Valérie Tong Cuong – Par amour

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 24 mars 2017 by Yvan

La guerre à hauteur d’homme !

Valérie Tong Cuong - Par amourCe roman signé Valérie Tong Cuong relate l’enfer vécu par la ville du Havre durant la Seconde Guerre mondiale. C’est à travers l’histoire de deux familles, dont les mères sont sœurs, que l’auteure nous plonge dans l’horreur de cette ville occupée par l’ennemi et bombardée par les alliés.

En nous invitant dans l’intimité de ces deux familles, Valérie Tong Cuong parvient à nous faire vivre l’Histoire à hauteur d’homme. Le lecteur vit l’exode, les restrictions, les bombardements, la maladie et les pertes en compagnie des personnages, partageant leurs peurs et leurs espoirs. Le fait de changer de narrateur au fil des chapitres multiplie de surcroît les points de vue et permet d’aborder l’horreur à travers des regards différents. Le choix du roman choral augmente non seulement l’empathie envers chacun des protagonistes, mais offre également un avantage indéniable au niveau du rythme. Si cette approche contraint l’auteure à se glisser dans la peau de nombreux personnages et qu’elle a forcément une affinité plus forte envers les personnages féminins et les enfants et un peu moins envers le marin nommé Thuriau, personnage secondaire mais narrateur d’un événement clé, le résultat s’avère cependant d’une efficacité remarquable. Chaque caractère est différent, a ses propres failles et doit inévitablement prendre des décisions difficiles, allant de protéger un enfant juif à envoyer sa progéniture loin des combats… des choix cornéliens, pas toujours bons, souvent pris dans l’urgence et par nécessité, mais toujours par amour… qu’il soit maternel, paternel, fraternel ou autre…

Un incontournable de ce début d’année !

Ils en parlent également: Noukette

Visitez également le site de l’auteure: http://valerietongcuong.com/

Gess – La Malédiction de Gustave Babel

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, One-shots, [Avancé], [DL 2017] with tags , on 22 mars 2017 by Yvan

Biographie d’un tueur sur fond de Baudelaire !

Gess - La Malédiction de Gustave BabelPour son premier album en solo, Gess (La brigade chimérique, L’œil de la nuit, Carmen Mc Callum) propose un récit pour le moins singulier.

Le récit débute en compagnie de Gustave Babel, au moment où l’ex-tueur à gages vient d’être abattu dans sa retraite argentine par son ancien employeur. Profitant des derniers instants au seuil de la mort, il se remémore son passé au sein du monde du crime…

Servi sous forme de long flash-back entremêlant passages oniriques et anciennes missions, « La Malédiction de Gustave Babel » peut initialement déstabiliser. Pourtant au fil des pages et des souvenirs de Gustave Babel, Gess apporte toutes les réponses et comble tous les trous dans l’existence de son personnage. Du rôle de cette organisation mafieuse surnommé la Pieuvre à l’étrange Hypnotiseur, en passant par Mado, son amie d’enfance, tout devient progressivement clair. L’auteur renforce encore l’aspect onirique de l’ensemble en intégrant des citations de Baudelaire à la biographie de son tueur.

Si le scénario est une réussite, l’objet en lui-même est également de toute beauté. De cette couverture en relief à cette superbe colorisation qui s’installe immédiatement au diapason de cette ambiance envoûtante, Gess livre en effet un véritable sans-faute.

Un one-shot original, envoûtant et fortement recommandé, que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Jeff Lemire et Greg Smallwood – Moon Knight, Bienvenue en Nouvelle Egypte

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Panini, Séries, [Avec super-héros], [DL 2017], [En cours] with tags on 20 mars 2017 by Yvan

Marc Spector est un malade mental !

