Morgan Audic – De bonnes raisons de mourir

Posted in Littérature with tags on 17 juillet 2019 by Yvan

Une enquête hautement radioactive !

Morgan Audic - De bonnes raisons de mourirCe deuxième polar du Breton Morgan Audic débute par la découverte d’un cadavre atrocement mutilé, suspendu à la façade d’un bâtiment de Pripiat, à la vue des touristes venus visiter l’endroit. La victime, Léonid Sokolov, n’est autre que le fils du petro-oligarque Vektor Sokolov, ancien ministre de l’énergie en 1986. Le capitaine de police Joseph Melnyk et sa jeune collègue, Galina Novak, fraîchement sortie de l’académie de police, sont chargés de résoudre l’affaire. En parallèle, le père de la victime engage l’inspecteur de police moscovite Alexandre Rybalko, originaire de Pripiat, afin d’enquêter à titre privé sur le meurtre de son fils. Surtout que le riche industriel est convaincu que l’assassin est le même que celui de sa femme, assassinée de manière à peu près similaire trente ans plutôt dans la même ville… le 26 avril 1986… date profondément ancrée dans la mémoire collective… celle de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl !

La grande originalité de ce polar est qu’il se déroule en Ukraine, aux abords de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Outre le fantôme de cette catastrophe qui continue de hanter le quotidien des personnages et la menace invisible permanente d’une radioactivité qui continue d’affoler les dosimètres, ce décor de ville abandonnée insuffle également une ambiance post-apocalyptique angoissante à l’ensemble. Si ce roman ne manquera pas de faire exploser la consommation de pastilles d’iode, il dresse également le portrait d’une Ukraine déchirée par les conflits, gangrénée par la corruption et noyée dans la vodka.

L’intrigue n’est pas en reste car le lecteur a non seulement droit à une enquête qui se déroule sur deux époques, l’une de nos jours et l’autre quelques instants après l’explosion de la centrale nucléaire, mais également à deux policiers aux motivations diamétralement opposées, qui traquent le tueur en parallèle. Ajoutez à cela des personnages attachants et profondément humains, dont on découvre progressivement les faiblesses, les qualités et les attentes, ainsi qu’une intrigue menée de main de maître, et vous obtenez un thriller prenant et maîtrisé de bout en bout.

Un excellent polar qui, à l’instar du « Yeruldelgger » de Ian Manook, propose une excellente intrigue, tout en emmenant le lecteur dans des contrées qu’il n’a pas l’habitude d’explorer…

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic, Albin Michel, 496 p., 22,90 €

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Niklas Natt och Dag – 1793

Posted in Littérature with tags , on 10 juillet 2019 by Yvan

City trip à Stockholm… en 1793 !

Niklas Natt och Dag - 1793« 1793 » débute par la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un lac de Stockholm. Une partie de pêche qui intrigue les enquêteurs car la victime a visiblement été privée de sa langue, ensuite été énuclée, puis successivement amputé de ses quatre membres… avant d’être tuée, puis balancée dans les eaux glacées et pleines d’excréments du Fatbaren. Même pour l’époque, on peut difficilement parler d’une belle mort !

Niklas Natt och Dag (à défaut de pouvoir le prononcer, essayez de retenir ce nom !) a la bonne idée de nous plonger dans une période méconnue de l’histoire suédoise. Il situe en effet son intrigue un an après l’assassinat du roi Gustav III de Suède, dans un contexte historique pour le moins agité, parsemé de rumeurs et de complots et balayé par les idées révolutionnaires venues de France. Au programme de ce city trip au cœur de la capitale suédoise en l’an 1793, réputé pour son hiver des plus rigoureux : meurtres violents, auberges malfamées, maladies contagieuses, atmosphère poisseuse, odeurs nauséabondes et misère à tous les coins de rues. Bref, le jour où les voyages temporels seront possibles, n’allez pas passer vos vacances en Suède en 1793 ! Par contre, si vous envisagez d’écrire un thriller bien sombre, ce cadre particulièrement glauque sied à merveille !

