Enrique Fernandez – Aurore

Posté dans BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, One-shots, Soleil, [Avancé], [DL 2011] avec des tags le 27 janvier 2012 par Yvan

Par l’auteur de “L’île sans sourire” !

Enrique Fernandez - AuroreAurore fait partie d’une tribu qui vit de la chasse et de la pêche, mais qui se retrouve aujourd’hui divisée avec, d’un côté, ceux qui continuent de croire en leurs dieux, et de l’autre, ceux qui ont perdu tout espoir. Alors que certains proposent de migrer, à la recherche de terres meilleures, une lueur brillante et dorée envahit le ciel. Quelques jours après ce phénomène aussi bref qu’étrange, c’est un petit ruisseau doré traversant le village qui émerveille les habitants. Attirée par l’eau scintillante, la petite Aurore se retrouve subitement transformée en statue. Alors que la petite se retrouve coincée entre deux mondes en compagnie d’un animal mystérieux, ses parents décident de remonter le cours d’eau afin de découvrir l’origine de cette transformation.

Après avoir adapté “Le Magicien d’Oz” sur un scénario de David Chauvel et avoir réalisé le merveilleux L’île sans sourire, Enrique Fernandez propose un conte fantastique bien étrange au sein de la collection Métamorphose des éditions Soleil. Situé dans de lointaines contrées au climat froid et rude, le récit passe de la réalité de ce peuple qui a perdu ses racines au fil du temps à ce monde parallèle où la petite Aurore doit mener à bien une mission qui conduira les siens vers la rédemption. Porté par la narration de Vokko, un esprit de la forêt aux allures de loup qui sert non seulement de guide à la petite mais également au lecteur, l’histoire se nourrit d’anciennes légendes et croyances pour s’interroger sur l’essence même de la nature humaine.

Baignant dans un univers envoûtant, ce récit débordant d’humanité délivre certes de nombreux messages, mais ceux-ci ne sont pas toujours suffisamment approfondis. Malgré une conclusion réussie, qui ponctue brillamment la complicité qui s’installe entre les deux protagonistes principaux au fil des pages, la quête d’Aurore n’est pas suffisamment aboutie. Visuellement, le jeune auteur espagnol livre par contre à nouveau un sans-faute : un graphisme original et efficace, rehaussé par une colorisation en parfaite adéquation avec le scénario.

Un one-shot au dessin particulièrement attrayant, qui sort des sentiers battus et ne manquera pas de séduire les amateurs de contes fantastiques.

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Joe Hill & Gabriel Rodriguez – Locke & Key

Posté dans Comics, Séries, [DL 2010], BANDES DESSINÉES, [Sans super-héros], [En cours], Milady avec des tags le 26 janvier 2012 par Yvan

Du fantastique, servi par le fils de Stephen King !

Joe Hill & Gabriel Rodriguez - Locke & KeyJe ne suis pas trop fan de récits fantastiques, mais il y a trois raisons qui m’ont poussé à entamer cette saga alors que le troisième tome vient déjà de paraître.

Il y a d’abord les critiques élogieuses des deux côtés de l’Atlantique. Il y a ensuite le fait que Steven Spielberg ait repris les droits en vue d’une adaptation cinématographique. Puis il y a le scénariste, Joe Hill, qui n’est autre que le fils de Stephen King. Bref, suffisamment d’éléments pour m’intriguer !

Le récit invite à suivre les déboires d’une famille dont le père se fait assassiné par un lycéen. Suite à ce drame, les trois enfants se retrouvent chez le frère du défunt, dans la ville de Lovecraft. C’est le plus petit de la bande qui, en fouillant dans les recoins de la propriété familiale, va découvrir bien des secrets et plonger ce récit dans le fantastique (hérédité du scénariste oblige).

Ce premier volet est donc un tome de mise en place qui permet de découvrir les différents personnages et d’installer un univers et une ambiance qui font déjà des merveilles. Malgré son manque d’expérience au sein du neuvième art, Joe Hill installe sa saga avec énormément de maîtrise et propose un début très prometteur. Visuellement, le dessinateur chilien Gabriel Rodriguez contribue également à distiller une atmosphère envoûtante qui incite à vouloir découvrir la suite.

Me voilà donc partant pour lire la suite !

