étant responsable de la rafle des 44 enfants juifs d’Izieu, car celle-ci ne fait aucun doute ! Non, il s’interroge sur la culpabilité de celui que son grand-père traite de « salaud » car il l’a aperçu en uniforme allemand lors de la seconde guerre mondiale. Son père est-il vraiment un traître ?

En invitant son père dans la salle d’audience qui jugeait Klaus Barbie, Sorj Chalandon entremêle la petite et la grande histoire au sein d’un même récit. Ayant mis la main sur le dossier judiciaire de son père, condamné le 18 août 1945 à un an de prison et cinq ans de dégradation nationale, l’auteur place son propre père dans le box des accusés pour répondre à une question qui le taraude depuis l’âge de 10 ans : « Qu’as-tu fait sous l’Occupation papa ? »

Dans l’ombre des atrocités commanditées par ce barbare nazi défendu par Jacques Vergès, Sorj Chalandon découvre les errements d’un père qui retourne constamment sa veste, passant plusieurs fois d’un camp à l’autre, résistant un jour, déserteur le suivant, tricheur tout le temps. Menteur patenté, son paternel enfilait les uniformes comme des costumes de théâtre, changeant constamment de rôle et bernant tout le monde… dont ce fils incapable de démêler le vrai du faux.

« Enfant de salaud » est d’une part un devoir de mémoire, revenant sur les atrocités de la Shoah, mais surtout le cri d’amour désespéré et bouleversant d’un homme devenu journaliste en quête de vérité, dressant ici le portrait d’un père colérique, mythomane et manipulateur, auquel il tend une dernière fois la main…

Puissant !

Enfant de salaud, Sorj Chalandon, Grasset, 336 p., 20,90 €

Ils en parlent également : Matatoune, Ma collection de livres 

Primo Levi – Si c’est un homme

Posted in DIVERS, Guerre, Littérature with tags , on 6 juin 2021 by Yvan

Un devoir de mémoire !

Primo Levi - Si c'est un hommeAyant déjà lu de nombreux témoignages sur les camps, je pensais à tort que celui-ci ne serait qu’un de plus. La couverture, qui ne laissait que peu de doutes quant au contenu, ne m’incitait donc pas à l’entamer. C’était cependant une erreur capitale car, à l’instar de « Maus » d’Art Spiegelman qui est l’incontournable chef-d’œuvre sur le sujet au sein du neuvième art, celui-ci est LE roman à lire sur les camps de concentration, celui qui offre un éclairage différent et une autre dimension à cette page la plus sombre de notre Histoire.

Ce livre n’est donc malheureusement pas une fiction, mais un ouvrage autobiographique qui permet à Primo Levi de raconter sa déportation dans le camp de Monowitz (Auschwitz) de décembre 1943 jusqu’à la libération du camp par l’Armée rouge soviétique en janvier 1945.

Primo Levi permet au lecteur de pénétrer au cœur de cet Enfer et parvient à trouver des mots qui n’existent pourtant pas pour décrire les effroyables conditions de vie des prisonniers, surtout le froid, la faim et la fatigue extrêmes. En faisant preuve d’une lucidité déconcertante, il s’installe non seulement en tant que victime, mais surtout en tant que témoin, analysant la nature humaine et détaillant le processus de déshumanisation des prisonniers avec une incroyable minutie. Bouleversant !

LA lecture obligatoire… afin de perpétuer le devoir de mémoire.

Si c’est un homme, Primo Levi, Robert Laffont, 324 p., 16€

Ilsen parlent également: La Parafe, Camille, L’antre de la curiosité, Zolena, Madimado, Book’ing, Thucydide, Velidhu, L’ivre lecteur, Argali, Murmures de Kernach, Mumu, A propos de livres, Mes mots mes livres, Fanny

Yoann Iacono – Le Stradivarius de Goebbels

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 21 mars 2021 by Yvan

L’art au service de la guerre ?

Yoann Iacono - Le Stradivarius de GoebbelsPour son premier roman, Yoann Iacono nous invite à découvrir l’incroyable destinée de Nejiko Suwa, talentueuse violoniste japonaise.

