Yoann Iacono – Le Stradivarius de Goebbels


L’art au service de la guerre ?

Yoann Iacono - Le Stradivarius de GoebbelsPour son premier roman, Yoann Iacono nous invite à découvrir l’incroyable destinée de Nejiko Suwa, talentueuse violoniste japonaise.

Le point de départ est un Stradivarius, offert en 1943 par Joseph Goebbels à la jeune musicienne afin de sceller le rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. En faisant partie des biens confisqués aux Juifs pendant la guerre, ce cadeau n’est finalement pas seulement le symbole de cette union germano-japonaise, mais peut-être également celui de la souffrance du peuple juif. Nejiko Suwa aura en effet du mal à apprivoiser cet instrument tout au long de sa carrière, comme s’il avait une âme…

Le narrateur, lui-même musicien, part sur les traces de ce violon et restitue progressivement toutes les pistes découvertes par l’auteur au fil de plusieurs années d’enquête. De Paris au Japon, en passant par l’Allemagne et les Etats-Unis, le lecteur suit les pas de cette virtuose qui anime cocktails, réceptions et salles de concert, parsemant des notes de musique au cœur des horreurs de la guerre, comme si de rien n’était.

A l’inverse de la plupart des romans sur le sujet, qui s’efforcent de partager un point de vue issu du cœur même du conflit, celui-ci donne l’impression de se dérouler dans la loge VIP de cette Seconde Guerre Mondiale, en compagnie d’une musicienne qui s’interroge certes sur l’origine de son violon, mais qui semble néanmoins totalement déconnectée de la réalité.

Un roman qui manque peut-être d’un brin de profondeur, restant un peu trop en surface des évènements et des personnages pour être un véritable coup de cœur. Mais un ouvrage mêlant politique, histoire et musique, qui livre une approche originale d’évènements historiques méconnus, tout en invitant à réfléchir sur la place de la musique dans la propagande, à l’image de cette jeune femme constamment utilisée comme symbole, que ce soit de l’alliance entre l’Allemagne et le Japon, ou celle entre les États-Unis et son pays natal après la guerre. Faut-il partager son art peu importe le contexte ou le client, de surcroît sur un instrument confisqué au peuple oppressé, ou faut-il, comme certains artistes, par exemple refuser de jouer aux meetings de Trump ?

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono, Slatkine et cie, 268 p., 17€

Ils en parlent également : Aurore, Pascale, Eva, Anita, Ô Grimoire, MHF, Alex, Amicalement noir, Caroline, Ingrid, Lire la nuit ou pas, Anne-Sandrine, Gigi, Page après page, Un bouquin sinon rien, Annie, Squirelito

4 Réponses vers “Yoann Iacono – Le Stradivarius de Goebbels”

  1. En parlant d’âme d’un instrument cela me fait penser à la lecture d’Ame brisée que j’avais beaucoup aimé 😉

  2. Je crois que je vais passer mon tour.

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