Jeff Lemire et Greg Smallwood - Moon Knight, Bienvenue en Nouvelle EgypteMoon Knight est un super-héros Marvel auquel j’ai beaucoup de mal à accrocher. De temps en temps, profitant d’un relaunch ou du début d’un nouvel arc, je refais une tentative, mais, rien à faire, je n’adhère pas. Je me souviens avoir fait une tentative lors du run de Charlie Huston et David Finch, qui avaient essayé de faire revivre le personnage en 2006. J’ai ensuite profité du relaunch au sein de la collection Marvel Now par Warren Ellis pour effectuer un nouvel essai… plus ou moins concluant, même si j’aurais préféré un long run à cette relance à coups de one-shots.

Pourtant, malgré un héros qui ne m’attire pas plus que ça et une collection « All-New All-Different Marvel » qui me laisse de marbre, une fois en librairie, la couverture de cet album me fait de l’œil… pas uniquement parce qu’elle est splendide, mais surtout parce que le nom de Jeff Lemire y apparaît. Rien que l’idée de découvrir la vision de cet auteur que j’affectionne particulièrement sur ce personnage mentalement perturbé suffit donc à me précipiter sur ce premier volet qui reprend les épisodes #1 à #5, initialement parus en 2016.

Et j’ai franchement bien fait car Jeff Lemire exploite à merveille l’instabilité mentale du personnage en le présentant comme un homme atteint de troubles de la personnalité et interné dans un hôpital psychiatrique. Cela permet à l’auteur de jouer avec le lecteur, l’obligeant constamment à faire lui-même le tri entre les événements réels et ce qui se trame dans l’esprit de Marc Spector. Jeff Lemire profite également de ce « vol au-dessus d’un nid de coucou » pour incorporer de nombreuses facettes issues du passé du héros, allant de personnages secondaires tels que Jean-Paul DuChamp, Marlene Alraune et Bertrand Crawley à ses identités passées (Jake Lockley, Steven Grant), en passant par l’inévitable Konshu, le dieu de la Lune.

Si la maîtrise narrative est impressionnante, il faut également saluer les belles prestations de Greg Smallwood au dessin et à l’encrage et de Jordie Bellaire à la colorisation. Outre des découpages originaux et une utilisation intelligente du blanc, j’ai également beaucoup apprécié le « character design ». J’ai notamment pris plaisir à retrouver le look très classe, déjà présent dans le run de Warren Ellis, présentant un héros vêtu d’un superbe costume et d’un masque blanc orné du symbole de la lune. Notons également la présence de quelques belles planches dessinées par Wilfredo Torres, Francesco Francavilla et James Stokoe.

Je ne suis peut-être toujours pas un aficionado du personnage, mais je demeure grand fan de Jeff Lemire !

Medoruma Shun – Les Pleurs du vent

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 19 mars 2017 by Yvan

Les larmes qui découlent de la guerre…

Medoruma Shun - Les Pleurs du ventLe récit se déroule dans un petit village d’Okinawa, où d’étranges pleurs s’échappent d’un ancien ossuaire, caché au milieu d’une falaise, alimentant depuis près de quarante ans de nombreuses rumeurs. Attiré par le mystère qui entoure ce crâne qui émet des sons qui font froid dans le dos, une bande de gamins du coin se lance comme défi d’escalader la falaise.
À l’occasion de la commémoration de la bataille d’Okinawa, un journaliste d’une chaîne de télévision s’intéresse également à la légende de ce crâne qui aurait appartenu à un kamikaze. Un agriculteur de la bourgade s’oppose cependant fermement à ce projet de reportage…

Ce crâne qui transforme le vent en pleurs n’est qu’un prétexte utilisé par l’auteur, lui-même originaire d’Okinawa, pour nous parler de son île tout en abordant des thèmes beaucoup plus délicats, tels que les dégâts psychologiques causés par la guerre, le devoir des kamikazes ou l’humiliation de la défaite et de la reddition du Japon. Les pleurs du crâne iront même jusqu’à symboliser les souffrances générées par la dernière bataille de la Seconde Guerre mondiale. Même quarante ans après, ce conflit a laissé une empreinte indélébile, que ce soit sur le journaliste et l’agriculteur, qui ont tous deux vécu la bataille d’Okinawa d’une perspective différente, ou sur cette génération suivante qui part à l’assaut de cette falaise et de tout ce qu’elle représente.