Le point de départ est un Stradivarius, offert en 1943 par Joseph Goebbels à la jeune musicienne afin de sceller le rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. En faisant partie des biens confisqués aux Juifs pendant la guerre, ce cadeau n’est finalement pas seulement le symbole de cette union germano-japonaise, mais peut-être également celui de la souffrance du peuple juif. Nejiko Suwa aura en effet du mal à apprivoiser cet instrument tout au long de sa carrière, comme s’il avait une âme…

Le narrateur, lui-même musicien, part sur les traces de ce violon et restitue progressivement toutes les pistes découvertes par l’auteur au fil de plusieurs années d’enquête. De Paris au Japon, en passant par l’Allemagne et les Etats-Unis, le lecteur suit les pas de cette virtuose qui anime cocktails, réceptions et salles de concert, parsemant des notes de musique au cœur des horreurs de la guerre, comme si de rien n’était.

A l’inverse de la plupart des romans sur le sujet, qui s’efforcent de partager un point de vue issu du cœur même du conflit, celui-ci donne l’impression de se dérouler dans la loge VIP de cette Seconde Guerre Mondiale, en compagnie d’une musicienne qui s’interroge certes sur l’origine de son violon, mais qui semble néanmoins totalement déconnectée de la réalité.

Un roman qui manque peut-être d’un brin de profondeur, restant un peu trop en surface des évènements et des personnages pour être un véritable coup de cœur. Mais un ouvrage mêlant politique, histoire et musique, qui livre une approche originale d’évènements historiques méconnus, tout en invitant à réfléchir sur la place de la musique dans la propagande, à l’image de cette jeune femme constamment utilisée comme symbole, que ce soit de l’alliance entre l’Allemagne et le Japon, ou celle entre les États-Unis et son pays natal après la guerre. Faut-il partager son art peu importe le contexte ou le client, de surcroît sur un instrument confisqué au peuple oppressé, ou faut-il, comme certains artistes, par exemple refuser de jouer aux meetings de Trump ?

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono, Slatkine et cie, 268 p., 17€

Ils en parlent également : Aurore, Pascale, Eva, Anita, Ô Grimoire, MHF, Alex, Amicalement noir, Caroline, Ingrid, Lire la nuit ou pas, Anne-Sandrine, Gigi, Page après page, Un bouquin sinon rien, Annie, Squirelito

Oscar Lalo – La race des orphelins

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 31 décembre 2020 by Yvan

Une croix gammée lourde à porter !

Oscar Lalo - La race des orphelinsLa race des orphelins, c’est celle de ces enfants issus du programme « Lebensborn », initié par Himmler et qui consiste à créer de beaux petits aryens en sélectionnant leurs géniteurs sur base de critères déterminés par Hitler afin d’œuvrer à la prolifération d’une race supérieure de blonds aux yeux bleus. Conçus sans amour, mais endoctrinés dès le plus jeune âge, ces enfants du IIIème Reich ont pour mère l’Allemagne et pour père le Führer.

Née dans un Lebensborn norvégien, Hildegard Müller fait partie de ces enfants de la honte, condamnés à porter une croix, de surcroît gammée, beaucoup trop lourde à porter. Eprouvant le besoin de mettre des mots sur cette vie héritée du nazisme, la vieille femme de 76 ans convoque un scribe pour raconter son histoire.

J’avais déjà entendu parler du programme « Lebensborn », notamment dans « Max », l’excellent roman de Sarah Cohen-Scali, mais ce qui frappe immédiatement à l’entame du récit, c’est la forme atypique de ce roman. À l’instar de Joseph Ponthus dans son incontournable « A la ligne, Feuillets d’usine », Oscar Lalo se démarque immédiatement au niveau de l’originalité de sa narration.

L’histoire est en effet livrée sous forme de journal intime, fait de courts chapitres, parfois de juste quelques lignes, qui restituent avec force et brio les souvenirs fragmentés d’Hildegard. D’une plume incisive, jouant sur l’économie des mots, mais les alignant chaque fois avec une dextérité éblouissante, l’auteur livre un texte puissant et de toute beauté, où chaque mot déposé avec délicatesse rapproche Hildegard de ce passé qu’elle a toujours refusé d’accepter…

Moi qui ai plutôt tendance à lire les livres à grande vitesse, ici, toutes les deux phrases je relisais la dernière, pour mieux m’imprégner de sa justesse et de sa force. Le genre de livre que l’on a envie de distribuer dans toutes les écoles, pas seulement pour l’indispensable devoir de mémoire, mais en espérant qu’ils s’écrient « Waow, comment il déchire le mec avec ses phrases de ouf ! ».

La race des orphelins, Oscar Lalo, Belfond, 288 p., 18€

Ils en parlent également : Frédéric, Maeve, Eve, Christelle, Karine, Pauline, Fabienne, Ju, Jessica, Victoria, Flo, Ma voix au chapitre, Au fil des pages, A livre ouvert, Twin books, La minute livres, Maman nature, Maman tornade, Willy, Ma collection de livres, Valmyvoyou, L’Homme qui lit, Envie de partager les livres

Alia Cardyn – Mademoiselle Papillon

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 2 décembre 2020 by Yvan

Hommage aux infirmières !

