Laetitia Colombani – Le cerf-volant

Posted in Littérature with tags , on 18 juin 2021 by Yvan

L’éducation : arme de construction massive !

Laetitia Colombani - Le cerf-volantÀ l’instar de Khaled Hosseini, le cerf-volant de Laetitia Colombani nous fait voyager…pas à Kaboul, mais dans un petit village d’Inde où Léna, ancienne enseignante française, tente d’oublier la tragédie qui a bouleversé sa vie, la poussant à tout quitter. Un jour, lors d’une balade matinale sur une plage encore dépourvue de touristes, elle aperçoit une petite fille qui joue au cerf-volant. Touchée par le sort de cette gamine d’à peine dix ans, exploitée par un restaurateur, Léna se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire afin qu’elle puisse s’élever de sa condition…à l’image de ce cerf-volant défiant les lois de la gravité.

Comme dans « La Tresse », Laetitia Colombani entremêle trois portraits féminins, trois destinées cabossées qui se rencontrent le temps d’un roman. Outre cette institutrice cherchant à se reconstruire après un drame personnel, le lecteur retrouve Lalita, qui n’est autre que la fille de Smita, l’un des personnages principaux de « La Tresse ». La troisième femme, Preeti, également issue de la caste des Intouchables, dirige une brigade féminine d’auto-défense qui vient en aide aux nombreuses victimes d’agressions.

L’Inde que l’on visite en compagnie de ces trois personnages, n’est pas celle des touristes, mais celle des coulisses, peuplées de mendiants, d’intouchables et d’illettrés. Un endroit sans perspectives, frappé par la misère, où l’enfant est synonyme de main-d’œuvre et les filles régulièrement victimes du sport national : le viol ! Privées d’instruction, on leur ôte la principale clé qui mène à la liberté : l’éducation ! Sous la houlette de coutumes et traditions ancestrales, les droits des femmes et des enfants se retrouvent constamment bafoués…

« Le cerf-volant » de Laetitia Colombani est un magnifique roman féministe sur la reconstruction, qui dénonce la condition féminine et l’exploitation des enfants-esclaves en Inde, tout en soulignant l’importance de l’éducation afin de pouvoir s’extraire de cette misère…

« School ! School ! Le gamin continue de crier et ce mot est comme un affront à la misère, un grand coup de pied balayant les castes millénaires de l’Inde, rebattant les cartes de la société. Un mot en forme de promesse, un laissez-passer pour une autre vie. Plus qu’un espoir : un salut. »

Le cerf-volant, Laetitia Colombani, Grasset, 208 p., 18,50€

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R.J. Ellory – Le carnaval des ombres

Posted in Littérature, R.J. Ellory with tags , on 12 juin 2021 by Yvan

Un magicien nommé Ellory !

R.J. Ellory - Le carnaval des ombresOn ne lit pas un roman de R.J. Ellory, on rentre dedans et on le vit.

Cette fois, il nous emmène au Kansas, fin des années 50, dans la petite ville de Seneca Falls, où les habitants voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un cirque ambulant. Lorsqu’un corps est découvert sous le carrousel, sans aucune piste concernant l’identité de la victime, l’Agent Spécial Michael Travis est envoyé par le FBI pour tirer cette affaire au clair. Pour sa première enquête en solo, il va vite découvrir que les apparences sont parfois trompeuses…

Si le « Carnaval Diablo » vous invite à plonger dans le monde du mystère et de la magie, le véritablement magicien de cette œuvre se nomme une nouvelle fois R. J. Ellory. Cette capacité à planter une ambiance impossible à lâcher est tout simplement phénoménale ! Proposant à nouveau une belle brique de plus de 600 pages, l’auteur prend tout son temps pour poser son histoire et pour donner vie à des personnages dont il épluche les émotions avec grand brio.

Tout débute par un meurtre étrange qui va pousser l’enquêteur à plonger dans son passé tragique et le forcer à revoir totalement ses convictions. Puis, R. J. Ellory va progressivement s’éloigner du huis clos de Seneca Falls pour voir plus grand et embarquer le lecteur dans les méandres de cette institution dirigée par J. Edgar Hoover…

Du grand art !

Du Ellory !