Judith Vanistendael – David, les femmes et la mort

Posté dans BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, DIVERS, Franco-Belge, Lombard, One-shots, [Avancé], [DL 2012] avec des tags le 25 janvier 2012 par Yvan

Quand la maladie s’entoure de silence !

Judith Vanistendael - David, les femmes et la mortDavid est un père de famille qui souffre d’un cancer du larynx, du type T3 N2b M0, dont on peut guérir… ou peut-être pas !

Ses femmes sont nombreuses : de Myriam, sa fille issue d’un premier mariage, à Paula, sa nouvelle compagne, en passant par Tamar, sa seconde fille, ainsi que Louise, le bébé que vient d’avoir Myriam.

Quant à la mort, elle plane inévitablement sur ce récit qui invite à suivre la lutte de David contre cette terrible maladie. Mais au fil des 270 pages de ce one-shot, le lecteur découvre surtout la manière dont toutes ces femmes vivent la maladie d’un proche. De la peur à l’impuissance, en passant par un sentiment de révolte et d’injustice, toutes vivent ce drame de manière différente. Si les dégâts collatéraux causés par cette maladie sont nombreux, le plus difficile à vivre est probablement le silence dans lequel s’enferme David. Recroquevillé sur lui-même, il ne parvient pas à parler de son cancer à ses proches. C’est paradoxalement au moment où il finit par perdre la voix, qu’il éprouve enfin le besoin de communiquer. Un échange qui s’effectue beaucoup trop tard et un silence qui n’est jamais complètement brisé… Bouleversant !

Pour sa deuxième œuvre (après “La jeune fille et le nègre”) Judith Vanistendael frappe très fort ! La jeune bruxelloise propose un récit riche en émotions, qui parvient à aborder un sujet universel de manière intimiste, mais sans aucun pathos. Une justesse qui se retrouve d’ailleurs également au niveau du graphisme. Alternant non-dits et séquences oniriques fortes, elle parvient à faire ressortir toute la dureté du sujet, tout en plongeant le lecteur dans des aquarelles dont les tons accentuent les sentiments distillés.

Un sujet que n’est pas très joyeux, mais qui est abordé avec beaucoup de justesse !

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Serge Perrotin & Clément Belin – Au nom du fils

Posté dans BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Futuropolis, [Accessible], [DL 2012] avec des tags le 21 janvier 2012 par Yvan

Road-movie doublé d’une quête identitaire !

Serge Perrotin & Clément Belin - Au nom du filsUne chose est certaine: Michel Garandeau ne quittera pas le pays sans son fils ! Kidnappé par des révolutionnaires locaux, ce dernier n’a malheureusement toujours pas refait surface, mais son père semble bien décidé à suivre la piste d’Etienne, jusqu’au lieu de son enlèvement, à la Ciudad Perdida.

Après avoir adapté le roman de Jean Claude Izzo, “Les marins perdus”, Clément Belin s’associe à Serge Perrotin (“Sphères”, “L’autre terre”) pour un voyage en deux tomes au cœur de la Colombie. Initié par un rapt de touristes par une bande de guerrilleros, l’intrigue demeure simple et efficace et se détache très vite du récit à suspense pour s’orienter vers une quête identitaire et familiale. Suite à un premier volet prometteur qui invitait à découvrir une partie de ce pays qui n’est pas seulement célèbre pour son café, le lecteur retrouve Michel au sein d’une atmosphère multiculturelle, sur la piste d’un fiston dont il se rapproche au fil des pages, même s’il n’est pas certain de retrouver vivant.

Si la “recherche du père” est souvent abordée au sein du neuvième art, ce road-movie initiatique en sens inverse, qui se concentre principalement sur les sentiments enfouis de cet ouvrier qui franchit pour la première fois les frontières de l’Hexagone, sort à ce titre un peu des sentiers battus. Au fil de ses doutes, de ses questionnements et de ses rencontres, cet homme casanier effectue un voyage introspectif, remettant constamment son rôle de père en question. En entament ce long périple, il part non seulement à la découverte d’une facette du monde qu’il ne connaît pas, mais vit également une aventure humaine extrêmement riche, qui lui permet de faire le point sur ce qu’il est devenu.

