Archive pour Russie

Fabien Nury et Thierry Robin – Mort au Tsar, Le terroriste (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Diptyques, Fabien Nury, Franco-Belge, [DL 2015], [Grand public] with tags , , on 30 septembre 2015 by Yvan

L’assassin du Tsar !

Fabien Nury et Thierry Robin - Mort au Tsar, Le terroriste (Tome 2)« Le Terroriste » est le deuxième et dernier volet du diptyque « Mort au Tsar », relatant la mort de Sergueï Alexandrovitch, imaginé par Fabien Nury (La Mort de Staline, W.E.S.T.Il Etait Une Fois en France, L’or et le sang) et dessiné par Thierry Robin. S’inspirant du roman de Léonid Andreïev (Le Gouverneur), rédigé avant l’attentat, et de celui écrit par Boris Savinkov (Le Cheval blême), principal organisateur de l’attentat qui tuera le gouverneur en 1905, Fabien Nury avait déjà invité à suivre les derniers jours du gouverneur de Moscou lors du premier volet. Cette suite a tout de l’exercice de style, puisqu’il relate le même événement, mais en donnant le point de vue de celui qui va mettre fin à la vie du Tsar.

Retrouvant cette toile de fond historique dépeignant une Russie en proie à la révolte populaire, le lecteur suit donc les pas de Georgi et des autres membres de la cellule révolutionnaire qui fomente l’attentat. De l’organisation de l’acte terroriste à la traque du responsable, le récit avance de manière inéluctable vers la mort annoncée de Sergueï Alexandrovitch. L’intérêt du récit n’est cependant pas la fin tragique de ce personnage historique, mais le développement psychologique de Georgi et de ses complices. Nury dresse en effet le portrait intime d’un homme froid, manipulateur et sans scrupules, qui est prêt à tous les sacrifices pour atteindre son but. Ses complices – Erna la médiocre comédienne, Heinrich l’étudiant amoureux et Vania le cocher fanatique – ne sont pas en reste et complètent le casting côté anarchiste.

Au dessin, Thierry Robin fait à nouveau preuve d’une grande maîtrise au niveau de la mise en page. Proposant à nouveau des planches d’une lisibilité remarquable, il parvient à retranscrire les émotions des différents personnages, tout en restituant l’ambiance pesante et menaçante de cette population mûre pour le révolte.

Un diptyque incontournable, que vous retrouverez dans mon Top BD de l’année !

Aurélien Ducoudray et Anlor – Amère Russie, Les colombes de Grozny (Tome 2)

Posted in Bamboo, BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Guerre, [DL 2015], [Grand public] with tags , , , on 17 juin 2015 by Yvan

Une mère russe plongée dans l’enfer tchétchène !

Aurélien Ducoudray et Anlor - Amère Russie, Les colombes de Grozny (Tome 2)« Les colombes de Grozny » clôture avec brio la quête improbable d’une mère au foyer russe qui tente de retrouver son fils soldat, fait prisonnier par les hommes du chef tchétchène Bassaïev.

Cette aventure en deux tomes signée Aurélien Ducoudray (The Grocery) et Anlor se poursuit dans les décombres de la ville de Grozny, où Ekaterina Kitaev vit désormais parmi les civils tchétchènes dans un immeuble à moitié détruit. Accompagnée de sa chienne et d’un soldat russe aveugle libéré par le général tchétchène, qui tente de combler le vide laissé par son fils, Ekaterina constate une nouvelle fois toute l’absurdité et l’horreur de ce conflit tchétchène.

Les auteurs dressent tout d’abord le portrait attendrissant d’une mère-courage qui remue ciel et terre pour récupérer son fiston. Au fil des pages et d’un voyage regorgeant de dangers et de rencontres surprenantes, le lecteur s’attache inévitablement à ce petit bout de femme qui allie courage et naïveté. Armée d’une obstination maternelle à toute épreuve, cette héroïne atypique ne manque en effet pas de séduire.

Cette quête humaine jonchée d’obstacles sert néanmoins également de prétexte pour s’intéresser au conflit intestin qui oppose la mère Russie au peuple tchétchène. Si l’auteur ne manque pas de pointer du doigt l’absurdité de cette guerre civile, tout en intégrant des éléments historiques, l’ancrage historique se retrouve très vite en arrière-plan de cette incroyable aventure humaine. En s’installant parmi des civils qui survivent tant bien que mal dans une ville ravagée par les bombardements, Ekaterina découvre un quotidien au milieu de snipers, fait de trafics en tout genre et de convois d’aide humanitaire détournés des plus nécessiteux. Même les retrouvailles inespérées avec le fiston ne manque pas de démontrer tout le mal qu’un tel conflit peut générer.

