Sophie Jomain – Les perce-neige s’éveillent sous les flocons

Posted in Littérature with tags on 25 janvier 2023 by Yvan

La magie de Noël !

Sophie Jomain - Les perce-neige s'éveillent sous les floconsRassurez-vous, je ne participe pas au marathon de comédies de Noël entamé par LaBiblidOnee, je suis juste fan de Sophie Jomain (lisez « Quand la nuit devient jour »), qui m’invite régulièrement à plonger dans l’ambiance de Noël. C’était déjà le cas avec l’excellent « Les étoiles brillent plus fort en hiver » ou l’année dernière avec « Les tortues ne fêtent pas Noël sous la neige », qui importait l’ambiance de Noël au cœur des Caraïbes, dans un décor qui ne s’y prêtait pourtant pas à la base.

L’atmosphère de Noël est cette fois-ci moins artificielle car l’autrice nous emmène dans le Refuge du Perce-neige, dans le massif du Mont-Blanc. Liia Josserand et son père y élèvent une cinquantaine de rennes en semi-liberté, tout en transmettant la culture Sami aux visiteurs du gîte. Un endroit féerique qui risque malheureusement de disparaître car les résultats financiers plongent de plus en plus dans le rouge, sans parler du coût des soins médicaux du fils de Liia, atteint d’un lourd handicap dès la naissance, l’obligeant à subir des interventions chirurgicales aussi onéreuses que régulières. Peut-être que les deux hôtes très particuliers qui viennent y séjourner à l’aube de Noël pourront mettre un peu de beurre dans les épinards, surtout que le premier est un chef étoilé désireux de mettre de la viande de rennes à son menu de Noël et que l’autre, venu en traîneau tiré par ses propres rennes, prétend s’appeler Nicolas Clauss…

Au menu de cette nouvelle comédie de Noël, Sophie Jomain (« Et tu entendras le bruit de l’eau », « M’asseoir cinq minutes avec toi ») nous sert à nouveau une belle romance et des personnages hauts en couleur extrêmement attachants, le tout saupoudré de ce brin d’humour dont elle a le secret. Outre ces ingrédients traditionnels que l’on retrouve avec plaisir, elle y ajoute une bonne dose de résilience et un brin de tolérance, à l’image de cette maman courageuse qui se plie en quatre pour offrir le meilleur avenir possible à ce gamin différend, victime de malformations du visage, qui souffre surtout du regard des autres et d’un manque de confiance en soi.

Au final, je ne sais pas si c’est la magie de Noël qui a opéré ou celle de la plume de Sophie Jomain, mais si vous êtes en manque de neige à cause du réchauffement climatique ou que vous avez besoin d’une bonne dose de « Feel Good » débordant de tendresse, je vous invite à enfiler vos Moon Boots pour rejoindre le Refuge du Perce-neige sous une avalanche de flocons.

Les perce-neige s’éveillent sous les flocons, Sophie Jomain, Charleston, 304 p., 19€

Elles/ils en parlent également : Suzie, Livre sa vie, Marine, A la page des livres, Fabienne, La Bibliojoe, Laure, Aurore

Philippe Besson – Ceci n’est pas un fait divers

Posted in Littérature with tags , on 21 janvier 2023 by Yvan

Le féminicide n’est pas un fait divers !

Philippe Besson - Ceci n’est pas un fait divers« Papa vient de tuer maman. »

À l’inverse du « happy-end » américain, Philippe Besson livre une grosse claque d’entrée en débutant son nouveau roman par ces cinq mots qui retiennent immédiatement toute l’attention du lecteur. Une phrase courte, percutante et lourde de sens, prononcée au téléphone par une gamine de treize ans qui vient d’assister à l’innommable qui se cache derrière ces cinq mots. À l’autre bout du fil, la vie du grand frère de dix-neuf ans vient de basculer. C’est lui qui encaisse l’onde de choc qui accompagne cette phrase, qui va remonter le fil de sa vie pour chercher les indices qui permettraient d’expliquer l’inexplicable, qui va sauter dans le premier train afin de recoller les quelques morceaux qu’il reste de cette famille volée en éclats et qui va se transformer en narrateur afin de mettre des mots et surtout des sentiments sur cet événement qui, pour lui, est tout sauf un simple fait divers !

