Timothé le Boucher – Ces jours qui disparaissent

Posted in Franco-Belge, One-shots, BANDES DESSINÉES, [Accessible], Glénat, [DL 2017] with tags , on 17 janvier 2018 by Yvan

À deux dans un même corps ?

Timothé Le Boucher - Ces jours qui disparaissentCe one-shot signé Timothé le Boucher invite à suivre les déboires de Lubin Maréchal, un acrobate d’une vingtaine d’années qui, suite à une vilaine chute sur la tête, s’aperçoit tout d’abord qu’il ne vit plus qu’un jour sur deux. Puis, il se rend compte qu’il ne dort pas durant ces jours qui disparaissent, mais qu’un double schizophrénique au caractère diamétralement opposé utilise son corps, construisant progressivement une vie parallèle qui n’a pas forcément tout pour lui plaire…

Ce récit fantastique, basé sur la schizophrénie et sur le dédoublement de la personnalité, permet à l’auteur de développer un thriller psychologique non seulement particulièrement prenant, mais également très intelligent. Sur près de 200 pages, Timothé le Boucher prend le temps de détailler l’impact de ce dédoublement sur la vie professionnelle, sociale et affective de son personnage, tout en installant petit-à-petit une relation conflictuelle entre les deux personnalités. De plus, cette histoire propose une réflexion intéressante sur l’immuabilité du temps qui passe et sur l’identité, mais également sur l’amour, la mort et l’amitié. De quoi questionner notre propre existence…

Visuellement, le graphisme assez épuré et aux allures de manga de Timothé le Boucher peut initialement déconcerter, mais s’avère finalement d’une efficacité et d’une lisibilité redoutable.

Un excellent one-shot que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Ils en parlent également : Mo’

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Jérémie Moreau – La Saga de Grimr

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2017] with tags , on 10 janvier 2018 by Yvan

La beauté hostile de l’Islande !

Jérémie Moreau - La Saga de GrimrAprès les incontournables « Max Winson » et «Le singe de Hartlepool », Jérémie Moreau propose un one-shot qui invite à suivre le destin tragique d’un orphelin à la force herculéenne dans l’Islande du XVIIIème siècle.

En 1783, il ne fait pas bon d’être islandais, surtout quand on n’a plus de nom, ni de terres. Sous le joug du Danemark depuis le XIVème siècle, l’île doit également faire face à des catastrophes naturelles, à des épidémies et à la cruauté des hommes. Dans ce pays où la valeur d’un homme est déterminée par sa lignée, Grimr, orphelin ayant perdu ses parents lors d’une éruption volcanique, ne peut compter que sur sa force colossale et sur sa détermination à bâtir sa propre légende… comme les héros des nombreuses sagas qui se transmettent de génération en génération et qui constituent l’histoire de son pays.

À travers ce récit initiatique, qui invite à suivre la destinée extraordinaire de ce garçon étrange, Jérémie Moreau nous fait découvrir toute la rudesse et la beauté de l’Islande. Tout au long des 230 pages de cette épopée découpée en six chapitres, l’auteur restitue avec grand brio les paysages sulfureux et les habitants rugueux qui font tout le charme de ses terres hostiles.

Excellent !

Romans : Le Bilan de 2017

Posted in DIVERS, Littérature with tags , , on 31 décembre 2017 by Yvan

Comme je lis de moins en moins de bande dessinées chaque année et de plus en plus de romans, cela me permet dorénavant de faire un bilan séparé pour les romans.

Voici ce que je retiens de ces nombreuses heures de lecture :

Mes coups de coeur de l’année :

Luca di Fulvio – Le gang des rêves Véronique Olmi – Bakhita Gaël Faye – Petit pays
Marie Pavlenko – Je suis ton soleil Olivier Norek – Entre deux mondes Virginie Grimaldi – Tu comprendras quand tu seras plus grande
Kathryn Hugues – Il était une lettre Steve Cavanagh – Un coupable idéal Shilpi Somaya Gowda – Un fils en or

Les autres très bonnes lectures :

Alice Zeniter – L’art de perdre Tanguy Viel – Article 353 du code pénal Pascal Manoukian – Ce que tient ta main droite t’appartient
Sorj Chalandon – Le jour d’avant Sébastien Spitzer – Ces rêves qu’on piétine Laetitia Colombani – La Tresse
Philippe Besson – Arrête avec tes mensonges Solène Bakowski – Une bonne intention Amélie Antoine – Quand on n’a que l’humour
Fred Vargas – Quand sort la recluse Matthieu Biasotto – Ewa Valérie Tong Cuong – Par amour
Nadia Hashimi – Si la lune éclaire nos pas Sarah Pinborough – Mon amie Adèle Eric Vuillard – L’Ordre du jour
Daniel Cole – Ragdoll Delphine Bertholon – Coeur-naufrage Johana Gustawsson – Mör
Jean Hegland – Dans la forêt Hervé Le Corre – Prendre les loups pour des chiens Colson Whitehead – Underground Railroad
Michael Farris Smith – Nulle part sur la terre

Excellent, mais découvert sur le tard :

Henri Lœvenbruck – Nous rêvions juste de liberté Don Winslow – La griffe du chien Jojo Moyes – Avant toi
Franck Thilliez – Rêver Christelle Dabos – La Passe-Miroir, Les fiancés de l’hiver Lian Hearn – Le Clan des Otori, Le Silence du Rossignol
Harper Lee – Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur Michel Bussi – Nymphéas Noirs Sorj Chalandon – Mon traître

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2016 !