Alia Cardyn - Mademoiselle PapillonPour son dernier roman, Alia Cardyn (« L’Envol », « Le choix d’une vie », « Une vie à t’attendre ») dresse le portrait de deux femmes à deux époques différentes, mais qui partagent la même vocation : celle d’infirmière !

Il y a tout d’abord Gabrielle, jeune infirmière dévouée en néonatologie, au bord de l’épuisement, fatiguée par ses combats quotidiens pour maintenir en vie des êtres si fragiles. Lors d’un rendez-vous avec sa mère, romancière, cette dernière lui remet le manuscrit de son dernier ouvrage, narrant la vie d’une certaine Mademoiselle Papillon…

Il y a donc ensuite l’histoire de Thérèse Papillon (1886-1983), l’héroïne qui a créé un préventorium dans l’ancienne Abbaye de Valloires au lendemain de la première guerre mondiale, afin d’y recueillir des enfants défavorisés mourant de faim dans la rue.

« Ces enfants s’amusent d’un bout de bois, de quelques cailloux, ils ont les loisirs de ceux qui n’ont rien, et d’un rien ils bâtissent un monde chargé de promesses. Non tenues »

Le roman est donc partagé entre deux récits, l’un se déroulant de nos jours et plongeant le lecteur dans le quotidien d’une infirmière en néonatologie, l’autre rendant hommage à Thérèse Papillon, faite chevalier de la Légion d’honneur en 1916, Officier de la Légion d’honneur en 1946 et reconnue Juste parmi les nations à titre posthume en 2016. Le récit de cette femme extraordinaire qui a traversé deux guerres en sauvant la vie des plus faibles est entrecoupé d’extraits de son carnet de bord, certes fictif, mais permettant au lecteur d’entrer dans les pensées de cette héroïne, partageant ses doutes et sa détermination à aider son prochain quoi qu’il arrive.

Un roman bien écrit qui, en mettant en scène les enfants les plus fragiles, ne peut que toucher, mais qui rend surtout un bel hommage à un métier qui le mérite plus que jamais en cette période de pandémie !

Mademoiselle Papillon, Alia Cardyn, Robert Laffont, 272 p., 18€

Ils en parlent également : Juju, Emilie, Lili, Séverine, Petite étoile livresque, A la page des livres, Lire & vous, Elodie, Domi, Annick, Nath, Mag, The Eden of Books, Balades en livres, Sophilosophe, Cyrlight, Lisezenmoi, Orlane, Quelques livres en chemin, Takalirsa, Jangelis, Jean-Paul

Irvin Yalom – Le Problème Spinoza

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 juin 2020 by Yvan

Quand un criminel nazi croise un humaniste…

Irvin Yalom - Le Problème SpinozaDans ce roman, Irvin Yalom imagine les portraits croisés de deux hommes que tout oppose et qui ont de surcroît vécu à trois siècles d’intervalle.

Comme le titre de cet ouvrage laisse présager, le premier personnage n’est autre que Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié à vie par la communauté juive d’Amsterdam pour ses idées trop novatrices. Ce sont celles-ci qui vont d’ailleurs poser problème au second personnage clé de ce roman : Alfred Rosenberg. Dès son plus jeune âge, ce criminel nazi condamné à mort lors du procès de Nüremberg a en effet du mal à comprendre comment le grand Goethe a pu à tel point vénérer ce philosophe juif.

Ce questionnement qui permet d’intégrer deux visions diamétralement opposées au sein d’un même récit fait toute la force de ce roman. Il y a d’une part cet idéologue nazi prônant la supériorité de la race aryenne, la haine et l’antisémitisme, puis de l’autre un humaniste prêchant l’amour.

Au cœur de ce récit philosophique d’une intelligence rare, l’Amsterdam du 17ème siècle et l’Allemagne des débuts d’Hitler se font brillamment écho. Le fond historique mélangé à l’imagination de l’auteur concernant le parcours de ces deux personnages historiques fonctionne à merveille.

Deux portraits forts et une vulgarisation philosophique qui rend accessible une pensée aussi profonde que sage… une pensée qui est finalement loin d’être un problème, tellement elle semble pouvoir offrir beaucoup de solutions aux conflits actuels…

Brillant !

Le Problème Spinoza, Irvin Yalom, Editions Galaade, 656 p., 24,40€

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