Voguant par moments à la frontière entre le carnet de voyage et le journal intime, ces pérégrinations paternelles sont accompagnées d’une colorisation aux tons pastels qui accompagnent parfaitement les états-d’âme du personnage principal et les différentes étapes de ce périple. Des paysages idylliques du début d’album à la moiteur de la jungle colombienne, en passant par le village des Indiens Kogi, le style semi-réaliste de Clément Belin ne cherche jamais à en faire de trop, mais se contente de renforcer le côté intimiste de cette aventure dépaysante.

Beaucoup de parents perdent le contact avec leurs enfants au fil des ans, alors mieux vaut ne pas attendre qu’ils disparaissent vraiment pour essayer de renouer les liens…

Ils en parlent également : David, Mo’, Emmyne, Mango, Noukette

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David B. – L’ascension du haut mal, Intégrale

Posté dans BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Intégrales, L'Association, [Avancé], [DL 2011] avec des tags le 20 janvier 2012 par Yvan

En parallèle d’un frère épileptique !

David B. - L'ascension du haut malAprès avoir été séduit par le premier tome de cette saga qui raconte l’histoire d’une famille de trois enfants dont l’aîné est épileptique, je me suis attaqué à l’intégrale de cette bande dessinée autobiographique en six tomes imaginée par David B.

Si le fil rouge du récit est la maladie de son frère aîné, David B. raconte plein d’autres choses sur sa jeunesse et multiplie les digressions qui s’inspirent de son vécu. Au fil des tomes, l’histoire se concentre de plus en plus sur l’auteur, faisant passer la maladie du frère au second plan. Mais, ce qui m’a le plus dérangé (hormis certains choix effectués par des parents un peu naïfs), ce sont ces nombreux passages “type Wikipedia” qui traînent l’histoire en longueur sans lui apporter un véritable plus. De la généalogie de sa famille aux descriptions des différentes médecines utilisées pour “soigner” son frère, en passant par de nombreux passages dédiés aux sectes, l’auteur multiplie les digressions et alourdit inutilement son récit.

Mais malgré l’aspect décousu de la narration, la trame principale ne manque pas de séduire. Tout en ouvrant les yeux sur une maladie peu connue, David B. parvient à garder un ton juste qui ne sombre jamais dans le catastrophisme. Le fait d’aborder le récit à travers le regard d’un enfant contribue également à conserver une certaine légèreté, malgré la dureté de l’histoire. Le fait de se livrer, tout en décrivant l’évolution de la maladie de son frère est également assez intéressant. Du désarroi des parents à la manière dont il assimile la maladie de son frère, l’auteur distille des émotions qui sonnent juste. Au fil des pages, le lecteur entre donc dans la vie intime de l’auteur et finit par accrocher à l’histoire de cette famille.

Le dessin noir et blanc, simple et efficace, se contente d’aller à l’essentiel et accompagne avec brio cette histoire autobiographique. Les passages oniriques sont par contre splendides et accompagnent les émotions et les envolées oniriques de l’auteur avec beaucoup d’ingéniosité.

Frédéric Bézian – Aller-retour

Posté dans BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, One-shots, [Avancé], [DL 2012] avec des tags le 19 janvier 2012 par Yvan

Voyage introspectif sur fond de vieux polar !

Frédéric Bézian - Aller-retourDans “Aller-retour” le talentueux (et malheureusement pas très sympathique) Frédéric Bézian invite à suivre les pas de Basile Far, un détective pour une compagnie d’assurance qui enquête sur une mystérieuse disparition.

Situant son récit sur le lieu de sa propre enfance, l’auteur plonge le lecteur dans un petit village du Languedoc où le temps semble s’être arrêté. C’est dans ce décor propice au développement d’un bon polar des années 60, que l’on suit les errances d’un étrange bonhomme. Venu enquêté sur une disparition, l’imposant personnage semble cependant vite se perdre dans ses propres pensées. Le thriller fait alors place à un voyage introspectif nourrit par d’anciens souvenirs et des sensations qui réveillent les fantômes du passé. Les lieux du crime sont ceux de l’enfance et l’investigation est dès lors remplacé par des flâneries qui dressent le portrait d’un étrange personnage.