À l’instar de David Lelait-Helo dans son excellent « Je suis la maman du bourreau », Philippe Besson (« Paris-Briançon ») se glisse dans la peau des victimes collatérales d’un crime. Tandis que le médecin légiste examine le corps de cette mère tuée de dix-sept coups de couteau par son mari, Philippe Besson se livre à l’autopsie de sa famille, décortiquant les prémices et les conséquences du drame avec une précision quasi chirurgicale. Des signes précurseurs, allant d’une jalousie excessive à de la violence psychologique, aux répercussions du drame, en passant par l’escalade des violences conjugales et les lâchetés de ceux qui ne sont pas intervenus, Philippe Besson fouille le passé et analyse le présent, pointant non seulement du doigt ce fait de société qui alimente trop souvent la page des faits divers de l’actualité, mais sortant surtout de l’ombre ces victimes invisibles dont on ne parle pas : ces proches traumatisés, endeuillés et meurtris à jamais !

Ce qui me séduit à chaque fois dans les romans de Philippe Besson, c’est l’élégance de sa narration, qu’il combine cette fois à l’intelligence de ne pas en faire trop, de ne pas rechercher les effets de style afin de décrire ce sujet délicat avec pudeur et grande justesse. Laissant de côté les envolées issues de ses propres tripes qui m’ont tellement séduit lors de ses ouvrages plus intimes, l’auteur de « Arrête avec tes mensonges » pose ici ses mots avec grande délicatesse sur les blessures d’un autre. S’imposant des limites à ne pas franchir, des libertés à ne pas saisir, comme une sorte de retenue qui s’impose vis-à-vis de ce récit inspiré de faits réels qu’il désire conserver au plus près de la réalité tout en se l’appropriant avec brio, Philippe Besson s’attaque au féminicide d’une plume alliant sobriété et sensibilité.

Non, le féminicide n’est pas un fait divers !

Ceci n’est pas un fait divers, Philippe Besson, Julliard, 208 p., 20€

Elles/ils en parlent également: Anthony, Frédéric, Sonia, Karine, Kitty, Stelphique, Baz’Art, Rose, Célittérature, Elodie

Neyef – Hoka hey!

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, One-shots, Rue de Sèvres, [Accessible] with tags , on 18 janvier 2023 by Yvan

Un western initiatique de toute beauté !

Neyef - Hoka hey!Ne lisant dorénavant plus qu’une bande dessinée par an, je me dois de la choisir avec grand soin. Après l’excellent « Goldorak » de l’année dernière, j’ai cette fois fait confiance à l’excellent Label 619 et à Neyef, auteur qui m’avait déjà séduit lors de deux tomes de la série Doggybags (Tome 3 et Tome 5) et qui était également aux manettes de l’excellent hors-série « South Central Stories ».

En empruntant le cri de guerre des Indiens Lakotas, rendu célèbre par l’emblématique Crazy Horse, le titre de cette bande dessinée nous emmène immédiatement au Far West… de quoi ravir l’amateur de westerns que je suis.

« Hoka hey! » invite à suivre la quête vengeresse de Little Knife et No moon, deux Indiens accompagnés d’un Irlandais nommé Sully. Lorsque le trio infernal croise la route de Georges, un jeune Lakota élevé dans une réserve indienne par le pasteur Clemente, ils sont subitement confronté à un dilemme cornélien: éliminer ce témoin gênant ou l’emmener avec eux… au risque de se voir ralentis alors qu’ils ont un chasseur de primes collé à leurs basques ?

« Hoka hey! » c’est avant tout un superbe objet, un grand format au dos toilé comme « Shangri-La », comprenant plus de 200 pages. Un choix qui permet de proposer un graphisme très aéré, parsemé de grandes cases panoramiques qui restituent à merveille les grands espaces de l’Ouest sauvage et qui permettent une approche visuelle très cinématographique, qui sied particulièrement bien au genre. Alternant des passages plus contemplatifs, de toute beauté, avec des scènes plus dynamiques et violentes, dignes de Tarantino, Neyef allie avec grand brio esthétisme et rythme, invitant le lecteur à admirer les paysages tout en le plongeant dans la violence inévitable du Far West.

« Hoka hey! » c’est également un western initiatique qui permet d’aborder des thèmes qui demeurent malheureusement d’actualité, tels que les origines, la culture, les traditions, le racisme ou notre rapport à la nature. Une quête identitaire emmenée par des personnages hauts en couleur auxquels le lecteur s’attache très vite. En pointant du doigt le sort réservé à ces autochtones parqués dans des réserves et à ce gamin dont on tente d’effacer les origines à coups de citations bibliques, Neyef invite à respecter les racines des gens afin de ne pas nourrir des sentiments de vengeance et de haine qui ne mènent à rien de bon.