L’innocence de cette maman particulièrement attachante et les cabrioles de son petit chien contribuent cependant à insuffler un brin d’humour au récit, atténuant ainsi l’horreur de cette guerre que l’auteur décrit de manière non partisane, la barbarie n’étant pas le fruit d’un seul des deux camps. Le quotidien tragique des enfants est ainsi allégé par leur envie de jouer à Bomberman sur la console Nintendo pendant les quelques heures où l’électricité fonctionne.

Visuellement, le dessin semi-réaliste d’Anlor accompagne avec brio le scénario de Ducoudray. Proposant des personnages expressifs et hauts en couleurs et restituant avec grande efficacité les décors dévastés par le conflit, la dessinatrice livre un véritable sans-faute.

Un excellent récit qui mêle émotions et action sur fond historique, que vous pouvez retrouver dans mon Top de l’année !

Ils en parlent également : Yaneck

Jerome Charyn et François Boucq – Little Tulip

Posted in BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, François Boucq, Franco-Belge, Lombard, One-shots, Signé, [Angoulême 2015], [DL 2014], [Grand public] with tags , , on 14 novembre 2014 by Yvan

Au cœur d’un goulag sibérien !

Jerome Charyn et François Boucq - Little TulipPlus de vingt ans après « la Femme du magicien » et l’excellent « Bouche du Diable », deux albums parus chez Casterman, le romancier américain Jerome Charyn et le virtuose du dessin François Boucq (Bouncer, Le Janitor, Jérôme Moucherot) proposent une troisième collaboration, cette fois au sein de la Collection Signé du Lombard.

« Little Tulip » se déroule dans le New York des années 70 et met en scène un tatoueur de renom qui confectionne également des portraits robots pour la police. Si son talent permet souvent de retrouver les criminels assez vite, un tueur en série surnommé Bad Santa semble non seulement échapper à la clairvoyance du dessinateur « médium », mais fait également resurgir quelques fantômes du passé.

Et c’est cette époque de sa vie, servi sous forme de flashbacks, qui est la partie la plus intéressante de l’album. Car, derrière cette intrigue policière finalement assez simple, dont le dénouement ne m’a finalement pas plus convaincu que ça, se cache une jeunesse passée dans l’enfer des goulags russes. C’est là que Paul, alias “Little Tulip”, a développé ses talents de dessinateur et de tatoueur, vingt ans plus tôt, dès l’âge de 7 ans…

De ce gamin qui parvient à survivre grâce au dessin aux nombreux caïds qui peuplent ce camp sibérien des années 50, François Boucq livre une nouvelle fois des personnages forts, dont il a le secret. Sa capacité à animer des corps gravés par la dureté de leur environnement et de jouer avec ces volumes parsemés de tatouages est époustouflante, à l’image de cette scène de viol collectif où les dessins s’animent sur le rythme endiablé des corps. Restituant avec brio la férocité et la noirceur des goulags, il nous montre également une Big Apple des seventies comme si nous y étions.

Bref, un scénario qui n’est certes pas du niveau de « Bouche du Diable », mais une mise en images signée Boucq, qui me laisse une nouvelle fois bouche bée.

Fabien Nury et Thierry Robin – Mort au Tsar, Le Gouverneur

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Diptyques, Fabien Nury, Franco-Belge, [DL 2014], [Grand public] with tags , , on 26 septembre 2014 by Yvan

La solitude d’un mort en sursis !

Fabien Nury et Thierry Robin - Mort au Tsar, Le GouverneurAprès l’excellent « La Mort de Staline », Fabien Nury (W.E.S.T.Il Etait Une Fois en France, L’or et le sang) et Thierry Robin restent en Russie pour un nouveau diptyque relatant la mort d’un de ses dirigeants. S’inspirant du roman de Léonid Andreïev (Le Gouverneur), rédigé avant l’attentat, et de celui écrit par Boris Savinkov (Le Cheval blême), principal organisateur de l’attentat qui tuera le gouverneur en 1905, Fabien Nury invite à suivre les derniers jours de Sergueï Alexandrovtich, gouverneur de Moscou et oncle du tsar Nicolas II.

