Eric-Emmanuel Schmitt – La vengeance du pardon

Posted in Littérature, Maladie with tags on 20 octobre 2017 by Yvan

Le pardon à toutes les sauces !

Eric-Emmanuel Schmitt - La vengeance du pardonAvec « La vengeance du pardon » l’auteur d’ « Oscar et la dame rose » propose un recueil de quatre nouvelles qui explorent le thème du pardon.

La première (Les sœurs Barbarin) invite à suivre les pas de deux sœurs jumelles, dont l’aînée (de quelques minutes) adore sa jumelle, lui pardonnant tout. La cadette se sent par contre moins aimée et déborde de jalousie et de haine envers cette sœur qui pardonne toutes ses caprices.

La seconde (Mademoiselle Butterfly) met en scène un homme intransigeant qui a fait fortune dans la finance. Alors qu’il était encore adolescent, William avait séduit une jeune paysanne avec un retard mental suite à un pari avec ses copains. Après avoir finalement réussi à coucher avec elle, il l’abandonna cependant assez lâchement, repoussant toutes ses tentatives de le revoir. Maintenant que son empire financier est au bord de la faillite, le vieux loup solitaire se souvient pourtant de l’amour de cette simplette qui lui a toujours tout pardonné…

La troisième (La vengeance du pardon) invite à suivre une mère qui rend régulièrement visite, en prison, au tueur en série qui a assassiné sa fille… afin de comprendre, de pardonner, voire même de se venger !

La dernière (Dessine-moi un avion) raconte l’histoire d’une petite fille qui finit par apprivoiser son vieux voisin bougon en lui faisait découvrir le récit du Petit Prince de Saint-Exupéry. Une rencontre qui fera progressivement remonter le passé nébuleux de l’ancien aviateur à la surface. Un passé qu’il n’est pas certain de pouvoir se pardonner…

Si je ne suis pas forcément fan du genre, les nouvelles ayant souvent tendance à survoler le développement psychologique des personnages, il faut bien avouer qu’Eric-Emmanuel Schmitt excelle en la matière. Outre son sens de la formule et la grande accessibilité de son style, il propose également des histoires très humaines, saupoudrées de psychologie, qui invitent à réfléchir sur le pardon, voire même sur la vengeance… les deux sentiments n’étant finalement pas toujours aussi éloignés l’un de l’autre qu’on ne croit.

Si j’étais encore un brin mitigé suite à la fin fort prévisible du premier récit, j’étais totalement conquis après la seconde histoire, avant d’apprécier la noirceur et la conclusion surprenante de la suivante et de me délecter de la douceur et de la sensibilité de la dernière.

Une très bonne lecture !

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Véronique Olmi – Bakhita

Posted in Littérature with tags , , on 13 octobre 2017 by Yvan

La “Storia Meravigliosa” de la « Madre Moretta »

Véronique Olmi – BakhitaÀ travers ce roman, Véronique Olmi retrace l’histoire d’une esclave africaine devenue une religieuse vénérée en Italie, avant d’être canonisée par Jean-Paul II en 2000.

Le récit débute à Olgassa, un petit village du Darfour, où une petite fille de sept ans est enlevée par des négriers qui vont la revendre sur un marché aux esclaves du Soudan. C’est le début d’un chemin de croix, marqué par la peur, la faim, la soif, les chaînes, les coups de fouet, les humiliations, la violence et la cruauté, qui ne se terminera qu’avec la rencontre de son cinquième maître, un consul italien à Khartoum, qui accepte de l’emmener en Italie. Après quelques années en tant que nourrice, la jeune domestique découvre le christianisme à travers ce symbole qu’elle prend initialement pour un esclave crucifié. Le chemin de la révélation sera parsemé de nombreux obstacles, mais conduira finalement à son baptême, avant d’entrer dans les ordres, où elle vivra encore plus de cinquante ans en tant que la «Madre Moretta», la petite mère noire.

J’ai été profondément ému par l’histoire de cette esclave baptisée « Bakhita » (la chanceuse) par ses ravisseurs. Une femme dont j’ignorais tout et qui, au fil de son calvaire, oubliera le nom de son village, sa langue maternelle et même son propre prénom. En se plaçant au plus près de son sujet, Véronique Olmi parvient à donner une voix à cette femme qui avait tant de mal à s’exprimer à force de croiser tant de langues et de dialectes entre le Darfour et l’Italie. Au fil des pages, le lecteur partage sa vie, ses expériences, ses luttes, ses espoirs, ses traumatismes et ses émotions et demeure bouche bée face à l’humanité débordante de cette femme au parcours tellement inhumain.

