Grégoire Delacourt – Mon père


Briser le silence !

Grégoire Delacourt - Mon pèreLorsque j’ai confiance en un auteur, comme c’est le cas avec Grégoire Delacourt, j’évite de lire le quatrième de couverture de leurs nouveaux romans afin de me laisser surprendre. Après lecture, je dois bien avouer que je ne m’attendais pas à un tel récit de la part de l’auteur de « La liste de mes envies », qui dénonce ici les abus sexuels au sein de l’Église.

Le récit raconte l’histoire d’un père qui envoie son fils de dix ans dans une colonie encadrée par des prêtres. Mais au retour des vacances, le petit Benjamin n’est plus tout à fait le même : perte d’appétit, cauchemars, pipi au lit et isolement. Il faudra du temps à Édouard Roussel pour découvrir l’origine de ces symptômes et parvenir à imaginer l’impensable. Animé par un sentiment de culpabilité de ne pas avoir su mettre des mots sur le silence de son fils, ainsi que par un sentiment de vengeance destructrice, il fait irruption dans l’église, détruit tous les objets sacrés qu’il trouve à portée de main et s’apprête à commettre l’irréparable sur le coupable de ces actes pédophiles immondes…

Grégoire Delacourt livre un huis-clos écœurant entre un prêtre pédophile et le père de sa victime, où ce dernier cherche non seulement à assouvir son désir de vengeance, mais exige également la confession du religieux, afin de tout savoir. L’échange qui en résulte est à la limite du supportable car, à travers ce roman, l’auteur choisit de donner une voix à ces enfants qui se sont murés dans le silence et, refusant de taire l’horreur, il nous impose des scènes qui laissent inévitablement des traces. Afin de mieux montrer ce qui a été détruit par le biais de ces agissements insoutenables, il entrecoupe ce face-à-face de souvenirs datant d’une période où l’insouciance et l’innocence n’avaient pas encore été souillés de la pire des manières…

Un roman dérangeant, dénonçant les actes de pédophilie dans le milieu ecclésiastique, qu’il faut dévorer lentement afin d’éviter tout vomissement et qui démontre que la prière n’est peut-être pas le meilleur moyen pour que cela n’arrive plus…

Mon père, Grégoire Delacourt, JC Lattès, 256 p., 18€

Ils en parlent également : Mes échappées livresques, MaeveKoryfée, Aude, Margaux, Lili, VéroniqueMy pretty Books, Pause polarsSangpages, A la page des livres, Plumes et pages, Douceur de lireEntre deux livres, Des pages et des lettres, Nuit de livres4 Bookine, Fflo la dilettanteSorbet-Kiwi, Pamolico, Zéro Janvier,

8 Réponses to “Grégoire Delacourt – Mon père”

  1. Merci du partage ! Je te rejoins sur ton avis, il est dur mais nécessaire !

  2. Jolie chronique, très juste je trouve ! Merci du partage 😉

  3. Belle critique Yvan. Ces agissements criminels à l’encontre des enfants, commis par des hommes qui portent sois disant la parole du Christ, un message d’amour.. c’est la pire des choses que l’on puisse infliger à ces enfants. Je note donc ce livre salutaire. 😊

  4. C’est malheureusement plus répandu qu’on pourrait le croire…

  5. Très chouette critique. Merci pour le partage.
    Bises,
    Maeve

  6. small business afterthis

    Grégoire Delacourt – Mon père | Sin City

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