Frank Miller – Batman, Dark Knight


batmanBatman n’est plus qu’un souvenir dans les mémoires et le commissaire Gordon n’est plus qu’à quelques jours de la retraite. Dix ans que l’homme chauve-souris n’a plus déployé ses ailes … mais la bête souffre … les nuits emplies de crimes l’appellent inexorablement.

Bruce Wayne se fait vieux et grisonnant, mais l’assassinat de ses parents continue de le hanter … sa soif de vengeance le ronge alors que son costume est au placard depuis la mort de Robin. Poussée par des pulsions intimes et une détermination sans failles, la bête jaillit à nouveau, mettant de côté toute sagesse et oubliant cette enveloppe charnelle abîmée par les années … le Dark Knight est de retour !

Le Batman de l’auteur de Sin City et 300 est forcément sombre. Son corps l’abandonne, sa ville lui tourne le dos et des pulsions primaires débordent de ce héros déchu, et présenté ici par Miller comme un être flirtant avec cette même folie qui habite ses pires ennemis (Harvey Dent et le Joker). Le chevalier noir est perçu comme un sadique qui se nourrit de la peur de ses adversaires, punissant les petites frappes comme jamais auparavant et, en essayant de faire jeu égale avec les meilleurs clients d’Arkham, les victimes s’empilent au fil des pages dans cette lutte finale du justicier masqué contre lui-même.

Mais dans cette aventure qui joue sur le côté obscur du héros de Gotham City, il n’y a pas que Batman qui a changé. La folie semble s’étendre au-delà de cette ville dont il fut le héros incontesté. C’est le pays tout entier qui semble névrosé au sein de ce chef-d’œuvre des plus sombres et pessimistes. Même la Bat-mobile est dépourvue de son élégance et de sa classe habituelle, remplacée par un char de combat écrasant la vermine sur son passage. Les autres personnages (Lana Lang, Selina Kyle, Green Arrow, Gordon) sont également marqués par les années, tandis qu’Alfred vient habilement accentuer le déclin de son maître à l’aide de son cynisme habituel et toujours aussi jouissif.

Ce récit violent atteint un point culminant lors de l’affrontement entre Batman et Superman, entre le Chevalier noir et celui qui incarne ici les valeurs ultra-américaines de la Maison Blanche. L’opposition entre deux styles, entre deux perceptions de la justice diamétralement opposées, et un Miller délicieusement subjectif pour venir arbitrer ce combat hautement symbolique.

Un Miller qui, d’un récit entrecoupé d’images télévisées, n’hésite pas à aborder des thèmes contemporains tels que le pouvoir des médias, la justice personnelle, la remise en liberté de prisonniers sur base de rapports de psychologues, l’incompétence de certains politiciens de haut niveau. Réalisé sous l’ère Reagan, l’œuvre de Miller à également un petit côté précurseur qui fait froid dans le dos. Certains tireront également la parallèle avec cet autre monument du neuvième art construit autour de super-héros vieillissants et publié quasi simultanément : «Watchmen» ! Mais là où Moore fait dans la finesse, Miller opte pour une approche plus directe.

Côté graphisme, alors que j’ai été subjugué par ses prouesses en noir et blanc dans Sin City et apprécié son dessin dans 300, j’ai été graphiquement moins emballé par cet album. Je ne sais pas si c’est dû à l’encrage de Janson ou à la colorisation de Varley, mais j’ai trouvé certains passages moins bons, allant jusqu’à freiner ma lecture à cause d’une lisibilité amoindrie.

Pourvue d’une narration impeccable, incitant à la réflexion à travers une critique sociale de fond, cette œuvre sans concessions au début plutôt lent, mais au final éblouissant, demeure cependant une lecture incontournable pour les fans de Batman et de comics.

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