Ibn Al Rabin – L’autre fin du monde


L'autre fin du mondeL’auteur suisse Mathieu Baillif, alias Ibn Al Rabin (« Cot Cot », « Retour Ecrémé », « Faudrait voir à voir », « Le monde change trop vite ») livre ici un album pour le moins surprenant. Divisé en 26 chapitres numérotés de A à Z, l’objet de 1120 pages n’est pas sans évoquer un dictionnaire, de par sa structure, son format … et son prix.

La trame principale aborde la perte d’un être cher. Mais, si la mort et l’amour qui séparent et unissent le couple sont au centre de cette histoire, d’autres thèmes sont également abordés à travers plusieurs récits parallèles qui viennent s’entremêler de manière structurée et cohérente au récit principal. Au fil des pages, l’auteur passe d’une histoire à l’autre, tout en faisant avancer l’histoire de Milch. Le lecteur se prend vite à ce jeu intriguant qui, malgré son côté fantaisiste, livre les pièces manquantes du puzzle constitué par la vie (et la mort) des différents personnages.

Si le sujet est émouvant, Ibn Al Rabin parvient à l’aborder avec drôlerie : répliques hilarantes, humour corrosif, répétition de scènes amusantes (le sommeil de Jean-Michel, le chapeau au lit, etc.), … sont alternés avec les moments plus touchants. Excepté une scène d’émeute impliquant tous les habitants et le maire du village, qui vient entrecouper le côté contemplatif du récit, j’ai adoré cette lecture de la première à la dernière page … et au-delà.

Malgré un dessin fort minimaliste, usant d’ombres chinoises pour représenter les êtres vivants, Ibn Al Rabin parvient à donner une grande expressivité à ses personnages. Des protagonistes qu’il parvient à différencier à l’aide d’attributs distinctifs comme chapeaux, casquettes, barbes et autres. En s’allouant une grande liberté au niveau de la composition des planches il parvient à introduire énormément d’originalité et d’audace dans son dessin, malgré un style très épuré. Du grand art !

De simples lignes avec lesquelles Ibn Al Rabin parvient à nous toucher durant plus de mille pages. Une ligne entre la vie et la mort que les gens aiment tracer de manière bien visible, presque rassurante. Une frontière que l’auteur va s’amuser à franchir au fil des pages en autorisant la mort à visiter la vie au quotidien. Ibn Al Rabin ne situe pas forcément la mort après la vie et vient donner une toute autre dimension à la vie après la mort dans ce chef-d’œuvre émouvant et drôle.

Indispensable !

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2008 !

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