L’histoire de la petite Bakhita est une aventure (in)humaine qui entretoise de surcroît la grande Histoire, celle marquée par la folie des hommes, de l’esclavagisme au nazisme, en passant par le colonialisme, le racisme, le fascisme, les guerres et les révolutions. C’est également un récit qui parle de l’enfance, de liberté, d’étoiles, d’amour et de foi… une véritable ode à la vie en compagnie d’une femme qui aura survécu à toutes les horreurs que celle-ci peut réserver.

« Bakhita » est une rencontre hors du commun, qui perdure au-delà de la dernière page, un personnage que l’on n’oublie pas et que je vous invite à découvrir au plus vite.

Un gros coup de cœur de cette rentrée littéraire, déjà couronné du Prix du roman Fnac 2017 et d’ores et déjà repris dans la première liste du Goncourt.

Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant – Gung Ho, Sexy Beast (tome 3)

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Paquet, Séries, [DL 2017], [En cours], [Grand public] with tags , on 11 octobre 2017 by Yvan

Menace extérieure et conflits internes !

Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant - Gung Ho, Sexy Beast (tome 3)Ce troisième volet poursuit l’excellente saga post-apocalyptique proposée par les auteurs de La chronique des Immortels, Benjamin von Eckartsberg et Thomas von Kummant.

Les tomes précédents invitaient à suivre l’intégration de deux adolescents au sein l’enceinte fortifiée de la colonie n°16, également appelée « Fort Apache », et permettaient de découvrir les règles très strictes qui régissent ces petites communautés confrontées à une menace extérieure redoutable. Progressivement, Benjamin von Eckartsberg levait le voile sur le fonctionnement de ces campements isolés en territoire hostile, tout en pointant du doigt les rivalités existantes entre les différents clans. Au fil des attaques, l’auteur dévoilait également le potentiel létal de cette menace extérieure à la fourrure blanche et aux crocs acérés.

Ce troisième volet permet néanmoins de découvrir que cette « Plaie Blanche » n’est pas l’unique danger qui pèse sur cette petite communauté isolée en pleine nature. Outre le rationnement des fournitures, des armes et de la nourriture suite à l’attaque du train d’approvisionnement, le camp doit également faire face aux méfaits de Bagster, ainsi qu’à des tensions de plus en plus fortes entre des adultes souvent corrompus et des adolescents avides de liberté. L’atmosphère s’alourdit donc progressivement à l’intérieur des palissades, mettant à mal cette solidarité indispensable à la survie du groupe et pointant du doigt un conflit générationnel particulièrement intéressant.

Visuellement, le graphisme de Thomas von Kummant est à nouveau de toute beauté. Outre des décors fourmillant de détails et des personnages réalistes et très expressifs, il installe une ambiance faussement optimiste à l’aide d’une colorisation chaude. Si ces couleurs printanières sont encore mises en avant par l’absence d’encrage, l’auteur parvient tout de même à y insuffler une menace latente, qui dévoile une nouvelle fois son visage à coups de giclées rouges. Tout comme lors des épisodes précédents, l’album est également proposé en deux albums en format deluxe, limité à un tirage de 3000 exemplaires. Le lecteur a ainsi le choix entre la version classique prévue en cinq tomes de quatre-vingt pages et ce tirage spécial en dix tomes grand format enrichis d’un bonus d’une vingtaine de pages.

Une saga vivement conseillée que vous retrouverez également dans mon Top BD de l’année !

Jeff Lemire et Dustin Nguyen – Descender, Singularités (Tome 3)

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Séries, Urban Comics, Urban Indies, [DL 2017], [En cours], [Sans super-héros] with tags , on 6 octobre 2017 by Yvan

Retour sur les personnages !

Jeff Lemire et Dustin Nguyen - Descender, Singularités (Tome 3)Le troisième volet de ce récit de science-fiction, imaginé par Jeff Lemire (Sweet Tooth, Jack Joseph soudeur sous-marin, Trillium, Essex County) et admirablement mis en images par Dustin Nguyen (Batman Little Gotham), est un tome de transition qui invite à revenir sur le passé de plusieurs personnages.

