Solène Bakowski – Il faut beaucoup aimer les gens

Posted in Littérature with tags on 25 mai 2022 by Yvan

Le mystère d’une mort anonyme…

Solène Bakowski - Il faut beaucoup aimer les gensEddy Alune est un homme taciturne et solitaire, voire même limite antisocial. Gardien de nuit, il passe ses nuits en compagnie de la voix de Luciole, une animatrice radio qui accompagne les âmes solitaires de 1h à 5h du matin. À la mort de son père, Eddy se souvient d’un autre cadavre, celui d’une SDF dont il a découvert le corps dans la rue en se rendant au collège vingt ans plus tôt. Alors âgé de onze ans, il lui avait dérobé ses effets personnels avant l’arrivée de la police… et les retrouve en vidant l’appartement de son père. Poussé par la culpabilité, il décide de restituer l’histoire de cette femme morte dans l’indifférence générale et enterrée sous X…

Armé d’un magnétophone, il part d’abord à la recherche de personnes qui auraient pu la connaître, puis décide d’envoyer les cassettes des interviews à cette animatrice radio qu’il écoute chaque nuit, en espérant pouvoir combler les blancs…

Au fil de cette enquête, Solène Bakowski (« Rue du Rendez-vous », « Une bonne intention », « Sans elle / Avec elle ») tisse des liens entre les personnages qui ont côtoyé cette inconnue, tout en la sortant progressivement de l’anonymat. Invisible au moment de sa mort, cette vieille dame sort doucement de l’ombre, reçoit un nom et prend de l’épaisseur à travers les souvenirs de ceux qui ont croisé son chemin… pour finalement constater qu’avoir une vie riche, n’empêche pas forcément de mourir seule et sans rien.

Ce que j’aime chez Solène Bakowski, c’est rencontrer les personnages qu’elle met sur ma route et, à ce titre, ce nouveau roman offre à nouveau une galerie de portraits foncièrement humains et attachants, avec une petite préférence pour ces deux jumeaux qu’Eddy croise tout au long de son enquête. Au niveau de la forme, je trouve par contre que le fait de narrer une grande partie des rencontres à travers des cassettes enregistrées par Eddy et diffusées via une émission radio ajoute une distance inutile entre le lecteur et les personnages. Même si je préfère quand l’autrice reste au plus près de ses protagonistes, sa plume sensible et délicate est de nouveau parvenue à me séduire, tout comme ses personnages.

Il faut beaucoup aimer les gens, Solène Bakowski, Plon, 364 p., 18€

Elles/ils en parlent également : Yvan, Audrey, Valmyvoyou, Cassiopée, Jess, Mavic, Aurore

Annie Ernaux – Le jeune homme

Posted in Littérature with tags on 18 mai 2022 by Yvan

Revivre sa propre jeunesse !

Annie Ernaux - Le jeune hommeJusqu’à ce que « La Grande Librairie » sur France 5 lui consacre une émission entière, je n’avais encore jamais rien lu d’Annie Ernaux. Si François Busnel a l’art de savoir titiller l’envie des lecteurs, c’est cependant la petite phrase notée en exergue de son quatorzième roman qui m’aura définitivement donné envie de le lire :

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues »

À elle seule, cette petite phrase résume également la raison d’être de chacun de mes avis car tant que n’ai pas écrit de chronique, je ne considère pas la lecture comme terminée.

Ce court récit autobiographique d’à peine quarante pages raconte la liaison d’Annie Ernaux avec un jeune étudiant de Rouen dans les années 1994-1997. Alors âgée de cinquante-quatre ans, elle entame une relation amoureuse controversée avec un jeune homme de vingt-cinq ans, qui lui permet de « revivre » son passé. Ce jeune amant lui donne non seulement l’occasion de rejouer des scènes de sa jeunesse, mais lui ouvre également la porte vers ce milieu populaire dont elle est issue. Un retour en arrière qui ravivera également le souvenir particulièrement marquant de cet avortement clandestin qu’elle a subi en 1963. C’est d’ailleurs au moment où elle commencera l’écriture de cet événement clé de sa vie (« L’événement »), qu’elle mettra un terme à la relation avec ce jeune homme qui aurait finalement pu être son enfant…

« Il m’arrachait à ma génération mais je n’étais pas dans la sienne. »

Si ce récit d’Annie Ernaux touche à l’intime, il raconte également l’universel. En relatant sa vie, Annie Ernaux écrit également la vie. Alliant simplicité et densité, elle va à l’essentiel du vécu, tout en offrant sa vision de la société et en défendant la condition féminine. Comme quoi, il ne faut pas forcément plus de quarante pages pour parvenir à partager un histoire forte.

Le Jeune Homme, Annie Ernaux, Gallimard, 48 p., 8€

Elles/ils en parlent également: Matatoune, Quentin, Céline, Chantal, Marine, Lire au lit

Virginie Grimaldi – Il nous restera ça

Posted in Littérature, Maladie, Virginie Grimaldi with tags , on 13 mai 2022 by Yvan

De très belles rencontres !