La toile de fond historique dépeint une Russie en proie à la révolte populaire. C’est dans ce contexte extrêmement tendu que le gouverneur donne, sciemment ou par mégarde, le signal d’ouvrir le feu sur les manifestants… massacre qui attisera la haine du peuple et signera son arrêt de mort.

L’intérêt du récit n’est pas la fin tragique du personnage, celle-ci ne faisant dès le début aucun doute, mais le développement psychologique de ce personnage face à la perspective de sa propre mort. Nury dresse en effet le portrait intime d’un homme dépassé par les événements, qui voit lentement son monde se fissurer après avoir déclenché le compte à rebours de sa propre mort. Incapable de supporter le poids de sa fonction, l’homme tiraillé par ses contradictions et ses doutes, se retrouve progressivement abandonné de tous, résigné et seul face à sa mort. Le plus étrange est probablement que le lecteur finit par éprouver une réelle compassion envers ce personnage désemparé , qui n’a pourtant rien pour plaire à la base. C’est là tout le talent du scénariste.

Au dessin, Thierry Robin n’est pas en reste. Proposant à nouveau des planches d’une lisibilité remarquable, il parvient à retranscrire les nombreuses émotions et la solitude du personnage, tout en restituant l’ambiance pesante et menaçante de cette population mûre pour le révolte.

Vivement le second volet (Le Terroriste), qui aura tout de l’exercice de style, puisqu’il donnera le point de vue de celui qui va mettre fin à la vie du gouverneur.

Retrouvez cette BD dans mon Top de l’année et dans mon Top du mois !

Aurélien Ducoudray et Anlor – Amère Russie, Les amazones de Bassaïev

Posted in Bamboo, BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Guerre, [DL 2014], [Grand public] with tags , , , on 6 août 2014 by Yvan

Une mère russe plongée dans l’enfer tchétchène !

Aurélien Ducoudray et Anlor - Amère Russie, Les amazones de BassaïevCe diptyque signé Aurélien Ducoudray (The Grocery) et Anlor invite à suivre les pas d’une mère au foyer russe qui tente de retrouver son fils soldat, fait prisonnier par les hommes du chef tchétchène Bassaïev.

Les auteurs dressent le portrait attendrissant d’une mère-courage qui remue ciel et terre pour récupérer son fiston. Au fil des pages et d’un voyage regorgeant de dangers et de rencontres surprenantes, le lecteur s’attache inévitablement à ce petit bout de femme qui allie courage et naïveté. Armée d’une obstination maternelle à toute épreuve, cette héroïne atypique ne manque en effet pas de séduire.

Cette quête humaine jonchée d’obstacles sert également de prétexte pour s’intéresser au conflit intestin qui oppose la mère Russie au peuple tchétchène. Si l’auteur ne manque pas de pointer du doigt l’absurdité de cette guerre civile, tout en intégrant des éléments historiques, tels que ces femmes snipers évoquées dans le titre et auxquelles un bonus de plusieurs pages est consacré en fin d’album, l’ancrage historique se retrouve très vite en arrière-plan de cette incroyable aventure humaine. L’innocence de cette maman particulièrement attachante et les cabrioles de son petit chien contribuent également à insuffler un brin d’humour au récit, atténuant ainsi l’horreur de cette guerre que l’auteur décrit de manière non partisane, la barbarie n’étant pas le fruit d’un seul des deux camps.

Visuellement, le dessin semi-réaliste d’Anlor accompagne avec brio le scénario de Ducoudray. Proposant des personnages expressifs et hauts en couleurs et restituant avec grande efficacité les décors dévastés par le conflit, la dessinatrice livre un véritable sans-faute.

Vivement la conclusion de ce récit qui mêle émotions et action sur fond historique.

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année et dans mon Top du mois.

Emmanuel Lepage – Un printemps à Tchernobyl

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Emmanuel Lepage, Franco-Belge, Futuropolis, K.BD, One-shots, [Accessible], [DL 2012] with tags , on 17 octobre 2012 by Yvan

22 ans après la catastrophe !

