Donato Carrisi – Le Chuchoteur

Posted in Littérature with tags on 23 septembre 2016 by Yvan

Un tueur en série pas comme les autres…

Donato Carrisi - Le Chuchoteur« Le Chuchoteur » est un polar sombre et glauque qui démarre par la disparition de cinq fillettes et la découverte de six fosses contenant chacune le bras gauche d’une petite fille. Pas besoin d’être un expert en mathématiques pour constater que le compte n’est pas bon… et c’est donc le début d’une chasse à l’homme afin de retrouver le malade qui a commis ces crimes, ainsi qu’une course contre la montre afin d’essayer de retrouver la sixième gamine…

Heureusement, les chasseurs sont également six. Il y a d’une part l’unité d’investigation des crimes violents composée de Goran Gavila, le criminologue, Stern, l’agent chargé de la collecte des données, Sarah Rosa, l’experte en informatique, Klaus Boris, qui s’occupe des interrogatoires et l’inspecteur en chef Roche. Puis, ils peuvent d’autre part compter sur la présence de Mila Vasquez, une enquêtrice spécialisée dans les disparitions d’enfants. En suivant les pas de cette équipe, le lecteur est mené par le bout du nez et conduit d’une atrocité à la suivante. Donato Carrisi propose en effet un récit à tiroirs qui multiplie les rebondissements et qui nous tient en haleine jusqu’à cette conclusion surprenante qui tient toutes ses promesses.

Chaque crime révèle ainsi son lot de surprises et les meurtriers se succèdent tels des poupées russes, ne dévoilant le fameux chuchoteur qu’en toute fin de roman. L’auteur livre également de l’excellent boulot au niveau des personnages, dont les histoires personnelles et les fêlures s’intègrent avec brio à l’intrigue principale.

Bref, un roman de plus de 400 pages, qui a notamment remporté le prix SNCF du polar européen et le prix des lecteurs Livre de Poche en 2011, et qui se dévore à toute allure. Je lirai donc certainement « L’Écorchée » et « Le Tribunal des Âmes » du même auteur !

Olivier Norek – Code 93

Posted in Littérature with tags on 21 septembre 2016 by Yvan

Un polar qui sent le vécu !

Olivier Norek - Code 93Après quinze années passées dans la PJ de Seine-Saint-Denis, Olivier Norek sait de quoi il parle lorsqu’il nous propose ce premier roman qui invite à suivre l’enquête de Victor Coste, capitaine de police au groupe crime de la SDPJ du 9-3.

Tout débute par la découverte du corps sans vie et émasculé de Bébé Coulibaly, un colosse noir qui ouvre subitement les yeux sur la table d’autopsie. Puis, peu de temps après, c’est le cadavre carbonisé d’un toxico qui est retrouvé. Et pour couronner le tout, Coste reçoit également des messages anonymes qui le renvoient vers deux anciennes affaires qui semblent avoir été effacées du système avec la mention « Code 93 ». En parallèle à cette enquête policière aussi glauque qu’étrange, le lecteur suit également les pas du coupable afin de comprendre pourquoi il en est arrivé là.

Dès les premières pages, le lecteur se retrouve immédiate embarqué dans cette intrigue qui multiplie les meurtres spectaculaires et particulièrement violents. Si l’identité du tueur est dévoilée bien avant la fin de l’histoire, le lecteur ne décroche néanmoins pas une seule seconde de ce roman qui ne souffre d’aucun temps mort. Le point fort de ce polar est qu’il sent le vécu et qu’il transpire le réalisme. Les personnages sont très humains et particulièrement attachants et l’on prend donc grand plaisir à suivre les interactions de cette équipe de flic très soudée.

Au niveau du style, Olivier Norek ne propose pas d’envolées lyriques, mais une écriture sans fioritures qui va à l’essentiel, privilégiant le rythme et l’efficacité.

Bref, un bon polar, efficace et réaliste, qui sent le vécu !

Brian Michael Bendis et Stuart Immonen – Ultimate Spider-Man – Mort d’un bouffon ! (Tome 10)

Posted in BANDES DESSINÉES, Brian M Bendis, Comics, Deluxe, Intégrales, Panini, Spider-Man, [Avec super-héros], [DL 2016] with tags on 19 septembre 2016 by Yvan

Stuart Immonen à la place de Bagley !

Brian Michael Bendis et Stuart Immonen - Ultimate Spider-Man – Mort d’un bouffon ! (Tome 10)J’étais curieux de découvrir cette dixième intégrale qui reprend les épisodes #106 à #117 d’Ultimate Spider-Man, car le tome précédent marquait un sérieux tournant dans l’histoire de cette version modernisée de l’univers de Spider-Man, proposant une approche plus contemporaine et plus « Teenage », visant à conquérir un jeune public parfois rebuté par quarante ans de continuité.