Virginie Grimaldi - Il nous restera çaOuvrir un roman de Virginie Grimaldi c’est comme s’inscrire sur un site de rencontres. Si certains nieront l’avoir fait, le taux de réussite des personnages que Virginie Grimaldi fait défiler devant vous est pourtant proche des 100%. Essayez, vous verrez ! Personnellement, je n’ai de nouveau refusé personne dans ce nouveau roman. Jeanne, la vieille de 74 ans qui vient de perdre son mari et cherche à louer une chambre pour s’en sortir financièrement : hop, je prends ! Même sa petite chienne Boudine, moi qui ne suis pas très canin : hop rencard et dîner croquettes ! Chaque rencontre est un véritable coup de cœur dans ce roman !

Derrière ce titre qu’elle emprunte à un album de Grand Corps Malade, Virginie GrimaldiLes possibles », « Et que durent les moments doux », « Quand nos souvenirs viendront danser », « Tu comprendras quand tu seras plus grande », « Il est grand temps de rallumer les étoiles », « Chère Mamie au pays du confinement ») nous raconte l’histoire d’une colocation improbable entre trois personnes cabossés par la vie. Outre Jeanne, septuagénaire qui se retrouve subitement veuve, le lecteur fait la connaissance d’Iris, 33 ans, et de Théo, 18 ans, deux malmenés par la vie, qui cherchent désespérément un endroit où loger et qui se retrouvent subitement sous le même toit que Jeanne.

Progressivement, les trois colocataires qui s’étaient construit une carapace au fil des ans, s’apprivoisent et divulguent les secrets qui les empêchent d’avancer dans la vie. Ce roman choral qui dévoile graduellement ses personnages en leur donnant alternativement la parole, le temps de chapitres très courts qui dynamisent la lecture, aborde également des thèmes forts tels que la vieillesse, le deuil, l’isolement, l’alcoolémie, la violence conjugale ou la précarité. Des sujets profonds abordés avec beaucoup de justesse, de tendresse et d’humour.

Un coup de cœur parsemé de très belles rencontres qui m’ont régulièrement fait passer du rire aux larmes.

Il nous restera ça, Virginie Grimaldi, Fayard, 390 p., 22€

Elles/ils en parlent également : Rowena, Karine, Aude, Petite étoile livresque, Culture VS News, Lily

Antoine Wauters – Mahmoud ou la montée des eaux

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 11 mai 2022 by Yvan

La souffrance du peuple syrien !

Antoine Wauters - Mahmoud ou la montée des eauxMahmoud Elmachi, un vieux poète syrien, se laisse dériver sur sa barque à la surface du lac el-Assad, celui-là même qui a englouti son village natal et bien d’autres lors de la construction du barrage de Tabqa par Hafez El Assad en 1973. Enfilant masque et tuba, Mahmoud aime y plonger afin d’échapper au chaos de la Syrie de Bachar El Assad…tout en laissant ses souvenirs enfouis remonter à la surface.

Au début, ce roman tout en vers libres peut s’avérer déstabilisant. Outre la forme, il faut s’habituer à la présence de ce vieil homme qui semble perdre le fil de son histoire, qu’il remonte par bribes, tout en parcourant l’histoire de son pays en filigrane. S’accrochant à la beauté des phrases, le lecteur démêle finalement le parcours de ce professeur de lettres emprisonné, torturé et dorénavant seul dans une Syrie en proie à la violence. Au milieu de cette barbarie sans fin résonnent heureusement les mots de ce vieux poète incapable d’oublier…

A travers les pages de cette merveilleuse poésie, c’est toute la souffrance du peuple syrien qu’Antoine Wauters parvient à faire ressortir.

« Vieillir, c’est devenir l’enfant que plus personne ne voit »

Mahmoud ou la montée des eaux, Antoine Wauters, Verdier, 140 p., 15,20 €

Elles/ils en parlent également : Mes échappées livresques, Nath, Domi, HCh_Dahlem, Joëlle, Ghislaine, Miriam, Michel, Narre ton livre, Serial lectrice

Sophie Tal Men – Des matins heureux

Posted in Littérature with tags on 4 mai 2022 by Yvan

La vie est comme une boîte de chocolats…

Sophie Tal Men - Des matins heureuxDans le quartier Montparnasse à Paris, trois personnages vont se croiser par hasard et combler le vide qui les entoure. Elsa, jeune SDF, cherche des lieux sûrs où se reposer et se réchauffer en toute sécurité. Marie, gynécologue bretonne, vient de rejoindre Paris pour se spécialiser dans la reconstruction mammaire pour les femmes ayant subi un cancer du sein. Guillaume, barman dans un pub irlandais, vient de se faire larguer par sa copine et cherche à se débarrasser de tous les objets qui le lient encore à son ex sur Leboncoin…

« Des matins heureux » ce sont tout d’abord des personnages foncièrement attachants et bienveillants qui se dévoilent et se lient au fil des pages. De l’humour de Marie à la fragilité d’Elsa, en passant par les casseroles de Guillaume, le lecteur passe un excellent moment en compagnie de ces trois profils très différents, mais qui se complètent à merveille et que l’on aimerait ne pas devoir quitter en refermant l’ouvrage.