Emmanuel Lepage - Un printemps à TchernobylLe 26 avril 1986, dans la centrale Lénine à Tchernobyl en Ukraine, eut lieu le plus grave accident nucléaire du XXème siècle. Si les chiffres concernant les conséquences de cette catastrophe varient d’une source à l’autre, vingt-deux ans après les faits, Emmanuel Lepage accepte de se rendre sur place afin de réaliser un carnet de voyage pour le compte de l’association Dessin’acteurs. En mai 2008, il se rend donc pendant deux semaines dans le village de Volodarka, à 20 km de la zone interdite, pour une expérience qui résultera en deux ouvrages : « Fleurs de Tchernobyl », édité chez La boîte à bulles et ce merveilleux « Un printemps à Tchernobyl », édité chez Futuropolis.

A l’instar du très beau Voyage aux Iles de la Désolation, le lecteur assiste tout d’abord aux prémices du voyage. Partageant tout d’abord les doutes de l’artiste et de ses proches concernant la nécessité d’un tel engagement, étant donné les risques de contamination non négligeables, l’album revient ensuite brièvement sur le drame même et sur ses conséquences directes. L’organisation du voyage étant beaucoup plus concise que lors de son Voyage aux Iles de la Désolation, le lecteur se retrouve très vite sur place pour un témoignage dont on retiendra principalement la beauté, alors qu’il était initialement destiné à pointer du doigt les dangers du nucléaire.

Le ton est d’ailleurs initialement résolument sombre, distillant un décor grisâtre et fantomatique, prouvant les séquelles de cette tragédie. Au fil des rencontres et des visites, Emmanuel Lepage s’immerge progressivement dans ces lieux, découvrant des enfants qui jouent et des panoramas bucoliques splendides. Le tic tac du dosimètre, sorte d’écho menaçant de ce gigantesque désastre technologique, se fait alors quelque peu oublier au profit d’une vie et d’une nature qui reprennent leurs droits. L’association des mots « printemps » et « Tchernobyl » sur la couverture de cet album, prend subitement tout son sens. Le bruit de fond des becquerels fait alors place aux rires et aux chants de ces gens pourtant frappés de plein fouet par la contamination et par les conséquences économiques et écologiques du drame. Le spectre noir de l’ancienne centrale semble néanmoins s’effacer au profit d’une flore verdoyante qui démontre tous les talents de Mère Nature lorsque l’homme n’est pas là pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Visuellement, la maîtrise graphique d’Emmanuel Lepage est à nouveau impressionnante, avec quelques pleines pages à couper le souffle. Si la première moitié de l’album ne laisse que peu de place aux couleurs, restituant l’univers post-apocalyptique de Tchernobyl, l’auteur semble par la suite prendre conscience de la beauté des paysages qui l’entourent. Laissant progressivement choir ses préjugés, il s’ouvre à la bonté des habitants et à la beauté de la nature qui l’entoure et propose des scènes de plus en plus bucoliques et colorées. Le doute s’installe alors brièvement chez l’auteur : lui qui était venu pour mettre la mort et la désolation en images, se met subitement à dessiner la vie… Comment dessiner cette menace impalpable, ces radiations invisibles et ce silence environnant, alors que son regard ne capte que la beauté et la joie de vivre ?

Allez donc faire un tour à Tchernobyl !
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Un printemps à Tchernobyl (Lepage) Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

Ils en parlent également: Syl

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

bd du mercredi Allez découvrir les autres BDs du mercredi sur le blog de Mango !

Kris et Jean-Denis Pendanx – Svoboda! Iekaterinbourg, été 1918

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Kris, Séries, [Accessible], [DL 2012], [En cours] with tags , , on 9 août 2012 by Yvan

Quête de liberté au cœur de la révolution russe !

Kris et Jean-Denis Pendanx - Svoboda! Iekaterinbourg, été 1918La mise en place de cette série qui devrait compter pas moins de neuf tomes, s’annonçait déjà très prometteuse et ce deuxième volet ne fait que confirmer cette bonne impression. À travers cette saga historique, livrée sous forme de carnet de guerre d’un légionnaire tchèque nommé Jaroslav Chveïk, Kris s’attaque à une page beaucoup moins connue de l’Histoire de l’Europe et embarque ses lecteurs à bord d’une aventure ferroviaire sur les rails du Transsibérien, pour nous conter la naissance de la Tchécoslovaquie.

