Virginie Grimaldi – Tu comprendras quand tu seras plus grande

Posted in Littérature with tags on 22 novembre 2017 by Yvan

Ils déchirent les Yeuves !

Virginie Grimaldi - Tu comprendras quand tu seras plus grandeVoilà, j’ai terminé cette lecture que vous m’avez conseillée hier soir dans l’avion. Au début, j’aimais bien, mais sans plus. Les scènes tristes étaient touchantes, mais pas aussi émouvantes que dans « Les derniers jours de Rabbit Hayes », et les situations drôles me faisaient sourire, mais pas éclater de rire comme dans « Je suis ton soleil ». Puis, au fil des pages, je me suis lié à ces petits vieux, l’empathie est devenue beaucoup plus grande, m’obligeant même à refermer ce roman les yeux légèrement humides, triste de devoir me séparer des personnages. HELP, je deviens fan de romans pour filles…

« Tu comprendras quand tu seras plus grande » raconte les déboires de Julia, une jeune psychologue en pleine déprime depuis qu’elle a perdu son père, que sa grand-mère a fait un ACV et qu’elle a quitté son compagnon. Du coup, elle plaque son job de psychologue dans un centre de chirurgie esthétique à Paris pour devenir psychologue remplaçante dans une maison de retraite située dans sa ville natale. Elle n’est pas forcément fans de petits vieux, mais, au fil des jours, ceux-ci la font néanmoins réfléchir sur le sens à donner à sa vie…

Au début, j’avais un peu peur de cette lecture plutôt féminine et après les premiers chapitres, j’aimais bien, mais sans plus. Les scènes tristes étaient touchantes, mais pas aussi émouvantes que dans « Les derniers jours de Rabbit Hayes », et les situations drôles me faisaient sourire, mais pas éclater de rire comme dans « Je suis ton soleil ». Puis, au fil des pages, je me suis lié à ces petits vieux, l’empathie est devenue beaucoup plus grande, m’obligeant même à refermer ce roman les yeux légèrement humides, triste de devoir me séparer des personnages. HELP, je deviens fan de romans pour filles…

Ce roman intergénérationnel est une lecture qui fait du bien, légère, tout en abordant des thèmes profonds tels que la famille, l’amour, la mort, la vieillesse ou l’amitié avec beaucoup d’humour. Comme dans la bande dessinée « Les Vieux Fourneaux », les petits vieux deviennent foncièrement attachants et débordent d’humanité ou, comme dirait l’autre : « Ils déchirent les Yeuves ! »

Bref, un livre « feel good » à la fin surprenante, avec des personnages que l’on aimerait continuer de côtoyer au-delà de la dernière page. C’était mon premier livre de Virginie Grimaldi, mais ce ne sera probablement pas le dernier…

Publicités

Jussi Adler Olsen – Selfies

Posted in Littérature with tags on 16 novembre 2017 by Yvan

Les problèmes psychologiques de Rose !

Jussi Adler Olsen - SelfiesAprès « Miséricorde », « Profanation », « Délivrance », « Dossier 64 », « L’effet Papillon » et « Promesse », le Département V de la police criminelle de Copenhague reprend du service.

Le fameux service de police chargé d’élucider les vieilles affaires non résolues s’intéresse cette fois aux meurtres non élucidées d’une dame âgée et d’une jeune institutrice. Parallèlement, la police recherche activement un chauffard qui s’amuse à écraser des jeunes bimbos qui profitent de l’assistance sociale. Ajoutez à cela une équipe de télévision sensée suivre les enquêteurs du Département V et une Rose psychologiquement au plus mal et vous comprendrez que notre ami Carl Mørck a du pain sur la planche.

Pour le septième dossier de ce « Cold Case » à la danoise, le lecteur prend donc à nouveau plaisir à retrouver cette équipe assez improbable. Outre la psychologie très soignée des personnages, Jussi Adler Olsen nous régale avec leur complicité et leurs interactions. Il y a tout d’abord le policier bourru, classique dans son genre : un fin limier avec une grande gueule, qui n’est pas fort apprécié par ses collègues. Si le personnage de Carl Mørck est très réussi, la vedette revient néanmoins inévitablement à son assistant Hafez el Assad. Cet homme à tout faire se révèle à nouveau plein de surprises et… de proverbes débordant de dromadaires. Ce réfugié politique syrien qui prend son boulot très à cœur est un personnage très attachant dont chaque intervention fait mouche et dont le passé intrigue au plus haut point. Rose, qui est également réfractaire à toute forme d’autorité, est au centre de ce septième volet, tandis que la dernière recrue en date, Gordon, comme tout doucement à s’imposer au sein de l’équipe.