Parsemant son roman de dialogues drôles, Sophie Tal Men livre un récit certes assez prévisible, mais qui met de bonne humeur. Une histoire d’amitié, d’amour, de solidarité, de résilience, remplie d’humour, de tendresse et d’humanité, qui aborde également des thèmes profonds à travers la profession de Marie et l’isolement social d’Elsa… et qui se conclut même par quelques recettes irlandaises et bretonnes qui raviront les plus gourmands.

Un roman qui met tout simplement de bonne humeur !

Des matins heureux, Sophie Tal Men, Albin Michel, 304 p., 19,90€

Elles/ils en parlent également : Julie, Petite étoile livresque, Emilie, Marion, Delph, Lily

Rupi Kaur – Lait et miel

Posted in Littérature with tags on 27 avril 2022 by Yvan

Un journal intime poétique !

Rupi Kaur - Lait et mielA mi-chemin entre un journal intime et un recueil de poèmes, ce petit roman de Rupi Kaur est découpé en quatre parties : souffrir, aimer, rompre et guérir.

Des courts textes dépourvus de structure, de ponctuation et de majuscules, qui vont à l’essentiel, tout en partageant les sentiments à fleur de peau de la jeune autrice. Utilisant sa plume comme exutoire, Rupi Kaur débute ce petit recueil dans la douleur, bercée par un amour nocif et destructeur, pour terminer reconstruite et plus forte, ouvrant même la porte à un brin d’espoir.

« Mon coeur m’a réveillé la nuit dernière

Il pleurait

Comment puis-je t’aider lui demandais-je

Mon coeur m’a répondu

Ecris ce livre »

Si l’amour, souvent destructeur, est présent tout au long du récit, le thème principal de l’ouvrage est la féminité, belle et fragile, que ces mots d’une grande justesse invitent à respecter, le tout illustré par des petites esquisses réalisées au crayon.

Etant assez hermétique au genre, j’ai néanmoins été énormément séduit par cet ouvrage !

Lait et miel, Rupi Kaur, Charleston, 204 p., 17€

Elles/ils en parlent également : Mumu, Stelphique, Anaïs, Nina, Matilde, Calypso, Bas, Eric, La bibliothèque blonde

Olivier Norek – Dans les brumes de Capelans

Posted in Littérature, Olivier Norek with tags , on 20 avril 2022 by Yvan

Le retour du Capitaine Coste !

Olivier Norek – Dans les brumes de CapelansAh, revoilà enfin Victor Coste, l’enquêteur favori des lecteurs de la trilogie 93… sauf qu’il n’est plus capitaine de police au groupe crime de la SDPJ du 9-3, mais exilé à Saint-Pierre, une petite île française perdue au sud de Terre-Neuve. Ayant voulu mettre fin à sa carrière, totalement brisé, l’homme s’est vu proposé un emploi pépère sous secret défense et vit dorénavant totalement isolé en résidence surveillée dans cet endroit qui a la particularité d’être, chaque année, entièrement englouti par des brumes tellement épaisses que, durant plusieurs jours, l’on ne voit même plus sa propre main lorsque l’on tend le bras.

Pendant ce temps, sur le continent, des jeunes filles sont victimes d’un tueur en série insaisissable, jusqu’au jour où l’une d’entre elles est retrouvée vivante dans le sous-sol d’une maison inhabitée. Etant la seule à pouvoir identifier ce « monstre » qui court toujours, elle intègre le programme de protection des témoins et se retrouve en compagnie du Capitaine Coste dans la « safe house » de Saint-Pierre-et-Miquelon au large du Canada. Ce dernier aura pour mission d’apprivoiser cette jeune femme traumatisée et incapable de parler…

Cette traque au serial-killer est un véritable « page turner » pourvu de personnages hauts en couleurs qui trimbalent tous un vécu assez chargé. Outre une intrigue haletante et parfaitement ficelée, Olivier Norek livre également des dialogues qui claquent, ainsi qu’une ambiance pesante, amplifiée par le climat austère et la brume épaisse de Saint-Pierre.

Du polar comme j’en raffole !

Un gros coup de cœur !

Dans les brumes de Capelans, Olivier Norek, Michel Lafon, 400 p., 20,95€

Elles/ils en parlent également : Lord Arsenik, Yvan, Aude, Nath, Stelphique, Mes échappées livresques, Petite étoile livresque, Sonia, Thomas, Emilie, One more cup of coffee, Rose