Bill Watterson – Calvin et Hobbes, Faites place à Hyperman ! (Tome 16)


Pas de place pour Hyperman ?

Bill Watterson - Calvin et Hobbes, Faites place à Hyperman ! (Tome 16)Etant grand fan des passages où l’imagination débordante du petit Calvin lui permet de se transformer en plein de choses, dont Hyperman, le titre de ce seizième volet me paraissant particulièrement alléchant. Malheureusement, ce ne sont pas ces passages-là qui sont le plus nombreux dans ce tome… où Hyperman ne fait d’ailleurs qu’une apparition hyper-brève. Le lecteur a certes droit à une transformation en Spiff le Spationaute, le temps d’étudier une créature bizarre. Calvin s’imagine également en fourmi rebelle, bien décidé à ne pas aider sa mère dans les tâches ménagères. Il va même se croire pilote de ligne volant à toute allure dans le Grand Canyon… alors qu’il se trouve sur le siège arrière de la voiture familiale, sur le chemin de l’épicerie… mais je ressors tout de même de ce tome avec un petit goût de trop peu !

Sa créativité ne s’arrête heureusement pas là. Le petit chenapan va en effet jouer au chef d’entreprise, vendant de supers idées pour seulement un euro et proposant même à ceux qui n’ont pas assez d’argent de payer en dix mensualités avec 100% d’intérêt. Son intelligence illimitée va aussi s’attaquer aux termes scientifiques, qu’il ne trouve pas suffisamment évocateurs… proposant ainsi de changer le terme « Big Bang » en « l’atroçorrible ka-boooum de l’espace » ! Voilà qui en jette un peu plus !

Après plusieurs tomes qui permettaient à Calvin de profiter des plaisirs de l’hiver, celui-ci se déroule en plein été. Pour Susie Derkins, sa petite voisine et souffre-douleur attitrée, cela ne change pas grand-chose car au lieu de se prendre des boules de neige dans la tronche, ce sont maintenant des ballons d’eau. Si les tomes précédents proposaient également des récits s’étalant sur plusieurs pages, celui-ci livre surtout des histoires plus courtes, se limitant à seulement quelques cases. Chacune offre un plongeon mélancolique dans le monde de l’enfance et invite à découvrir les fantasmes, les rêves et le regard critique de ce petit bonhomme sur le monde des adultes et sur la société en général. Au menu de ce seizième volet, il y a bien évidemment aussi les gags récurrents concernant les monstres sous le lit, qui attendent qu’il se lève pour aller faire pipi ou qui imitent sa mère pour le faire sortir du lit. Le lecteur a également droit à quelques récits prouvant l’adoration que Calvin voue à sa télévision ou son horreur du bain et de l’école.

Si la puissance comique de ces strips atteint des sommets, l’humour est également souvent d’une telle sophistication que plusieurs niveaux de lecture sont possibles. Au-delà de la simplicité apparente de ces gags burlesques se cache en effet un autre niveau de lecture, plus adulte, qui mêle critiques acerbes, réflexions intelligentes et cynisme ravageur. Les noms des personnages faisant respectivement référence à Jean Calvin et à Thomas Hobbes, le lecteur ne s’étonnera d’ailleurs pas de croiser quelques considérations philosophiques. Notre ami se livre ainsi à quelques réflexions amusantes sur l’art, même si ses œuvres en pâte à modeler démontrent qu’il ne déborde pas vraiment de talent…

« Calvin : Je suis un homme simple, Hobbes.
Hobbes : Toi ? Hier tu voulais une voiture transformable en jet armé de missiles laser thermoguidés !
Calvin : Je suis un homme simple avec des goûts complexes ! »

Parlons finalement de l’empathie inévitable envers ce duo éminemment sympathique. Ce gamin doté d’un sens de la répartie incroyable est particulièrement attachant et l’idée de donner vie à une peluche dans son imaginaire est tout bonnement brillante. Cela résulte non seulement en une complicité incroyable entre les deux, mais permet surtout de donner vie à l’imaginaire de l’enfant. Ensemble, ils vivent des aventures mêlant absurdité, tendresse, drôlerie, nostalgie et justesse.

« Calvin : Je voudrais que ce soit l’hiver.
Papa : Il faudra attendre encore un peu.
Calvin : Alors, je voudrais que ce soit le printemps ou l’été.
Papa : Tu n’aimes pas l’automne ?
Calvin : Oh si, c’est bien l’automne. C’est le présent que je n’aime pas. »

Visuellement, le dessin de Bill Watterson est d’une grande simplicité, mais ces visuels aux décors quasi inexistants permettent de mettre l’accent sur les personnages et sur des textes d’une finesse rare. Il faut un talent énorme pour parvenir à partager des tranches de vie en seulement trois cases et pour pondre des gags purement visuels sur base de postures ou d’expressions.

Probablement pas le meilleur tome, surtout que je m’attendais à une beaucoup plus grande dose d’Hyperman, mais cela demeure tout de même très bon !

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