Si les personnages constituent à nouveau le principal intérêt du livre et que l’auteur prend amplement le temps de soigner leur psychologie, il invite surtout à suivre des personnages féminins lors de ce septième tome. Il y a tout d’abord Rose, dont on découvre progressivement l’étendue de ses troubles psychologiques, ainsi que des bribes de son passé. Il y a ensuite ces jeunes femmes qui ne s’intéressent qu’à leur look et qui profitent du système social. Mais il y a surtout Anne-Line Svendsen, cette assistante sociale qui pète les plombs et décide d’éliminer tous ces parasites sociaux qui vivent sur le compte de la société danoise. Il ne faudrait pas non plus oublier les personnages secondaires, tels que Mona Ibsen, qui signe un come-back particulièrement touchant, ou l’ex belle-mère de Carl dont on n’espère jamais voir le selfie. Seul petit regret au niveau des personnages est que l’on n’en apprend pas plus sur le passé du mystérieux Assad. Heureusement, ce dernier continue de s’emmêler les pinceaux avec les expressions, permettant ainsi à l’auteur d’insuffler un brin d’humour tout au long de l’enquête.

Au niveau de l’intrigue, je trouve que Jussi Adler Olsen régresse depuis deux tomes. Si le tome précédent ne tenait pas toutes ses promesses, il n’y a de nouveau pas photo entre le niveau de l’intrigue des cinq premiers volets et celui-ci. Outre plusieurs passages à nouveau assez invraisemblables, voire grotesques, il faut également déplorer des enquêtes qui se relient au fil d’un hasard qui fait un peu trop bien les choses. D’autre part, l’auteur pointe à nouveau du doigt une société danoise qui restreint les budgets des différents départements de police sur base de données erronées, dont l’aide sociale ne fonctionne pas et qui semble également accroc à la télé-réalité.

Bref, un bon petit polar, mais pas du même niveau que les cinq premières enquêtes.

Olivier Norek – Entre deux mondes

Posted in Littérature with tags on 10 novembre 2017 by Yvan

Entre deux mondes, au cœur du nôtre…

Olivier Norek - Entre deux mondesLe dernier roman d’Olivier Norek nous emmène entre deux mondes, celui des guerres et des dictatures fuies par les migrants et celui de la terre promise, qu’ils prononcent Youké et qu’ils tentent désespérément d’atteindre depuis la Jungle de Calais, souvent au péril de leur vie.

Propulsant ses personnages dans le plus grand bidonville d’Europe, coincés entre l’enfer de leur pays d’origine et le paradis incarné par l’Angleterre, Olivier Norek, lui-même ancien flic, invite forcément à suivre deux policiers au cœur de ce beau merdier. Le premier, Français, tente de gérer cette zone de non-droit de l’extérieur tout en recevant comme consigne de regarder ailleurs. Le deuxième, originaire de Syrie, (sur)vit au cœur du camp, bercé par l’espoir de retrouver sa famille et sachant parfaitement qu’il vaut mieux regarder ailleurs au sein de cet endroit où règne la loi du plus fort et où même ce dernier doit faire attention de ne pas devenir fou. Animés par des valeurs d’entraide et de justice, tout deux vont se trouver un but commun : aider Kilani, un jeune soudanais que la vie n’a pas épargné, mais qui continue néanmoins d’arborer ce grand sourire qu’il aurait déjà du perdre depuis bien longtemps…

Olivier Norek délaisse donc le capitaine Victor Coste, héros récurrent de ses précédents romans (« Code 93 », « Territoires », « Surtensions »), au profit de deux nouveaux policiers issus d’horizons différents. Pourtant, au fil des pages, je n’ai pas ressenti cette lecture comme un polar à proprement parler, mais plutôt comme un témoignage impartial, mais poignant, de l’impuissance de notre société face au flux migratoire venu entasser la misère du monde dans la Jungle de Calais, peu de temps avant son démantèlement. En se plaçant à hauteur d’homme, l’auteur livre non seulement un récit particulièrement humain, mêlant espoir, écœurement, révolte, injustice, compassion et de nombreux autres sentiments, mais il livre surtout une vision d’ensemble de cette réalité toute proche, qui fait froid dans le dos tout en invitant à réfléchir. En nous faisant ressentir la détresse des Calaisiens, des camionneurs, des organisations humanitaires, des réfugiés et des policiers, Olivier Norek livre un message qui invite à refermer ce bouquin les joues rouges de honte et la main sur un cœur beaucoup plus lourd et plus gros qu’à la première page…

Excellente lecture !