Graphiquement, l’auteur étale une nouvelle fois tout son savoir-faire. Englobant son récit en noir et blanc de quelques pages en couleurs, comme pour mieux souligner ce retour en arrière, sur les traces d’un passé figé dans le temps, Bézian démontre sa capacité à installer une atmosphère pesante et envoûtante. Usant d’un trait hachuré parfaitement maîtrisé, il anime ses personnages tels des fantômes qui sillonnent les ruelles d’un village ayant échappé aux effets du temps, renforçant ainsi l’impression de s’enfoncer dans les méandres de la mémoire hantée de cet être déroutant. Une approche graphique qui laisse également une totale liberté à ce texte en voix-off qui accompagne brillamment les errances de Basile.

Arrivé à la fin de l’album, conquis par l’originalité du graphisme et de cette narration intimiste emplie de poésie, le lecteur friand d’intrigues policières rondement menées ressortira cependant déçu. Le bédéphile qui saura faire l’impasse sur la finalité de cette investigation, tout en savourant le rythme lent et contemplatif de ce récit plus difficile d’accès, sera par contre comblé.

Loïc Dauvillier & Marc Lizano – L’enfant cachée

Posté dans BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, DIVERS, Franco-Belge, Lombard, One-shots, [Accessible], [DL 2012] avec des tags , le 18 janvier 2012 par Yvan

Comment expliquer les horreurs de la Shoah à une enfant ?

Loïc Dauvillier & Marc Lizano - L'enfant cachée2012 vient à peine de débuter que voilà déjà mon premier gros coup de cœur l’année !

Située en France, sous l’occupation allemande, au début des années 40, l’histoire contée par Loïc Dauvillier est probablement connue de tous : le port obligatoire de l’étoile, les humiliations, les changements de mentalité, l’exclusion progressive, la clandestinité, les milices, les rafles et…les camps de la mort. Mais comment narrer cette page sombre de l’Histoire à une enfant ? Comment expliquer les pires horreurs dont est capable le genre humain à un petit bout de cinq ans qui doit probablement encore apprendre la vérité concernant le Père Noël ?

Dès les premières pages, le lecteur est inévitablement attendri par cette petite qui s’assied sur les genoux de sa grand-mère en lui demandant de lui raconter son cauchemar… afin qu’il disparaisse…comme sa maman fait quand elle en a un. Même si les atrocités commises sont souvent indescriptibles et que le cauchemar est bien trop horrible pour être narré à une enfant, la grand-mère prend son courage à deux mains et s’élance, utilise des mots simples et se contente de suggérer l’horreur, mais entre les lignes de cette histoire qu’elle a tue pendant trop longtemps et à travers le regard innocent d’une enfant, le récit de Dounia devient encore plus bouleversant.

À travers les craintes et les angoisses de cette fillette juive séparée de ses parents et cachée pour éviter la déportation, le lecteur découvre non seulement les atrocités de cette page sombre de l’Histoire, mais également quelques actes de bravoure de la part de voisins, de paysans et de résistants… comme une sorte de lueur d’espoir qui laisse entrevoir l’autre facette du genre humain.

Visuellement, Marc Lizano s’installe également dans l’univers des enfants, accentuant cette fausse légèreté qui permet de rendre la confrontation avec la dureté des évènements encore plus terrifiante. Ce style graphique fait de grosses bouilles rondes, parfaitement mis en valeur par la colorisation experte de Greg Salsedo (lisez Ratafia !!!), contribue également à rendre Elsa et Dounia extrêmement attachantes.

Réalisé en collaboration avec l’APJN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie), ce témoignage s’avère d’une justesse incroyable.

Un cauchemar qu’il ne faut jamais oublier…

Si, comme moi, vous avez aimé ce récit, je vous invite à lire un autre récit qui questionne le lecteur quant à l’utilité de cacher certaines vérités aux enfants et à visionner le film de Marc Herman qui propose de découvrir les mêmes horreurs, mais à travers le regard d’un gosse de 8 ans dont le père vient d’obtenir le commandement d’un camp de concentration :

Jean Regnaud – Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill Mark Herman – The Boy in the Striped Pyjamas
Jean Regnaud et Emile Bravo
Ma maman est en Amérique,
elle a rencontré Buffalo Bill
____ Mark Herman
The Boy in the Striped Pyjamas

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

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Loisel & Tripp – Magasin Général T7

Posté dans BANDES DESSINÉES, Casterman, Franco-Belge, Loisel, Séries, [DL 2011], [En cours], [Grand public] avec des tags le 12 janvier 2012 par Yvan

Des airs de Charleston et un souffle de liberté !