Le style typiquement japonais, empli de poésie et d’onirisme, de Medoruma Shun est de toute beauté et contribue à nous conduire tout en douceur au cœur des pleurs générés par cette guerre. L’écrivain ne manque pas non plus de nous décrire son île avec passion et grande précision, décrivant chaque parcelle de la nature et restituant l’humidité et la chaleur de la contrée d’Okinawa.

Un roman court, sensible et puissant !

Shilpi Somaya Gowda – Un fils en or

Posted in Littérature with tags , , on 17 mars 2017 by Yvan

Amour, traditions et immigration !

Shilpi Somaya Gowda - Un fils en orAnil Patel, le fils en or, vient d’une famille influente du Gujarat. Après avoir effectué des études de médecine en Inde, il est admis à suivre une formation dans un hôpital de Dallas aux Etats-Unis. Leena, son amie d’enfance connaît cependant un parcours moins doré. Fille d’un métayer, elle se retrouve mariée à un homme brutal qui convoitait uniquement sa dot et devient l’esclave de sa belle-famille…

Ce roman qui voyage entre les États-Unis et l’Inde invite à découvrir les différences culturelles à travers les yeux d’un fils de riches propriétaires terriens indiens, qui s’éloigne progressivement de sa terre d’origine sans pour autant parvenir à s’intégrer totalement dans son pays d’accueil.

Lors de son séjour en Amérique, Anil Patel devra en effet faire face au choc des cultures, aux préjugés et à un racisme parfois violent. S’éloignant progressivement de ses racines, il se forge une nouvelle identité et découvre le rythme infernal et l’univers impitoyable des hôpitaux. Le poids des coutumes demeure cependant parfois lourd à porter. Des appels téléphoniques réguliers de sa mère à ce rôle d’arbitre qu’il doit reprendre à la mort de son père, l’obligeant à régler les conflits entre les habitants de la région, Anil conserve le contact avec son Inde natale. Sans oublier Leena, qu’il n’a jamais su effacer de ses pensées… même s’ils n’appartiennent pas à la même caste.

Shilpi Somaya Gowda dresse ainsi un portrait remarquable de la société indienne, avec ses castes et ses traditions. À travers la destinée de Leena, il pointe également du doigt le système des dots et les mariages arrangés.

Malgré une fin légèrement trop brusque par rapport au rythme du reste du récit, cette histoire d’amour qui nous plonge dans les coutumes et les traditions indiennes, tout en se penchant sur le métier de médecin et en évoquant la difficulté pour les expatriés de s’intégrer, est un véritable coup de cœur.

Lecture vivement conseillée donc !

Renaud Dillies – Loup

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags on 15 mars 2017 by Yvan

Une musique dont on se souvient !

Renaud Dillies - LoupQuand l’auteur de Bulles et Nacelles, de Betty Blues, de Saveur Coco, d’Alvin et d’Abélard publie un album en solo à la couverture si alléchante, il est très difficile de ne pas se laisser tenter.

L’animal qu’il invite cette fois à suivre est un loup amnésique à la recherche de son passé. Errant sans but et sans identité, quelques notes de musique sortant d’un bar semblent étonnamment réveiller quelque chose en lui. Suivant la mélodie, il se retrouve très vite avec une guitare entre les mains et découvre avec stupéfaction qu’il est virtuose…

À l’instar de la cigogne jouant de la cithare dans Saveur Coco, du canard qui gagnait sa vie en jouant de la trompette dans Betty Blues ou de la petite souris écrivain et mélomane en mal d’inspiration dans Bulles et Nacelles, Renaud Dillies propose à nouveau un héros musicien… même s’il doit encore le découvrir au fil des pages. Ce don retrouvé permet une nouvelle fois à l’auteur d’installer un fond délicieusement musical à son récit.