Le carnaval des ombres, R. J. Ellory, Sonatine, 648 p., 24€

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Niklas Natt och Dag – 1794

Posted in Littérature with tags , on 9 juin 2021 by Yvan

City trip à Stockholm… en 1794 !

Niklas Natt och Dag - 1794Niklas Natt och Dag ! Si le nom ne vous dit rien, c’est que vous n’avez pas participé au city trip organisé par le garçon au cœur de la capitale suédoise en l’an 1793 ! Ayant adoré le thriller historique « 1793 », je me suis d’ailleurs immédiatement inscrit pour la suite du voyage : Bienvenue en 1794 !

« 1794 » débute en compagnie d’Erik Tre Rosor, le fils de quatorze ans d’un riche propriétaire, qui tombe amoureux de Linnea Carlotta, la cadette d’un fermier qui cultive ses terres. Rassurez-vous, Niklas Natt och Dag ne change pas de genre et ne compte pas vous servir une belle romance car le papa d’Erik s’oppose bien entendu à cette romance et envoie son gamin faire un petit stage sur l’île de Saint Barthélémy, sympathique petite colonie suédoise où il ne fait pas bon d’être noir. Même s’il y est témoin des horreurs commises sur les esclaves et qu’il y rencontre un beau salopard nommé Tycho Ceton, Erik compte toujours épouser sa belle une fois de retour en Suède. C’est bien évidemment sans compter sur Niklas Natt och Dag, qui va mettre les bouchées doubles pour piétiner le petit cœur de son personnage. Je vous laisse découvrir l’horrible drame qui va frapper le pauvre ado et que Mickel Cardell, guide touristique et enquêteur du premier volet, va devoir élucider…

Ah, qu’il est à nouveau plaisant de se retrouver dans cette Suède où ABBA ne chantait pas encore «  Waterloo » et où Zlatan n’était pas encore Dieu ! Quelle bonne idée de Niklas Natt och Dag de nous plonger dans cette période méconnue de l’histoire suédoise, dans un contexte historique pour le moins agité où la plupart des habitants devaient lutter pour survivre, tandis que l’élite pouvait gentiment assouvir tous ses vices. Si, comme Niklas Natt och Dag, vous envisagez d’écrire un thriller bien sombre, ce cadre particulièrement glauque sied donc à merveille.

En guise d’amuse-bouche, la première partie du roman sur l’île de Saint Barthélémy nous plonge déjà dans une ambiance suffocante et malsaine, tandis que la suite nous ramène dans le décor du premier volet, avec ses meurtres violents, ses auberges malfamées, ses maladies contagieuses, son atmosphère poisseuse, ses odeurs nauséabondes et sa misère à tous les coins de rues. Restituant les bonnes effluves de l’époque, Niklas Natt och Dag parviendra une nouvelle fois à vous tenir en haleine de la première à la dernière page.

Afin de vous escorter au mieux dans les bas quartiers de Stockholm au 18e siècle, l’auteur vous invite à retrouver Mickel Cardell et Anna Stine Knapp. Si cette dernière devra de nouveau faire preuve d’un immense courage pour surmonter tous ses problèmes, Mickel ne peut quant à lui plus compter sur Cecil Winge pour tirer cette nouvelle affaire au clair, mais sur son frère : Emil Winge. Une petite entourloupe qui permet à l’auteur d’à nouveau nous servir un duo d’enquêteurs atypique, que tout oppose, mais qui s’avèrent au final très complémentaires et qui mériteront indéniablement un bon pourboire à la fin de cette nouvelle visite guidée mémorable.

Malgré une fin un peu précipitée qui ne referme pas toutes les portes (notamment l’histoire Anna Stine Knapp), cette suite tient donc toutes ses promesses !

Rendez-vous en 1795 !

1794, Niklas Natt och Dag, Sonatine, 544 p., 23€

Ils en parlent également: Yvan, Stelphique, Page après page, Léa, Livresse du noir, Ô Grimoire

Primo Levi – Si c’est un homme

Posted in DIVERS, Guerre, Littérature with tags , on 6 juin 2021 by Yvan

Un devoir de mémoire !