Pour rappel, « Descender » se déroule dans un lointain future où des robots gigantesques ont simultanément attaqué chacune des neuf planètes majeures constituant le Conglomérat Galactique Unifiée (CGU), provoquant des milliards de morts à travers la galaxie, avant de disparaître aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus. Dix ans plus tard, tandis que les gens vivent dans la peur d’une nouvelle attaque et que les êtres mécaniques sont devenus persona non grata au sein d’un univers qui se remet encore péniblement du traumatisme causé par ce massacre sans précédent, Tim-21, un petit robot à l’apparence enfantine, reprend conscience sur une colonie minière éloignée. Son réveil ne manque cependant pas d’attirer l’attention car il pourrait bien être la clé permettant d’expliquer l’origine des « Moissonneurs »…

Après deux tomes à la poursuite de ce petit humanoïde qui dissimule dans ses circuits imprimés un secret convoité par tous et qui représente l’espoir de tout un univers face à la menace latente des titans de métal et un cliff-hanger de taille proposant un face-à-face entre Tim-21 et Tim-22, les auteurs proposent plusieurs histoires courtes dédiées aux différents personnages de cette saga. À coups de flash-backs, Jeff Lemire invite ainsi à découvrir les itinéraires de Tim-22, Telsa Nagoki, Andy, Effie, Bandit et Foreur.

Même si l’intrigue reste quasiment au point mort, au fil de ces one-shots, les protagonistes gagnent en épaisseur. En brossant leurs parcours respectifs, Jeff Lemire lève non seulement le voile sur leurs motivations, mais montre également l’impact qu’a eu l’arrivée des Moissonneurs sur leurs vies. Le travail de Jeff Lemire sur les différents personnages est une nouvelle fois exceptionnel. Si le personnage principal, conçu pour servir d’ami aux plus jeunes, est bluffant d’humanité et particulièrement attachant, les autres personnages ne sont dorénavant plus en reste, emmenés par un Foreur dont le récit est extrêmement touchant.

Cette histoire qui aborde la coexistence entre les humains et les créatures à intelligence artificielle se nourrit certes des classiques du genre, mais parvient néanmoins à installer une ambiance unique grâce au travail de Dustin Nguyen. Son trait fin et ses couleurs appliquées à l’aquarelle permettent d’offrir des planches de toute beauté, avec des teintes douces qui contrastent brillamment avec la violence du monde dépeint par son acolyte. Du grand art !

Une excellente série qui mérite une petite place dans mon Top comics de l’année !

Michael Farris Smith – Nulle part sur la terre

Posted in Littérature with tags on 4 octobre 2017 by Yvan

Quand la vie ne vous laisse aucun répit !

Michael Farris Smith - Nulle part sur la terre« Nulle part sur la terre » se déroule dans le sud du Mississippi et invite à suivre les destins parallèles de Maben, la nomade, et de Russell, l’ex-détenu. Poussée par l’énergie du désespoir, accompagnée de sa fille de cinq ans et portant un grand sac poubelle contenant toutes leurs affaires, elle arpente des routes où rien ne se profile à l’horizon, si ce n’est un prochain coup du sort. Lui, vient de purger onze ans de prison, mais sait très bien que rien ne lui a été pardonné…

Ce roman noir suit deux âmes cabossées par la vie, qui ont tout perdu, sauf leur humanité. Deux personnes qui ont touché le fond et qui semblent égarés sur une route sombre et sans issue, mais qui continuent néanmoins d’espérer que la vie va leur offrir un moment de répit. Si ce polar noir offre des personnages attachants, il installe également une ambiance sombre et pesante, qui fait inévitablement mouche. Le lecteur se retrouve en effet propulsé dans le fin fond de l’Amérique profonde, sur des routes poussiéreuses parsemées de motels miteux, de bars mal fréquentés et d’emmerdes en tout genre. Malgré des personnages paumés et un décor de désolation qui ne semble promettre rien de bon, l’auteur parvient à conserver ce brin d’espoir, cette petite flamme qui réchauffe notre cœur en chuchotant « vas-y, tourne la page, ils vont finalement peut-être s’en sortir… »

Une excellente surprise !

