Mark Waid et J.G. Jones – Strange fruit


Un super-héros noir dans le Sud raciste des années 20 !

Mark Waid et J.G. Jones - Strange fruit« Strange Fruit » se déroule dans le Mississippi, durant les crues historiques du fleuve éponyme en 1927, tout en imaginant l’arrivée sur Terre d’un super-héros à la peau noire.

Le titre de ce one-shot fait référence à une chanson de Billie Holiday et plus précisément aux noirs que les membres du Ku Klux Klan pendaient aux branches des arbres tels des fruits étranges. Les thèmes principaux du récit sont donc bel et bien le racisme et la ségrégation qui sévissent dans les états du Sud à cette époque. Malgré l’abolition de l’esclavage, la population blanche raciste du Sud des Etats-Unis fonctionne toujours dans la logique de l’exploitation d’une main d’œuvre noire qui n’a pas droit à la parole. L’idée d’ajouter un colosse surhumain noir à cet ancrage réaliste n’est donc certainement pas une mauvaise idée afin de venir modifier le rapport de force entre blanc et noirs…

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Mark Waid (« Irrécupérable ») exploite le genre super-héroïque à des fins diverses. En habillant son surhomme noir tombé du ciel d’un drapeau sudiste, l’auteur lance un message très clair, tout en transformant son héros en symbole pour cette population noire oppressée par les blancs. En seulement quatre épisodes, le lecteur n’a malheureusement pas le temps de s’attacher à ce héros dont la psychologie n’est pas suffisamment développée et dont la carrière est finalement beaucoup trop éphémère. D’autres personnages, tels que l’ingénieur McCoy, qui a réussi à s’affranchir dans le Nord du pays, ou le pauvre Sonny, principale victime de la haine des blancs, sont à ce titre beaucoup plus intéressants. De plus, malgré une idée de base assez originale, l’intrigue s’avère finalement assez simpliste et ne contribue donc pas non plus à faire véritablement décoller cette histoire. Par contre, au niveau du graphisme, le travail de l’artiste britannique J.G. Jones (« Wanted ») est tout bonnement sublime. A l’instar d’un Alex Ross, son style photo-réaliste fait des merveilles.

Bref, une idée de base intéressante et une mise en images de toute beauté, mais un one-shot qui aura néanmoins du mal à rester dans les mémoires.

Ils en parlent également : Yaneck

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