Loisel & Tripp – Magasin Général T7Tout comme les tomes précédents, ce septième tome permet une nouvelle fois de retrouver la petite paroisse rurale de Notre-Dame-des-Lacs et de prolonger ce séjour empli de bonheur au fin fond du Québec des années 1920-30.

Après un tome assez décevant et quelques passages par Montréal qui nous éloignaient un peu trop souvent de ce petit village bien sympathique, ce septième tome se déroule à nouveau entièrement à Notre-Dame-des-Lacs, qui a d’ailleurs retrouvé tous ses habitants pour l’occasion.

Ce retour de Montréal est accompagné d’un souffle de liberté qui plonge les anciennes du village en émois. Les airs de Charleston et les robes chatoyantes font souffler un vent nouveau sur la petite paroisse québécoise, éloignant les hommes de leurs tâches quotidiennes et faisant même tomber les barbes des frères Latulippe. Cette vague musicale bien arrosée vient à nouveau briser quiétude et installer quelques tensions au sein de cette microsociété pourtant si harmonieuse en temps normal. Mais, malgré les tensions au sein du village et les lichettes de Roger-Roger, on reste bel et bien au milieu d’une chronique sociale gentillette. Une histoire qui continue de mettre en avant le caractère des différents personnages hauts en couleurs et, malgré tout, remplis d’humanité et de générosité. Si l’humour est au rendez-vous, l’attitude de Marie me laisse par contre un peu dubitatif.

Si les relations amoureuses de Marie me laissent songeur, elles permettent néanmoins aux auteurs de rester dans le même schéma au niveau de la construction des différents tomes. Il y a chaque fois ce cliff-hanger en fin de tome qui met le feu aux poudres et plonge le village en émois lors du tome suivant… et cette fois, la surprise risque d’à nouveau mettre à mal la quiétude et l’harmonie du petit village. Si cette redondance, combinée à une impression d’étirement de l’intrigue, incitera certains lecteurs à abandonner la saga, cette histoire profondément humaine qui allie simplicité, humour, bonne humeur, tolérance et générosité, continuera cependant de séduire bon nombre de bédéphiles.

Le dessin hybride Loisel – Tripp continue de faire mouche, avec Régis Loisel (“Peter Pan”, “La Quête de l’oiseau du temps”, “Le Grand Mort”) au crayonné des planches et Jean-Louis Tripp à l’encrage et à la finalisation des dessins. Une alchimie magnifique entre ces deux grands talents, qui nous reproduisent cette tranche de vie québécoise avec brio et nous livrent plusieurs planches muettes merveilleuses. Perso, je suis assez fan des cases mettant en scène le petit ourson aux côtés du chien, du canard et du chat.

Afin d’augmenter l’authenticité de ce petit village dans la prairie, les auteurs (avec l’aide du montréalais Jimmy Beaulieu) ont également opté pour une narration franco-québécoise compréhensible des deux côtés de l’Atlantique et riche en expressions locales savoureuses.

Ils en parlent également : OliV’

Shigeru Mizuki – Opération Mort

Posté dans One-shots, [DL 2008], BANDES DESSINÉES, Cornélius, DIVERS, Festival BD Angoulême, [Angoulême 2009], BD du mercredi avec des tags , le 11 janvier 2012 par Yvan

Pour la patrie !

Shigeru Mizuki - Opération MortOpération Mort est un manga signé Shigeru Mizuki (Hitler). Ce mangaka qui perdit le bras gauche durant la Seconde Guerre mondiale et qui apprît ensuite à dessiner de la main droite, a déjà accumulé de nombreuses récompenses, dont un prix du meilleur album pour NonNonBâ en 2007, et le prix patrimoine pour cet ouvrage en 2009 au festival d’Angoulême. En relatant un épisode méconnu de la Guerre du Pacifique, l’auteur aborde donc un sujet qui l’a touché personnellement.