 

Sébastien Spitzer – Ces rêves qu’on piétine

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 décembre 2017 by Yvan

Les derniers jours du régime nazi !

Sébastien Spitzer - Ces rêves qu’on piétineDe prime abord, ce premier roman de Sébastien Spitzer pourrait passer pour un énième récit sur la Seconde Guerre Mondiale. Certes, le sujet a déjà souvent été abordé, mais l’angle particulier sous lequel l’auteur nous le sert, vaut absolument le détour !

Sébastien Spitzer relate non seulement les derniers jours du régime nazi, mais offre surtout les destins croisés de quelques rescapés des camps de concentration, tentant d’échapper aux dernières représailles, et de Magda Goebbels, attendant une mort certaine aux côtés de ses enfants, de son mari, du Führer et d’autres vaincus qui se terrent au fond d’un bunker à Berlin.

Sous terre, l’épouse du Ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se souvient de ses origines modestes, de son ascension fulgurante et de ses années de gloire en tant que première dame du régime nazi. Parmi les survivants de l’horreur qui rassemblent leurs dernières forces sur des routes qui ne mènent pas forcément vers la liberté, Aimé, Judah, Fela et surtout la petite Ava, née dans le bloc 24-A d’Auschwitz, sont détenteurs d’une vérité qu’il sera impossible de nier, à l’image de ce rouleau de cuir contenant les témoignages de nombreux prisonniers, dont des lettres écrites par un certain Richard Friedländer, juif déporté et père adoptif de Magda Goebbels…

Si la force du sujet est indéniable, il faut surtout saluer l’intelligence de l’auteur, qui utilise le père de Magda Goebbels et les lettres fictives à sa fille adoptive afin de lier le parcours des bourreaux et de leurs victimes, tout en relatant des faits historiques innommables avec grande justesse et sans pathos. En invitant le lecteur dans l’intimité et la psychologie profonde de personnages de chair et sang, il insuffle une part d’humanité à des faits qui en sont pourtant dépourvus. Si ce sont surtout les personnages féminins, allant de Magda Goebbels à la petite Ava, en passant par la reporter de guerre Lee, qui s’installent au diapason de ce récit d’une force incroyable, le jeune hongrois Judah n’est pas en reste. À l’instar du récit, tous se mettent entièrement au service d’un devoir de mémoire d’une importance capitale.

Un premier roman qu’il faut donc impérativement lire !

Franck Thilliez – Rêver

Posted in Littérature with tags on 27 décembre 2017 by Yvan

Nuit blanche garantie !

Franck Thilliez - RêverJe n’avais encore jamais lu de romans de Franck Thilliez, mais en tant qu’amateur de polars je ne pouvais pas éternellement passer à côté de cet auteur, surtout que ce titre fait forcément rêver.

En proposant une héroïne qui souffre d’une narcolepsie sévère, Franck Thilliez construit ce thriller autour du dysfonctionnement du sommeil. Au fil des pages, le lecteur en apprend donc tout d’abord beaucoup sur les troubles du sommeil et sur cette maladie qui peut provoquer d’irrépressibles accès d’endormissement à tout moment. En suivant les pas et les mauvais rêves de ce personnage principal pas comme les autres, le lecteur se retrouve ensuite immergé au cœur d’une enquête policière concernant la disparition d’enfants, sur les traces d’un monstre nommé Freddy !

La construction de ce thriller qui se déroule entre décembre 2014 et juin 2015 est assez brillante, car l’auteur jongle non seulement avec les allers-retours avec brio, mais il nous embrume encore un peu plus en entretenant également un certain flou entre rêve et réalité. Entre la narcolepsie, la cataplexie et l’amnésie dont souffre l’héroïne, le lecteur doit en effet faire le tri entre ses rêves, la réalité et ses trous de mémoire. Le procédé aurait pu s’avérer assez casse-gueule, mais Franck Thilliez s’en sort très haut la main.

Ajoutez à cela un rythme soutenu et une atmosphère oppressante et vous obtenez un polar particulièrement addictif, qui pourrait très bien vous faire passer quelques nuits blanches.

Seul petit bémol : j’ai loupé le code de sept chiffres qui permet visiblement d’accéder via Internet au chapitre 57 manquant, mais heureusement pas indispensable.

Ce ne sera donc pas mon dernier Franck Thilliez !