L’intégrale précédente reprenait en effet le fameux centième épisode de la série, tout en s’attaquant à l’un des passages clés de la mythologie du personnage : l’incontournable « Saga du Clone » ! Outre la découverte de l’identité secrète de Spider-Man par Tante May, le tome précédent était surtout le dernier signé Bagley au dessin. Après plus de cents numéros, le lecteur ouvrait donc cette nouvelle intégrale avec une certaine appréhension au niveau du graphisme. Force est cependant de constater que Stuart Immonen s’en sort haut la main, en s’adaptant même assez bien au style de Bagley.

Au niveau de l’intrigue, le premier arc invite à suivre les plans d’un Daredevil qui enrôle Spider-Man, Docteur Strange, Iron Fist et Moon Knight pour éliminer définitivement le Caïd. Si le récit propose un ennemi qui fait forcément le poids, il livre surtout une conversion intéressante et touchante entre Spidey et sa tante, suite aux révélations du tome précédent. Si la résolution de l’intrigue s’avère un peu trop rapide une fois l’identité de la taupe révélée, cette histoire qui aborde également les problèmes relationnels entre Peter et Kitty Pryde / Mary Jane est finalement assez divertissante et agréable à suivre.

Le second arc débute par l’évasion classique d’un bon nombre de criminels d’une prison high-tech pour super-méchants, qui marque le retour pour le moins musclé de Norman Osborn, alias le Bouffon Vert. Si le titre de l’album spoile un peu la fin du récit, le lecteur a néanmoins droit à une histoire dynamique et riche en rebondissements.

Bref, encore un bon tome, mêlant action et développement psychologique de Spidey et de ses proches.

Katarina Mazetti – Le Mec de la tombe d’à côté

Posted in Littérature with tags on 16 septembre 2016 by Yvan

L’amour peut-il lier deux êtres que tout sépare ?

Katarina Mazetti - Le Mec de la tombe d'à côtéMa première erreur en m’attaquant à ce roman coup de cœur dans plusieurs librairies a été de croire qu’il s’agissait d’un polar. Le titre claquait pourtant bien, mais il s’agit en fait d’une histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose.

Il y a d’une part Désirée, une bibliothécaire désormais veuve qui risque elle-même de mourir d’ennui si elle ne trouve pas vite quelqu’un pour mettre un peu de piment dans sa vie. Puis, il y a Benny, un agriculteur qui se noie dans le travail pour faire survivre la ferme familiale depuis que sa mère est décédée. Malgré le fossé culturel qui les sépare, les deux vont néanmoins réussir à se rencontrer sur un lieu pour le moins improbable, mais qui explique cependant l’origine du titre de l’ouvrage : un cimetière !

Dès la première rencontre, le lecteur se dit que, vu l’endroit, il peut immédiatement enterrer toute relation amoureuse entre cette intello et ce cul-terreux, mais, poussé par la curiosité du spectacle offert et par l’originalité de cette narration qui alterne le point de vue des deux protagonistes, il continue de tourner les pages afin de découvrir où ce choc entre les deux univers va le mener.

L’idée de départ est donc amusante, avec des chapitres qui sont tour à tour consacrés à Désirée et à Benny, offrant ainsi un récit à deux voix assez drôle, qui renforce l’impression que les deux violons ne parviendront jamais à s’accorder. Malheureusement, je trouve que Katarina Mazetti en fait très vite de trop, nuisant finalement à la crédibilité des personnages et sombrant régulièrement dans un humour forcé, voire désespérant. Au fil des pages, j’ai même fini par me lasser de l’alternance des narrateurs, me demandant où cette farce devenue trop longue allait finalement me mener. Alors certes, j’ai parfois souri, mais je me suis surtout lassé de ces personnages finalement trop caricaturaux, de cet humour trop facile et pas toujours efficace, et même de cette histoire d’amour improbable qui ne sera finalement pas parvenue à m’émouvoir.

Un roman léger, facile, amusant et probablement pas fait pour moi, que j’ai terminé malgré la lassitude, espérant découvrir d’où venait l’engouement envers cet ouvrage, mais je ne l’ai malheureusement pas trouvé et ne m’attaquerai donc pas à la suite…

Lars Kepler – L’Hypnotiseur

Posted in Littérature with tags on 14 septembre 2016 by Yvan

Du bon polar scandinave !