Greg Rucka et Nicola Scott – Wonder Woman Rebirth, Année Un

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, DC Rebirth, Greg Rucka, Séries, Urban Comics, [Avec super-héros], [DL 2017], [En cours] with tags on 29 septembre 2017 by Yvan

Enième revisite des origines !

Greg Rucka et Nicola Scott - Wonder Woman Rebirth, Année UnAprès le « Wonder Woman Terre-un » par Grant Morisson et le « Wonder Woman Dieux et Mortels » par George Perez, la célèbre Amazone a inévitablement droit à son propre titre sous l’ère Rebirth. Le scénario de cette nouvelle saga est confié à Greg Rucka, un scénariste de renom qui a l’avantage de déjà bien connaître le personnage de Diana. Afin de pouvoir tenir le rythme infligé par la publication bi-mensuelle aux Etats-Unis, la série de Rucka développe deux arcs en parallèle. En toute logique, mais à l’inverse de la publication US, Urban Comics a choisi de d’abord publier les épisodes pairs #2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, qui revisitent les origines du personnage. Ils offrent ainsi une porte d’entrée idéale aux néophytes qui désirent découvrir les aventures de la belle Amazone en vue de l’adaptation cinématographique qui vient de voir le jour.

Cette revisite des origines par Greg Rucka et Nicola Scott se focalise sur la première rencontre entre Diana et l’américain Steve Trevor. Ce dernier se retrouve sur l’île de Themyscira suite à un crash d’avion et le lecteur découvre progressivement pourquoi Diana raccompagne le militaire chez lui, dans le monde extérieur où vivent également des hommes… et des terroristes.

L’héroïne présentée par Greg Rucka n’est pas encore l’icône que l’on connaît tous, mais une femme candide et légèrement naïve, qui doit encore découvrir ses pouvoirs, ainsi que les ficelles de notre monde. L’auteur dépeint donc une héroïne particulièrement attachante et insuffle également une pointe d’humour lors de son exploration de notre monde. Si le tome est assez bavard, il n’est cependant pas dénué d’action et, en opposant une menace terroriste à notre héroïne, il aborde un sujet malheureusement d’actualité. Le développement du personnage de Barbara Minerva, qui a droit à un chapitre entier, est également très intéressant car cette chercheuse qui a consacré sa vie à la recherche des Amazones contribue à entretenir l’aspect mythologique du personnage.

Visuellement, le dessin réaliste de la dessinatrice australienne Nicola Scott est particulièrement esthétique, le tout rehaussé par la colorisation soignée de Romulo Fajardo Jr. L’interlude consacré à Barbara Minerva et illustré par Bilquis Evely est également de bonne facture.

Bref, rien de spectaculaire ou de particulièrement original, mais une énième histoire d’origines d’excellente facture, qui constitue une porte d’entrée idéale pour les néophytes, tout en sachant plaire aux fans de la belle Amazone.

Henri Lœvenbruck – Nous rêvions juste de liberté

Posted in Littérature with tags , on 27 septembre 2017 by Yvan

Loyauté, honneur et respect !

Henri Lœvenbruck - Nous rêvions juste de libertéAvec ce roman, Henri Lœvenbruck nous invite à grimper sur une moto en compagnie d’Hugo, alias Bohem, et de ses amis, pour un road-movie à travers les États-Unis, les cheveux dans le vent, les emmerdes dans le rétroviseur et la liberté en ligne de mire.

Ce voyage initiatique est une histoire d’amitié, de fraternité et de liberté, qui sent bon le parfum de la révolte. C’est l’histoire d’adolescents qui embarquent pour un mode de vie « sexe, drogue et rock’n’roll » et qui finiront par payer cher leurs idéaux de liberté.

Si l’histoire tient forcément la route, les personnages sont également particulièrement attachants. Au gré de leurs rencontres, le lecteur envie leur insouciance et partage leurs peines. Si l’on se prend inévitablement de sympathie pour ces nomades écorchés par la vie et abandonnés par la société, leur rêve de liberté devient également progressivement le nôtre.

Je vous invite donc à ouvrir ce livre, à donner un bon coup de kick et à démarrer cette virée d’enfer qui vous ramènera à l’époque de vos vingt ans, où vous rêviez juste de liberté…

Regardez également la série TV « Sons of Anarchy » !