Primo Levi - Si c'est un hommeAyant déjà lu de nombreux témoignages sur les camps, je pensais à tort que celui-ci ne serait qu’un de plus. La couverture, qui ne laissait que peu de doutes quant au contenu, ne m’incitait donc pas à l’entamer. C’était cependant une erreur capitale car, à l’instar de « Maus » d’Art Spiegelman qui est l’incontournable chef-d’œuvre sur le sujet au sein du neuvième art, celui-ci est LE roman à lire sur les camps de concentration, celui qui offre un éclairage différent et une autre dimension à cette page la plus sombre de notre Histoire.

Ce livre n’est donc malheureusement pas une fiction, mais un ouvrage autobiographique qui permet à Primo Levi de raconter sa déportation dans le camp de Monowitz (Auschwitz) de décembre 1943 jusqu’à la libération du camp par l’Armée rouge soviétique en janvier 1945.

Primo Levi permet au lecteur de pénétrer au cœur de cet Enfer et parvient à trouver des mots qui n’existent pourtant pas pour décrire les effroyables conditions de vie des prisonniers, surtout le froid, la faim et la fatigue extrêmes. En faisant preuve d’une lucidité déconcertante, il s’installe non seulement en tant que victime, mais surtout en tant que témoin, analysant la nature humaine et détaillant le processus de déshumanisation des prisonniers avec une incroyable minutie. Bouleversant !

LA lecture obligatoire… afin de perpétuer le devoir de mémoire.

Si c’est un homme, Primo Levi, Robert Laffont, 324 p., 16€

Ilsen parlent également: La Parafe, Camille, L’antre de la curiosité, Zolena, Madimado, Book’ing, Thucydide, Velidhu, L’ivre lecteur, Argali, Murmures de Kernach, Mumu, A propos de livres, Mes mots mes livres, Fanny

Aki Shimazaki – Sémi

Posted in Littérature with tags , on 1 juin 2021 by Yvan

Dans les méandres de la mémoire !

Aki Shimazaki – Sémi« Sémi » est le deuxième volet du nouveau cycle d’histoires courtes d’Aki Shimazaki, entamé l’année dernière avec « Suzuran »… qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’avoir lu avant d’entamer celui-ci.

Mariés depuis cinquante ans, Tetsuo et Fujiko vivent dorénavant dans une résidence pour personnes âgées. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, Fujiko se réveille un matin en prenant son mari pour son fiancé. Un saut dans le temps qui va progressivement mettre à jour des secrets profondément enfouis…

Avec « Sémi » Aki Shimazaki propose un regard original sur cette maladie neurodégénérative habituellement présentée comme une tragédie de fin de vie, mais offrant ici également une opportunité de réparer les blessures du passé, ainsi qu’une seconde chance à leur amour.

A l’instar de sa pentalogie « Le poids des secrets », Aki Shimazaki lève à nouveau le voile sur des secrets de famille, tout en faisant le lien avec la nature dès la couverture, à l’image de cette cigale dont les larves demeurent durant des années sous terre, parfois jusqu’à quinze ans, pour ne finalement déployer leurs ailes que durant un bref instant…

Cette superbe métaphore, évoquant l’éphémérité de leur amour finalement libérée après avoir été enfouis sous de lourds secrets durant tant d’années, s’installe au diapason de l’écriture délicate et poétique d’Aki Shimazaki.

Un récit plein d’humanité qui déborde de cette poésie et sobriété propre à la culture nippone.

Sémi, Aki Shimazaki, Actes Sud, 160 p., 15€

Ils en parlent également : Au fil des livres, La flibuste des rêveurs, La petite araignée, Le nez dans les livres, Mimi, Léa

Virginie Grimaldi – Les possibles

Posted in Littérature, Maladie, Virginie Grimaldi with tags , , on 29 mai 2021 by Yvan

Un papa qui s’efface !

Virginie Grimaldi - Les possiblesQuand un nouveau Grimaldi sort en librairie, cela donne à peu près le même effet que lorsqu’une petite vieille balance ses vieux morceaux de pain dans un parc rempli de pigeons : ils se ruent tous dessus ! Le « Feel Good » n’a beau pas être mon genre de prédilection, quand un Grimaldi sort, et bien, moi aussi, inévitablement, je roucoule !