Lars Kepler - L'HypnotiseurAyant rarement été déçu par un polar scandinave, je me devais d’un jour tenter un roman de Lars Kepler, pseudonyme d’un couple d’écrivains, Alexander et Alexandra Ahndoril. Je me suis donc attaqué au premier roman à quatre mains des Ahndoril : L’Hypnotiseur !

J’ai immédiatement fait la connaissance d’Erik Maria Bark, le personnage principal de ce polar suédois. Ce psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus fut également longtemps un expert de renom en hypnose médicale. Ayant définitivement tourné le dos à l’hypnose suite à un scandale qui a failli lui coûter sa carrière et sa famille, le médecin n’exerce plus depuis dix ans… jusqu’à ce coup de téléphone nocturne de Joona Linna, inspecteur principal à la Rikskim de Kungsholmen. Ce dernier aimerait avoir recours à l’hypnose sur un jeune adolescent hospitalisé en état de choc après avoir assisté au massacre de sa famille, ceci afin de retrouver au plus vite le coupable de ce crime abject.

Voilà donc le point de départ de cette enquête policière qui vous happe dès la première page, malgré un style d’écriture qui privilégie le rythme et l’efficacité à la finesse. Le récit est construit en deux parties, l’une se concentrant sur l’enquête policière et l’autre revenant sur le scandale qui a poussé Bark à ne plus avoir recours à l’hypnose. Si la seconde est victime de quelques redondances et n’est pas dénué de quelques longueurs, l’ensemble s’avère néanmoins assez prenant et riche en rebondissements, surtout que la vie privée de Bark et que la santé et les fréquentations de son fils ne manquent pas non plus d’intérêt.

Bref, une très bonne lecture et j’ai donc hâte de découvrir les autres romans signés Lars Kepler.

Jussi Adler Olsen – L’Effet Papillon

Posted in Littérature with tags on 12 septembre 2016 by Yvan

Fraude et immigration !

Jussi Adler Olsen - L'Effet PapillonAprès « Miséricorde », « Profanation », « Délivrance » et « Dossier 64 », le Département V de la police criminelle de Copenhague reprend du service.

Si le fameux service de police chargé d’élucider les vieilles affaires non résolues s’intéresse cette fois à la disparition inexpliquée d’un fonctionnaire du Bureau d’aide au Développement qui était en Afrique pour enquêter sur de possibles malversations financières, l’équipe de choc met cependant du temps à entrer en scène. Jussi Adler-Olsen démarre en effet son intrigue en Afrique et plus précisément au Cameroun, avant de nous emmener sur les traces de Marco, un jeune gitan qui écume les rues de Copenhague pour délester les passants de leurs biens, tout en rêvant d’un avenir meilleur, loin de son oncle tyrannique qui dirige le clan.

De plus, le petit Marco est tellement attachant que ses déboires relèguent nos amis du département V au second plan. Heureusement, le chemin du jeune pickpocket finit par croiser celui de Carl Mørck et sa bande lorsqu’il se retrouve bien malgré lui au centre de l’enquête entourant la mystérieuse disparition de William Stark. Cette nouvelle intrigue tient à nouveau la route et n’a aucun mal à nous tenir en haleine de la première à la dernière page. Cette cinquième enquête du département V aborde également des sujets d’actualité, tels que l’immigration et l’exploitation des minorités, tout en pointant à nouveau du doigt une société danoise dont les hauts dignitaires n’hésitent cette fois pas à détourner l’argent destiné à des programmes d’aide humanitaire.

Pour le cinquième dossier de ce « Cold Case » à la danoise, le lecteur prend donc à nouveau plaisir à retrouver ce trio improbable, même s’il se retrouve un peu dans l’ombre de Marco. Outre la psychologie très soignée des personnages, Jussi Adler Olsen nous régale avec leur complicité et leurs interactions. Il y a tout d’abord le policier bourru, classique dans son genre : un fin limier avec une grande gueule, qui n’est pas fort apprécié par ses collègues. Si le personnage de Carl Mørck est très réussi, la vedette revient néanmoins inévitablement à son assistant Hafez el Assad. Cet homme à tout faire se révèle à nouveau plein de surprises et… de proverbes débordant de dromadaires. Ce réfugié politique syrien qui prend son boulot très à cœur est un personnage très attachant dont chaque intervention fait mouche et dont le passé intrigue au plus haut point. Puis il y a la dernière recrue en date, Rose, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et qui est également réfractaire à toute forme d’autorité. De plus, si notre ami Carl Mørck doit gérer une équipe toujours aussi originale, tout en s’attaquant à un nouveau dossier épineux, il doit également faire face à une vie privée de plus en plus compliquée et même intégrer un véritable boulet imposé par son nouveau chef de département au sein de son équipe. Heureusement que les progrès de son ancien coéquipier paraplégique sont là pour lui réchauffer le cœur.