Afin de vous escorter au mieux dans les bas quartiers de Stockholm au 18e siècle, l’auteur (Allez hop, donnez-moi vite son nom !) a heureusement prévu deux personnages bien droits dans leurs pompes. Bon, certes, Mickel Cardell est un peu porté sur la boisson et a perdu un bras pendant la guerre russo-suédoise, tandis que Cecil Winge n’est plus qu’une épave tuberculeuse aux portes de la mort, mais la force brute de l’un, combiné à l’analyse réfléchie du second risquent bien de pouvoir vous aider à découvrir le sombre mystère qui se cache derrière ce tronc récupéré dans un lac. Bref, des enquêteurs atypiques, que tout oppose, mais qui s’avèrent au final très complémentaires et qui mériteront indéniablement un bon pourboire à la fin de cette visite guidée mémorable.

Ce thriller historique macabre, raconté sur une année, est divisée en quatre parties, en suivant les saisons. La première et la dernière se concentrent sur l’enquête de ce duo particulièrement attachant, tandis que les deux autres s’intéressent à des personnages secondaires qui permettent non seulement à l’auteur d’ajouter quelques pièces importantes à son puzzle, mais qui contribuent également à peaufiner cette reconstitution historique totalement immersive. Restituant les bonnes effluves de l’époque, Niklas Natt och Dag parviendra à vous tenir en haleine de la première à la dernière page, tout en vous servant un pan d’histoire qui passera comme une lettre à la poste, même si vous n’êtes pas fan de récits historiques. Du grand art !

Issu d’une des plus anciennes familles de la noblesse suédoise, Niklas Natt och Dag propose un premier roman absolument envoûtant, qui devrait d’ailleurs être suivi de deux autres récits, intitulées 1794 et 1795… Je réserve déjà mon billet !

Gros coup de cœur !

1793, Niklas Natt och Dag, Sonatine, 448 p., 22€

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R.J. Ellory – Le chant de l’assassin

Posted in Littérature with tags , on 3 juillet 2019 by Yvan

L’histoire d’une promesse…

R.J. Ellory - Le chant de l’assassinA sa libération, Henry Quinn a promis de remettre une lettre à la fille d’Evan Riggs, son codétenu qui a pris perpète pour meurtre. Muni d’une enveloppe au nom de Sarah et d’une bonne dose de détermination, le jeune homme se rend à Calvary, une petite ville oubliée de l’ouest du Texas. L’endroit n’étant pas spécialement connu pour son accueil chaleureux des étrangers et étant de surcroît aux mains d’un certain Carson Riggs, la quête d’Henry Quinn semble très vite avoir tendance à vouloir remuer un passé qui ne sent pas très bon…

« Le chant de l’assassin » est donc l’histoire d’une parole donnée, qui emmène le lecteur dans une bourgade texane peu accueillante et hanté par les fantômes d’un passé chargé de secrets profondément enfouis, que personne ne semble prêt à révéler. R. J. Ellory (« Papillon de nuit« ) invite d’une part à suivre les investigations périlleuses de l’ex-détenu dans ce bled perdu, mais entrecoupe d’autre part fréquemment son récit de retours en arrière qui permettent de comprendre l’origine de la rivalité entre les deux frères Riggs.

Si vous rechercher un rythme endiablé, des cliff-hangers à la pelle et une intrigue à vous couper le souffle, passez votre chemin car l’auteur britannique a beau restituer l’Amérique profonde mieux que les autochtones, il n’est pas pour autant adepte de la lecture fast-food ! Avec lui, le lecteur est plutôt invité à déguster des plats qui ont mijoté pendant des heures et à siroter un whisky qui est le fruit d’un vieillissement dont seul l’auteur détient le secret. Il lui suffit d’une lettre dont on ignore le contenu pour nous happer, puis la force des mots et la puissance de l’écriture vous hypnotisent jusqu’à la dernière page. Si Ellory donne l’impression de dérouler son intrigue au ralenti, ce sont souvent les silences et les non-dits qui semblent les plus révélateurs. L’air de rien, il vous emmène dans les méandres de la psyché de ses personnages, explore leurs failles et met le doigt sur ces petits moments de l’existence où la vie bascule d’un côté ou l’autre. Equilibriste hors pair, il distille non seulement une atmosphère aussi sombre qu’envoûtante, mais donne surtout vie à des personnages profondément humains, qui luttent constamment avec leur côté sombre.

Du grand art !