Sorj Chalandon – Le jour d’avant

Posted in Littérature with tags , on 20 décembre 2017 by Yvan

Au Nord, c’était les corons…

Sorj Chalandon - Le jour d'avantLe point de départ du nouveau roman de l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon (Mon traître) est la catastrophe du 27 décembre 1974, qui tua 42 mineurs dans la fosse 3bis de Liévin.

Le récit dresse le portrait psychologique de Michel Flavent, marqué à jamais par ce drame effroyable et par la perte de son grand frère qui avait troqué tous ses rêves pour devenir mineur. N’ayant pas supporté la mort injuste du fils aîné, leur père se suicide peu de temps après cette tragédie, agrandissant la blessure de Michel, alors âgé de 16 ans, et l’abandonnant avec une mission qu’il choisira de mener à bien 40 ans après les faits : « Venge-nous de la mine ! ».

Au fil des pages, Sorj Chalandon explore les profondeurs de l’âme de son narrateur, cherchant des vérités et des traumatismes enfouis dans des recoins aussi sombres que ceux de la mine. En voulant assouvir sa soif de vengeance, le personnage principal se libère certes d’un énorme fardeau, mais libère au passage de nombreux démons, créés par quarante ans de douleur, de culpabilité et de déni.

En situant son récit dans les mines de charbon du Nord, l’auteur rend hommage à ce métier qui tue, parfois brutalement, d’un coup de grisou, souvent à petit feu, étouffant lentement ses victimes aux poumons silicosés. Si ce sont les mineurs qui affrontent le danger au quotidien, leurs proches font également partie des victimes de cette fatalité qui s’installe progressivement au sein des familles, au nom du profit… « C’est comme ça la vie… » dirait Jojo, le frère de Michel.

Partant d’un fait authentique, Sorj Chalandon rend non seulement hommage aux victimes, mais livre surtout un récit profondément humain et bouleversant. Une histoire de fraternité et de deuil, aux mots justes et parsemée de rebondissements aussi surprenants que poignants.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire, tout comme « Bakhita », « Entre deux mondes »,  « L’ordre du jour » et « L’art de perdre ».

Alice Zeniter – L’art de perdre

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 décembre 2017 by Yvan

Des origines pleines de non-dits…

Alice Zeniter - L'art de perdre« La guerre d’Algérie » comme sujet d’un roman ne m’attire pas plus qu’une assiette de brocolis comme repas de Noël. Déjà, les récits historiques ne me bottent pas trop, mais je suis en plus totalement ignare de l’histoire de ce pays qui est plus étroitement lié à celle de la France qu’à celle de la Belgique. Mais bon, les critiques sont dithyrambiques, parlent d’un récit à hauteur d’homme et le bouquin remporte plusieurs prix, dont le Prix du Journal Le Monde, le Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point et le fameux Goncourt des Lycéens qui couronnait encore « Petit Pays » l’année dernière… alors inévitablement je craque, je me mets à tourner les pages, je le dévore et j’adore ! Il n’y que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

Tout comme l’auteure, l’héroïne (et la narratrice) de cette fiction est une petite-fille de harki. Comme héritage, son père et son grand-père lui ont transmis le silence d’un passé que l’on tait depuis deux générations, ainsi que des origines issues d’un pays lointain qu’elle ne connaît pas… car tout le reste s’est perdu en cours de route et Wikipédia est loin d’offrir toutes les réponses. À travers une histoire familiale qui s’étale sur trois générations hantées par le spectre de la guerre d’Algérie, « L’art de perdre » invite donc à ressusciter ce passé occulté, à mettre des mots sur les non-dits…

Ce magnifique voyage humain sur fond historique démarre dans un pays où le FLN revendique l’indépendance de l’Algérie de façon de plus en plus violente, obligeant Ali et sa famille à fuir leur montagne de Kabylie pour atterrir en France, d’abord dans un camp de transit entouré de barbelés, puis dans un HLM beaucoup trop petit pour une fratrie de dix, dans l’espoir d’un avenir plus glorieux pour la génération suivante…

« L’art de perdre » est donc une saga familiale qui invite à suivre les représentants de trois générations d’une famille kabyle ballottée par l’Histoire et poursuivie par le choix d’un grand-père qui décide de fuir cette Algérie qui entache son indépendance de règlements de compte. « L’art de perdre » c’est également une quête identitaire de l’Algérie coloniale d’antan à la France d’aujourd’hui, l’histoire de déracinés, coincés le cul entre deux chaises qui manquent chacune de confort, et d’une petite-fille de harki qui tente tout d’abord de briser le silence, avant de remonter aux sources en se rendant en Algérie sur les anciennes terres familiales. « L’art de perdre » est une histoire universelle d’intégration au sein d’une société qui ne peut s’empêcher de renvoyer chacun à ses origines. « L’art de perdre » c’est un gros câlin à Yema, cette grand-mère qui parle à peine notre langue, mais que l’on prend plaisir à serrer régulièrement dans nos bras… sans pour autant lâcher ce bel ouvrage qui se dévore de la première à la dernière page.

Bravo et merci à l’auteure pour ce coup de cœur de la rentrée littéraire !