L’auteur prend donc amplement le temps de soigner la psychologie de ces personnages, qui prennent de l’ampleur au fil des tomes. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, que ce soit Hardy, le coéquipier tétraplégique qui squatte son salon, ou Mona Ibsen, la psychologue dont il est éperdument amoureux, voire même les enfants soldats africains qui viennent ajouter du piment et du suspense en deuxième partie de récit.

Si l’ambiance est à nouveau foncièrement sombre, avec des actes d’une violence parfois extrême, Jussi Adler Olsen parvient à nouveau à y insuffler un ton assez léger en y intégrant beaucoup d’humour. Ce ton singulier, insufflé par des enquêteurs singuliers et parfois assez borderline, apporte une touche de légèreté qui augmente le plaisir de lecture.

Vivement la prochaine enquête !

Jeanne Benameur – Otages Intimes

Posted in Littérature with tags on 9 septembre 2016 by Yvan

Le douloureux retour à la vie…

Jeanne Benameur - Otages Intimes« Otages intimes » est le récit d’une lente reconstruction… Celle d’Etienne, photographe de guerre. Cet homme qui risquait sa vie pour mettre un visage sur les victimes de la guerre a été pris en otage et vient d’être libéré après de longs mois de captivité. La liberté qu’on lui octroie a cependant tout d’un leurre car le traumatisme est tellement profond qu’il demeure prisonnier des images de l’horreur qu’il a vécu. Afin de reprendre pied et de réapprendre à vivre, il retourne dans son village natal auprès de sa mère et de ses amis d’enfance… qui ne seront pas de trop pour l’accompagner sur ce long et douloureux chemin qui mène à la véritable liberté et à la paix, avec soi et avec les autres…

« Je pense toujours aux Chinoises et à leurs pieds bandés. Quand on enlevait les bandes qui avaient torturé ces pieds, la torture recommençait. Le sang qui circule à nouveau fait mal. »

« Otages intimes » est donc l’histoire d’un homme qui doit réapprivoiser les moindres petites choses du quotidien. Le temps qu’il a passé en apnée a été beaucoup trop long et la remontée des profondeurs ramène inévitablement le passé à la surface. Puis une fois sorti du gouffre, il doit retrouver son souffle, dépasser le traumatisme et retrouver la joie de vivre malgré les horreurs qui existent dans le monde…

« Derrière les paupières de mon fils il y a l’horreur du monde. Dans cette tête que je caresse, combien de cris perdus, d’appels de paroles brisées, les ruines de tant de vie les ruines, les ruines… mon dieu… comment faire pour vivre dans les décombres… la désolation… et les larmes d’Etienne coulent aussi sur son visage. »

« Otages intimes » c’est surtout le merveilleux style d’écriture de Jeanne Benameur. Des mots qui vous cueillent comme des notes de musiques et saisissent les émotions avec une justesse incroyable. Prenant tout son temps, elle nous installe au plus profond de l’intimité des personnages, en prise direct avec leurs sentiments. Débordante d’humanité, la mélodie qu’elle compose fait écho aux ravages causés par la captivité et permet de comprendre le ressenti de cet otage qui revient de loin et de ses proches qui ont également vécu dans la peur…

« Son pas aura désormais cette fragilité de qui sait au plus profond du cœur qu’en donnant la vie à un être on l’a voué à la mort. Et plus rien pour se mettre à l’abri de cette connaissance que les jeunes mères éloignent instinctivement de leur sein. Parce qu’il y a dans le premier cri de chaque enfant deux promesses conjointes : je vis et je mourrai. Par ton corps je viens au monde et je le quitterai seul.
Il n’y a pas de merci.
(…) Il faudra pourtant qu’elle réponde de cela toute sa vie dans la part obscure que les mères tiennent cachée. Et toute sa vie elle luttera contre la peur sourde de qui a voué un être au temps. Elle transportera la crainte d’abord sur les petits riens de l’enfance vulnérable : une chute possible, un mauvais mal. Mais la grande peur, celle qui traverse les rêves obscurs, elle n’en parlera à personne. Jamais. C’est l’ombre des mères. »

Un joli coup de cœur, qui mérite donc une belle place dans mon Top Livres !

Ils en parlent également : Noukette, Jérôme

« Sous tous les gestes de mère il y a un soupir. Toujours. Et personne pour l’entendre. Pas même celle qui soupire. Les mères prennent tellement l’habitude de faire et faire encore qu’elles ne savent plus elles-mêmes le soupir suspendu dans leur cœur. »