Le Chant de l’assassin, R. J. Ellory, Sonatine, 496 p., 22 €

Ils en parlent également : La culture dans tous ses états, EmOtionS, Cannibal lecteur, Lord ArsenikAude, Livresse du noir, Evasion polar, Céline, Stelphique, Anne-Sophie, Mes lectures du dimanche, L’oeil de Luciole, Ma voix au chapitre, Culturez-moi, Livres d’un jour, Pascale BookineMimi

Laurent Gaudé – Nous l’Europe, banquet des peuples

Posted in Littérature with tags on 26 juin 2019 by Yvan

Qui sommes-nous ?

Laurent Gaudé - Nous l'Europe, banquet des peuplesAyant adoré « Salina », je me suis jeté sur ce nouvel ouvrage de Laurent Gaudé, sans même savoir de quoi il parlait. Je pense que les premières pensées qui ont traversé mon esprit en découvrant qu’il s’agissait d’un long poème dédié à la construction européenne, ont probablement été applaudies par Nigel Farage, le leader du parti politique britannique eurosceptique. L’Europe en tant que sujet d’un roman n’est en effet pas trop « My cup of tea » !

Laurent Gaudé propose donc un recueil qui retrace l’histoire de l’Europe depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. De la naissance des nations au rejet des migrants, en passant par la colonisation, la révolution industrielle, les deux grandes guerres mondiales, la chute de l’Union Soviétique et la guerre des Balkans, l’auteur invite certes à cracher sur quelques noms à l’origine des pages les plus sombres de notre histoire (« Plus jamais ça ! »), mais sans renier cette union de peuples tellement différents sous une bannière et frontière commune et en gardant toujours l’espoir de jours meilleurs…

Alors, certes, le sujet n’avait rien pour me plaire, mais cette poésie en vers libres est tout de même parvenue à me séduire. La superbe plume de l’auteur, mise au service d’une Europe qui en a grand besoin, y est probablement pour beaucoup… surtout qu’il livre de surcroît une lecture très utile, car il n’est jamais mauvais d’essayer de comprendre qui nous sommes et d’où nous venons !

Nous l’Europe, banquet des peuples, Laurent Gaudé, Actes Sud, 182p., 17,80€

Ils en parlent également : Accrochelivres, LoupbouquinMoonpalaace, Zéro Janvier, Des petits rien

Franck Thilliez – Origines

Posted in Littérature with tags on 23 juin 2019 by Yvan

L’humanité rembobinée !

Franck Thilliez - OriginesEn parallèle à la sortie de son nouveau roman, « Luca », Franck Thilliez nous offre une nouvelle inédite d’une vingtaine de pages, téléchargeable gratuitement sur quasi toutes les plateformes de vente d’Ebooks.

L’histoire débute la nuit du 31 décembre 1999, par le décès de la doyenne de l’humanité, qui ne déclenche non pas le fameux bug de l’an 2000, mais un compte à rebours qui semble être fatal pour l’humanité…

L’idée de départ de cette fable fantastique n’est pas sans rappeler celle de la nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, adaptée au cinéma par David Fincher (« L’Étrange Histoire de Benjamin Button »). Le récit est forcément un peu court, mais invite à réfléchir sur le sens de la vie et sur l’avenir de l’humanité.

Sympa… et gratuit !

Origines, Franck Thilliez, 25 p., 0€

Ils en parlent également : EmOtionS, Mes lectures du dimanche, Amicalement noir, Au fil des livres, Virginie, Passion Cultur’all

Franck Thilliez – Luca

Posted in Littérature with tags , on 19 juin 2019 by Yvan

Réflexion sur l’avenir de notre société !