Se nourrissant de ses propres souvenirs de guerre, le mangaka invite à suivre l’histoire d’un régiment envoyé en mission sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée pendant la Seconde Guerre mondiale. Si la menace d’une offensive américaine n’est jamais loin, ce n’est pourtant pas l’ennemi qui est à l’origine du taux de mortalité élevé sur cette île paradisiaque. Le quotidien de ces soldats condamnés à tout sauf au combat lors de travaux de construction éprouvants effectués dans des conditions déplorables, n’a rien de vraiment réjouissant et, à défaut de succomber sous les balles ennemies, ce sont donc la faim, la maladresse, les crocodiles et la maladie qui déciment les vaillantes troupes nippones. Et ceux qui parviennent à survivre à la vie du camp peuvent compter sur la bêtise d’une hiérarchie bien décidée à sauvegarder l’honneur des troupes de l’Empereur, quoi qu’il arrive. Isolés sur île perdue au milieu de l’océan, le destin de ces hommes semble donc inéluctable : mourir d’une mort inutile et stupide, mais…pour la patrie !

Mizuki décrit la réalité des soldats japonais avec beaucoup de brio. Mêlant horreur et humour, il souligne l’absurdité de la situation dans laquelle se trouvent ces hommes conditionnés par les traditions du pays et par une hiérarchie qui incarne la mentalité japonaise de l’époque. Si le sens de l’honneur a souvent raison de l’envie de vivre de ces jeunes soldats, l’auteur dresse néanmoins le portrait de soldats qui n’ont rien de kamikazes fanatiques, mais qui ressemblent plutôt à des victimes d’une idéologie absurde.

Visuellement, Mizuki combine des décors photo-réalistes splendides à des personnages caricaturaux expressifs. Si le mélange peut surprendre, il contribue néanmoins à souligner l’absurdité de la situation dans laquelle se trouvent ces personnes condamnées à mourir pour le bien collectif. Heureusement que ce mangaka n’est pas mort au nom de la patrie…

Retrouvez cet album dans mon Best of du Festival d’Angoûleme 2009 !

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Bill Willingham & Mark Buckingham – Fables T14, La guerre des nerfs

Posté dans Comics, Séries, BANDES DESSINÉES, [Sans super-héros], [En cours], Panini, [DL 2011] avec des tags le 10 janvier 2012 par Yvan

Une reddition signée Panini !

Bill Willingham & Mark Buckingham - Fables T14, La guerre des nerfsCe quatorzième tome reprend les épisodes #70 à #75 de la saga US et met fin à la guerre entre les Fables et l’Adversaire.

L’album débute par un épisode assez léger, où Blue se prend un beau râteau et où les Fables de la ferme apprennent qu’ils peuvent rejoindre le nouveau royaume (voir tome précédent) s’ils le désirent. Le lecteur a ensuite droit à une histoire d’espionnage en deux épisodes, où Cendrillon étale tous ses talents d’agent secret en tentant de ramener Pinocchio à Fableville.

Puis vient enfin cette fameuse guerre à laquelle tout le monde se prépare depuis de nombreux tomes. Ceux qui s’attendaient à des hostilités sanglantes axées sur l’action et sur les combats risquent par contre d’être déçus car Bill Willingham propose plutôt une guerre préventive bouclée en seulement trois épisodes. On n’a donc pas droit à un véritable clash entre Fableville et l’Empire mais plutôt à une sorte de walkover entre un Adversaire pris au dépourvu et des Fables particulièrement incisifs et bien préparés. Les gigantesques combats font donc place à une stratégie militaire parfaitement huilée, proposant une attaque millimétrée sur trois fronts : dans les airs en compagnie du Prince Charmant, sur terre avec Bigby et au cœur même de la capitale impériale en compagnie de la Belle au Bois Dormant. Malgré une résistance un peu trop faiblarde, Bill Willingham parvient tout de même à installer un certain suspense et à proposer un scénario intelligent et efficace. Seule la conclusion de cette guerre et le sort réservé à Gepetto me laissent quelque peu dubitatif.

Au niveau du graphisme Mark Buckingham se fait cette fois seconder par Steve Leialoha, Andrew Pepoy (épisode #75) et Niko Henrichon (épisode #70). C’est surtout le style de ce dernier sur le premier épisode de l’album qui tranche un peu avec le reste. Mais la suite est visuellement très réussie avec quelques scènes de bataille autour de Fort Bravo qui valent le détour.

Voilà, cet album signe non seulement la fin de la guerre entre les Fables et l’Adversaire, mais est également le dernier édité par Panini, étant donné que Vertigo passe chez Dargaud en 2012.

À vous Urban Comics !

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