Un coup de cœur alliant violence et émotions !

Hoka Hey !, Neyef, Label 619, 226 p., 22,90€

Elles/ils en parlent également : Matatoune, Nico, Nathalie

Amélie Antoine – Pourquoi tu pleures ?

Posted in Amélie Antoine, Littérature with tags , on 14 janvier 2023 by Yvan

Lisez Amélie Antoine !

Amélie Antoine - Pourquoi tu pleures ?Amélie Antoine (« Le bonheur l’emportera », « Le jour où », « Sans elle ») fait partie de ces auteurs qui parviennent à se glisser dans un quotidien qui pourrait être le vôtre, avec une aisance incroyable. Puis, une fois à l’intérieur, de sa plume incisive, elle gratte là où ça fait mal, sondant l’âme des occupants, libérant des sentiments cachés au plus profond, dévoilant leur face cachée, elle vous piétine le cœur avant de vous délivrer un uppercut final qui vous met définitivement à terre.

Si, du coup, je n’hésite jamais à me ruer sur ses romans, il y a cependant une chose que je déteste chez elle : le fait de ne quasi pas pouvoir vous parler du roman afin de ne pas gâcher votre plaisir de lecture. Vu qu’un simple « Lisez-le ! » serait un peu trop sommaire, je vais tout de même faire une tentative de vous parler de « Pourquoi tu pleures ? » sans rien dévoiler de l’intrigue.

La petite famille qui a cette fois la mauvaise idée d’ouvrir sa porte à Amélie Antoine est composée de Lilas Colombel, une jeune maman, Maxime, l’homme de sa vie, et Zélie, leur petite fille de quatre mois qui vient parachever ce véritable conte de fées. En ce 18 juin 2022, Lilas étant un peu sur les rotules à cause de la petite qui fait ses dents, son mari, on ne peut plus bienveillant, lui propose de souffler un peu : Il se rendra seul avec Zélie à la pendaison de crémaillère de son collègue pendant que Lilas profitera d’une petite soirée en solitaire bien méritée, faite d’un bon bain relaxant, d’une assiette de sushis et de beaucoup de repos. Sauf qu’au petit matin, totalement paniquée, elle téléphone à la police car Maxime et Zélie ne sont jamais rentrés…

Passant constamment de ce présent qui démarre par un événement pour le moins flippant au passé de Lilas livré sous forme de carnets intimes, Amélie Antoine livre progressivement tous les éléments qui permettront de lever le voile sur cette mystérieuse disparition. Au fil des pages, elle nous invite à partager le quotidien du couple, à remonter dans leur passé, retirant un peu de vernis à gauche, dévoilant quelques taches de moisissure à droite, quelques manquements ici et là. Le lecteur se balade, constatant en effet que la maison s’avère déjà moins belle vue de l’intérieur, aperçoit un mur arriver droit devant et se le prend en pleine face, se dit qu’il évitera cette marche défaillante qu’il vient de remarquer, mais les dévale finalement toutes la tête la première. Se dit merde, il faisait tellement lumineux en entrant, mais là ça devient vachement sombre, termine à peine sa pensée et se prend une nouvelle porte en plein dans la tronche, puis trébuche une nouvelle fois sans être certain de pouvoir se relever… Amélie Antoine, le regarde alors totalement hébétée en demandant : « Mais… Pourquoi tu pleures ? »

« Pourquoi tu pleures ? » est un thriller psychologique prenant, que l’on dévore de la première à la dernière page avec l’envie de découvrir toutes les pièces de ce puzzle machiavélique, oppressant, dérangeant et glaçant au possible.

Lisez « Raisons obscures », lisez « Quand on n’a que l’humour », lisez Amélie Antoine !

Pourquoi tu pleures ?, Amélie Antoine, Muscadier, 282 p., 19,50€

Elles/ils lisent également Amélie Antoine : Juju, Audrey, Laurence, Mes échappées livresques, Cindy, Elodie, Lily, Maman nature

Chris Whitaker – Duchess

Posted in Littérature with tags , on 11 janvier 2023 by Yvan

Une hors-la-loi extrêmement attachante !