Franck Thilliez - Luca« Luca » démarre dans une chambre d’hôtel de la région parisienne en juillet 2016, en compagnie d’un couple en mal d’enfant qui a rendez-vous avec une femme porteuse dégotée via une petite annonce sur Internet. Un an après, le commandant Franck Sharko et sa femme Lucie Henebelle se rendent sur la scène d’un crime atroce perpétré en forêt de Bondy. Un peu plus tard, dans la même journée, un homme totalement affolé, venu délivrer un message à la police, meurt de manière subite devant le bâtiment principal, les yeux injectés de sang. La lettre, signée « L’Ange du futur », prédit encore bien des catastrophes…

Outre le plaisir de retrouver l’équipe du commandant Sharko, encore traumatisée par l’enquête précédente et flanquée d’une petite nouvelle également pourvue de sérieux démons, le lecteur est également tenu en haleine par une intrigue tentaculaire aux rebondissements multiples et rythmée par une course contre la montre assez suffocante. Franck Thilliez nous emmène une nouvelle fois dans les tréfonds de l’horreur, tout en pointant du doigt les dérives de notre société. Des réseaux sociaux aux manipulations génétiques, en passant par l’Intelligence Artificielle et le Darknet, il dresse le portrait d’un monde peuplé de chimpanzés obnubilés par les écrans de leurs smartphones et bientôt remplacés par des robots, le tout dans un langage qui demeure accessible. Du grand talent!

Mon deuxième gros coup de cœur polar de l’année après « Octobre » de Søren Sveistrup !

Luca, Franck Thilliez, Fleuve, 552 p., 22,90€

Ils en parlent également: La culture dans tous ses états, EmOtionS, Mes lectures du dimanche, Le bouquin ivre, Lire & courir, Le cygne noir, Sonia, AudeAnaïs, Papivore, Emilie, SéverineSamLaure en livreUn bon livre à lire, Encore un livreEntre deux livres, Livresse du noirAmicalement noirCollectif polar, Addiction polar, Black-books, Ma passion les livres, Le coin des mots, Tout ce que je lisAsatrublog, Nigrafolia, Lire au lit, Au chapitre

Jamey Bradbury – Sauvage

Posted in Littérature with tags on 12 juin 2019 by Yvan

Thriller psychologique teinté de fantastique au cœur de l’Alaska !

Jamey Bradbury - SauvageCe premier roman de l’auteure américaine Jamey Bradbury invite à suivre les pas de Tracy Sue Petrikoff, une jeune adolescente de dix-sept ans, qui vit dans un coin reculé de l’Alaska en compagnie de son jeune frère et de son père. Renvoyée de son lycée pour violence, la jeune rebelle se nourrit des grands espaces qui l’entourent en compagnie de ses chiens de traineau. Jusqu’au jour où elle reprend connaissance après avoir été attaquée en forêt, convaincue d’avoir mortellement blessé son agresseur…

Mettez vos bonnets et vos moufles car l’auteure nous emmène dans les paysages enneigés de l’Alaska, où seul le crissement des patins de traîneau et le halètement des chiens qui les tirent viennent perturber le silence environnant. Entièrement ancré dans le style nature-writing, « Sauvage » plonge le lecteur au cœur d’un territoire souvent inhospitalier, qui installe immédiatement une atmosphère prenante, qui perdure tout au long du livre.

« Sauvage » est également un superbe roman d’apprentissage, qui dresse le portrait d’une héroïne surprenante, qui tente d’une part de contenir cette rage qui bouillonne en elle, tout en essayant de faire le deuil de sa mère. Obnubilée par les courses de chiens de traîneaux, elle rêve de participer à l’Iditarod Trail Sled Dog Race, course mythique qui a contribué à rendre son père célèbre dans toute la région.

« Sauvage » est aussi un thriller psychologique qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. Jamey Bradbury exploite d’une part avec brio le mystère qui entoure cet individu qui a agressé Tracy en forêt et vient d’autre part titiller la curiosité du lecteur à travers le personnage de Jesse, jeune garçon venu proposer d’aider la famille Petrikoff en échange d’un logis.

Si le personnage de Tracy ne manquera pas de séduire, il faudra cependant adhérer à son don surnaturel pour le moins étrange, qui n’est pas sans rappeler celui de Tony Chu dans la saga BD homonyme de John Layman et Rob Guillory et qui insuffle une touche de fantastique qui ne plaira pas forcément à tout le monde.

Si vous avez apprécié les sœurs Nell et Eva de « Dans la forêt » de Jean Hegland, Turtle dans « My absolute darling » de Gabriel Tallent ou Lucy dans « Lucy in the sky » de Peter Fromm, ne passez pas à côté de cette héroïne attachante et solitaire imaginée par Jamey Bradbury !

Sauvage, Jamey Bradbury, Gallmeister, 313 p., 22,60€

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