À l’instar de l’excellent Notre Mère la guerre, Kris démontre sa capacité à aborder la grande Histoire à travers la petite. En se concentrant sur quelques individualités, il parvient à donner vie au récit et évite ainsi de livrer un récit purement historique, beaucoup trop ennuyeux. Svoboda invite dès lors à suivre l’histoire d’amitié entre deux soldats de la légion tchèque aux caractères totalement opposés. Pour le premier personnage, Jaroslav Chveïk, l’auteur s’est inspiré de l’un des pères fondateurs de la littérature tchèque, Jaroslav Hasek, et du héros de son roman « Le Brave Soldat Chveïk ». Ce poète anarchiste et beau parleur est peut-être légèrement surjoué, mais il constitue pourtant l’un des attraits de cet album et m’a beaucoup fait rire. L’autre témoin fictif de cette page importante de l’Histoire tchèque est Josej Cerny, dit Pepa, un peintre-illustrateur juif-slovaque idéaliste, beaucoup plus discret et taiseux, totalement à l’opposé de son compagnon de route.

« Rien à foutre ! Je suis indépendantiste chez les impérialistes, internationaliste parmi les patriotes, fraternel avec les égoïstes, individualiste pour les collectivistes, baiseur chez les moralistes, cocu chez les abstentionnistes, plutôt modéré sur les bords et extrémiste au milieu de nulle part. Les cimetières me rendent joyeux et il n’y a qu’au bordel que je tombe amoureux »

Les personnages sont bien campés et contribuent à rythmer une intrigue pourtant assez statique. Malgré le fond historique assez sombre, ces gais lurons insufflent beaucoup de bonne humeur et d’humanité au récit à l’aide de dialogues assez exquis. Le tome précédent abandonnait encore nos deux héros en très mauvaise posture, l’un grièvement blessé et l’autre prisonnier des soviets. Heureusement pour eux, les légionnaires tchèques semblent de plus en plus solidaires et de plus en plus déterminés à reconquérir leur liberté (« Svoboda », en slave). Ballotés par les guerres, passant du statut de soldats austro-hongrois, puis combattant pour la Russie, avant de rejoindre les Alliés, ces hommes profitent de la confusion provoquée par la guerre civile russe entre la jeune Armée rouge, fondée par Trotski le 23 février 1918, et les armées blanches monarchistes, pour s’emparer des villes longeant le trajet du Transsibérien afin de rejoindre les lignes françaises via Vladivostok.

Le lecteur se retrouve donc plongé dans un continent en plein chaos, entre une Russie en proie à une révolution Bolchévique et une Europe encore en guerre. L’auteur invite à suivre les pas de légionnaires tchèques et slovaques déclarés hors-la-loi par Trotski, qui tentent désormais de quitter la Russie avec l’espoir de pouvoir créer ce pays qui naîtra finalement des cendres de l’Empire austro-hongrois le 28 octobre 1918.

« Qu’est-ce donc qu’un pays ? Des montagnes, des prairies, des lacs et des villes où nous serions nés, au sein desquels nous aurions mangé, bu, baisé plus que n’importe où ailleurs ? Est-ce un père, une mère, une langue et un Dieu, des danses et des chants, des drapeaux et des titres de propriété, des défaites et des victoires, des barrières naturelles ou des barbelés aux frontières, le temps qu’il fait ou un mauvais caractère ? Ou est-ce juste une bande d’animaux ayant décidé de vivre ensemble coûte que coûte et de se chamailler dès que possible avec leurs voisins ? »

Si l’auteur multipliait encore les flash-backs lors du tome précédent, évoquant au passage plusieurs événements qui ont marqué la région, tels que la mort de l’archiduc François-Ferdinand ou la ratification des accords de Munich en 1938, il propose ici un récit beaucoup plus linéaire et plus fluide. Le voyage de Joroslav Chveïk et de ses compagnons d’infortune ne manque cependant pas de croiser des faits historiques marquants, voire même de les précipiter, comme l’exécution sommaire du dernier empereur de Russie et de sa famille, le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg.

Visuellement, même si je demeure surtout fan du travail en couleurs directes de Jean-Denis Pendanx sur les excellents Abdallahi et Jeronimus, le résultat est à nouveau très convaincant, avec du très bon boulot au niveau de l’expressivité des visages. La colorisation d’Isabelle Merlet est également remarquable et contribue à plonger le lecteur dans l’ambiance adéquate.

« Il suffit de voir un matin russe se lever pour espérer le grand soir. Et, la nuit venue, rêver d’un lendemain qui chante. A n’en pas douter, la chimère est un enfant de putain russe »

Ils en parlent également : Mo’

Retrouvez également cet album dans mon Top de l’année !