Saphia Azzeddine – Sa mère

Posted in Littérature with tags on 8 novembre 2017 by Yvan

Quête identitaire et bourgeoisie !

Saphia Azzeddine - Sa mèreCe nouveau roman de Saphia Azzeddine (Mon père est femme de ménage, La Mecque-Phuket) invite à suivre les pas de Marie-Adélaïde, une jeune femme née sous X, qui ne trouve pas sa place au sein de la société. De familles d’accueil à un séjour en prison, en passant par des foyers et quelques petits boulots sans perspectives, elle devient par hasard la nounou d’une famille bourgeoise. Son prénom huppé et la marque du doudou avec lequel elle a été abandonnée semblent indiquer que ce milieu qu’elle déteste tant pourrait bien être le sien. Afin d’en avoir le cœur net et afin d’enfin savoir qui elle est, Marie-Adélaïde décide donc de se lancer à la recherche de sa mère biologique…

Le lecteur assiste donc à la quête identitaire d’une héroïne au caractère bien trempé qui, à défaut d’avoir su se construire à cause de ce X qu’elle trimballe depuis la naissance, s’est amusée à dresser des murs autour d’elle, rejetant ce monde où elle végète sans but et sans origines. Si cette recherche des origines sert de fil rouge au récit, à travers son personnage, l’auteure jette également un regard à nouveau particulièrement critique sur la haute bourgeoisie, tout en soulignant la différence, voire même l’incompatibilité, entre les différentes classes. Si je suis grand fan du style d’écriture incisif et percutant de Saphia Azzeddine, tout comme c’était déjà le cas lors de la lecture de « Combien veux-tu m’épouser ? », je n’accroche pas trop lorsqu’elle s’attaque à l’univers des riches. Je préfère quand elle utilise son franc-parler pour embrasser la cause des « petites gens », bien loin des milieux bourgeois.

Bref, je reste fan de son ton cynique et accrocheur, mais je conseillerais plutôt la lecture de « Confidences à Allah » ou de « Bilqiss », car celui-ci m’a moins emballé.

Virginie Despentes – Vernon Subutex

Posted in Littérature with tags on 31 octobre 2017 by Yvan

Un anti-héros pas forcément attachant !

Virginie Despentes – Vernon SubutexLa couverture et le résumé de cette première partie de trilogie ne m’attiraient pas trop, mais comme je n’avais encore rien lu de Virginie Despentes et que les critiques étaient particulièrement élogieuses, j’ai fini par franchir le pas… pour finalement abandonner après seulement 2/3 de lecture.

L’auteure invite à suivre la déchéance et la dégringolade sociale de Vernon Subutex, un ancien disquaire parisien de cinquante piges qui se voit expulsé de son appartement. Totalement fauché, il tente néanmoins de renouer le contact avec d’anciennes relations susceptibles de pouvoir l’héberger…

Déjà, le milieu artistique qui gravite autour du personnage n’est pas parvenu à m’envoûter. Les nombreuses références musicales sont certes intéressantes, mais cet univers de paumés du show-bizz m’a laissé totalement indifférent. Puis, il y a cet anti-héros pas forcément attachant, limite même déprimant, et son entourage pas beaucoup plus emballant. De ce transsexuel ex-star du porno à cette spécialiste des réseaux sociaux, j’ai fini par me lasser de l’accumulation de personnages secondaires qui servent certes à dépeindre une société particulièrement dépravée, mais auxquels je ne me suis jamais lié. Si l’auteure parvient à aborder plusieurs sujets intéressants au fil des pages, je n’ai cependant pas trouvé de fil conducteur auquel m’accrocher. Ne voyant pas où Virginie Despentes voulait en venir et n’étant pas forcément fan de son style volontairement cru, j’ai finalement décidé que la route de Vernon Subutex se poursuivrait sans moi… dommage !