Chris Whitaker - DuchessVous avez aimé Turtle, la jeune adolescente de quatorze ans élevée dans une vieille bicoque insalubre par son père rustre et incestueux dans « My absolute darling » de Gabriel Tallent, ou Betty, la petite guerrière indienne qui grandit au cœur d’une fratrie de huit enfants dans une maison en ruine dans « Betty » de Tiffany McDaniel, voire la petite Kya qui vit seule avec son père alcoolique dans une cabane enfouie dans les marais de la Caroline du Nord dans « Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens ? Alors vous allez adorer Duchess, la jeune hors-la-loi de Chris Whitaker !

Duchess est une jeune adolescente de treize ans qui n’est pas née sous une bonne étoile. Une écorchée vive, fille d’un père inconnu et d’une mère légèrement toxicomane et fortement alcoolique, obligée de mettre son enfance dans le placard afin de s’occuper de son petit frère de cinq ans. Mal nourrie, mal habillée et mal élevée, Duchess Day Radley s’est forgée une carapace solide au fil des ans, s’autoproclamant même « hors-la-loi » afin d’officialiser sa rébellion. Lorsque l’homme responsable du malheur de sa mère sort de prison après trente années de réclusion, elle n’est pas la seule à craindre que de nouveaux malheurs vont venir perturber le quotidien déjà pas très folichon de la petite ville côtière de Cape Haven.    

Chris Whitaker livre tout d’abord un roman initiatique profondément noir aux allures de polar, qui lève progressivement le voile sur les nombreux secrets et les nombreux drames qui ont frappé la petite communauté de Cape Haven en général et la famille de la pauvre Duchess en particulier. Outre cette enquête policière qui tient en haleine jusqu’à ce final surprenant, l’auteur livre surtout une galerie de personnages hauts en couleur auxquels il est quasi impossible de ne pas s’attacher. De Thomas Noble, le jeune noir à la main atrophiée à l’excentrique Dolly, en passant par l’assistante sociale Shelly, Chris Whitaker a l’art de croquer ses personnages avec grand brio. Mais le personnage que personne ne pourra oublier en refermant ce roman est bien évidemment la lumineuse Duchess, dont la répartie fait constamment mouche au fil des pages et qui développe des liens émouvants avec de nombreux protagonistes, notamment avec son irrésistible grand-père. Oui, cette jeune hors-la-loi frappe souvent très fort et ne manquera pas de vous faire chavirer le cœur !

Un immense coup de cœur !

Duchess, Chris Whitaker, Sonatine, 528 p., 23 €

Elles/ils en parlent également : Yvan, Lord Arsenik, Cannetille, Katia, La Belette, Caro, Jean-Marc, Mes échappées livresques, Hedwige, L’œil de Sauron, Sam, Céline, Rose, Marie-Eve, Cédric, Stelphique

David Lelait-Helo – Je suis la maman du bourreau

Posted in Littérature with tags , on 7 janvier 2023 by Yvan

Un Dieu tombé de son trône !

David Lelait-Helo - Je suis la maman du bourreauMon Dieu, quelle claque ! Quelle plume ! Quel immense coup de cœur !

Derrière ce titre racoleur, qui pourrait être celui d’un article de journal à scandale, se cache une petite perle dont le style m’a séduit dès les premières lignes. Étalant toute la beauté et la puissance de la langue française, David Lelait-Helo aborde la thématique particulièrement difficile de la pédophilie au sein de l’Église, tout en livrant le chemin de croix d’une mère qui se voit non seulement condamnée à tourner le dos à une foi qu’elle pensait inébranlable, mais également à un amour maternel qui surpassait tout… tout, mais pas ça !

Le mère du bourreau dont il est question dans le titre se nomme Gabrielle de Miremont, une fervente catholique et figure emblématique du village, qui est outrée lorsque la presse locale s’attaque à son Église en y déterrant une vieille histoire de pédophilie, un prêtre ayant soi-disant abusé de petits garçons qui lui étaient confiés durant des années. Ayant consacré sa vie à Dieu, elle a nourri son fils de la parole divine jusqu’à ce qu’il devienne prêtre de la paroisse et sa plus grande fierté. Sauf que le bourreau dont il est question dans le titre, le loup ayant violé les brebis qu’on lui avait confiées, se nomme Pierre-Marie de Miremont, son propre fils !        