Cet album, intitulé « Loup », comme l’animal, mais également comme le masque, change donc de personnage, mais sans quitter le registre musical. Cette nouvelle mélodie dramatique, parsemée de moments philosophiques et poétiques, se révèle inévitablement très touchante, malgré une fin légèrement trop abrupte. Cette invitation à découvrir nos talents cachés est de nouveau servie par un graphisme d’une délicatesse rare. Comme à chaque fois, l’univers graphique de Renaud Dillies joue un rôle très important dans le succès de cet album. C’est en effet un véritable plaisir de retrouver cette ambiance délicieusement poétique et ces personnages animaliers bercés par une petite note de musique qui vient ajouter encore plus de saveur au récit. Exploitant à merveille un format gaufrier pourtant classique, l’auteur invite à suivre des personnages aussi expressifs qu’attachants dans une ambiance musicale dont il a le secret et qui se place au diapason du scénario.

Ils en parlent également : Mo’

Ken Liu – L’homme qui mit fin à L’Histoire

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 13 mars 2017 by Yvan

Témoignage historique sur l’Unité 731 !

Ken Liu - L'homme qui mit fin à L’HistoireCela fait un petit temps que j’avais envie de lire un ouvrage de la collection « Une heure lumière » de chez le Bélial’.

À mes yeux, ce roman de Ken Liu s’apparente finalement plus à un témoignage historique qu’à de la science-fiction. L’auteur utilise en effet le concept du voyage dans le temps pour se concentrer sur une page sombre et plutôt méconnue (en occident) de l’Histoire: l’Unité 731 !

Chaque pays possède probablement une page de son Histoire dont elle a honte et qu’elle préfèrerait oublier ou effacer, voire même nier. C’est le cas de cette Unité 731 créée en 1932 par l’Armée impériale japonaise, en plein conflit sino-japonais. Durant près d’une décennie, les japonais y ont livré des expériences scientifiques innommables sur des cobayes humains, allant de vivisections sans anesthésie à l’expérimentation d’armes bactériologiques, en passant par des viols et de la torture. Des milliers de personnes, pour la plupart chinoises, sont mortes dans d’horribles souffrances dans ce camp d’expérimentation nippon…

Le récit imaginé par Ken Liu, lui-même d’origine chinoise, se déroule dans un futur proche et invite à suivre Evan Wei, historien sino-américain, et son épouse Akemi Kirino, physicienne japonaise. Le couple met au point une invention permettant à une personne de voyager dans le temps afin d’y assister à un moment déterminé du passé. Les deux scientifiques décident d’utiliser leur procédé afin de lever le voile sur les exactions commises par l’Unité 731 et rétablir la vérité autour de cet évènement historique passé sous silence. Le seul petit hic de leur invention est que chaque instant du passé ne peut être visualisé qu’une seule fois avant de disparaître définitivement… ce qui rend évidemment difficile de valider les faits constatés…

Si j’ai apprécié l’idée de base et le contenu de ce livre, je suis par contre beaucoup moins fan de la forme. Ken Liu construit en effet son roman sous forme de documentaire constitué de successions de témoignages, d’interviews, d’extraits de commission parlementaires et autres. Cette narration à la façon d’un reportage télévisé (fallait-il même décrire les mouvements de caméra ?) permet certes d’alternes les différentes opinions, tout en donnant un aspect très réaliste à l’ensemble, mais c’est d’une froideur pas possible. Je n’ai du coup éprouvé aucune empathie envers les personnages principaux ou les différents intervenants. De plus, ce récit d’à peine plus de cent pages, survole l’histoire un peu trop vite, ce qui empêche également l’auteur d’approfondir les différents personnages, voire même de nous en apprendre un peu plus sur cette fameuse Unité 731.

Outre le devoir de mémoire, l’intérêt du livre se situe surtout au niveau de la réflexion qu’il suscite chez le lecteur. « L’Homme qui mit fin à l’Histoire » n’offre pas seulement une approche intéressante du voyage dans le temps, mais soulève aussi de nombreux questionnements philosophiques, étiques ou même juridiques. Si le récit dénonce forcément le crime de guerre, il pointe également du doigt le négationnisme, invite à réfléchir sur le métier d’historien… et surtout à se souvenir.

Ils en parlent également: Bibliocosme