Colson Whitehead – Underground Railroad

Posted in Littérature, Maladie with tags on 25 octobre 2017 by Yvan

A jamais prisonniers du système d’esclavage !

Colson Whitehead - Underground RailroadCe sixième roman de Colson Whitehead invite à suivre les pas de Cora, une jeune esclave qui s’évade d’une plantation de coton en Géorgie, quelques années avant la guerre de Sécession. Aidée par un réseau clandestin permettant aux Noirs de fuir les États du Sud, mais traquée par un impitoyable chasseur d’esclaves, Cora entame un long voyage à travers une Amérique raciste, où les injustices varient certes en fonction de l’endroit, mais où la liberté et l’égalité ne sont jamais au rendez-vous quand on a le malheur de ne pas naître blanc…

Sous la plume de Colson Whitehead, l’ “Underground Railroad”, le vaste réseau clandestin qui permettait aux esclaves d’échapper à leurs geôliers, devient un véritable chemin de fer souterrain, avec ses gares et ses trains. Cette voie métaphorique empruntée par l’héroïne du roman permet à l’auteur de plonger le lecteur dans une page particulièrement sombre de l’Histoire des États-Unis. Au fil des arrêts, il dresse le portrait de personnages à jamais prisonniers du système d’esclavage, ainsi que d’une société raciste foncièrement écœurante, où la haine envers les Noirs prend différentes formes selon les États, allant de lynchages à des stérilisations contrôlées.

Ce roman qui revient sur la condition des Noirs dans l’Amérique du XIXème siècle, remontant ainsi aux origines de ce mal qui empoisonne encore toujours les États-Unis, a non seulement été salué par Barack Obama himself, mais a également remporté le National Book Award 2016 et le Pulitzer 2017. À lire donc… afin de ne jamais oublier !

Eric-Emmanuel Schmitt – La vengeance du pardon

Posted in Littérature, Maladie with tags on 20 octobre 2017 by Yvan

Le pardon à toutes les sauces !

Eric-Emmanuel Schmitt - La vengeance du pardonAvec « La vengeance du pardon » l’auteur d’ « Oscar et la dame rose » propose un recueil de quatre nouvelles qui explorent le thème du pardon.

La première (Les sœurs Barbarin) invite à suivre les pas de deux sœurs jumelles, dont l’aînée (de quelques minutes) adore sa jumelle, lui pardonnant tout. La cadette se sent par contre moins aimée et déborde de jalousie et de haine envers cette sœur qui pardonne toutes ses caprices.

La seconde (Mademoiselle Butterfly) met en scène un homme intransigeant qui a fait fortune dans la finance. Alors qu’il était encore adolescent, William avait séduit une jeune paysanne avec un retard mental suite à un pari avec ses copains. Après avoir finalement réussi à coucher avec elle, il l’abandonna cependant assez lâchement, repoussant toutes ses tentatives de le revoir. Maintenant que son empire financier est au bord de la faillite, le vieux loup solitaire se souvient pourtant de l’amour de cette simplette qui lui a toujours tout pardonné…

La troisième (La vengeance du pardon) invite à suivre une mère qui rend régulièrement visite, en prison, au tueur en série qui a assassiné sa fille… afin de comprendre, de pardonner, voire même de se venger !

La dernière (Dessine-moi un avion) raconte l’histoire d’une petite fille qui finit par apprivoiser son vieux voisin bougon en lui faisait découvrir le récit du Petit Prince de Saint-Exupéry. Une rencontre qui fera progressivement remonter le passé nébuleux de l’ancien aviateur à la surface. Un passé qu’il n’est pas certain de pouvoir se pardonner…

Si je ne suis pas forcément fan du genre, les nouvelles ayant souvent tendance à survoler le développement psychologique des personnages, il faut bien avouer qu’Eric-Emmanuel Schmitt excelle en la matière. Outre son sens de la formule et la grande accessibilité de son style, il propose également des histoires très humaines, saupoudrées de psychologie, qui invitent à réfléchir sur le pardon, voire même sur la vengeance… les deux sentiments n’étant finalement pas toujours aussi éloignés l’un de l’autre qu’on ne croit.

Si j’étais encore un brin mitigé suite à la fin fort prévisible du premier récit, j’étais totalement conquis après la seconde histoire, avant d’apprécier la noirceur et la conclusion surprenante de la suivante et de me délecter de la douceur et de la sensibilité de la dernière.

Une très bonne lecture !