« Les possibles » ce sont à nouveau des personnages plus vrais que nature, emmenés par Juliane, la narratrice qui, suite à l’incendie accidentel de la maison de son père, se voit un peu obligée d’accueillir ce dernier chez elle. Fan de hard rock et passionné par les indiens, Jean s’avère assez original sur les bords et perturbe immédiatement l’équilibre et le quotidien parfaitement huilé du foyer de Juliane. Mais, ce qui l’inquiète encore plus, c’est qu’elle a l’impression que son père commence tout doucement à perdre un peu la boule…

Lire un Grimaldi, c’est s’installer en compagnie de ses personnages, que l’on considère très vite comme des proches. Comment ne pas s’attacher à cette mère de famille dont la chanson préférée s’avère être « Killing in the name » de Rage Against the Machine ? Comment ne pas fondre face à la relation quasi fusionnelle entre Jean et son petit-fils Charlie ? Comment ne pas pouffer de rire lors des joutes verbales entre Jean et son ex-femme ou face à la relation conflictuelle qu’il entretient avec Monsieur Colin, le voisin amère de Juliane ?

Malgré l’humour et la légèreté, lire un Grimaldi c’est également faire le plein d’émotions. Si Juliane décrit sa cohabitation avec ce paternel dont les souvenirs s’effacent inéluctablement avec énormément d’auto-dérision, elle le fait également avec beaucoup de tendresse et de justesse. D’une plume délicate et sincère, elle aborde des thèmes délicats tels que la maladie et la vieillesse, tout en nous parlant d’amour et de l’importance de la famille.

Virginie GrimaldiEt que durent les moments doux », « Quand nos souvenirs viendront danser », « Tu comprendras quand tu seras plus grande », « Il est grand temps de rallumer les étoiles », « Chère Mamie au pays du confinement ») rend donc une nouvelle fois service en procurant à ses nombreux fans un moment de bonne humeur, léger et débordant d’humanité… et c’est en imaginant tous ces amateurs de « Feel Good » en train d’écouter la playlist de ce roman, une guitare électrique imaginaire à la main et en plein headbanging, que je referme également cet ouvrage le sourire aux lèvres, prêt à roucouler lors de la parution du prochain Grimaldi !

Les possibles, Virginie Grimaldi, Fayard, 378p., 19,50€

Ils en parlent également : Stéphanie, Juju, Marine, Petite étoile livresque, Anouk, Amandine, Emiline, A la page des livres, Tiffany, Nath, Mes mots sur les leurs, Balades en livres, Clem, Culture VSnews, Eole, Elodie, Lisez en moi, Nadine, Angélique, Les pages qui tournent

Chahdortt Djavann – Et ces êtres sans pénis!

Posted in Littérature with tags on 26 mai 2021 by Yvan

Bas les voiles !

Chahdortt Djavann - Et ces êtres sans pénis!À l’instar de « Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! », qui proposait un voyage aux tréfonds de la prostitution iranienne, ce nouveau roman au titre provocateur dénonce une nouvelle fois la condition féminine et l’hypocrisie d’une société où il ne fait pas bon d’être né femme.

Née en Iran en 1967, arrêtée à l’âge de treize ans pour avoir manifesté contre les mollahs, puis exilée en France en 1993, Chahdortt Djavann s’inspire de faits divers et de sa propre histoire pour pointer du doigt la condition des femmes iraniennes. Au fil des chapitres, les différents portraits de femmes dressés par l’auteure franco-iranienne ont un point commun : Du port du voile au féminicide, en passant par les viols, les tortures et les attaques à l’acide…elles sont certes toutes victimes, mais également coupables (et donc condamnées) d’être nées sans pénis !

Outre ces destins de femmes qui basculent dans l’horreur, Chahdortt Djavann livre également des passages autobiographiques, confessant notamment cette culpabilité dont elle n’arrive pas à se débarrasser : celle d’être née fille alors que ses parents attendaient un garçon. Si l’auteure s’en veut visiblement d’être née sans pénis, elle écrit cependant avec ses tripes et avec tout son cœur. Du coup, c’est avec énormément de force, de sincérité et de conviction qu’elle partage d’une part toute sa révolte envers cet Etat islamique qui bafoue les droits des femmes, mais également tout son amour envers ce magnifique pays dont elle est originaire et qu’elle rêve de revoir dans toute sa splendeur, à l’image de ce final libérateur auquel on a tant envie de croire…

Et ces êtres sans pénis !, Chahdortt Djavann, Grasset, 234 p., 19,50 €

Ils en parlent également : Sylvie, Nath, Envie de partager les livres, Passeure de livres