Quelle idée lumineuse d’aborder cette monstruosité qu’est la pédophilie dans le milieu ecclésiastique à travers le regard aimant d’une mère qui, au crépuscule de sa vie, doit subitement tout remettre en question et ouvrir les yeux sur le côté obscur de cette Église qui avait éclairé son existence jusque-là. Usant d’une écriture à fleur de peau, David Lelait-Helo nous plonge dans les pensées de cette femme qui croyait avoir couvé un homme de Dieu, mais dont la foi chavire au fil des pages. Du déni de cette femme déterminée à servir Dieu jusqu’à son dernier souffle à la honte qui l’envahit au fil des abominations qu’elle découvre, le lecteur assite au déchirement de cette mère qui a toujours vécu dans la lumière de Dieu, prônant le pardon de tous les péchés… sauf que là, le pardon semble subitement impossible ! 

Un roman coup de cœur d’une puissance évocatrice rare et un auteur dont la Mamie Vovonne peut être fière car c’est un don du ciel d’être capable de saisir une telle horreur avec des phrases d’une beauté et d’une justesse si déconcertante !

Je ne sais pas si c’est mon intolérance à la lactose qui m’avait empêché de découvrir les romans de cet auteur dont le nom a forcément dû agir sur mon subconscient, mais je vais de ce pas ajouter « Poussière d’homme » et ses autres romans à ma PÀL. 

Lisez également « Mon Père » de Grégoire Delacourt.

Je suis la maman du bourreau, David Lelait-Helo, Héloïse d’Ormesson, 201 p., 17,50€

Elles/ils en parlent également : Aude, Joëlle, Hedwige, Audrey, Christl, Domi, Audrey, Julien, Jean-Paul, Kitty, Julie

Julien Dufresne-Lamy – Les bienheureux

Posted in Littérature, Maladie with tags , on 4 janvier 2023 by Yvan

Des héros sortis de l’anonymat !

Julien Dufresne-Lamy - Les bienheureuxJ’avais déjà repéré les précédents romans de Julien Dufresne-Lamy, mais je n’avais jamais franchi le pas pour une raison particulièrement subjective : je n’étais pas fan des couvertures. Derrière celle-ci, qui ne m’attirait de nouveau pas spécialement, l’auteur s’intéresse au sort d’enfants touchés par une maladie orpheline : le syndrome de Williams-Beuren. Difficile de rester indifférent à un tel sujet !

En suivant neuf enfants atteints de cette maladie rare, Julien Dufresne-Lamy livre un témoignage aussi bouleversant qu’instructif, qui permet de mieux cerner ce syndrome dont on ne guérit pas. Un petit morceau de chromosome en moins qui transforme la vie de Marius, Arthur, Enzo, Thomas, Maléna, Axelle, Romain, Marie, Svetlana et de leurs familles en parcours du combattant. Des gosses souffrant d’hyperacousie, d’hypercalcémie, de problèmes cardiaques, de difficultés d’alimentation, d’insomnies et d’un retard intellectuel, et qui se retrouvent de surcroît piégés dans un corps aux allures de lutin.         

En livrant leurs histoires personnelles, l’auteur partage également leur combat au quotidien, du diagnostic parfois beaucoup trop tardif au regard des autres sur cette différence qui s’accentue au fil des ans, en passant par leur courage, leurs victoires, leurs désillusions, leurs souffrances et leur engagement afin de faire évoluer la recherche et d’obtenir plus de reconnaissance pour cette maladie orpheline. 

En portant un regard rempli de tendresse et débordant d’humanité sur ces enfants, l’auteur propose un récit dénué de pathos et pas larmoyant du tout. Le portrait qu’il livre est même particulièrement lumineux car l’altération dont ils sont victimes résulte certes en plusieurs handicaps, mais également en plusieurs qualités dont on ferait bien de s’inspirer. Outre une oreille absolue, qui leur confère un lien particulier avec la musique, ces enfants pleins de joie débordent également d’empathie et font preuve d’une sociabilité extrême, qui réchauffe le cœur tout au long de la lecture.

« Les bienheureux » ne rend pas seulement hommage à ces enfants débordant d’amour, mais également à leurs proches, qui mettent souvent leurs propres vies de côté pour se transformer en véritables héros !

Les Bienheureux, Julien Dufresne-Lamy, Plon, 237 p., 19€

Elles/ils en parlent également : Juju, Amandine, Katia, Flo, Hélène, Elodie, Petite étoile livresque, Livres à profusion, Mon nez dans les bouquins